‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 148 sur 525 · LA CAILLE · texte numérisé non relu

LA CAILLE

Ordre des gallinacés, genre tétras, sous-genre perdrix. (Cuviiut.)

Tbéofiliraste trouvait une si graiule ressemblance entre les perdrix et les cailles, qu'il donnait à ces dernières le nom de perdrix naines; et c’est sans doute par une suite de cette méprise, ou |)ar une erreur semblable, que les Portugais ont appelé la perdrix codornix, et que les Italiens ont a|ipliqué le • nom de cothurnice à la bartavelle ou perdrix grcetpie. Il est vrai que les perdrix et les cailles ont beaucoup de rapports entre elles : les unes cl les autres sont des oiseaux pulvérateurs, à ailes et queue courtes, et courant fort vite, à bec de gallinacés, à plumage gris moucheté de brun et quelquefois tout blanc; du reste, se nourrissant, s'accouplant, construisant leur nid , cou-

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vaut leurs œufs, inciianl leurs petits à peu près do la mèino manière, et toutes deux ayant le tempérament fort lascif, et les mâles une grande disposition à se battre; mais, quelque nombreux que soient ces rapports, ils SC trouvent balancés par un nombre presque égal de dissemblances, qui font •le l'espèce des cailles une espece tout à fait séparée de celle des perdrix. En effet, 1“ les cailles sont constamment plus petites que les perdrix, en comparant les plus grandes races des unes aux plus grandes races des autres, et les plus petites aux plus petites. 2" Elles n’ont point derrière les yeux cet espace nu et sans plumes qu’ont les perdrix, ni ce fer â cheval que les mâles de celles-ci ont sur la poitrine, et jamais on n’a vu de véritables cailles à bec et pieds rouges, 3° Leurs œufs sont plus petits et d une tout autre couleur. 4“ Leur voix est aussi différente: et quoique les unes et les autres fassent entendre leur cri d’amour à peu prés ilans le même temps, il n’en est pas de même du cri de colère, car la perdrix le tait entendre avant île se battre, et la caille en se battant. 3“ La chair de celle-ci est d une saveur et d'une texture toute différentes, et elle est beaucoup plus chargée de graisse. G" Sa vie est plus courte. 7“ Elle est moins rusée que la perdrix, et plus facile à attirer dans le piège, surtout lorsqu’elle est encore jeune i.‘l sans expérience. Elle a les mœurs moins douces et le naturel plus rétif; car il est extrêmement rare d'en voir de privées : à peine peut-on les accoutunier à venir à la voix, étant renfermées do jeunesse dans une cage. Elle a les inclinations moins sociables; car elle ne se réunit guère par compagnies, si ce n’est lorsque la couvée, encore jeune, demeure attachée à la mère, dont les secours lui sont nécessaires; ou lorsqu'une même cause agissant sur tonte l’espèce à la fois et dans le même temps, on en voit des troupes nombreuses traverser les mers et aborder dans le même pays : mais cette association forcée ne dure qu’autant que la cause qui l a produite; car, dès que les cailles sont arrivées dans le pays qui leur convient, et qu elles peuvent vivre à leur gré, elles vivent solitairement. Le besoin de I amour est le seul lien qui les réunit ; encore ces sortes d’unions sont-elles sans consistance pendant leur courte durée; car les mâles, qui recherchent les femelles avec tant d'ardeur, n'ont d’attachement ni de préférence pour aucune en particulier. Dans cette espèce, les acconpiemenis sont fréipicnts, mais l on ne voit pas un seul couple : lorsque le désir de jouir a cessé, toute société est rompue entre les deux sexes ; le mâle alors non-seulement quitte et semble fuir ses femelles, mais il les repousse <à coups de bec, et ne s’occupe' en aucune façon du soin de la famille. De leur côté, les petits soiit â peine adultes qu'ils se séparent; et si on les réunit par force dans un lieu iermé, ils se battent à outrance les uns contre les autres, sons distinction de sexe, et ils finissent par se détruire. ...

