‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 161 sur 525 · DU PIGEON · texte numérisé non relu

DU PIGEON

l'arl de l’homme; et c’est par cette raison que nous croyons devoir nous borner ici à une simple énumération, qui contiendra l’exposition des principales variétés de cette espèce, dont le type est moins fixe et la forme plus variable que dans aucun autre animal.

Le biset, ou pigeon sauvage, estlatigepriniitive de tous les autres pigeons; communément il est de la même grandeur et de la même forme, mais d’une couleur plus bise que le pigeon domestique; et c’est de cette couleur que lui vient son nom. Cependant il varie quelquefois pour les couleurs et la grosseur; car le pigeon dont Frisch a donné la figure sous le nom de columba agrestis n’est qu'un biset blanc, à la tète et queue rousses; et celui que le même auteur a donné sous la dénomination de vinago, sioe columba montana, n’est encore qu’un biset noir bleu : c’est le même qu’Albin a décrit sous le nom de pigeon ramier, qui ne lui convient pas; et le même encore dont Belon parle sous le nom de pigeon fuyard, qui lui convient mieux; car on peut présumer que l’origine de celte variété dans les bisets vient de ces pigeons, dont j’ai parlé, qui fuient et désertent nos colombiers pour se rendre sauvages, d’autant que ces bisets noirs bleus nichent non-seulement dans les arbres creux, mais aussi dans les trous des bâtiments ruinés et des rochers qui sont dans les forêts, ce qui leur a fait donner, par quelques naturalistes, le nom de pigeons de roche ou rocheraiesj et, comme ils aiment aussi les terres élevées et les montagnes, d’autres les ont appelés pigeons de mnnlagm. Nous remarquons même que les anciens ne connaissaient que celle espèce de pigeon sauvage, qu’ils appelaient oi-A ou vinago, et qu’ils ne font nulle mention de notre biset, qui néanmoins est le seul pigeon vraiment sauvage, et qui n’a pas passé par l étal de domesticité. Un fait, qui vient à l’appui de mon opinion sur ce point, c'est que dans tous les pays où il y a des pigeons domesti(|ues, on trouve aussi des œnas, depuis la Suède jusque dans les climats chauds: au lieu que les bisets ne se trouvent pas dans les pays froids et ne restent que pendant l’été dans nos pays tempérés : ils arrivent par troupes en Bourgogne, en Champagne et dans les autres provinces seplenii ionales de la France, vers la fin de février et au commeitcement de mars; ils s’établissent dans les bois, y nichent dans des creux d’arbres, pondent deux ou trois œufs au printemps, et vraisemblablement font une seconde ponte en été; et à chaque ponte ils n’élèvent que deux petits, et s’en retournent dans le mois de novembre; ils prennent leur route du côté du midi, et se rendent probablement en Afrique, par l'Espagne, pour y passer l’hiver.

Le biset, ou pigeon sauvage, et rœnas,ou le pigeon déserteur, qui retourne à l'état de sauvage, se perchent, et, par celte habitude, se distinguent du pigeon de muraille, qui déserte aussi nos colombiers, mais qui semble craindre de retourner dans les bois, et ne se perche jamais sur les arbres. Après ces trois pigeons, dont les deux derniers sont plus ou moins près de 1 étal de nature, vient le pigeon de nos colombiers, qui, comme nous l’avons dit, n’est qu'à demi domestique, et relient encore de soti premier instinct l’habitude de voler en troupes : s’il a perdu le courage intérieur d’où dépend le sentiment de l’indépendance, il a acquis d autres qualités qtii, quoique moins nobles, paraissent plus agréables par leurs efteis. ils produisent souvent trois fois l’année, et les pigeons de volière produisent jusqu à dix et douze fois, au lieu que le biset ne produit qu une ou deux fois tout au plus : combien de plaisirs de plus suppose cette dillercnce, surtout dans une espèce qui semble les goûter dans toutes leurs nuances et en jouir plus pleinement qu’aucune autre! Ils pondent, à deux jours de distance, presque toujours deux œufs, rarement trois, et n élèvent presque jamais que deux petits, dont ordinairement l'iin se trouve mâle et raulrc femelle ; il y en a même plusieurs,

