I. — LE HOCCÜ PROPREMENT DIT
(le hocco de la güyane.)
Ordre des gallinacés, genre alector. (Cuvieb.)
Je comprends sous cette espèce non-seulement le milou et le mitou-poranga de Maregrave, que cet auteur regarde en effet comme étant de la même espèce, le coq-indien de MM. de l'Académie et de plusieurs autres, le mutou oumoyiou de Laët et de Léry, le lernocholli des Mexicains, et leur lepetotoil ou oiseau de montagne, le quirizao ou curasso de la Jama'ique, le pocs de Lrisch,^ le hocco de Cayenne de M. Barrère, le hocco de la Guyaneou douzième faisan de M. Brisson ; mais j’y rapporte encore comme variétés le hocco du Brésil ou douzième faisan de M. Brisson, son hocco de Curaçao, qui est son treiziéme faisan, le hocco du Pérou et meme la poule rouge du Pérou d’Albin, le eoxolissi de Fernandez, et le seizième faisan de M. Brisson. Je me fonde sur ce que cette multitude de noms désigne des oiseaux qui ont beaucoup de qualités communes, et qui ne diffèrent entre eux que [lar la distribution des couleurs, par (|uclquc diversité dans la forme et les accessoires du bec, et par d'autres accidents qui peuvent varier dans la meme espèce à raison de l’age, du sexe, du climat, et surtout dans une espèce aussi facile à apprivoiser que celle-ci, qui même l'a été en plusieurs cantons, et qui par consétiucnt doit partici|)cr aux variétés auxquelles les oiseaux domestiques sont si sujets.
MM. de l’Académie avaient ouï dire que leur coq indien avait été apporté d Afrique, où il s'appt latl ano; mais comme Maregrave et plusieurs autres observateurs nous apprennent (|ue c’est un oiseau du Brésil, et que d’ailleurs on voit clairement, en comparant les descriptions et les figures les plus exactes, quil a les ailes courtes et le vol pesant, il est difficile de se persuader qu il ait pu traverser d un seul vol la vaste étendue des mers qui séparent les côtes d'Alrique de celle du Brésil, et il paraît beaucoup plus naturel de supposer que les sujets observés par MM. de l’Académie, s’ils
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élaienl réellement venus d’AIVique, y avaient été portés précéilcmmenl du Brésil ou de quelque autre contrée du Nouveau-Monde. On peut juger d’après les memes raisons si la dénoihinalion de coq de Perse, employée par Johnston, est applicable à l’oiseau dont il s’agit ici.
Le Itocco approche de la grosseur du dindon. L’un de ses plus remarquables attributs, c’est une huppe noire, et quelquefois noire et blanche, haute de deux à trois pouces, qui s’étend depuis l’origine du bec jusqu'à derrière la tète, et que l’oiseau peut coucher en arrière et relever à son gré, selon qu’il est affecté différemment : cette huppe est composée de plumes étroites et comme étagées, un peu inclinées en arrière, mais dont la pointe revient et se courbe en avant. Parmi ces plumes, MM. de l’Académie en ont remarqué plusieurs dont les barbes étaient renfermées jusqu’à la moitié de la longueur de la côte, dans une espèce d’étui membraneux.
La couleur dominaiiie du plumage est le noir, qui, le plus souvent, est pur et comme velouté sur la tête et sur le cou, et quelquefois semé de mottclietures blanches; sur le reste. du corps il a des reflets verdâtres, et dans quehpies sujets il se change en marron foncé. L’oiseau représenté ici ti’a point du tout de blanc sous le ventre ni dans la queue, au lieu que l’autre en a sous le ventre et au bout de la queue; enlin, d’autres en ont sous le ventre et point à la queue, et d’autres en ont à la queue et point sous le ventre; et il faut se souvenir qtte ces couleurs sont sujettes à varier, soit dans leurs teintes, soit dans leur distribution, selon la différence du sexe.
Le bec a la forme de celui des gallinacés, mais il est un peu plus fort : dans les uns, il est couleur de chair et blanchâtre vers la pointe, comme dans le hocco du Brésil de M. Brissonj; dans les autres, le bout du bec supérieur est échancré des deux côtés , ce qui le fait paraître comme armé de trois pointes, la principale an milieu, et les deux latérales formées par les deux échancrures un peu reculées en arrière, comme dans l’un des coqs indiens de MM. de l’Académie ; dans d’autres, il est recouvert à sa base d’une peau jaune, où sont placées les ouvertures des narines, comme dans le hocco de la Guyane de .M. Brisson; dans d’autres, cette pcati jaune, se prolongeant des deux côtés de la tète , va former autour des yeux un cercle de même couleur, comme dans le milouporanga de Maregrave; dans d'autres, cette [teau se renlle sur la base du bec supérieur en une espèce de tubercule ou de Itouton arrondi, assez dur, et gros comme une petite noix. On croit coinraunément que les femelles n’ont point ce bouton, et M. Edwards ajoute qu’il ne vient aux mâles qu’aprés la première année; ce qui me parait d’autant plus vraisemblable que Fernandez a observé dans son tepctoiotl une espèce de tumeur sur le bec, laquelle n’était sans doute autre chose que ce même tubercule (pii commençait à se former. Quelques individus, comme le miiou de Maregrave, ont une peau blanche derrière l’oreille comme les potiles communes ; les pieds ressembleraient pour la forme à ceux des gallinacés s’ils avaient l’éperon, cl s’ils n’étaient pas un peu plus gros à proportion : du reste, ils varient pour la couleur depuis le brun noirâtre jusqu’au couleur de chair.
