LE RAMBLA
Getire fourmiliiT. (Ccvikr.)
Nous l’avons ainsi nommé parce qu'il a une bande blanche transversale sur chaque aile. La planche enluminée donne une idée exacte de la taille et des couleurs de ce petit oiseau, qui est très-rare, et dont les habitudes naturelles ne nous sont pas connues; mais par sa ressemblance avec les autres fourmiliers, il nous paraît être du même genre, en faisant neanmoins une espèce particulière.
Outre ces huit espèces de fourmiliers, nous en avons encore vu trois autres espèces; mais nous ne connaissons qiie la figure de ces oiseaux, qui, tous trois, nous sont venus de Cayenne sans la moindre notice sur leurs habitudes naturelles.
DES foi:r.'\iiliers.
L’ARADA.
Genre fourmilier. (Gi vikii.)
On a représenté cet oiseau sous la dénomination de musicien de. Cayenne, nom que lui avait d’abord donné M. de Manoncourt; mais comme ce même nom de musicien a été impo.sé à d’autres oiseaux |de genres différents, je conserve à celui-ci le nom d'arada qu’il porte dans son pays natal.
Ce n’est pas précisément un fourmilier ; mais nous avons cru devoir le placer à la suite de ces oiseaux, parce qu’il a tous les caractères extérieurs communs avec eux. Il en diffère mianmoins par les habitudes naturelles, car il est solitaire. Il se perche sur les arbres, et ne descend à terre que pour y prendre les fourmis et autres insectes dont il fait aussi sa nourriture. Il en diffère encore par un grand caractère : tous les fourmiliers ne forment que des cris ou des sons sans modulation, au lieu que l'arada a le ramage le plus brillant : il répète .souvent les sept notes de l’octave par lesquelles il prélude; il silïle ensuite différents airs modulés sur un grand nombre de tons et d’accents différents, toujours mélodieux, plus graves que ceux du rossignol et plus ressemblants aux sons d’une flûte douce : l’on peut même assurer que le chant de l’arada est en quelque façon supérieur à celui du rossignol; il est plus touchant, plus tendre et plus fluté. D’ailleurs l’arada chante presque dans toutes les saisons, et il a de plus que son chant une espèce de sifflet par lequel il imite parfaitement celui d’un homme qui en appelle un autre. Les voyageurs ysont souvent trompés : si l’on suit le sifflet de cet oiseau, c’est un sûr moyen de s’égarer ; car à mesure qu’on s’approche, il s’éloigne pou à peu en'siiflant de temps en temps.
L’arada fuit les environs des lieux habités; il vit seul dans l’épaisseur des bois éloignés des habitations, et l’on est agréablement surpris de rencontrer dans ces vastes forets un oiseau dont le chant mélodieux semble diminuer la solitude de ces déserts : mais on ne le rencontre pas aussi souvent qu’on le désirerait; l’espèce n’en paraît pas nombreuse, et l’on fait souvent beaucoup de chemin sans en entendre un seul.
Je dois avouer, à l’occasion de cet oiseau dont le chant est si agréable, que je n’étais pas informé de ce fait lorsque j’ai dit dans mon Discours sur la nature des oiseaux, qu’en général dans le Nouveau-Monde, et surtout dans les terres désertes de ce continent, pre.sque tous les oiseaux n’avaient que des cris désagréables; celui-ci, comme l’on voit, fait une grande exception à celte espèce de règle, qui néanmoins est trè.s-vraie pour le plus grand nombre. D’ailleurs on doit considérer que, proportion gardée, il y a peut-être dix fois plus d’oiseaux dans ces climats chauds que dans les nôtres, et qu'il n’est pas surprenant que dans un aussi grand nombre il s’en trouve quelques-uns dont le chant est agréable : sur près de trois cents espèces que nos observateurs connaissent en .\mérique, on n’en peut guère citer que cinq ou six; savoir : l’arada, le tangara-cardinal ou scarlatte, celui que l’on appelle Vorgnniste de Saint- Domingue, le cassique jaune, le merle des savanes de la Guyane et le roitelet de Cayenne, presque tous les autres n ayantau lieu de chant qu’un cri désagréable. En France au contraire, sur cent ou cent-vingt espèces d’oiseaux, nous pourrions compter aisément vingt ou vingt-cinq espèces chantantes avec agrément pour notre oreille.
l.es couleurs du plumage de l'arada ne répondent pas à la beauté de
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son chant; elles sont ternes et sombres. Car il faut observei' que dans notre planche les couleurs sont trop vives et trop tranchées : elles sont plus sombres et plus vagues dans l’oiseau même.
Au reste, la longueur totale de l’arada n’est que de quatre pouces, et la queue, rayée tiansvensalement de roux brun et de noirâtre, dépasse les ailes de sept lignes.
On peut rapporter à l’arada un oiseau que M. Mauduit nous a fait voir et qui ne peut être d’aucun autre genre que de celui des fourmiliers : néanmoins il diffère de toutes les espèces Je fourmiliers, et se rapproche davantage de celle de l’arada, dont il se pourrait même qu’il ne lut qu’une variété; car il ressemble à l’arada pur la longueur et la forme du bec, par celle de la queue, par la longueur des pieds, et par quelques plumes blanches mêlées dans les plumes brunes sur les côtés du cou; il a aussi la même grandeur à très-peu pi ès et la meme forme de corps : mais il en diffère en ce qu’il a l’extrémité du bec plus crochue, la gorge blanche avec un demi-collier noir au-dessus, et que son plumage est d’une couleur unitorme et non rayée de lignes brunes, comme celui ch* l’arada, dont la gorge et le dessus du cou sont rouges. Ces différences sont assez grandes pour qu’on puisse regarder cet oiseau de i\l. Mauduit comme une rare très-distincte dans celle de l’arada, ou peut-être comm(' une espèce voisine; car il se trouve de même à Cayenne : mais comme nous ne connaissons rien de scs habitudes naturelles, et que nous ne sommes pas informés s’il a le chant de l’arada, nous ne pouvons décider, quant à présent, de l’identité ou de la diversité de l’espèce de ces deux oiseaux.