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et ce sont les plus jeunes, qui ne pondent qu’une Cois; car le produit du printemps est toujours plus nombreux, c’est-à-dire la quantité de pigeonneaux, dans le même colombier, plus abondante qu’en automne, du moins dans ces climats. Les meilleurs colombiers, où Les pigeons se plaisent et multiplient le plus, ne sont pas ceux qui sont trop voisins de nos babitalions : placez-les h quatre ou cinq cents pas de distance de la ferme, sur la partie la |)lus élevée de votre terrain, et ne craignez pas que cet éloignement nuise à leur multiplication; ils aiment les lieux paisibles, la belle vue, l'exposition au levant, la situation élevée, où ils puissent jouir des premiers rayons du soleil. J’ai souvent vu les pigeons de plusieurs colombiers, situés dans le l)as d’un vallon, en sortir avant le lever du soleil pour gagner un colombier situé au-dessus de la colline, et s'y rendre en si grand nombre, que le toit était entièrement couvert de ces pigeons étrangers, auxquels les domiciliés étaient obligés de faire |)lace, et quelquefois même forcés de la céder. Lest surtout au printemps et en automne qu’ils sendtient recbereber les premières induenccs du soleil, la pureté de l'air et les lieux élevés. Je puis ajouter à celte remarque une autre observation : c est (|ue le peuplement de ces colombiers isolés, élevés et situés haut, est plus facile, et le produit bien plus nombreux que dans les autres colombiers. J’ai vu tirer quatre cents paires de pigeonneaux d’un de mes colombiers, qui, par sa situation et la baïueur de sa bâtisse, était élevé il’cnviron deux cents pieds au-dessus des autres colombiers; tandis que ceux-ci ne produisaient que le quart ou le tiers tout au plus, c’est-à-dire cent ou cent trente paires : il faut seulement avoir soin de veiller à I oiseau de proie, qui fréquente de préférence ces colombiers élevés et isolés, et qui ne laisse pas d inquiéter les pigeons, sans néanmoins en détruire beaucoup; car il ne peut saisir que ceux qui se séparent de la troupe.

Après le pigeon de nos colombiers, (|ui n’est qu'à demi domestique, se présentent les pigeons de volière, qui le sont entièrement, et dont nous avons si fort favorisé la propagation des variétés, les mélanges et la multiplication des races, qu elles demanderaient un volume d’écriture et uti autre de plancbes, si nous voulions les décrire et les représenter toutes ; mais, comme je lai déjà lait sentir, ceci est plutôt un objet de curiosité et d art, qu’un sujet dbistoire naturelle; et nous nous bornerons à indiquer les principales branches de cette famille immense, auxquelles on pourra rapporter les rameaux et les rejetons des variétés secondaires.

Les curieux en ce genre donnent le nom de bisets à tous les pigeons qui vont prendre leur vie à la cainpagne, et qu’on met dans de grands colombiers : ceux qu ils appellent pit/eons domestiques ne se tiennent que dans de petits colombiers ou volières, et tie se répandent pas à la campagne. Il y en a de plus grands et de plus petits : par c.xemple, les pigeons culbutants et les pigeons tournants, qui sont les plus petits de tous les pigeons de volière, le sont|dus que le pigeon de colombier; ils sont aussi plus légers de vol, et [)liis dégagés de corps; et quand ils se mêlent avec les pigeons de colombier, ils pcialent l'babitudc de tourner et de culbuter. Il semble que ce soit I état de captivité forcée (jui leur fait tourner la tète, et qu'elle reprend son assiette dés qu’ils recouvrent leur liberté.

Les races pures, c’est-à-dire les variétés principales de pigeons domestiques, avec lesqu’elles on peut faire toutes les variétés secondaires de cbacune de ces races, sont ; 1" les pigeons appelés f/rosses-gor<jes, parce qu'ils oui la faculté d’entier |irodigieusemcnt leur jabot en aspirant et retenant l air; 2“ les pigeons mondains, (pii sont les plus recommandables par leur fécondité, ainsique les pigeons romains, les pigeons pattus et les nonnains;

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