L’ALOUETTE
( 1,’ai.ouette des champs.)
Ordre des iias-icnuix, faiidlle des coniroslres genre aloucltc.(Ci\iKR.)
Cet oiseau, qui est fort répandu aujourd’hui, semble l'avoir été plus anciennement dans nos Gaules qu’en Italie, puisque son nom latin alauda, selon les auteurs latins les plus insiruitsj est d’origine gauloise.
Les Grecs en connaissaient de deux espèces : lune qiu avait une huppe sur la U.tCj et(]ue par cette raison Ion avait noiniuée gu-
tcrita, cassita; lautre qui n avait j>oint de huppe, et dont il s’agit dans
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cfit iii'ticlc. VV illugl)l)\ ost le; seul autour, que je sache, ou l'on trouve que cctle dernière relève quelquel'ois les plumes de sa tète, en forme de huppe, et je m’en suis assure moi-mème à l’égard du màle, en sorte que les noms de qalerita et de xopveoi peuvent aussi lui convenir. Les Allemands l’aç)pellenl lerch, qui sc prononce en plusieurs provinces lerich, et parait visiblement imité de son chant. M. Harrington la met au nombre des alouettes qui chantent le mieux, et l’on s’est lai'l une étude de l’élever en volière pour jouir de son ramage en toute saison, et par elle, du ramage de tout autre oiseau qu’elle prend fort vite, pour peu qu’elle ait été a portée de l’entendre quchiuc temps, et cela même après que son chant propre est fixé; aussi .M. Daines Harrington l’appclle-t-il oiseau moqueur, imitateur; mais elle imite a\ec cette pureté d^rgane, cette flexibilité de gosier qui se prête à tous les accents, et qui les^embellit. Si l’on veut que son ramage, acquis ou naturel, soit vraiment pur, il faut que ses oreilles ne soient frappées que d’une seule espèce de chant, surtout dans le temps de la jeunesse, sans quoi ee ne serait plus qu’un composé bizarre et mal assorti de tous les rainaces qu’elle aurait entendus.
Lors(}u’elle est libre, elle commence ;i chanter dès les premiers jours du printemps, qui sont pour elle le temps do l’amour, et elle continue pendant toute la belle saison : le matin et le soir sont les temps de la lournéc où elle se fait le plus entendre, et le milieu du jour, celui où on l’entend le moins. Elle est du petit nombre des oi.scaux qui chantent en volant : plus elle s’élève, plus elle force la voix, et souvent elle la force à un tel point, que, quoiqu elle se soutienne au haut des airs et à perte de v ue, on l’entend encore distinctement, soit que ce chant ne .soit qu’un simple accent d’amour ou de gaieté, soit que ces petits oiseaux ne chantent ainsi en volant que par une sorte, d’émulation et pour sc rappeler entre eux. Un oiseau de proie, qui compte sur sa force et médite le carnage, doit aller seul, et garder dans sa marche un silence farouche de peur que le moindre cri ne fût pour ses pareils un avei-ti.sscment de venir partager sa proie, et pour les oiseaux faibles, un signal de se tenir sur leurs gardes; c’est ti ceux-ci ;i se rassembler, à s’avertir, à s’appuyer li‘s uns les autres, et a se rendi'e, ou du moins à se croii'c forts par leur léuuiüu. Au reste, l’alouette chante rarement à terre, où néanmoins elle se tient toujours lorsqu ('Ile ne vole point; car (die ne S(( p(irche jamais sur les arbnîs, et on doit la compter parmi les oiseaux pulvérateurs : aussi ceux qui la tiennent en cage ont-ils grand soin d'y mettre dans un coin une couche assez épaisse de sablon où elle puigse'sc poudrer à son aise, et trouver du soulagement conlie la vermine qui la tourmente; ils y ajoutent du gazon frais souvent renouvelé, et ils ont l’attention que la cage soit un peu spacieuse.
