‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 405 sur 525 · L’ORGANISTE · texte numérisé non relu

L’ORGANISTE

Genre tangni'ii, snns-genro latigara pnipremcnl dil. (Crviriî )

L’on a donné, à Saint-Domingue, le nom iVoryanislc à ce petit oiseau, parce qu’il lait entendre successivement tous les tons de roclavecn montant, du grave à l’aigu. Cette espèce de chant, qui suppose dans l’oreille de l’oisemi quelque contormité avec l’organisation de l’oreille humaine, est non-seulement fort singulière, mais irès-agréalvlc. .M. le chevalier Fabre Deshayos nous a éent qu’il existe dans la partie du sud, sur les hautes montagnes de Saint-Domingue, un petit oiseau foii rare et fort renommé, que l’on y appelle musicien, et dont le chant peut se noter : nous présumons que ce musicien de AL Deshayes e.st le mémo que notre organiste; cependant nous doutons encore que le chant de cet oiseau imite régulièrement et constamment les sons successifs de l’octave de nos sons musicaux, car nous ne l’avons point eu vivant : il m’a été donné par AL le comte de Noé, qui l’avait rapporté de la partie espagnole de Saint-Domingue, où il m’a dit qu’il était fort rare et très-drilicilc à apercevoir et à tirer, parce qu’il est défiant et qu’il sait sc cacher; il sait même tourner autour d’une branche à mesure que le chasseur change de place, pour n’en être pas aperçu; en sorte que .souvent, quoiqu’il y ait plusieurs de, ces oi.seaux sur un arbre, on ne peut en découv rir un seul, tant ils sont attentifs à se mettre cà couvert.

Sa longueur est de quatre pouces; son plumage est bleu sur la tète et le cou; rioir changeant en gros bleu sur le dos, les ailes et la queue; et jaune orangé surdc Iront, le croupion et tout le dessous du corps. Cette courte description sulïit pour le faire reconnaître.

On trouve dans l’ouvrage de AL Le Page Dupratz la description d'un petit oi.seau qu’il appelle Yévéïjue, et (pic nous croyons ('tre le même que notre organiste. Voici le passage de cet auteur :

« L’eveque l'sl un oiseau plus iiclil que, le se' in ; sou plumage i st bleu liraul sur le violet ; on voil par là l'origine de son nom (l'évêque), M .se noui ni de plusieurs sortes de petites grenines, entre autres tle widlogouil et de chmtpichmU, espèce de millet naturel au pays. Son gosier e.st si doux, s- s tons si Ib-xibles, et son ramage si tei.dre, que lorsqu une fuis on l'a culcuilu, on devient beaucoup plus ré.servé sur 1 éloge du rossigniil. Son chant dure l’espace d'iiii inüercre, el dans tout le temps il ue paraît pas reprendre haleine ; il se repose ensniie deux fois aulaut pour recoiumeneer aussibil après Celte alternative de chaut et de repos dure deux heures. »

Ouoiqiie AL Dnpratz ne di.se pas que son oiseau fasse les sept tons de l’octave, comme on l’avance de l’organiste, nous nous croyons neanmoins fondés à le regarder comme le même oiseau ; car d’abord ils se rtxssemblent par les couleurs et par la grandeur, suivant sa description; et en second lieu, on ne peut comparer le sien pour le chant qu’avec le scaratle, qui est tout rouge et deux fois plus grand; et si on veut le comparer à l’arada, dont le chant est si beau, on trouvera la même diflcreiice

IJISTOIRE rs’ATLHELLE

poiii les CüiilciD's, Car l arada est tout brun. 11 ne reste donc que l’orga^ nistc auquel on doive rapporter cet oiseau evèquede la Louisiane, et le detail des habitudes naturelles donné par M. Diipratz doit lui appartenir; ce qui parait indiquer que cet oiseau, qui ne se trouve à Saint-Domingue que dans la partie espagnole, habite aussi quelques contrées de la Louisiane.

