‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 124 sur 525 · L’ÉPERONNIER · texte numérisé non relu

L’ÉPERONNIER

(le paon de la CHINE OU PETIT PAON DE MALACA.)

Cet oiseau n’est guère connu que par la figure et la description que M. Edwards a publiées du mâle et de la femelle, et (|u’il avait faites sur le vivant.

Au premier coup d’œil, le mâle parait avoir (|uelque rapport avec le faisan et le paon; comme eux il a la queue longue, il l’a semée de miroirs comme le paon; et quelques naturalistes, s’en tenant à ce premier coup d’œil, l’ont admis dans le genre du faisan : mais quoique d’après ces ra|)porls superficiels M. Edwards ait cru pouvoir lui donner ou lui conserver le nom de faisan-paon, néanmoins, en y regardant déplus près, il a bien jugé qu’il ne pouvait appartenir au genre du faisan, 1“ parce que les longues plumes de sa queue sont arrondies et non pointues par le bout; 2" parce qu’elles sont droites dans toute leur longueur, cl non recourbées en bas; 5° parce qu elles ne font pas la gouttière renversée par le renversement de leurs barbes, comme dans le faisan; 4" enfin, parce qu'en marchant il ne recourbe point sa queue en haut comme cet oiseau.

Mais il appartient encore bien moins à l’espèce du paon, dont il diffère

non-seulement par le port de la (|ueiic, par la conliguralion et le nombre (les pennes dont elle est composée, mais encore par les proportions de sa forme extérieure, par la grosseur de la tète et du cou, et en ce qu’il ne redresse et n’épanouit point sa queue comme le paon ; qu'il n’a, au lieu d’aigrette, qu’une espèce de huppe })late, formée par les plumes du sommet de la tète qui se relèvent, et dont la pointe revient un peu en avant : enfin, le mâle diffère du coq-paon et du coq-faisan par un double éfieron qu’il a à cbaque pied ; caractère presque unique, d'après lequel je lui ai donné le nom iVéperonnier.

Ces différences extérieures, qui certainement en supposent beaucoup d’autres plus cachées, parailront assez considérables à tout homme de sens, et qui ne sera préoccupé d’aucune méthode, pour exclure l’éperonnier du nombre des paons et des faisans, encore qu’il ail comme eux les doigts séparés, les pieds nus, les jambes revêtues de plumes jusqu’au talon, le bec en cône courbé, la queue longue et la tète sans crête ni membrane. A la vérité, je sais tel méthodiste qui ne pourrait sans inconséquence ne pas le reconnaître pour un paon ou pour un faisan, puisqu’il a tous les attributs par lesquels ce genre est caractérisé dans sa méthode; mais aussi, un naturaliste sans méthode et sans préjugé ne pourra le reconnaître pour le paon de la nature : et que s’ensuivra-t-il de là, sinon que l’ordre de la nature est bien loin de la méthode du naturaliste'.?

En vain me dira-t-on que, puisque l’oiseau dont il s'agit ici a les principaux caractères du genre du faisan, les petites variétés par lesquelles il en diffère ne doivent point empêcher qu'on ne le rapporte à ce genre; car je demanderai toujours : Qui donc ose se croire en droit de déterminer ces caractères [irincipaux; de décider, par exemple, que l’aitribui négatif de n’avoir ni crête ni membrane soit plus essentiel que celui d'avoir la U'tte de telle ou telle forme, de telle ou telle gro.sseur, ci de prononcer que tous les oiseaux qui se ressemblent par des caractères choisis arbitrairement doivtml aussi se ressembler dans leurs véritables propriétés?

Au reste, en refusant à l’épcronnier le nom de paon de la Chine, je ne fais que me conformer aux témoignages des voyageurs qui assurent que dans ce vaste pays on ne voit de paons que ceux qu’on y apporte des autres contrées.

E’éperonnier a l'iris des yeux jaune, ainsi que l’espace entre la base du bec, l œil et le bcc supérieur rouge, l'inférieur brun foncé, et les pieds d’un brun sale : son plumage est d’une beaulc admirable. La queue est, comme je l'ai dit, semée de miroirs ou de taches brillantes, de forme ovale, et d’une belle couleur de pourpre avec des reflets bleus, verts et or; ces miroirs font d’autant plus d’effet qu’ils sont terminés et détachés du fond par un double cercle, 1 un noir et l'autre orangé obscur : chaque penne de la queue a deux de ces miroirs accolés l'un à l'autre, la tige entre deux; et malgré cela, comme cette queue a infiniment moins de plumes que celle du paon, elle est beaucoup moins chargée de miroirs; mais en récompense, lepcronnier en a une très-grande quanlifé sur le dos et sur les ailes, où le paon n’en a point du tout : ces miroirs des ailes sont ronds ; et comme le fond du plumage est brun, on croirait voir une belle peau de martre zd)elinc enrichie de saphirs, tl'opales, d’émeraudes et de topazes.

Les plus grandes pennes de l’aile n’ont point de miroirs, toutes les autres en ont chacune un; et quel qu’en soit l’éclat, leurs couleurs, soit dans les ailes, soit dans la queue, ne pénètrent point jusqu’à l’autre surfiice de la penne, dont le dessous est d’un sombre uniforme.

Le mâle surpasse en grosseur le faisan ordinaire : la femelle est d'un tiers

plus petite cpie le mâle, et paraît plus leste et plus éveillée ; elle a, comme lui, 1 iris jaune, mais point de rouge dans le bec, et la queue beaucoup plus petite. Quoique ces couleurs approchent plus de celles du mâle que dans 1 espèce des paons et des faisans, cependant elles sont plus mates, plus éteintes, et iront point ce lustre, ce jeu, ces ondulations de lumière, qui font un si bel effet ilans les miroirs du mâle.

Cet oiseau était vivant <à Londres, rannéc dernière, d’où M. le chevalier C.odrington en a envoyé des dessins coloriés à M, Daubenton le jeune.

LES IIOCCOS.

Tous les oiseaux que l'on désigne ordinairement sous cette dénomination, prise dans une acception générique, sont étrangers à l'Europe, et appartiennent aux pays chauds de 1 Amérique : les divers noms que les différentes tribus de sauvages leur ont donnés, chacune en son jargon, n’ont pas moins contiibué a en enfler la liste que les phrases muliipliées de nos nomenclateurs ; cl je vais uâchcr, autant que la disette d’observations me le permettra, de réduire ces espèces nominales aux espèces réelles.

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