‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 209 sur 525 · DE L'OISEAU DE PARADIS · texte numérisé non relu

DE L'OISEAU DE PARADIS

fortifié au point qu’on a traité de menteurs les premiers qui ont dit la vérité comme c’est l’ordinaire.

Au reste, si quelque chose pouvaitdonnerune apparencedeprobabilitéàla fable du vol perpétuel de l’oiseau de paradis, c’est sa grande légèreté produite par la quantité et l’étendue considérable desesplumes; car, outre celles qu’ont ordinairement les oiseaux, il en a beaucoup d’autres et de très-longues, qui prennent naissance de chaque côté dans les flancs entre l’aile et la cuisse, et qui, se prolongeant bien au delà de la queue véritable, et se confondant pour ainsi dire avec elle, lui font une espece de fausse queue à laquelle plusieurs observateurs se sont mépris. Ces plumes subalaires sont de celles que les naturalistes nomment décomposées : elles sont très-légères en elles-mêmes et forment, par leur réunion, un tout encore plus léger, on volume presque sans masse et comme aérien, très-capable d’augmenter la grosseur apparente de l’oiseau, de diminuer sa pesanteur spécifique, et d'aider à le soutenir dans l'air, mais qui doit aussi quelquefois mettre obstacle à la vitesse du vol et nuire à sa direction, pour peu que le vent soit contraire : aussi a-t-on remarqué que les oiseaux de paradis eberebent à se mettre à l’abri des grands vents, et choisissent pour leur séjour ordinaire les contrées qui y sont le moins exposées.

Ces plumes sont au nombre de quarante ou cinquante de chaque côté, et de longueurs inégales; la plus grande partie passe sous la véritable queue, et d'autres passent par-dessus sans la cacher, parce que leurs barbes ellilées et séparées composent, par leurs entrelacements divers, un tissu à larges mailles, et, pour ainsi dire, transparent; effet très-difficile à bien rendre dans une enluminure.

On fait grand cas de ces plumes dans les Indes, et elles y sont fort recherchées. Il n’y a guère qu’un siècle (pi'on les employait aussi en Europe aux memes usages que celles d’autruche; et il faut convenir quelles sont trèspropres, soit par leur légèreté, soit par leur éclat, à l'ornement et à la parure; mais les prêtres du pays leur attribuent je ne sais quelles vertus miraenleiises qui leur donnent un nouveau prix aux yeux du vulgaire, et qui ont valu à l’oiseau auquel elles appartiennent le nom d’oi’seaM de Dieu.

Ce qu'il y a de plus remarquable après cela dans l oiseau de paradis, ce sont les deux longs filets qui naissent au-dessus de la queue véritable, et qui s’étendent plus d’un pied au delà de la fausse queue formée par les plumes subalaires. Ces filets ne .sont effectivement des filets que dans leur partie intermédiaire; encore cette partie elle-même est-elle garnie de petites barbes très-courtes, ou plutôt de naissances de barbes; au lieu que ces memes filets sont revêtus, vers leur origine et vers leur extrémité, de barbes d'une longueur ordinaire. Celles de l’extrémité sont plus courtes dans la femelle, et c’est, suivant M. Brisson, la seule difl'érencc qui la distingue du mâle.

La tète et la gorge sont couvertes d'une espèce de velours formé par de petites plumes droites, courtes, fermes et serrées; celles de la poitrine et du dos sont plus longues, mais toujours soyeuses et douces au toucher. Toutes ces plumes sont de diverses couleurs, comme on le voit dans la figure; et ces couleurs sont changeantes et donnent différents reflets selon les différentes incidences de la lumière; ce que la figure ne peut exprimer.

La tète est fort petite à proportion du corps ; les yeux sont encore plus petits et placés très-près de l’ouverture du bec, lequel devrait être plus long et plus arqué dans la planche enluminée. Enfin, Clusius assure qu il n’y a que dix pennes à la queue; mais sans doute il ne les avait pas comptées sur un sujet vivant , et il est douteux que ceux qui nous viennent de si loin aient le nombre de leurs plumes bien complet, d’autant plus que cette espèce est

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siijeltc à une mue coiisitiL'rnbic el qui dure plusieurs mois eliaquo année, fis se cacliciU pendant ce lemps-là, (|ui est la saison des pluies pour le pays qiiils babitent : mais au eouinu-necmcni du mois d'aoiil, c’est-à-dire après la ponte, leurs plumes reviennent, et pendant les mois de seplend)re cl d octobre, qui sont un temps de caliiic, ils vont par troupes comme font les étourneaux en Europe.

(.e bel oiseau n est pas lorl répandu : on ne le trouve guère que dans la partie de l’.Asie où croissent les épiceries, et parliculièrement dans les îles d’Arou ; il n’est point inconnu dans la partie de la INouvello-Gniiiée qui est voisine de ces îles, puisqu’il y a un nom; mois ce nom même, qui est burung-arou, semble porter l’empreinte du pays originaire.

