‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 259 sur 525 · LE MERLE SOLITAIRE · texte numérisé non relu

LE MERLE SOLITAIRE

(le merle bleu. )

Voici encore un merle habitant des montagnes, et renommé pour sa belle voix. On sait que le roi François 1" prenait un singulier plaisir à l’en-

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tendre, et qu’aiijourd’hiii mètiie un niàle afiprivoisc de celle espèce se vend fort cher à Genève et à Milan, et beaucouf) plus cher encore à Smyruc et à Constantinople. Le ramage naturel du merle solitaire est en elTel très-doux, irès-flùté, mais un peu triste, comme doit être le chant de tout oiseau vivant en solitude. Celui-ci se tient toujours seul, excepté dans la saison de l amour. A celte époque, non-seulement le mâle et la femelle se recherchent, mais souvent ils quittent de compagnie les sommets agrestes et déserts où jusque-là ils avaient fort bien vécli sé|>arément, pour venir dans les lieux habités et se rapprocher de rhomme. Ils sentent le besoin de la société dans le moment où la plupart des animaux qui ont coutume d y vivre se passeraient de tout l’univers ; on dirait qu ils veulent avoir des témoins de leur bonheur, afin d’en jouir de toutes les manières possibles. A la vérité, ils savent se garantir des inconvénients do la foule, et se faire une solitude au milieu de la société, en s’élevant à une hauteur où les importunités ne peuvent atteindre que difïicilenienl. Ils ont coutume de poser leur nid, fait de brins d herbe et de plumes, tout au haut d’une cheminée isolée, ou sur le comble d’un vieux chàlcuu, ou sur la cime d'un grand arbre, et presque toujours à portée d’un clocher ou d une tour élevée : c’est sur le coq de ce clocher, ou sur la girouette de celte tour (|ue le mâle se tient des heures et des journées entières, sans cesse occupé de sa compagne tandis (|u’elle couve, et s efforçant de charmer les ennuis de sa situation^ par un chant continuel. Ce chant, tout pathétique qu’il est, ne suffit pas à l’expression du sentiment dont il est plein ; un oiseau solitaire sent plus, et plus profondément qu’un autre; on voit (luclquel'ois celui-ci s’élever en chantant, battre des ailes, étaler les plumes de sa queue, relever celles de sa tète et décrire en piaffant plusieurs cercles dont sa femelle cherie est le centre

uniiiue. ,

Si quelque bruit extraordinaire, ou la présence de quchpie objet nouveau, donne de l’irniuiétude à la couveuse, elle se réfugie dans son fort, c’est-àdire sur le clocher ou sur la tour habitée par son mâle, cl bientôt elle revient à sa couvée qu elle ne renonce jamais.

Dès que les petits sont éclos, le mâle cesse de chanter, mais il ne cesse pas d’aimer : au contraire, il ne se tait que pour donner à celle qu il aime une nouvelle preuve de son amour cl partager avec elle le soin de porter la becquée à leurs petits; car dans les animaux l’ardeur de l’aniour n’annonce pas seulement une plus grande fidélité au vœu de la nature pour la généraiion des êtres, mais encore un zèle plus vif et plus soutenu pour leur conservation.

Ces oiseaux pondent ordinairement cinq ou six œufs. Ms nourrissent leurs petits d insectes, et ils s’en nourrissent eux-mêmes, ainsi que de raisins et d’autres fruits, ün les voit arriver au mois d'avril dons les pays où ils ont coutume de passer l'été; ils s’en vont à la fin d’août, et reviennent constamment chaque année au même endroit où ils ont cm premier lieu fixé leur domicile II est rare qu’on en voie deux paires établies dans le même canton.

Les jeimes, pris dans le nid, sont capables d instruction : la souplesse de leur gosier se prête à tout, soit aux airs, soit aux pai oies, car ils appiennent aussi à parler, et ils se mettent à chanter au milieu de la nuit, sitôt qu ils voient la lumière d’une chandelle, ils peuvent vivre en cage jusqu à huit ou dix ans lorsqu’ils sont bien gouvernés. On en trouve sur les montagnes de France et d’Italie, dans presque toutes les iles de l’Archipel, surtout dans celles de Zira et de Nia, et l’on dit qu ils nichent parmi des tas de pierres, et dans l’île de Corse, où ils ne sont point regardés comme oiseaux de passage. Cependanien Bourgogne il eslinou'i que ceux que nous voyons arriver

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au prinlemps et nicher sur les cheminées ou sur le comble des églises, y passent l’hiver. Mais il est possible de concilier tout cela : le merle solitaire peut très-bien ne point quitter l’ile de Corse, et néanmoins passer d’un canton à l’autre et changer de domicile suivant les saisons, à peu près comme il fait en France.

Les habitudes singulières de cet oiseau et la beauté de sa voix ont inspiré au peuple une sorte de vénération pour lui. Je connais des pays où il passe pour un oiseau de bon augure, où l’on souffrirait impatiemment qu’il fût troublé dans sa ponte, et où sa mon serait presque regardée comme un malheur public.

I.e merle solitaire est un peu moins gros que le merle ordinaire: mais il a le bec plus fort et plus crochu par le bout, et les pieds plus courts à proportion. Son plumage est d’un brun plus ou moins foncé et moucheté de blanc partout, excepté sur le croupion et sur les pennes des ailes et de la queue; outre cela, le cou. la gorge, la poitrine et les couvertures des ailes ont dans le mâle une teinte de bleu et des reflets pourpres qui manquent absolument dans le plumage de la femelle : celle-ci est d'un brun plus uniforme, et ses mouchetures sont jaunâtres. L’un et l’autre ont l’iris d’un jaune orangé, rouverture des narines assez grande, les bords du bec échancrés près de la pointe comme dans presque tous les merles et toutes les grives; l'intérieur de la bouche jaune; la langue divisée par le bout en trois filets, dont celui du milieu est le plus long; douze pennes à la queue, dixneuf à chaque aile, dont la première est très-courte; enfin la première phalange du doigt extérieur unie à celle du doigt du milieu. La longueur totale de ces oiseaux est de huit à neuf pouces, le vol de douze, leur queue de trois, leur pied de treize lignes et leur bec de quinze ; les ailes repliées s’étendent au delà du milieu de la queue,

OISEA^ÜX ÉTRANGERS

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