LA CRÉCERELLE
(la crécerelle commune.)
Ordre des oiseaux de proie, famille des diurnes, genre faucon, (Covieh.)
La crécerelle est l’oiseau de proie le plus commun dans la plupart de nos provinces de France, et surtout en Bourgogne : il n’y a point d'ancien château ou de tour abandonnée qu’elle ne fréquente et qu’elle n’iiabile; c’est surtout le matin et le soir qu’on la voit voler autour de ces vieux bâtiments, et on l'enlend encore plus souvent qu'on ne la voit; elle a un cri précipité : pli, pli, pli, ou pri, pri , pri, qu’elle ne cesse de répéter en volant, et qui effraie tous les petits oiseaux sur lesquels elle fond comme une flèche, et qu’elle saisit avec ses serres : si par hasard elle les manque du premier coup, elle les poursuit sans crainte du danger jusque dans les maisons; j'ai vu plus d'une fois mes gens prendre une crécerelle et le petit oiseau qu’elle poursuivait, en fermant la fenêtre d’une chambre ou la porte d’une galerie, qui étaient éloignées de plus de cent toi.ses des vieilles tours d’où elle était partie. Lorsqu’elle a saisi et emporté l'oiseau, elle le tue et le plume trèsproprement avant de le manger : elle ne prend pas tant de peine pour les souris et les mulots; clic avale les plus petits tout entiers, et dépèce les autres. Toutes les parties molles du corps de la souris sc digèrent dans l’estomac de cet oiseau ; mais la peau se roule et forme une petite pelote, qu’il rend par le bec, et non par le bas; car ses excréments sont presque liquides et blanchâtres. En mettant ces pelotes qu’elle vomit dans l'eau chaude, pour les ramollir et les étendre, on retrouve In peau entière de la souris comme si on l'eùt écorchée. Les ducs, les chouettes, les buses, et peut-être beaucoup d'oiseaux de proie, rendent de pareilles pelotes dans lesquelles, outre la peau roulée, il se trouve quelquefois des portions les plus dures des os : il en est de même des oiseaux pécheurs; les arêtes et les écailles des poissons se roulent dans leur estomac, et ils les rejettent par le bec.
La crécerelle est un assez bel oiseau ; elle a l'œil vif et la vue trèsperçante, le vol aisé et soutenu : elle est diligente et courageuse; elle approche, par le naturel, des oiseaux nobles et généreux; on peut même la dres-ser, comme les émcrillons, pour la fauconnerie. La femelle est plus grande que le mâle, et elle en diffère en ce qu’elle a la tête rousse, le dessus du dos, des ailes et de la queue rayé de bandes transversales brunes, et qu’en meme temps toutes les plumes de la queue sont d’un brun roux plus ou moins foncé ; au lieu que, dans le mâle, la tête et la queue sont "rises, et que les parties supérieures du dos et des ailes sont d'un roux vineux, semé de (|uelques petites taches noires. On peut voir les différences du mâle et de la femelle dans les planches que nous avons citées.
Nous ne pouvons nous dispenserd’observer que quelque.s-uns de nosnomenclateurs modernes ont appelé épervier des alouettes la crécerelle femelle, et qu’ils en ont fait une espèce particulière et différente de celle de la crécerelle.