LE JACARINL

Genre bruant. (Cuvier.)

Let oiseau a été nomme yÉicuivw? par les Rrcsiliens. Maregrave, qui en lait mention, ne nous a rien transmis sur ses habitudes riaturelles • mais M. Soimini de Manoncourt, qui l’a observé à la Guyane, où il est très-commun, nou.s^ apprend que ces oiseaux fréquentent de préférence les terrams déirichés et jamais les grands bois : ils .se tiennent sur les petits arbres et particulièrement sur ceux de café, et ils se font remarquer par une habitude très-singulière, c’est de s’élever à un pied ou un pied et demi de hauteur \ erticalement au-dessus de la branche sur laquelle ils sont perchés, de se laisser tomber au même endroit pour sauter de même toujours verticalement plusieurs fois de suite; ’ils ne paraissent interrompre cette suite de sauts que pour aller se percher sur un autre arbrisseau, et recommencer à sauter sur scs branches. Chacun de ces sauts est accompagne d’un petit cri de plaisir, et leur queue s’épanouit en meme temps : il semble que ce soit pour plaire à leur femelle car il n y a que le male qui se donne ce mouvement dont sa compagne est témoin, parce qii ils vont toujours par paires; elle est au contraire a.ssez tranquille et se contente de sautiller comme les autres oiseaux. Leur nid est composé d’herbes sèches de couleur grise; il est "hémisphérique sur deux pouces de diamètre : la femelle y dépose deux œufs elliptiques, longs de sept à huit lignes, et d’un blanc verdâtre semé de petites taches rouges qui sont en grand nombre, et plus foncées vers le gros bout qui en est presque entièrement couvert.

Le jacarini est aisé à reconnaître par sa couleur noire et Imèsantc comme de l’acier poli ; elle est uniforme sur tout son corps, et il n’v a que les couvertures inférieures des ailes qui .soient blanches dans' Te mâle; car la femelle est entièrement grise, et diffère si fort du mâle par la couleur, qu’on pourrait la prendre pour un oiseau d’une autre espèce : neanmoins le male devient aussi tout gris dans le temps de la mue en .sorte qu on trouve de ces oiseaux mêles de gris et de noir, ou de noir et de gris plus ou moins, selon qu’ils approchent ou qu’ils .s’éloignent du temps de leur mue. Les planches enluminées les représentent dans leur grandeur naturelle.

LE TEIÏÉ.

Genre tangara, sous-genre bouvreuil. ((Ccvikh.)

C’est le nom que porte cet oiseau dans son pays natal au Brésil où Maregravœ est le premier qui l’ait observé. La planche enluminée n“ LU pg. 2, édit in-i", sous le nom de tangara du Brésil, représente exactement la grandeur et les couleurs du mâle. Maregrave n’a point fait mention delà femelle : elle diffère .si fort du mâle, qu’on pourrait la prendre

DES l'ANGARAS. 583

pour une autre espèce; cai' elle a le dessus du corps d’un \erl d’olive, un peu de jaune sur le front cl au-dessous du bec, et le reste d’un jaune d’olive; ce qui, comme l’on voit, est fort différent des couleurs du mâle, qui sont d’un bleu foncé sur le corps et d’un beau jaune sur le front, sous la ^orge et sous le ventre.

bans le jeune oiseau, les couleurs sont un peu différentes; il a le dessus du corps olivâtre, semé de quelques plumes du bleu foncé dont il doit devenir, et sur le front le jaune n est pas encore d’une couleur décidée. Les plumes ne sont que grises et seulement un peu jaunes à la pointe; et à l’égard du dessous du corps, il est d’un aussi beau jaune dans l’oiseau jeune que dans l’adulte.