On a dit que ces oiseaux avaient de l’antipathie pour certaines consUdlations, par exemple, pour Arctunis, et qu’ils se taisaient lorsqne cette étoile commençait a se lever en même temps que le soleil ; apparemment que c’est dans ce temps qu’ils entrent en mue, et sans doute ils y entreraient toujours quand Arctums ne sc lèverait pas.
Je ne m’arrêterai point à chicrire un oisivau aussi connu : je remarquerai seulement que ses principaux attributs sont d’avmir le doigt du milieu étroitement uni avmc le plus extérieur do chaque pied, par sa première phalange; l’ongle du doigt postérieur fort long et presque droitles ongles antérieurs très-courts et peu recourbés ; le bec point trop faible quoique en ahme; la langue assez large, dure et fourchue; lesna-
IIISTOIHE NATLiUliLLE
rines rondes et a demi découvertes; restomac charnu et, assez ample, relativement au volume du corps; le (oie partagé en deux lobes fort inégaux, le loho gaucho {)araisftaat avoir cto geue et arreio dans son accroissement par le volurne de l’estomac; environ neuf pouces de tube intestuial; ueux très-petits cæcum communiqunnt à rintestin; une vésicule du fiel; le fond des plumes noirâtre: douze pennes à la queue et dixhuit aux ailes, dont les inoyennes ont le bout coupé pjrcsque carrément et partage dans son mdicu jwr un angle rentrant, caractère commun à toutes l('s alouettes. J ajouterai encore que les mâles sont un peu plus bruns que les Icmelles, (ju ils ont un collier noir, plus de blanc a la cjueue, et la contenance plus fièrc; qu ils sont un peu plus gros, quoique cependant le plus pesant de tous ne pèse pas deux onces; enfin, qu’ils ont, comme dans presque toutes les autres espèces, le privilège exclusif du chant. Olina semble supposer ([ii'ils ont l'ongle postérieur plus long, mais jesoupçonne, avec M. Klein, que cela dépend autant dcl’âge que du sexe.
^ Lorsqu aux premiers beaux jours du printemps, ce mâïe est pressé de s unir a sa Icmelle, il selève dans 1 air en répétant sans cesse son cri d amour, et embrassant dans son vol un espace plus ou moins étendu, selon que le nombre de femelles est plus petit ou plus yrand : lorsqu’il a découvert celle qu’il cherche, il se précipite et s’accouple avec elle. Cette femelle fécondée fait promptement son nid; elle le place entre deux mottes de terre; elle le garnit inlorienrement d’herbes, de petites racines scchcs, et prend beaucoup plus de soin pour le cacher que pour le construire; aussi trouve-t-üii tre.s-pcu de nids d’alouette, relativement à la quantité de ees oiseaux. Chaque femelle pond quatre ou cinq petits œufs qui ont des taches brunes sur un' fond grisâtre : elle ne les couve c[uc pendant quinze jours au plus, et elle emploie encore moins de temps ii conduire et à ele\er ses petits. Cette promptitude a souvent trompé ceux qui voulaient enlever des couvei's qu’ils avaient découvertes, et Aldrovandc^ tout le premier. Elle dispose aussi à croire, d’après le témoignage du meme Aldrovandc cl d’Olina, qu’elles peuvent faire jusqu’à trois couvées dans un été: la première, au cornmènccmentdc mai, la seconde, au mois de juillet, et la dernière, au mois d’août; mais si cela a lieu, e est surtout dans les pays chauds, dans lesquels il faut moins de temps aux œuls pour éylore, aux petits pour arriver au terme oii ils peuvent SC passer dos soins de la mere, et à la mère ellc-mèmc pour recorameuccr une nouvelle couvée. En effet, Aldrovandc cl Olina, qui parlent des liois couvées par au, écrivaient et ohservaienl en Italie; Frisch, qui rend compte (le ce (jiii se passe en Allemagne, n’en admet que (leux, et Schvvenckfcid n’en admet qu’une seule pour la Silésie.
