L BOUVREUIL. (>Ü
(ist 11', chaiiL du bouvreuil do la nature, c’est-à-dire du bouvreuil sauvage al)uiulonné à lui-mcme, et n’ayant eu d’autre modèle que ses père et mère, aussi sauvages que lui; mais lorsque l’homme daigne se charger de son éducation, lorsqu’il veut bien lui donner des hsçoris de goût, lui faire entendre avec méthode des sons plus beaux, plus moelhuix, mieux filés, l’oiseau docile, soit mâle, soit femelle, non-seulement les imite avec justesse, mais quelquefois les perfectionne et surpasse son maître, sans oublier pour cela son rama.^e naturel. Il apprend aussi à parler sans beaucoup de jicine, et à donner a ses petites phrases un accent péniitranf, une expression intéressante qui ferait presque soupçonner en lui une âme semsible, et qui peut bien nous tronqier dans le disciple, puisqu’elle nous trompe si souvent dans l’instituteur. Au reste, le bouvreuil est très-capable d’attachement personnel, et même d’un attachement très-fort et très-durable. On en a vu d’apprivoisés s’échappei- de la volière, vivre en paix dans les bois pendant l’espèce d’une année, et au bout de ce temps reconnaître la v oix de la personne qui les avait élevés, et revenir à elle, pour ne la plus abandonner. On en a vu d’autres qui, av ant été forcés de quitter leur premier maître, se sont laissés mourii' dé regret. Les oiseaux se souviennent fort bien, et quelquefois trop bien, de ce qui leur a nui : un d’eux ayant clé jeté par tei re, avec sa cage, par des gens de la plus vile populace, n’en parut pas fort incommodé d’abord; mais dans la suite on s’aperçut qu’il tombait en convulsion toutes les fois qu’il voyait des gens mal vêtus, et il mourut dans un de ces accès, huit mois api'ès le premier événement.
Les bouvreuils passent labellcsaison dans les boisou sur les montagnes; ils y font leur nid sur les buissons, à cinq ou six pieds de haut, et quelquefois plus bas. Le nid est de mousse en dehors et de matières plus mollettes en dedans; il a, dit-on, son ouverture du côté le moins exposé au mauvais vent. La femelle y pond de quatre à six œufs, d’un blanc sale, un peu bleuâtre, environnés près du gros bout d’une zone formée par des taches de deux couleurs, les unes d’un violet éteint, les autres d’un noir biim Li'anché. dette femelle dégorge la nourriture à ses petits, ainsi que les charclonnereltcs, linottes, etc.; et le mâle a aussi grand soin de sa femelle. M. Linnæus dit qu’il lient quelquefois fort longtemps une araignée dans son bec pour la donner à sa compagne. Les petits ne commencent à .siffler que lorsqu’ils commencent à manger seuls; cl dès lors ils ont l’instinct de la bienfaisance, si ce ([u’on m’a a.ssuré est vrai, que de quatre jeunes bouvreuils d’une même nichée, tous quatre élevés ensemble, les trois aînés, qui savaient manger seuls, flounaient la becquée au plus jeune qui ne le sav ajt pas encore.^près que l’éducation est finie, les père et mère re.stent appariés et le sont encore tout l’hiver; car on les V oit toujours deux à deux, soit qu’ils voyagent, soit qu’ils restent : mais ceux qui restent dans le même pays quittent les Ivois au temps des neiges, desccmdent de leurs montagnes, aliandonnent les vignes où ils se jettent sur l’arrière-.saison et s’approchent des lieux haliités, ou bien .se tiennent sur les haies le long des chemins : ceux qui voyagent partent av'ec les béca.sses,aux environs de la Toussaint, et rev iennent dans le mois d'avril. Ils SC nourrissent en été de toutes sortes de graines, de baies, d’insectes, de prunelles, et l’hiver, de grains tic genièvre, des bourgeons du tremble, de l'aune, du chêne, des arbres fruitiers, du marsaule, etc., d’oii leur est venu le nom (ï ébourgoonnmx. On les entend pendant cette sai.son siffler, se répondre, et égayer [wr leur chant, quoiqu’un peu triste, le silence encore plus triste qui règne alors dans la nature.
