LES TYRANS
Le nom de tyran, donné a des oiseaux, doit paraître plus que bizarre. Suivant Bclon, les anciens appelèrent le petit souci huppé, tyrannus. roitelet ; ici cette dénomination a été donnée non-seulement à la tète huppée ou couronnée, mais encore au naturel qui commence â devenir sanguinaire. Triste ra.yquc de la misère de l'homme, qui a toujours joint lidéc de la cruauté à remblème du pouvoir! Nous eussions donc changé ce nom alRigeant et absurde, s’il ne s’était trouvé trop établi chez les naturalistes j et ce n’est ms la première fois que nous avons laissé malgré nous le tableau do la natui'e défiguré par ces dénominations trop disparates, mais trop généralement adoptées.
Nous laisserons donc le noni de tyrans à des oiseaux du nouveau continent, qui ont, avec les gobc*-mouches et les mouchcrolles, le rapport de la meme manière de vivre, mais qui en diffèrent, comme étant plus gros, plus forts et plus méchants : ils ont le bec plus grand et plus robuste,aussi leur naturel plus dur et plus sauvage les rend audacieux, querelleurs, et les rapproche des pies-grièches, "auxquelles ils resscm.blent eusore par la grandeur du corps et la forme du bec.
LES TITIRIS OU PiPIRlS.
GiMire gotic-iridtiL-lM's, sons genre tyran. (Ccmer.)
La première espèce des tyrans est le titiri ou pipiri : il a la taille et la lorce de la pie-grièche grise; huit pouces de longueur, treize pouces de vol; le bec aplati, mais épais, long de treize lignes, hérissé de moustaches, et droit jusqu’à la pointe ou se forme un crochet plus fort que ne 1 exprime la figure : la langue est aiguë et cartilagineuse. Les plumes du sommet de la tète, jaunes à la racine, .sont terminées par une moucheture noirâtre qui (m couvre le reste lorsqu’elles sont couchées ; mais quand d;nis la colère l’oiseau les relève, sa tèh^ paraît alors comme couronnée d’une large huppe du plus beau jaune. l:n gris brun clair couvre le dos, et vietit .se fondre aux côtés du cou avec le'gris blanc ardoisé du devant et du dessous du corps; les pennes brunes de l’aile et de la queue sont bordées d’un filet toussâtre.
La femelle, dans cette espèce, a aussi sur la tète la tache jaune, mais moins étendue; et toutes ses coulcui's sont plus faibles ou plus ternes que celles du mâle. Lne femelle mesurée à Saint-Domingue par âf. le chevalier Deshayes avait un pouce de plus en longueur que le mâle, et les
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aulros (liinensioiïs plus Ibrlcs à proparLioii ; d'oîi il paraîtrait ciiic les individus plus petits, qu’on dit remarquer généralement dans cette espèce, sont les mâles.
A Cayenne, ce tyran s’appelle titiri, d’après son cri qu’il prononce d’une voix aiguë et criarde. On voit ordinairement le mâle et la tëmellc ensemble dans les abattis des forêts; ils se perchent sur les ar])res élevés et sont en grand nombre à la Guyane. : ils nichent dans des creux d’arbre ou sur la bifurcation de quelque branche, sous le rameau le plus feuillu, l.orsqu’on clnuTlie à enlever leurs petits, ils les dé-fendent, ils combattent, et leur audace naturelle devient une fureur intrépide ; ils se précipitent sur le ravisseur, ils le poursuivent; et lorsque, malgré tous nuirs ellorts, ils n’ont pu sauver leurs chers petits, ils viennent les chercher et les nouri ir dans la cage où ils sont renfermés.