Quelques naturalistes ont voulu rapporter le hocco au geme du dindon; mais il est facile, d’après la description ci-dessus, et d’après nos planches enluminées, de recueillir les différences nombreuses et tranchées qui séparent ces deux espèces : le dindon a la tète petite cl sans plumes, ainsi que le haut du cou, le bec surmonté d’une caroncule conique et musculeuse, capable d’extension et de contraction, les pieds armés d’éperons, et il relève les plumes de sa queue en faisant la roue, etc.; au lieu que le hocco a la tète grosse, le cou renfoncé, l’un et l’autre garnis de plumes, sur le bec un
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luberculc tond, dur cl presque osseux, et sur le somiuel de la lèlc une I.uppc mobile qui parait propre à cet oiseau, qu’il baisse et redresse à son gie; mais personne n a jamais dit qu’il relevât les pennes de la queue en faisant la roue. '
Ajoutez à ces diiréicnces qui sont toutes extérieures, les différences plus profondes et tout aussi nombreuses ipie nous découvre la dissection
Le canal intestinal du boeco est beaucoup plus long, et les deux cæcum beaucoup plus courts que dans le dindon : son jabot est aussi beaucoup moins ample payant que quatre pouces de tour; au lieu que jai vu tirer du jabot du dindon, qui ne paraissait avoir rien de singulier ilanssa conformation, ce quii lallait d avoine pour remplir une demi-pinte de Paris. Unirc cela, ilans le liocco, la substance cliariiue du gésier est le plus souvent lort inmcc, et sa membrane interne, au eoniraire, fort épaisse et dure au point d èire cassante; enlin, la trachée-artère se dilate et se replie sur elle meme, plus ou moins, vers le milieu delà fourcbclie, comme dans quelques oiseaux aquatiques; toutes choses fort différentes de ce qui se voit dans le dindon. '
Mais, SI le boeco, n’est point un dindon, les nomenclateiirs modernes étaient cncoïc inoms fondes a en (aire un faisan; car, outre les différences qu il est facile de remarquer tant au dehors qu’au dedans, d’apres ce que ie viens de dire, j en vois une décisive dans le naturel de ces animaux • le faisan est toujours sauvage, et quoique élevé de jeunesse, quoique toujours bien traite bien nourri, il ne peut jamais se faire à la domesticité; ce n’est point un domestique, c est un prisonnier toujours inquiet, toujours cbercliant les moyens dtcliappcr, et qui maltraite même ses compagnons d’esclavage, sans jamais faire aucune société avec eux. Que s’il recouvre sa liberté, et quil soit rendu à lélat de sauvage pour lequel il semble être fait rien n est encore plus défiant et plus ombrageux; tout objet nouveau lui est suspect : le inomdre bruit l’elfraic; le moindre mouvement l inquicte- 1 ombre d une branche agitée suffit pour lui faire prendre sa volée, tant il est attentif a sa conservation! Au contraire, le boeco est un oiseau paisible sans dcliance, et ineme stupide, qui ne voit (loiiit le danger ou du moins qui ne fait rien pour I éviter; il semble soublicr lui-même, et s’intéresser à peine a sa propre extstenec. M Aublct en a tué jusqu’à neuf de la me né bande, avec le meme Itisil, qu il rccbargca autant de fois im il fut nécessaiiïils curent cette patience. On conçoit bien qu’un pareil iiseau est sociable’ qu 11 s accommode sans peine avec les autres oiseaux domestiques, et qu’il s apprivoise aisément. Quoique ajiprivoisé, il s’écarte pendant le jour, cl va meme <«'1 lom : mais il revient toujours pour coucher, à ce que m’assure le meme M. Aublet; il devient même Amiilicr au point de heurter à la porte avec son bec pour se faire ouvrir, de tirer les domestiques par l liabit lorsqu ils 1 oublient, de suivre son maître partout, et, s’il en est empêché, de l’at-
irpufs viîe ^ ‘Jes marques dé la joie
Il est difficile d imaginer des mœurs plus opposées : et je doute qu'aucun naturaliste, et même qu aucun nomcnclateur, s il les eût connus eût entrepris de ranger ces deux oiseaux sous un même genre.
Le hocco se tient volontiers sur les montagnes, si l’on s’en rapporte à la signification de son nom mcxknin tepetototl, qui veut dire oiseau de mon-
m" ^ voliere, de pain, de pâtée et autres choses
semblables; dans 1 état de sauvage, les fruits sont le fond de sa subsistance.
11 aime a se percher sur les arbres, surtout pour y passer la nuit. Il vole pesamment, comme je 1 ai remarqué plus haut; mais il a la démarche fière.
DES iiocœs. SSI
Sn ciiniresl hlandic, un f>pu sôclic; cependant, lorsqu'elle est gardée sulïisamment, cVsl un l'ori bon manger.
Le chevalier Dans Sloane dit, en parlant de cet oiseau, que sa queue n'a (|ue deux pouces de long; sur quoi M. Edwards le relève, et prétend qu’eu disant dix pouces au lieu de deux, M. Mans Sloane aurait pu approcher du vrai. Mais je crois cette censure trop générale et trop absolue; car je vois Aldrovatide qui, d’après le portrait d'un oiseau de cette espece, assure (pt’il n'a point de queue; et de l'autre, !M. Barrère (|ui rapporte, d’après scs propres observations faites sur les lieux, que la femelle de son hocco des Amazones, qui est le hocco de Curaçao de M. lires.son, a la queue très-peu longue ; d’où il s'ensuivrait que ee que le chevalier flans Sloane dit trop généralement du hocco, doit être restreint à la seule femelle, du moins dans certaines races.