L’on remarque les mêmes changements dans le plumage de cet oiseau, que ceux qu’on a observés dans l’espèce pi-écédente. Le nid est aussi fort semblable à celui du jacarini; seulement il est d’un tissu moins serré et composé d’herbes rougeâtres, au lieu que celui du jacarini est tissu d’herbes grises. La figure première de la planche enluminée n" Lli de l’édition in-4", sous le nom de tungara de Cayenne, présente une variété du teité: les créoles de Cayenne lui ont donné le nom de petü-lnuis, aussi bien qu’au premier teité : tous deux sont très-communs à la Guyane, à Surinam, ainsi qu’au Brésil ; ils vivent comme le jacarini dans les terres défrichées qui entourent les habitations; ils se nourrissent de même des différentes e.spèccs de petits fruits que portent les arbrisseaux; ils se jettent aussi en grand nombre sur les plantations de riz, et l’on est obligé de les faire garder pour les en chasser.

On peut les élever en cage où ils se plaisent, pourvu qu’on les mette cinq ou six ensemble; ils ont le sifflet du bouvreuil, et on les nourrit des plantes que L’on nomme au Brésil paco cl mamao.

LE TANGARA NÈGRE.

Genre tangara, sous-genre bouvreuil. (Cuvieh.)

Ce petit oiseau est d’un bleu si foncé qu’il paraît parfaitement noir, et que ce n’est qu’en le regardant de près que 1 œil est frappé de quelques reflets bleus : il a seulement des deux cotés do la poitrine une tache orangécquieslrccouverte par l’aile, et qui ne s’aperçoit pas à moins qu’elle ne soit étendue; de sorte que dans son attitude ordinaire l’oiseau paraît entièrement noir.

Il est de la même grandeur que les précédents ; il vit dans les mêmes lieux, mais il est beaucoup plus rare dans la Guyane.

Voilà tous les tangaras grands, moyens et petits dont il nous a été possible de constater les espèces; il reste sept on huit oiseaux donnés par M. Brisson, comme formant des espèces de ce genre : mais comme il n’a pu les décrire que d’après des indications vagues et incomplètes d’auteurs peu exacts, l’on ne peut décider qu’ils sont en effet du genre des tangaras ou de quelque autre genre ; nous allons néanmoins en donner l’énumération.

1" L’oiseau des herbes ou xiuuïototlt de Fernandez, qui a tout le corps bleu, semé de cjuclqucs plumes fauves; les pennes de la queue noires terminées de blanc; le dessous des ailes cendré, et le dessus varié de bleu, de fauve et de noir; le bec court, un peu épais et d’un blanc roussâtre; les pieds gris.

Cet auteur ajoute qu’il est un peu plus grand que notre moineau-franc;

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qu il esl tros-boii ;i manger; qu’on le iioun it en cage et que son rainage n est pus désagréable. 11 ne nous est pas possible, d\-q)rès cette courte indication, de décider si cet oiseau est ou non du genre des tangaras : il est vrai qu’il se trouve au Mexique, et qu’il est de la taille de nos grands tangaras ; mais cela ne suffit pas pour prononcer, comme l’a fait M. Brisson, qu’il appartient en eflét a ce genre.

2" L’oiseau du Mexique de Seba, de la grandeur d’un moineau; il a tout le corps bleu varié de pourpre, à l’exception des ailes qui sont variées de rouge et de noir; la tète est ronde ; les yeux et le jabot sont garnis en dessus et en dessous d’un duvet noirâtre; les couvertures inférieures des ailes et de la queue sont d’un cendré jaunâtre. On mot cet oiseau au nombre des oiseaux de chant.