L’inclination de voyager et de. cliangcr de climat dans certaines saisons de l’année, est, comme je fai dit ailleurs, l’une des affections les plus fortes de

l'instinct des cailles. ^ , • , ,,

La cause de ce désir ne peut être qu’une cause tres-generale, puisqucllc agit non-seulement sur toute l’espèce, mais sur les individus même, séparés, pour ainsi dire, de leur espèce, et à qui une étroite captivité ne laisse aucune communication avec leurs semblables. On a vu de jeunes cailles élevées dans des cages presque depuis leur naissance, et qui ne pouvaient ni oonnaitre ni regretter la liberté, éprouver régulièrement deux fois par an, pendant quatre années, une inquiétude et des agitations singulières dans les 'temps ordinaires de la passe, savoir : au mois d avril et au mois de septembre. Celte inquiétude durait environ trente jours à chaque fois, et recommençait tous les jours une heure avant le coucher du soleil : ou voyait

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alors ces cailles prisotitiières aller et venir d'un bout de la cage à l’autre, puis s’élancer contre le filet qui lui servait de couvercle, et souvent avec une telle violence, qu’elles reloinbaient tout étourdies : la nuit se passait presque entièrement dans ces agitations, et le jour suivant elles paraissaient tristes, abattues, fatiguées et endormies. On a remarqué que les cailles, qui vivent dans 1 état de liberté, dorment aussi une grande partie de la journée; et, si l’on ajoute à tous ces faits, qu’il est très-rare de les voir arriver de jour, on sera, ce me semble, fondé à conclure que c’est pendant la nuit qu^elles voyagent, et que ce désir de voyager est inné chez elles, soit qu’elles craignent les températures excessives, puis(|u’elles se rapprochent constamment des contrées septentrionales pendant l’été et des méridionales pendant l’hiver, ou, ce qui semble plus vraisemblable, qu’elles n’abandonnent successivement les différents pays que pour passer de ceux où les récoltes sont déjà faites dans ceux où elles sont encore à faire, et qu’elles ne changent ainsi de demeure que pour trouver toujours une nourriture convenable pour elles et pour leur couvée.

Je dis que cette dernière cause est la plus vraisemblable; car, d'un côté, il est acquis par l'observation que les cailles peuvent très-bien résister au froid, puisqu’il s’en trouve en Islande, selon 31. Ilorrebow, cl qu’on en a conservé plusieurs années de suite dans une chambre sans feu, et qui même était tournée au nord, sans que les hivers les plus rigoureux aient paru les incommoder, ni même apporter le moindre changement à leur manière de vivre : et d’un autre côté, il semble qu’une des choses qui les fixent dans un pays, c’est l'abondance de l'herbe, puisque, selon la remarque des ciiasseurs, lorsque le printemps est sec, et que par conséquent l’herbe est moins abondante, il y a aussi beaucoup moins de cailles le reste de l’année : d’ailleurs, le besoin actuel de nourriture est une cause plus déterminante, plus analogue à l inslinci borné de ees petits animaux, et suppose en eux moins de celte prévoyance que les philosophes accordent trop libéralement aux bêtes. Lorsqu’ils ne trouvent point de nourriture dans un pays, il est tout sinqde qu'ils en aillent chercher dans un autre : ce besoin essentiel les avertit, les piesse, mi t en action toutes leurs facultés; ils quittent une terre qui ne produit plus rien pour eux : ils s’élèvent dans l’air, vont à la découverte d’une contrée moins dénuée, s’arrêtent où ils trouvent à vivre; et l'habitude se joignant à l’instinct qu’ont tous les animaux, et surtout les animaux ailés, d’éventer de loin leur nourriture, il n’est pas surprenant qu’il en résulte une affection pour ainsi dire innée, et que les mêmes cailles reviennent tous les ans dans les mêmes endroits; au lieu qu’il serait dur de supposer, avec Aristote, que c'est d’après une connaissance réfléchie des saisons qu’elles changent deux fois par an de climat, pour trouver toujours la température qui leur convient, comme faisaient autrefois les rois de Perse; encore plus dur de supposer avec Catesby, Belon et quelques autres, que lorsqu'elles changent de climat, elles passent sans s’arrêter dans les lieux qui pourraient leur convenir en deçà de la ligne, pour aller chercher aux antipodes précisément le même degré de latitude auquel elles étaient accoutumées de l’autre côté de l'équateur; ce qui supposerait des connaissances, ou plutôt des erreurs scientifiques auxquelles I instinct brut est beaucoup moins sujet que la raison cultivée.

Quoi qu’il en soit, lorsque les cailles sont libres, elles ont un temps pour arriver, cl un temps pour repartir : elles quittaient la Grèce, suivant Aristote, au mois boedromion, lequel comprenait la fin d’aoùl et le commencement de septembre. En Silésie, elles arrivent au mois de mai et s’en vont sur la fin d’aoùt ; nos chasseurs disent qu’elles arrivetU dans notre pays vers

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