‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 309 sur 525 · LE MARTIN · texte numérisé non relu

LE MARTIN

Ordre des passereaux, genre martin. (Cuvier.)

Cet oiseau est un destructeur d’insectes, et d’autant plus grand destructeur qu’il est d’un appétit très-glouton : il donne la chasse aux mouches, aux papillons, aux scarabées : il va, comme nos corneilles et nos pies, chercher dans le poil des chevaux, des bœufs et des cochons, la vermine qui les tourmente cjuelquefois jusqu’à leur causer la maigreur et la mort. Ces animaux, qui se trouvent soulagés, souffrent volontiers leurs libérateurs sur leur dos, et souvent au nombre de dix ou douze a la fois; mais il ne faut pas qu’ils aient le cuir entamé par quelque plaie ; car les martins, qui s’accommodent de tout, becqueteraient la chair vive et leur feraient beaucoup plus de mal que toute la vermine dont ils les débarras-

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sent. Ce sont, à \rai dire, des oiseaux carnassiers, mais qui, sachant mesurer leurs forces, ne veulent qu’une proie facile, et n’attaquent de front que des animaux petits et faibles. On a vu un de ces oiseaux, qui était encore jeune, saisii' un rat long de plus de deux pouces, non compris la queue, le battre sans relâche contre le plancher de .sa cage, lui briseï’ les os, et réduire tous ses membres à l’état de souplesse et de llexibilité qui convenait a ses vues, puis le prendre par la tète et l’avaler presque en un instant; il en fut quitte pour une espèce d’indigestion qui ne dura qu’un quart d’heure, pendant lequel il eut les ailes traînantes et l’air soufl’rant : mais ce mauvais quart (Theure passé, il courait par la maison avec sa gaieté ordinaire; et environ une heure après, ayant trouvé un autre rat, il 1 avala comme le premier et avec aussi peu d’inconvénient.

Les sauterelles sont encore une des proies favorites du martin; il en détruit beaucoup, et par là il est devenu un oiseau précieux pour les pays affligés de ce fléau, et il a mérité que son histoire se liâtà celle dcriiomme. Il SC trouve dans l’Indc et les Philippines, et probablement dans les contrées intermédiaires; mais il a été longtemps étraniîer àbilede Bourbon. Il n y a guère plus de vingt ans que IM. DosforgesSlouchers gouverneur général, et 31. Poivre, intendant, voyant cette île désolée par les sauterelles *, songèrent à faire sérieusement la guerre à ces insectes; et pour cela ils tirèrent des Indes quelques paires de martins, clans l’intention de les multiplier, et de les opposer comme auxiliaires à leurs redoutables ennemis. Ce plan eut d’abord un commencement de succès; et l’on s’en promettait les [)lus grands avantages, lorsque les colons, ayant vu ces oiseaux fouiller avec avidité dans des terres nouvellement ensemencées, s’imaginèrent qu’ils en voulaient au grain; ils prirent aussitôt l’alarme, la répandirent dans toute 1 île et dénoncèrent le martin comme un animal nuisible : on lui fit son procès dans les formes; ses défenseurs soutinrent que, s il fouillait la terre Iraîchemcnt remuée, c’était pour y chercher, non le grain, mais les insectes ennemis du grain, en quoi il se rendait le bienfaiteur des colons;^ malgré tout cela il fut proscrit par le conseil, et deux heures après l’arrêt qui les c^ondamnait il n’en restait pas une seule paire dans l’îlc. Cette prompte c.xécution fut suivie d’un prompt repentir; les sauterelles, s’étant multipliées .sans obstacle, causèrent de nouveaux dégâts, et le peuple, qui ne voit jamais que le présent, se mit h regretter les martins comme la seule^ digue qu’on put opposer au fléau des sauterelles. 31. de 3Iorave, se prêtant aux idées du peuple, fît venir ou apporta quatre de ces oiseaux, huit ans après leur proscription : ceux-ci furent reçus avec des transports de joie; on fit une affaire d’Etat de leur conservation et de leur multiplication; on les mit sous la protection des lois et même sous une sauve-garde encore plus sacrée; les médecins de leur côtédécidèrentqueieurcRairétaitune nourriture malsaine. Tantde moyens si puissants, si bien combinés, ne furent pas sans effet; les martins, depuis cette époque, se sont prodigieusement multipliés et ont entièrement détruit les sauterelles : mais de cette destruction même il est résulté un nouvel inconvénient; car ce fonds de subsistance leur ayant manqué tout d’un coup, et le nombre des oiseaux augmentant toujours, ils ont été contraints de se jeter sur les fruits, principalement sur les mûres, les raisins et les dattes; ils en sont venus môme à déplanter les blés, le riz,

* Ces sauterelles avaient été apportées de Madagascar, et voici comment : on avait fait venir de cette île des plants dans delà terre, et il s’était trouvé malheureusement dans cotte terre des œufs de sauterelles.

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