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négliirer ses petits; elle ne leur donne à tnangcr que lorsqu’ils commencent à avoir des plumes ; et l’on n’a pas manqué de dire qu’elle ne commençait que de ce moment à les reconnaître à leur plumage naissant, et à les traiter véritablement comme siens. Pour moi, je ne vois dans celle diète des premiers jours que ce que l’on voit plus ou moins dans presque tous les autres animaux, et dans rhonime lui-même; tous ont besoin d’un peu de temps pour s’accoutumer à un nouvel élément, à une nouvelle existence. Pendant ce temps de diète, le petit oiseau n’est pas dépourvu de toute nourriture : il en trouve une au dedans de lui-même, et qui lui est très-analogue; c’est le restant du jaune que renferme Vabdomen, et qui passe insensiblement dans les intestins par un conduit psirticulier. La mère, après ces premiers temps, nourrit ses petits avec des aliments convenables, qui ont déjà subi une préparation dans son jalmt, et qu’elle leur dégorge dans le bec, à peu près comme font les pigeons.
Le mâle ne se contente pas de pourvoir à la subsistance de la famille, il veille aussi pour sa défense; et s’il s’aperçoit qu’un ndlan, ou tel autre oiseau de proie, s'approebe du nid, le péril <le ce qu’il aime le rend courageux; il prend son essor, gagne le dessus, et se rabattant sur rennemi, il le frappe violemment de son bec. Si l’oiseau de proie fait des efforts (lour reprendre le dessus, le corbeau en a fait de nouveaux pour conserver son avantage; et ils s’élèvent quelquefois si haut qu’on les perd absolument de vue, jusqu'à ce que, excédé de fatigue, l’im ou l'autre, ou tous les deux, se laissent tomber du liant des airs.
Aristote, et beaucoup d’autres d'après lui, prétendent que, lorsque les petits commencent à être en état de voler, le père et la mère les obligent à sortir du nid et à faire usage de leurs ailes, que bientôt même ils les chassent totalement du district qu'ils se sont approprié, si ce district, trop stérile et trop resserré, ne suffit pas à la subsistance de plusieurs couples; et en cela ils se montreraient véritablement oiseaux de proie ; mais ce fait ne s’accorde point avec les observations que M. Hébert a faites sur les corbeaux des montagnes dé Bugey, lesquels prolongent réducation de leurs [letits, et continuent de pourvoir à leur subsistance bien au delà du terme où ceux-ci sont en état d’y pourvoir par cux-rnèines. Comme l'occasion de faire de telles observations, et le talent de les faire aussi bien, ne se rencontrent pas souvent, j’ai cru devoir en rapporter ici le détail dans les propres termes de l'observateur :
« Les petits corbeaux éclosent de fort bonne heure , et dès le mois de mai iis sont en état de quitter te nid. Il en naissait i liaque année i.ne famille en face de mes fenêtres, sur des rochers qui bordaient la vue. Les petits, au nombre de quatre ou cinq, se tenaient sur de gios blocs éboulés à une hauteur moyenne, où il était facile de les voir; et ils se faisaient d’ailleurs assez remarquer par un piaillement presque coniiiiuel. Cliaque fois que le père ou la mère leur apportait à manger, ce qui arrivait plusieurs fois le jour, ils les appelaient par un cri crau,crau,crau, très-différent de leur piaulement. Quelquefois il n’y en avait qu’un seul qui prît l'essor, et après un léger essai de scs forces, il revenait se poser sur son rocher ; presque toujours il eu restait quelqu'un, et c'est alors que son piaulement devenait continuel. Lorsque les petits avaient l'aile assez forte pour voler, c’esi-a-dire quinze jours au moins après leur sortie du uiil, les père et mère les emmenaient tous les matins avec eux et les ramenaient tous les soirs. C’était toujours sur les cinq ou six heures aprèsmidi que toute la bande revenait au gite, et le reste de la soirée se passait eu criailleries lics-iiicommodes. Ce manège durait tout l'été ; ce qui donne lieu de croire que les corbeaux ne font pas deux couvées par an. »
Gessner a nourri de jeunes corbeaux avec de la chair crue, de petits poissons et du pain trempé dans l’eau. Ils sont fort friaiuls de cerises, et ils
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les avalent avidement avec les queues et les noyaux; mais ils ne digèrent que la pulpe, Cl deux heures après ils rendent par le bec les noyaux « i les queues. On dit qu'ils rejettent aussi les os des animaux qu’ils ont avalés avec la chair, de même que la crécerelle, les oiseaux de proie nocturnes, les oiseaux pécheurs, etc., rendent les parties dures et indigestes des animaux ou des poissons qu’ils ont dévorés. Pline dit que les corbeaux sont sujets, tons les étés, à une maladie périodique de soixante jours, dont, selon lui’ le principal symptôme est une grande soif; mais je soupçonne que cette maladie n’e.n autre chose que la mue, laquelle se fait plus lentement dans le corbeau que dans plusieurs autres oiseaux de proie.
