LE SPICIFÈRE
(le paon du japon.)
J’appelle ainsi le huitième faisan de M. Brisson, qu’Aldrovandc a nommé paon du Japon, tout en avouant qu’il ne ressemblait à notre paon que par les pieds et la queue.
270 niSTOlHl-: NAÏURELLI-;
Je lui ai donné le nom de spicifère, à cause de raigrellc en forme d'épi qui s élève sur sa lètc : celte aigrette est haute de quatre pouces , et parait émaillée de vert et de bleu; le bec est de couleur cendrée, plus long et plus menu que celui du paon; l'iris est jaune, et le tour des yeux rouge comme dans le faisan ; les plumes de la queue sont en plus petit nombre, le fond en est plus rembruni et les miroirs plus grands, mais brillant des memes couleurs que dans notre paon d’Europe ; la distribution des couleurs forme sur la poitrine, le dos et la partie des ailes la plus proche du dos, des espèces d’écailles qui ont différents reflets en différents endroits, bleus sur la partie des ailes la plus proche du dos, bleus et verts sur le dos, bleus, verts et dorés sur la poitrine; les autres pennes de l’aile sont vertes dans le milieu de leur longueur, ensuite jaunâtres, et finissent par être noires à leur extrémité : le sommet de la tète et le haut du cou ont des taches bleues mêlées de blanc sur un fond verdâtre.
Telle est à peu près la description qu’Aldrovandea faite du mâle, d'après une figure peinte que l’empereur du Japon avait envoyée au Pape ; il ne dit point s il étale sa queue comme notre paon; ce qu'il y a de certain, c’est qu’il ne l’éialc point dans la figure d’Aldrovande, et qu’il y est même représenté sans éperons aux pieds, quoique Aldrovandc n'ait pas oublié d’en faire paraître dans la ligure du paon ordinaire, qu’il a placée vis-à-vis pour servir d’objet de comparaison.
Selon cet auteur, la femelle est plus petite que le mâle ; elle a les memes couleurs que lui sur la tète, le cou, la poitrine, le dos et les ailes; mais elle en diffère en ce qu’elle a le dessous du corps noir, et en ce que les couver tures du croupion, qui sont beaucoup plus courtes que les pennes de la queue, sont ornées de quatre ou cinq miroirs assez larges, relativement à la grandeur des plumes : le vert est la couleur dominante de la queue, les pennes en sont bordées de bleu, et les liges de ces pennes sont blanches.
Cet oiseau paraît avoîr beaucoup de rapport avec celui dont parle Kœmpfer, dans son Histoire du Japon, sous le nom de faisan ; ce que j’en ai dit suffit pour faire voir qu'il a plusieurs traits de conformité et plusieurs traits de dissemblance, soitavcc le paon, soit avec le faisan, et que par conséquent il ne devait point avoir d’autre place que celle que je lui donne ici.