Les petits se tiennent un peu séparés les uns des autres, car la mère no les rassemble pas toujours sous ses ailes; mais elle voltige souvent au-dessus de la couvée, la suivant de l’œil, avec une sollicitude vraiment maternelle, dirigeant tous ses mouv ('monts, pourvoyant à tous ses besoins, veillant à tous ses dangers.
L’instinct qui porte les alouettes femelles à élever et soigner ainsi une couvée, SC déclare quelquefois de très-bonne heure, et même avant celui qui les dispose à devenir mères, et qui, dans l’ordre de la nature, devrait, ce semble, précéder. On m’avait apporté, dans le mois de mai, une penne alouette qui no mangeait nas encore seule; je la fis élever, et elle était à peine sevrée lorsqu’on m apporta d’un autre endroit une couvée de treâs ou quatre petits de la miïme espèce; clic se prit d’une affection smgiilic're pour ces nouveaux venus, qui n’étaient pas hcaiicoup plus
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.^eiinps quVlle ; elles les soignait, nuit et jour, livs niehantiait sons ses ailes, leur enfonçait la nourriture dans la gorge avec le hcc : rien n’était capable de la détourner de ces intéressantes l'orietions; si on l'anachnit de dessus scs petits, elle revolait <à eux dès qu’elle était libre, sans jamais songer à prendre sa ^olée, comme elle l’aurait pu cent fois. Son atlection ne taisant que croître, ('Ile en oublia ii la lettre le boire et le inanaci ' elle ne ^ivait plus que de la becquée qu'on lui donnait en même tc'.njps qu’ii s('s petits adoptifs, et e!l(^ mourut enfin consumée par cette espèce de passion maternelle ; aucun de ces petits ne lui survécut; ils moururent tous les uns après les autres : tant scs soins leur étaient dc\ enus nécessaires; tant ces mêmes soins étaient non-seulement alîe-ctionnés, mais bien entendus.
J.a nourriture la plus ordinaire des jeunes alouettes sont les vers, les chenilles, kîs oeufs tle fourmis et même'dc sauterelles; ce f[ui leur a attiré, et à juste titre, beaucoup de considération dans les pays qui sont exposés aux ravages de ces insccüis destructeurs ; lorsqu’elles sontadulfos elles vivent principalement de graines, d’herbe, en un mot, de matières \égelafos.
H laut, dit-on, prendre en octobre ou novembre c(dles que l’on veut conserver pour le chant, préférant les mâles autant qu'il est possible, et leur liant les ailes lorsqu’elhxs sont trop farouches, de peur qu’en s’élançant trop v ivement elles ne se cassent la tête contre le plafond de leur cage. On les apprivoise assez facilement; elles dcvicnmmt même familières jusqu’à venir mang(!r sur la table et se poser sur la main : mais elles ne peuvent sc tenir sur le doigt, à cause do fo coni'ormation de l’ongle postérieur, trop long et trop' droit pour pouvoir l’embra.sscr; c’est .sans doute par la même raison qu’elles ne se perclient pas siii’ les arbres. D’après ceda on juge bien qu’il ne faut point de bâtons en travers dans là cage oîi on les lient.