Cette indication est, comme l’on voit, beaucoup trop vague pour que l’on puisse décider, comme fa fait M. Brisson, que cet oiseau est du genre des tangaras, parce qu il n'a rien de commun avec eux, que de se trouver au Mexique, et d’ètrc de la grandeur d’un moineau; car la planche de Seba ainsi que toutes les autres planches de cet auteur sont si imparfaites, quelles ne donnent aucune idée nette de ce qu’elles représentent. *

3" Le cuira perea nu brésie de Maregrave. Il est delà grosseur d’une alouette; son bec est noir, court et un peu épais; tout le dessus du corps et le ventre sont d’un jaune foncé tacheté de noir; le dessous de la tète et du cou, la goi’gc et la poitrine sont noirs; les ailes et la queue ont leurs pennes d’un brun noirâtre, et quelques-unes sont bordées extérieurement de vert; les pieds sont d’un cendré obscur.

Il nous paraît, par cette courte description, que l’on pourrait rapporter cet oiseau plutôt au genre du bouvreuil qu’à celui du tangara.

4"L OISEAU PLUSPETITQUE LE Cil ARDOXXERET OU LE QUATOZLI DU BRÉSIL,

selon Seba. Il a la moitié de la tète ornée d’une crête lilanche; le cou d’un rouge clair, et la poitrine d’une belle couleur pourpre; les ailes d’un rouge foncé et pourpré; le dos et la queue sont d’un noir jaunâtre, et le ventre cl un jaune clair; le bec et les pieds sont jaunes. Seba ajoute que cet oiseau habite les montagnes de Tetzocano au Brésil.

Nous remarquerons d’abord que le nom qvMlozH que Seba donne à cet oiseau n’est pas de la langue du Brésil, maïs de celle du .Mexique; et en second lieu, que les montagnes de Tetzocano sont au Mexique et non pas au Brésil, et il y a toute apparence que c’est par erreur que cet auteur l’a dit oi.seau du Brésil.

Ensuite nous observerons que tant par la description que par la figure donnée par Seba, cet oiseau pourrait se rapporter bien mieux au genre des manaldns qu’à celui des tangaras; et enfin nous avouerons que nous ne savons pas pourquoi M. Bris.son l’a nommé tangara.

î)" Le calaïi de Seba, qui est à peu près de la grosseur d’une alouette, qui a une huppe noire sur la tète avec les côtés'de la tète et la poitrine d un beau bleu céleste; le dos noir varié d’azur; les couvertures supérieures bleues avec une tache pourpre; les pennes des ailes sont variées de vert, de bleu foncé et de noir; le croupion est varié d’un bleu pâle et de vert, et le a entre est d’un blanc de neige. Sa queue est d’une belle forme; elle est brune sur sa longueur et rotis'sc à fextrémité.

Seba ajoute que cet oiseau, qui lui a été envoyé d’Amboine, est d’une figure très-élégante (la planche ipii le représente est fort mauvaise) ; il ajoute qu’il joint à la variété de son plumage un chant très-agréable. - Cette courte indication doit suffire pour exclure le calatti du genre des

J)E L’OH I'OLAN.

langaras, qui ne se Irouvent qu'en Amérique, el non pas à Amboine ni dans aucun autre endroit des Indes orientales.

6" L’oiseau anonyme de Hernandès; il a le dessus de la tète bleu - le dessus du corps varié de vert et de noir, et le dessous jaune tacheté’de blanc; les ailes et la queue sont d’un vert foncé avec des taches d’un vert plus clair; les pieds sont bruns, et les doigts et les ongles sont très-longs.

Hernandès ajoute dans un corollaire que cet oiseau a le bec noir et liien crochu, et que si la courbure du bec était plus forte, et les doigts disposés comme ceux des perroquets, il n’hesiterait pas à le regarder comme un vrai perroquet.

D’après ces indications, nous nous croyons fondés à rapporter cet oiseau anonyme au genre des pies-grièches; et il est étonnant que M. Hrisson se soit si fort trompé sur les caractères de cet oiseau, et qu’il l’ait rapporté au genre des huigaras.

7" Le cardinaÎT brun de M. Brisson, qui n’est pas un tangara, mais un troupiale. Cet oiseau est le même que celui dont nous avons parlé dans celte Histoire naturelle des oiseaux, sous le nom de commandeur.

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