SUR LA NATURE
que quand il la voit travaillée des douleurs de la ponte, et ennuyée d’une longue et continuelle incubation : non-seulement il pourvoit à sa subsistance pendant tout ce temps, mais il cherche à le rendre plus court, en multipliant ses caresses, en redou- Jlanlses accents amoureux: et ce qui prouve que le chant dépend en effet et en entier des amours, c’est qu’il cesse avec elles. Dès que la femelle couve, elle ne chante plus, et vers la fin de juin , le mâle se tait aussi, ou ne se fait entendre que par quelques sons rauques, semblables au coassement d’un reptile, et si différents des premiers, qu on a de la peine à se persuader que ces sons viennent du rossignol, ni même d’un autre oiseau.
Ce chant qui cesse et se renouvelle tous les ans , et q li ne dure que deux ou trois mois ; celte voix, dont les beaux sons n’éclatent que dans la saison de l’amour, qui saltere ensuite et s’éteint comme la flamme de ce feu satisfait, indique un rapport physique entre les organes de la génération et ceux de la voix ; rapport qui paraît avoir une correspondance plus précise et des effets encore plus étendus dans l’oiseau. On sait que, dans l’homme, la voix ne devient pleine qu’apres la puberté; que, dans les quadrupèdes, elle se renforce et devient effrayante dans le temps du rut • la réplétion des vaisseaux spermatiques, la surabondance de la nourriture organique, excitent une grande irritation dans les parties de la génération ; celles de la gorge et de la voix paraissent se ressentir plus ou moins de cette chaleur irritante; la croissance de k barbe, la force de la voix, l’extension de la partie génitale dans le mâle, l’accroissement des mamelles, le développement des corps glanduleux dans la femelle qui tous arrivent en même temps, indiquent assez la correspondance des partiesde la’ génération avec celles de la gorge et de la voix. Dans les oiseaux, les changements sont encore plus grands : non-seulemeiil ces parties sont irritées, altérées ou changées par ces mêmes causes, mais elles paraissent meme se détruire en entier pour se renouveler ; les testicules, qui, dans l’homme et dans la plupart des quadrupèdes sont à peu près les mêmes en tout temps, sc flétrissent dans les oiseaux, et se trouvent’ pour ainsi dire, réduits à rien après la saison des amours, au retour de laquelle ils renaissent, prennent une vie végétative, et grossissent au delà de ce que semble permettre la proportion du corps. Le chant, qui cesse et renaît dans les memes temps nous indique des alterations relatives dans le gosier de l’üi.seau; et il serait bon d’observer s’il ne se fait pas alors dans les organes de sa voix quelque production nouvelle, quelque extension considérable, qui ne dure qu'autant que le gonflement des parties de la génération.
Au reste, l’homme paraît encore avoir influé sur ce sentiment d’amour, le plus profond de la nature; il semble au moins qu’il en ait étendu la durée et multiplié les effets dans les animaux quadrupèdes et dans les oiseaux qu’il relient en domesticité
Les oiseaux de basse-cour et les quadrupèdesdomestiques ne sont pas bornés, comme
ceux qui sont libres, à une seule saison, à un seul temps de rut ; le coq, le pi-reon le canard, peuvent, comme le cheval, le bélier et le chien, s’unir et produire presque en toute saison, au lieu que les quadrupèdes et les oiseaux sauvages, qui n’ont reçu que la seule influence de la nature, sont bornés à uneou deux saisons, et ne cherchent h s unir que dans ces seuls temps de l’année.
Nous venons d’exposer quelques-unes des principales qualités dont la nature a doué les oiseaux ; nous avons tâché de reconnaître les influences de l’homme sur leurs facultés; nous avons vu qu’ils l’emportent sur lui et sur tous les animaux quadrupèdes par l’étendue et la viv.icité du sens de la vue, par la précision, la sensibilité de celui de l’oreille, par la facilité et la force de la voix, et nous verrons bientôt qu’ils l’emportent encore de beaucoup par les puissances de la génération, et par l’aptitude au mouvement, qui paraît leur être plus naturel que le repos ; il y en a, comme les oiseaux de paradis, les mouettes, les martins-pcchciirs, etc., qui semblent cire