Quoique cet oiseau fréquente habituellement les vieux bâtiments, il y niebe plus rarement que dans les bois, et lorsqu il ne dépose pas ses œufs dans des trous de murailles ou d'arbres creux, il fait une espèce de nid très-négligé, composé de bûchettes et de racines, et assez semblable à celui des geais, sur les arbres les plus élevés des forets .■ quelquefois il occupe
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aussi les nids que les corneilles ont abandonnés. Il pond plus souvent cinq œuls que quatre, et quelquefois six et même sept, dont les deux bouts sont teints d une couleur rougeâtre ou jaunâtre, assez semblable à celle de son P umage. Ses petits, dans le premier âge, ne sont couverts que d’un duvet blanc; d abord il les nourrit avec des insectes, et ensuite il leur apporte des mulots en quantité, qu’il aperçoit sur terre, du plus haut des airs où Il tourne entemcnt, et demeure souvent stationnaire pour épier son ffihicr suj lequel il fond en un înstnnt : il enlève quelquefois une perdrix rouffe beaucoup plus pesante que lui; souvent aussi il prend des pigeons qui secartent de leur compagnie : mais sa proie la plus ordinaire, après les mulots et les reptiles, ce sont les moineaux, les pinsons et les autres petits oiseaux. Comme il produit en plus- grand nombre que la plupart des autres oiseaux de proie, 1 espèce est plus nombreuse et plus répandue; on la trouve dans toute I Lurope, depuis la Suède jusqu’en Italie et en Espagne; on la retrouve meme dans les pays tempérés de l’Amérique septentrionale. Plusieurs de ces oiseaux restent pendant toute rannée dans nos provinces de rance : cependiuit j’ai remarqué qu’il y en avait beaucoup moins en hiver qu en etc; ce qui me fait croire que plusieurs quittent le pays, pour aller passer ailleurs la mauvaise saison.
J’ai fait élever plusieurs de ces oiseaux dans de grandes volières; ils sont, comme je I ai dit, d un très-beau blanc pendant le premier mois de leur vie apres quoi les plumes du dos deviennent roussâtres et brunes en peu de jours. Ils sont robustes et aisés à nourrir; ils mangent la viande crue qu’on eur présente, a quinze jours ou trois semaines d’âge : ils connaissent bientôt la personne qui les soigne, et s apprivoisent assez pour ne jamais l’offenser.
d abstinence forcée.
Je ne connais point de variété dans cette espèce que quelques individus qui ont la tete et les deux plumes du milieu de la queue grises, tels qu’ils nous sont représentés par M. Frisch ; mais M. Salerne fait mention d une creeerelle jaune qui se trouve en Sologne, et dont les œufs sont de cette même couleur jaune.
B Celte crécerelle, dit-il, est rare, et quelquefois elle se bal généreusement coiitr» le jeaii-le-blanc, qui, quoique plus fort, est souvent obligé de lui céder. On les a vus ajoule-t-il, s accrocher ensemble en l’air, et tomber de la sorte par terre comme une molle ou une pierre. »
Ce fait me paraît bien suspect; car I oiseau jean-le-blanc est non sculement très-supérieur à la crécerelle par la force; mais il a toutes les allures et le vol SI difiérenlS; qu ils ne doivent guère se rencontrer.
LE ROCMIER *.
(i.E FAUCON nocHirn.)
Ordre des oiseaux de proie, famille des diurnes, genre faucon. (Cuvif.r.)
L'oiseau qu’on a nommé faucon de roche ou rochier n’est pas si gros que la crécerelle, et me paraît fort semblable à l’émerillon, dont on s'e sert dans
* Cuvier ri'jrarde ce faucon comme un viens mâle do rcincrillon.
Dli L’ÉMERILLON. 95
la fauconnerie. Il fait, ilisent les ailleurs, sa relrnite et son niil dans les rochers. M. Friscli est le seul avnni iioih (|ni ait donné une bonne indication de cet oiseau, et I on peut comparer dans son ouvrage la figure du rochier avec la riôire, et aussi avec les crécerelles mâle et femelle, qui, toutes trois, sont assez bien rendues : leurs rapports de ressemblance et de différence sont encore mieux exprimés dans nos planches. En considérant attentivement la forme et les caractères de cet oiseau, et en les comparant avec la forme et les caractères de l'espèce d’émerillon dont on se sert dans la fauconnerie, nous sommes très-portés à croire que le rochier et cet émérillon sont de la même espèce, ou du moins d'espèces encore plus voisines l une de l’autre que de celle de la crécerelle. On verra dans l’article suivant qu’il y a deux espèces d’émerillons, dont la première approche beaucoup de celle du rochier, et la seconde de celle de la crécerelle Comme tous ces oiseaux sont à peu près de la même taille, du même naturel, et qu’ils varient autant et plus par le sexe et par l'âge que par la différence des espèces, il est très-difficile de les bien reconnailre, et ce n’est qu’à force de comparaisons faites d’après nature que nous sommes parvenus à les distinguer les uns des autres.