Kn FlaiKlro,ou nourrit les jeunes avec de la graine de pavot mouillée, et lorsqu'elles mangent seules, avec de la mie de pain aussi humectée : mais dès qu’elles commencent à faire entendre leur ramage, il faut leur donner du cœur de mouton ou de veau bouilli, haché avec des œufs dur.s; on y ajoute le Idé, r(ipeautre et Tavoine mondés, le millet, la graine de lin, de pavots et de cliènevis écrasés, tout cela détrempé dans du lait; mais .M. rrisch avertit (jue lorsqu’on ne leur donne que du clu'mcvis écrasé pour toute uoiuTitui e, leur plumage est sujet à devenir noir. On prétciuj aussi que la graine de moutarde leur e.st coniraire : à cela près, il parait qu on peut les nourrir avec toute sorte de graine, et même avec tout ce qui sc sert sur nos tables, et en faire des oiseaux domestiques. Si l’on on croit Frisch, clics ont l’inslinet particulier de goûter la nouiriture avec la langue avant de manger. Au reste, elles soûl susceptibles d’apprendre à chanter et d’orner leur ramage naturel de tous les agréments que noire mélodie artificielle peut y ajouter. On a vu de jeunes mâles qui, ayant été sifïlés avec une turlutaine, avaient i ctcnu en fort peu de temps des airs entiers, et qui les répétaient plus agiéablemeut qu ai,cunc linotte ou serin n’aurait su faiio. Celles qui reWent dans l’état do sauvage hahilent pendant r(d,é les terres les plus ('hnafos et les plus sèches; l’hiver ('lies descendent dans la plaine, se l'éunisscnt par troupes iiombrcusc's cl deviennent alors Irès-grasscxs, parce (juc dans cette saison, étant presque toujours <à terre, elles mangent, pour ainsi dire, continuolh'ment. Au contraire elles sont fort maigres en (dé, temps où elles sont presque toujours deux à d('ux, volant sans cesse, chantant beaucoup
IIlsroiliE NATLHELLE
mangeuiil p(Hi (it ne .sc posant guère à terre qiu' pour l’aire raniour. Dans P "S gifiiius Irouls, et surtout lorsqu’il y a heaueoup de nciec, elles se retugientde tontes parts aux bords des l’ôntaincs qui ne gèlent poitil: c est alors qu on leur trouve de Uierbe dans le gésier; quelquefois même ctles sont redudes a chercher leur noui'riturc dans le fumier de cheval qui tombe le long des grands chemins; et malgré cela elles sont eneore plus grasses alors que dans aucun temps de l’été.
Leur manière de voler est de s’élever piesqûe perpendiculairement et par reprises, et de se soutenir à une grande hauteur, d’où, comme je 1 ai dit, clics sa^ ent tres-bien se faire entendre; elles descendent au contraire en filant pour se poser à terre, excepté lorstiu’elles sont menacées par 1 oiseau de proie, ou attirées par une compagne chérie; car dans ces deux cas elles se precipilent comme une pierre qui tombe.
Il est aisé de croire que de petits oiseaux qui s’élèvent très-haut dans I air, peuvent quelquefois être emporh's par un coup de vent fort loin dans les mers, et même au delà des mers.
v,-ir if rf’E.ir«,.e, dit le père Dulenrc, on con>me,nce à %oir des oistdux de proie, dos aloi.eUes dos chardonnerets, qoi, étant emportés par les vents, peident la vue des icrres, et sont contraints de venir se percher sur les mais et les cordages d* s navires. » ‘
c est par (otte l'aison que le docteur Hans Sloane en a vu à quarante milles en mer dansi ücean,;cl le comte Marsigli dans la Méditerranée On peut nieme soupçonner que celles qu’on a retrouvées en Pensvbanie, en \ irginie, et dans d'autres régions de rAraérique, y ont été transportées de la meinc laç'on. M. le che\ aller des Mazis m'assure que les alouettes passent a I de de .Malte dans le mois de novembre, et quoiqu’il ne spécule par les especes, il est probable que 1 espèce commune est du nombrecar M. Lüftingei a olxservé cpi en Jmrraine il y en a nn passage considélable, qui finit précisément dans ce mémo mois de novembre, et qu’alors on n en voit que Ires-peu; que les passagères entraînent avec elles celles qui sont nees dans le puj s; mais bientôt après il en reparaît autant qu’aunaravant, soit que d autres leur succèdent, soit que celles qui avaient d abord suiv i les voyageuses reviennent sur leurs pas, ce qui est plus vraisemblable. Uuoi quil on soit, il est certain qu’elles no passent pas toutes, puisquoii on voit presque en toute saison dans noli'e pav-sfel que dans la beaucc, la Picardie, et beaucoup d’autres endroits on en prend en hiv er des ciiiantitcs considérables : c’est même une opinion generale ni ces endroits, qiK'lles no sont point oiseaux de passage; que SI elles s absentent quckmes jours pendant la plus grande rigueur du froid, et surtout lorsque la neige tient longtemps, c’est le plus" souvent parce quelles vont sous quoique rocher, dans quelque caverne, à une bonne cxposilion, et comme j’ai dit, près des fontaines chaudes; souvent meme elles disparaissent subitement au printemps, lorsqu’après des jours doux qui les ont lait sortir de leurs retraites, il survient des froids vifs qui les y ont rentrer. Cette occultation de l’alouette était connue d Aristote, et j\E Klein dit qu il s en est assuré par sa propre observation.