(joo IIISTOIUE NATURELLE
Ccti oiseaux passent auprès de quelques personnes pour être attentil's et reOéchis : du moins ils ont l’air pesant, et à juger par la faeilité qu’ils ont d’apprendre, on ne peut nier qu’ils ne soient capables d’attention jusqu’à un certain pointj mais aussi à juger par la faeilité avec laquelle ils se laissent approcher et se prennent dans les differents pièges, on ne peut s empêcher d’avouer que leur attention est souvent en defaut. Comme ils ont la peau très-line, ceux qui sc prennent aux gluaux perdent en se diibattant une partie de leurs plumes et même de leurs pennes, à moins que l’on n’aille les débarrasser promptement. Il faut encore remarquer que les individus dont le plumage sera le plus beau, seront ceux qui auront le moins de disposition pour apprendre à siffler ou à chanter, parce que ce seront les plus vieux et par conséquent les moins dociles. .4u reste, quoique vieux, ils s’accoutument facilement à laçage, pourvu que dans les premiers jours de leur captivité on leur donne à manger largement. Ils se privent aussi très-bien, comme je l’ai dit plus haut, mais il y faut du temps, de la patience et des soins raisonnes : c’est pourquoi 1 on n y réussit pas toujours. 11 est rare que l’on n’en prenne qu’un s(uil à la fois; le second se fait bientôt prendre, pour peu qu’il entende son camarade : ils redoutent moins l’esclavage qu’ils ne craignent de sc séparer.
On a dit, on a écrit, que le serin, qui s’allie avec tant d’autres espèces, ne s’alliait jamais avec celle du bouvreuil; et on en a donné pour raison que le mâle bouvianiil ouvre le bec lorsqu’il est en amour, et que cela fait peurà la serine; mais c’est une nouvelle preuvedu risque que Ion court en avançant légèrementdespropositionsnégativesqu’un seul fait peut réfuter et détruire. M. le marquis dé Piolenc m’a assuré avoir vu un bouvreuil mâle apparié avec une femelle canari; que de cette union il résulta cinq petitsqui étaient éclos vers le eonunencement d'avril. Ils avaicntle bec plus gros que les petits serins du même âge, et ils commençaient à se revêtir d’un duvet noirâtre ; ce qui donnait Heu de croire qu’ils tiendraient plus du père quede la mère : malheureusementilsmoururenttousdaus un petit voyage qu’on tenta de leur faire faire. Et ce qui donne du poids à cette observation, c’est que Frisch indique la manière d’apparier le mâle bouvreuil avec la femelle canari : il conseille de prendre ce mâle de la plus petite taille pai mi ceux de son espèce, et de le tenir longtem[)s dans la même volière av ec la femelle du canari ; il ajoute qu’il sc passe souvent une année entière avant que cette femelle le laisse approcher et lui permette de manger dans son auget; ce qui suppose que cette union est difficile, mais qu’elle n’est pas impossible.
On a remarqué que les bouvreuils avaient dans la queue un mouvement brusque de haut en bas, comme la lavandière, mais moins marqué. Ils vivent cinq à six ans. Leur chair est mangeable, suivant quelques-uns; elle n’est point bonne à manger, selon d’autres, à cause de son amertume : cela dépend de l’âge, de la saison et de la nourriture. Ils sont de la grosseur de notre moineau et pèsent environ une once. Ils ont le dessus de la tête, le tour du bec et la naissance de la gorge d’un beau noir lustré, qui s’étend plus ou moins, soit en avant, soit eh arrière ; le devant du cou, la poitrine et le haut du ventre d’un beau rouge; le basventre et les couvertures inférieures de la queue et des ailes, blancs; le dessus du cou, le dos et les scapulaires, cendrés; le croupion blanc; les couvertures supérieures et les pennes de la queue d’un beau noir tirant sur le violet, et une tache blanchâtre sur la penne la plus extérieure; les pennes des ailes d’un cendré noiràlre, d’autant plus foncé qu’elles sont