Aucun observateur, que je sache, n’a déterminé l’âge auquel les jeunes corbeaux, ayant pris la plus grande partie de leur accroissemeiil, sont vraiment adultes et en état de. se reprtidnire; et si chaque période de la vie était proportionnée dans les oiseaux, comme dans les animaux quadrupèdes, à la durée de la vie totale, on pourrait soupçonner (|uc les corbeaux ne deviendraient adultes qu’au bout de plusieurs années; car, qiioiqu il y ait beaucoup à rabattre sur la longue vie qu’Hésiode accorde aux corbeaux, cependant il parait assez avéré que cet oiseau vil quelquefois un siècle et davanta<>-e : on en a vu, dans plusieurs villes de France, qui avaient atteint cet âge; et, dans tous les pays et tous les temps, il a passé pour un oiseau très-vivace /mais il s’en faut bien que le terme de l'âge adulte, dans cette, espèce, soit retardé en proportion de la durée totale de la vie; car, sur la lin du premier été lorsque toute la famille vole de com|)agnie, il e.st déjà difficile de distinguer à la taille les vieux d’avec les jeunes; et dès lors il est très-probable que ceux-ci sont en étal de se reproduire dès la seconde année.
Mous avons remarqué plus haut que le corbeau n'était pas noir en naissant : il ne l’est pas non plus en mourant, du moins quand il meurt de vieillesse; car, dans ce cas, son plumage change sur la fin, et devient jaune par défaut de nourriture; mais il ne faut pas croire qu’en aucun temps cet oiseau soit d un noir pur et sans mélange d’aucune autre teinte; la nature ne connaît guère celte uniformité absolue. En effet, le noir qui domine dans cet oiseau parait mélo de violet sur la partie supérieure du corps, de cendré sur la gorge, et de veit sous le corps, sur les pennes de la queue, et sur les plus grandes pennes des ailes et les plus éloignées du dos. 11 n’y a (|ue les pieds les ongles et le bec qui soient absolument noirs, et ce noir du bec semblé pénétrer jusqu’à la langue, comme celui des plumes semble |•énétrer j'usiiu’à la chair, qui en a une forte teinte. La langue est cylindrique à sa base aplatie et fourchue à son extrémité, et hérissée de petites pointes sur ses bords. L’organe de l’ou’ie est fort complique, et peut-être plus que dans les autres oiseaux. Il faut qu’il soit aussi plus sensible, si l’on peut ajouter foi à ce que dit Plutarque, qu’on a vu des corbeaux tomber comme étourdis par les cris d’une multitude nombreuse et agitée de quelque grand mouvement.
L’œsophage se dilate à l’endroit de sa jonction avec le ventricule, et forme, par sa dilatation, une espèce de jabot qui n’avait point échappé à Aristote! La face intérieure du ventricule est sillonnée de rugosités; la vésicule du fiel est fort grosse et adhérente aux intestins. Redi a trouvé des vers dans la cavité de Vabdomm. La longueur de l inlestin est à peu près double de celle de l’oiseau, même prise du bout du bec au bout des ono^les c’est-à-dire qu’elle est moyenne entre la longueur des intestins des vérkables carnivores et celle des intestins des véritables granivores, en un mot, telle qu'il convient pour un oiseau qui vil de chair et de fruits.
Cet appétit du corbeau, qui s’étend à tous les genres de nourriture, se
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tourne souvent contre lui-incine, par la l'aciliié (prit oiïre aux oiseleurs de trouver des appâts qui lui conviennent. La poudre de noix vomique, qui est un poison pour un grand nombre d’animaux quadrupèdes, en est aussi un pour le corbeau : elle l enivre au point qu’il tombe bientôt après qu’il en a mangé; et il faut saisir le moment où il tombe, car cette ivresse est quelquefois de courte durée, et il reprend souvent assez de forces pour aller mourir ou languir sur un rocher. On le prend aussi avec plusieurs sortes de filets, de lacets et de pièges, et même à la pipée, comme les petits oiseaux; car il partage avec eux leur antipathie pour le hibou, et il n aperçoit jamais cet oiseau, ni la chouette, sans jeter un cri. On dit qu’il est aussi en guerre avec le milan, le vautour, la pie de mer : mais ce n’est autre chose que l’effet de cette antipathie nécessaire qui est entre tous les animaux carnassiers. ennemis nés de tous les faibles qui peuvent devenir leur proie, et de tous les forts <pii peuvent la leur disputer.
I.es corbeaux, lorsqu’ils se posent à terre, marchent et ne sautent point. Ils ont, comme les oiseaux de proie, les ailes longues et fortes (à peu près trois pieds et demi d’envergure); elles sont composées de vingt pennes, dont les deux ou trois premières sont plus courtes que la quatrième, qui est la plus longue de toutes, et dont les moyennes ont une singularité : c’est que l’extrémité de leur côte se prolonge au delà des barbes et finit en pointe. La queue a douze pennes d’environ huit pouces, cependant un peu inégales, les deux du milieu étant les plus longues, et ensuite les plus voisines de celles-là; en sorte que le bout de la queue paraît un peu arrondi sur son plan horizontal ; c’est ce <]ne j’appellerai dans la suite queue étagée.