L’altacbeinent exclusif de l'oiseau de paradis pour les contrées où croissent les épiceries dorme lieu de croire qu'il rencontre sur ces arbres aromatiques la nourriture qui lui convietit le mieux; du moins est-il certaiti qu’il ne. vit pas uniquement de la rosée. .1. Ollon Ilelbigius, qui a voyagé aux Indes, nous apprend quil se nourrit de baies rouges que produit un arbre fort élevé. Linnæus dit qu’il fait .«a proie des grands papillons ; et lîontius, (|u’il donne quelquefois la chasse aux petits oi.scaux et les mange. Les bois sont sa demeure ordinaire; il se perche sur les arbres, où les indiens l’atletulcnl cachés dans des buttes légères qu’ils savent attacher aux branches el d’où ils le tirent avec leurs nètdies de roseau. Son vol ressemble à celui de riiirondelle, ce qui lui a fait donner le nom d'hirondelle de Ternate; d'autres disent qu’il a en eflét la forme de rbirondellc, mais qu’il a le vol plus élevé et (|u’on le voit toujours au haut de l'air.

Quoique IVIaregrave place la tiescriplion dccetoiseauparmi les descriptions des oiseaux du Rrésil, on ne doit point croire qu'il existe en Amérique, à moins que les vaisseaux européens ne l’y aient transporté; et je fonde mon assertion non-seulement sur ce que Alaregrave n’indique point son nom brésilien, comme il a coutume de faire à l’égard de tous les oi.seaux du Rrésil, el sur le silence de. tous les voyageuis i|ui ont parcouru le nouveau continents et les îles adjacentes, mais encore sur la loi du climat : cette loi, ayant été établie d’abord pour les quadrupèdes, s’est ensuite appliquée d’ellemème à plusieurs espèces d’oiseaux, et s’applique parliculièrement à celle-ci comme habitant les contrées voisines de l’équateur, d’où la traversée est beaucoup plus dillicile, et comme n’ayant pas l’aile assez foi te relativement au volume de ses plumes : car la légèreté seule ne .sulïit point pour faire une telle traversée; elle est même un obstacle dans le cas des vents contrains. ainsi que je l’ai dit. D’ailleurs, comment ces oiseaux se seraient-ils exposés à franchir des mers immenses [lour gagner le nouveau continent, tandis que même dans l’ancien ils se sont resserrés volontairement dans un e.qiacc assez étroit, et qti’ils n’ont point cherché à se répandre dans des contrées contiguës qui semblaient leur olfrir la même température, les mêmes commodités et les mêmes ressources'.'’

Il ne parait (las que les anciens aient connu l'oiseau de paradis. Les caractères si frappants et si singidiers ipii le distinguent de tous les autres oiseaux, ces longues plumes subalaires, ces longs filets de la queue, ce velours naturel dont la tète est revêtue, etc., ne sont nulle part indiqués dans leurs ouviageg; et c’est sans fondement tpie Belon a prétendu y retrouver le [ihénix des anciens, d’après une faible analogie qu’il a cru apercevoir, moins entre les propriétés de ces deux oiseatix qu’entre les fables (|u’on a débitées de l’un et de l autre. D’ailleurs on ne peut nier que leur clintat proi)re ne soit absolument dillérent, |)uis(|U(! le |)hénix st; l/ouvait en Arabie cl quelquefois en Egypte, au lieu que l’oiseau de paradis ne s’y montre jamais, et

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qu'il parail aUaclié, coiuinc nous venons de le voir, à la partie orientale de l'Asie, laquelle était l'orl peu connue des anciens.

Clusius rapporte, sur le témoignnKC de quelques marins, lesquels n étaient instruils eux-inèines que par des ouï-dire, «pi’il y a deux espèces d’oiseaux de paradis : l’une, cousiaininenl plus belle et plus grande, altacliée à 1 ile d’Arou; l’aulrc, plus petite cl moins belle, atlacbéc a la partie de la terre des Papoux qui est voisine de Oilolo. Helbigius, qui a ouï dire la même chose, dans les îles d’Arou, ajoute que les oiseaux de paradis de la iVouvellc- (iuinée ou do la terre des Papoux dillèrent de ceux de lile d Aron, iionseulcnienl par la taille, mais encore par les couleurs du plutuage, (jui est blanc et jaunâtre. Malgré ces deux autorités, dont l'une est trop suspecte, l'aiilre trop vague pour qu’on puisse eu rien tirer de précis, il me parait que tout ce (pi on peut dire de raisonnable d'après les laits les plus avérés, c’est tpie les oiseaux de paradis qui nous viemicnl des Imles ne sont pas tous éplemcnt conservés, ni tous parfaitement semblables; qu’on trouve en ell'et de ces oiseaux plus jrctits ou plus grands; d’autres, qui ont les plumes subalaires et les liicts de la (pieue plus ou moins longs, pdcis ou moins nombreux; d'autres, qui ont ers lilels dilîéremmenl posés, dilTéremmenl conformés, ou qui n'en ont point du tout ; d'autres, enlin, <pii diffèrent entre eux par les coideurs du plumage, par des huppes ou loulfcs de plumes, etc.; mais (|ue, dans le vrai, il est dilïieile, parmi ces différences aperçues dans des individus presque tous mtitilés, défigurés, ou ilu moins mal desséchés, tle déterminer précisément celles qui peuvent consljiuer des espèces diverses et celles qui ne sont que des variétés d'âge, de sexe, de saison, de climat, d’accident, etc.

