LE CORBEAU DES INDES DE BONTIUS
Cet oiseau se trouve aux îles Moluques , et principalement dans celle de Banda. Nous ne le connaissons que par une description incomplète et par une figure très-mauvaise; en sorte qu’on ne peut déterminer que par conjecture celui de nos oiseaux d’Europe auquel il doit être rapporté. Bontius, le premier, et, je crois, le seul qui l'ait vu, l’a regardé comme un corbeau ;
en quoi il a élé suivi par Ray, Widiiglihy et quelques autres : mais iM. lirisson en a fait un calao. J'avoue que je suis de l’avis des premiers, et voici mes raisons en peu de mots :
Cet oiseau a , suivant Bontius , le bec et la démarche de notre corbeau ; et, en conséquence, il lui en a donné le nom, malgré son cou un peu long, et la petite protubérance que la figure fait paraître sur le bec; preuve certaine qu'il ne connaissait aucun autre oiseau avec lequel celui-ci eût plus de rapports, et, néanmoins, il connaissait le calao des Indes. Bontius ajoute, à la vérité, qu’il se nourrit de noix muscades, cl M. Willughby a regardé cela comme un trait marqué de dissemblance avec nos corbeaux : cependant nous avons vu que ceux ci mangent les noix du pays, et qu'ils ne sont pas aussi carnassiers qu’on le croit communément. Or, cette différence, étant ainsi réduite à sa juste valeur, lakse au sentiment de l'unique observateur qui a vu et nommé l'oiseau toute son autorité.
D'un autre côté, ni la description de Bontius, ni la figure ne présentent le moindre vestige de cette dentelure du bec dont M. Brisson a fait un des caractères de la famille des calaos ; et la petite protubérance, qui parait sur le bec dans la figure, ne semble point avoir de rapport avec celle du bec du calao. Enfin, le calao n’a ni ces tempes mouchetées, ni ces plumes du cou noirâtres dont il est parlé dans la description de Bontius; cl il a lui-méme un bec si singulier, qu’on ne peut, ce me send)le, supposer qu’un observateur l'ait vu et n'eu ait rien dit, et surtout qu'il l’ait pris pour un bec de corbeau ordinaire.
La chair du corbeau des Indes de Bontius a un fumet aromatique trèsagréable, qu’elle doit aux muscades dont l'oiseau fait sa principale nourriture; et il y a toute a|)parencc que, si notre corbeau se nourrissait de même, il perdrait sa mauvaise odeur.
Il faudrait avoir vu le corbeau du désert (f/raab el zahara) dont parle le docteur Shaw, pour le rapporter sûrement à l’espèce de notre pays dont il se rapproche le plus. Tout ce qu’en dit ce docteur, c’est qu'il est un peu plus gros que notre corbeau, et qu’il a le bec et les pieds rouges. Celte rougeur des pieds et du bec est ce qui a déterminé iVI. Shaw à le regarder comme un grand coracias. A la vérité, Tiispèce du coracias n’est point étrangère à l’Afrique, comme nous l’avons vu plus haut; mais un coracias plus grand qu’un corbeau ! Quatre lignes de description bien faite dissiperaient toute celle inceriitude : el c’est pour obtenir ces quatre lignes de quelque voyageur instruit que je fais ici mention d'un oiseau dont j’ai si peu à <lire.
Je trouve encore dans Kempfer deux oiseaux auxquels il donne le nom de corbeaux, sans indiquer aucun caractère qui puisse justifier celle dénomination. L’un est, selon lui, d'une grosseur médiocre, mais extrêmement fier; on l’avait apporte de la Clûne au Japon pour en faire présent à l’empereur : l'autre, qui fut aussi oU'ert à rcmperctir du Japon, était un oiseau de Corée, fort rare, ap|)elé careigaras, c’est-à-dire corbeau de Corée. Eemp fer ajoute qu’on ne trouve point au Japon les corbeaux qui sont communs en Europe, non plus que les perroquets et queh|ues autres oiseaux des Indes.
Nota. Ce serait ici le lieu de placer l’oiseau d’Arménie, (pie M. de Tournefort a appelé roi des corbeaux, si cet oiseau était en cflel un corbeau, ou seulement s’il approchait de celte famille. Mais il ne faut que jeter les yeux sur le dessin en miniature qui le représente, pour juger qu il a beaucoup plus de rapport avec les paons et les laisans par sa belle aigrette, par la richesse de sDn plumage, par la brièveté de ses ailes, par la forme de son bec, quoiqu’il soit un peu plus allongé , et quoi(|u'on remarque d’autres différences dans la forme de la queue et des pieds. Il est nommé avec raison,
ôoo nisToine natlirklle
sur ce dessin, ams Persica pavoni conffener ; cl c’est aussi parmi les oiseaux etrangers, analogues aux faisans et aux paons, que j’en aurais parlé, si ce même dessin fût venu plus tôt à ma connaissance.