Delà longueur des ailes on peut presque toujours conclure la hauteur du vol : aussi les corbeaux ont-ils le vol irès-clcvé, comme nous l’avons dit, et il n’est pas surprenant qu’on les ail vus dans les temps de nuées et d orages traverser les airs ayant le bec chargé de feu. Ce feu n’était autre chose sans doute que celui des éclairs mêmes, je veux dire, qu’une aigrette lumineuse formée à la pointe de leur bec par la matière électrique, qui, comme on sait, remplit la région supérieure de l’atmosphère dans ces temps d’orage; et, pour le dire en passant, c’est peut-être quelque observation de ce genre qui a valu à l’aigle le titre de ministre de la foudre; car il est peu de fables qui ne soient fondées sur la vérité.
De ce que le corbeau a le vol élevé, comme nous venons de le voir, et de ce qu’il s’accommode à toutes les températures, comme chacun sait, il s’ensuit que le monde entier lui est ouvert, et qu’il ne doit être exclu d’aucune région. En effet, il est répandu depuis le cercle polaire jusqu’au cap de Bonne-E.-.pérance, et à l ile de Madagascar, plus ou moins abondamment, selon que chaque pays fournit plus ou moins de nourriture, et des rochers qui soient plus ou moins à son gré. Il passe quelquelois des côtes de Barbarie dans l’île de Ténériffe; on le retrouve encore au Mexique, à Saint-Domin"ue, au Canada, et sans doute dans les autres parties du nouveau continenf et dans les îles adjacentes. Lorsqu'une fois il est établi dans un pays et qu’il y a pris ses habitudes, il ne le quitte guère pour passer dans un autre. 11 reste même attaché au nid qu il a construit, et il s en sert plusieurs années de suite, comme nous l’avons vu ci-dessus.
Son plumage n’est pas le même dans tous les pay's. Indépendamment des causes particulières qui peuvent en altérer la couleur ou la laire varier du noir au brun et même au jaune, comme je lai remarqué plus haut, il subit encore plus ou moins les inlluences du climat : il est quelquelois blanc en Norwége et en Islande, où il y a aussi des corbeaux tout à fait noirs, et en assez g'i’and nombre. D’un autre côté, on en trouve de blancs, au centre
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(le la France et de rAllemagne, dans des nids on il y en a aussi de noirs. Le corbeau du Mexique, a|ipelé cacaloU par Fernandez, est varié de ces deux couleurs; celui de la baie de Saldagne a un collier blanc; celui de Madagascar, appelé coach, selon Flaccourt, a du blanc sous le ventre, et l’on retrouve le même mélange de blanc et de noir dans quelques individus de la race qui réside en Kui-ope, même dans celui à qui M. Brisson a donné le nom de corbeau blanc du nord, et qu’il eut été plus naturel, ce me semble, d'appeler corbeau noir et blanc, puisqu’il a le dessus du corps noir, le dessous blanc, et la tète blanelie. et noire, ainsi que le bec, les pieds, la queue et les ailes. Felles-ci ont vingt et une pennes, et la queue en a douze, dans lesquelles il y a une singidarité à remarquer : c’est que les correspondantes de chaque côté, je veux dire les pennes qui, de chaque côté, sont à égale distance des deux du milieu, et qui sont ordinairement seniblables entre elles pour la forme et pour la distribution dos couleurs, ont, dans l'individu décrit par M. Brisson, plus ou moins de blanc, et distribué d'une manière différente ; ce qui me ferait soiqiçonner que le blanc est ici une altération de la couleur naturelle, qui est le noir; un effet accidentel de la température excessive du elimat, laquelle, comme cause extérieure, n’agit pas toujours uniformément en toutes saisons ni en toutes circonstances, et dont les effets ne sont jamais aussi réguliers que ceux qui sont produits par la constante activité du moule intérieur; et, si ma conjecture est vraie, il n’y a aucune raison de faire une espèce particulière, ni môme une race ou variété permanente de cet oiseau, lequel ne diffère d’ailleurs de notre corbeau ordinaire que par ses ailes un peu plus longues; de même que tous les autres animaux des pays du nord ont le poil plus long que ceux de même espèce qui habitent des climats tempérés.
Au reste, les variations dans le plumage d’un oiseau aussi généralement, aussi profondément noir que le corbeau, variations produites par la seule différence de l’âge, du climat, ou par d’autres causes purement accidentelles, sont une nouvelle preuve ajoutée à tant d’autres , que la couleur ne fit jamais un caractère constant, et que dans aucun cas elle ne doit être regardée comme un attribut essentiel.
Outre cette variété de couleur, il y a aussi dans l’espèce des corbeaux variété de grandeur : ceux du mont .Jura, par exemple, ont paru à M. Hébert qui a été à portée de les observer, plus grands et plus forts que ceux des montagnes du Bugey; et Aristote nous apprend que les corbeaux et les éperviers sont plus petits dans l’Egypte que dans la Grèce.