Cet oiseau, quoique assez petit, ne paraît redouter aucune espèce d’animal :
(( .tu lii'U (le fuir comme autres oiseaux, dit M. Pieshayes, ou (ic se cacher à l’aspecl ci((s mulfinis, dt-s émoiiehels et des autres (yrans de l'air, il les attaque avec intrc|)idité, les provoque, les harcèle avec Iml d’ardeur et d'ohstination. qu’il pir- V ieiit à le.s écarter. On ne voit aucun aoimal approcher iinpiinément (Ic'Cartire où il a posé son ni(i. Il poursuit à grands coups de hcc, et avec un acharnement incroyable, jusqu'à une certaine ilistaoce, l. ms ceux qu’il regarde comme ennemis, h s l'hiens surtoui, et les oiseaux de proie. »
L'homme même ne lui impose pas; comme si ce maître des animaux était encore peu connu d eux tlans cc.s régions où il n’y a pas longh'mps qu’il règne. Le bec de cetoi.seau, en seréfermatit avec force dans ces instants de colère, fait entendre un craquement prompt et réitéré.
A Saint-Domingue on lui a donné le nom de pipiri, qui exprime aussi bien que titiri, le cri ouïe piaulement qui lui est le plu.s familier. On en tiistingtto deux variétés, ou deux espèces très-voisines : la première est celle du grand pipiri, dont notis venons de parler, et qu’on appelle, dans ](( pays, pipiri à tête nuire, ou pipiri gros-bec; l’autre nommtse pipiri à tâte jaune, ou pipiri de passage, est plus petite, et moins forte : le (lessus du corps de celui-ci est frangé do blanc partout, au lieu qu’il est brun frangé de ronx dans le grand pipiri. Le naturel tics pi'tits pipiris est a us.si beaucoup plus doux; ils sont moins sauvages que le grand pipiri, qui toujours se tient seul dans les lieux (îcartés, et qu’on iic rencontre que par paires; au lieu que les petits pipiris parai.s,sent souvent en bandes, et s’approchent des habitations : on les voit l'éunis en assez grantlos troupes pendant le mois d’août, et fréquentent alors les cantons qui produisent certaines baies dont lcsscarab(':es'etle.s insectes se nourrissent de préférence. Ces oiseaux sont très-gras dans ce temps, et e’esl celui oh communément on leur donne la chasse.
Quoi(|u’on les ait appelés pipiris de passage, il n’y a pa.s d’apparence, ditM. Deshayes, qu’ils quittent l’île de Saint-Domingue, qui est assez vaste pour qu’ils puissent y voyager. A la vérité, on les voit disparaître dans certaines .saisons des cariions oîi ils se plaiscnl le pins : ils snive.nt de proche en proche la inaturilé des espèces de fruits qui altimit les insectes. Toutes les autres habitudes naturelles sont les mêmes que celles des gr ands pipiris. Les deux espèces sont très-nombreuses à Saint-Domingue, et il est peu d'oi.seaux qu’on y voie en aussi gi-and nombre.
Ils’ se noni'i'issenl de chenilhis, de scarabées, de papillons, de guêpes. On les voit per'cln's sur la plus haute pointe des arbres, et surtout sur les palmistes : c’est de là qu’ils s’idauceut sur leur proie, qu’une vue
HISTCIUli iNATLREi.LK
perçante leur fnit discerner dans le vague de l’air; l’oiseau ne l’a pas plutôt saisie qu il retourne sur son rameau. C’est depuis sept heures du matin jusqu à dix, et depuis quatre jusqu’à six du soir, qu’il paraît le plus occupe de sa chasse : on le voit, avec plaisir, s’élancer, bondir, voleter dans 1 air pour saisir sa proie fugitive; et son poste isolé aussi bien que le besoin de découviir à l’entour de lui, l’exposent en tout temps à l’œil du chasseur. *
Aucun oiseau n’est plus matinal que le pipiri, et l’on est assuré, quand on entend sa voix, que le jour commence à poindre : c’est de la cime des plus hauts arbres que ces oiseaux habitent, et où iis se sont retirés pour passer la nuit, qu’ils la font entendre. Il n’y a pas de saison bien marquée pour leui's amours. On les voit nicher, dit M. Deshayes, peudatU les chaleurs en automne, et même pendant les Ifraîcheurs de l’hiver a Saint-Domingue, quoique le printeniiis soit la saison où ils font plus généralement leur couvée : elle est de deux ou trois œufs, quelquefois quatre^, de couleur Idanchâtre tachetee de lirun. Barrère fait do cet oiseau un guêpier, et lui donne le nom de pctit-ric.