D'ailleurs, il faut remarquer que les oiseaux de paradis étant fort chers, comme marchandise, à raison de leur célébrité, on lâche de Itiiie passe» sous ce nom plusieurs oiseaux à longue tpieue et à beau [ilumage, auxquels on retranche les pieds et les cuisses pour eu augmenter la valeur. Mous en avons vu ci-dessusun exemple dansie rollicr de paradiscitépar .M. Ldw»uds, planche 1 12, et auquel on avait accordé les honneurs de la mutilation. J ai vu niui-mèmc des perruches, des promerops, d autres oiseaux, qu on avait ainsi traités; et l'on en peut voir plusieurs autres exemples dans Aldrovande et dans Seba. On trouve même assez communément île véritables oiseaux de paradis qu’on a lâché de rendre plus singuliers et plus chers en les défigurant de différentes façons. Je me contenterai donc d'indiquer, à la suite des deux espèces principales, les oi.xeaux qui m'ont |)aru .-noir assez de traits de couformilé avec elles pour y être rapportés, et assez de traits de dissemblance pour en être distingués, sans oser décider, faute d'observations suffisantes, s'ils appartiennent à l’une ou à l'autre, ou s’ils forment des espèces séparées de toutes les deux.

LE MAMUCODE.

Famille des coniroslrcs, goure oiseau de paradis. ((;ijviiîn.)

Le manticode, que je nomme ainsi d’après son nom indien, ou plutôt su- [lerslitieux, maniicodiala, qui signifie oiseau de Dieu, est appelé communéincnt le roi des oiseaux de paradis ; mais c est par un préjugé qui lient aux fables dont on a charge I fiistoire de cet oiseau. Les matins dont (jIusius lira ses |)rincipales informations avaient oui dire dans le pays (|ue chacune des deux espèces d'oiseaux de paradis avait son roi, à qui tous les autres parais-

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soient obéir avec beaucoup de soumission et de fidélité ; que ce roi volait toujours au-dessus de la troupe, et planait sur ses sujets; que de là il leur donnait ses ordres pour aller reconnaitre les fontaines où on pouvait aller boire sans danger, pour en faire l’épreuve sur eux-mêmes, etc. ; et cette fable, conservée par Clusius, quoique non moins absurde qu’aucune autre, était la seule chose qui consolât Nieremberg de toutes celles dont Clusius avait purgé l’histoire des oiseaux de paradis : ce qui, pour le dire en passant, doit fixer le degré de confiance que nous pouvons avoir en la critique de ce compilateur. Quoi qu'il en soit, ce prétendu roi a plusieurs traits de ressemblance avec l’oiseau de paradis, et il s’en distingue aussi par plusieurs différences.

Il a, comme lui, la tète petite et couverte d’une espèce de velours, les yeux encore plus petits, situés au-dessus de l’angle de l’ouverture du bec, les pieds assez longs et assez forts, les couleurs du plumage changeantes, deux filets à queue à peu près semblables, excepté qu'ils sont plus courts, que leur extrémité, qui est garnie de barbes, fait la bouche en se roulant sur elle-même, et qu’elle est ornée de miroirs semblables en petit à ceux du paon. Il a aussi sous l’aile, de chaque côté, un paquet de sept ou huit plumes plus longues que dans la plupart des oiseaux, mais moins longues et d'une autre forme que dans l’oiseau de paradis, puisqu’elles sont garnies, dans toute leur longueur, de barbes adhérentes entre elles. On a disposé la figure de manière que ces plumes subalaires peuvent être aperçues. Les autres différences sont que le manucode est plus petit, qu’il a le bec blanc et plus long à proportion, les ailes aussi plus longues, la queue plus courte, et les narines couvertes de plumes.

Clusius n’a compté que treize pennes à chaque aile, et sept ou huit à la queue; mais il n’a vu que des individus desséchés , et qui pouvaient n’avoir pas toutes leurs plumes. Ce même auteur remarque, comme une singularité, que dans quelques sujets les deux filets de la queue se croisent : mais cela doit arriver souvent et très-naturellement dans le même individu à deux filets longs, flexibles et posés à côté l’un de l’autre.

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