On trouve cet oiseau dans presque tous les pays habités des deux continents, et jusqu au cap de lionne-Espérance, selon Kolbe; il pourrait rneme subsister dans les terres incultes qui abonderaient en briivères et en genévriers; car il se plaît beaucoup sous ces arbrisseaux, qui le mettent a labri, lui et sa couvee, contre les atteintes de l’oiseau de proie. Avec cette lacihte de s accoutumer a tous les terrains et à tous les climats.
i)Jî: L’Al.OL'KTTK.
il paraîtra singulier qu'il ne s’en trouve point à la Cô l’assure Villaut, ni meme dans l’Andalousie, s’il en li
rocs.
Côte-d’Or, comme l'aut ci'oire Aver-
Tout le monde connaît les différents pièges dont on se sert ordinairement pour prendre les alouettes, tels que collets, traîneaux, lacets pantièresj mais il en est un qu’on y em{)loie plus communément, et qui en a tire sa dénominaUon de filets d’alouelles. Pour réussir à cette chasse, il tant une matinée fraîche, un beau soleil, un miroir tournant sur son pivot, et une ou deux alouettes vivantes qui rappellent les autres : car on ne sait pas encore imiter leur chant d’assez près pour les tromper ; c’est par cette raison que les oiseleurs disent qu’elles ne suivent point l’appeau; mais elles paraissent attirées plus sensiblement par le jeu du miroir : non sans doute qu’elles cherchent à se mirer, comme on les en a accusiîes d’après l’instinct qui leur est commun avec presque tous les autres oiseaux do volière, de chanter devant une glace avec un redoublement de \ i\ acité et d’émulation , mais parce que ïes éclairs de lumière que jette de toutes parts ce miroir en inouv ornent excitent leur curiosité on parce qu elles croient cette lumière en\ oyéo par la surface mobile des eaux vives qu’elles recherchent dans cette saison : aussi en prend-on tous les ans des quantités considérables pondant l’hiver aux environs des fontaines chaucles oîi j’ai dit (pi’cllcs se rassemblaient; mais aucune chasse Il en détruit autant a la fois que la chasse aux gluaux qui se pratique dans la Lorraine française et ailleurs, et dont je donnerai ici le détail parce qu’elle est peu connue. On commence par préparer quinze cents ou deux mille duaux : ces gluaux sont dos branches de saule bien droites ou du moins bien drossées, longues d’environ trois pieds dix pouccis aiguisées et meme un peu biailees par l'un des bouts; on les enduil de glu par l’autre de la longueur d’un pied ; on les plante par ramjs pai-alrèles dans un terrain convenable, qui est ordinairement une plaine en jachèi-e, et où l’on s’est assuré qu’il y a sufiisamment d’alouettes pour indemniser des frais qui ne laissent pas d’ètrc considérables; l’intervalle des rangs doit être tel, que l’on puisse passer entre deux sans toucher aux gluaux; l’intervalle des gluaux de chaque rang doit être d’un pied, et chaque gluau doit répondre aux intervalles (îes gluaux des rangs joignants.
L’art consiste à planter ces gluaux bien régulièrement, bien à plomb et de manière qu’ils puissent rester en situation tant que l’on n’y touche point, mais qu'ils puissent tomber pour peu qu’une alouette les touche en passant.
l.oivsque tous ces gluaux sont plantés, ils forment un carré long qui prentc l’un de scs côtes au terrain où sont les alouettes, c’est le Iront (le la
sente
vue
chasse : on plante à chaque bout un drapeau pour servir de point de aux chasseurs, et dans certains cas pour leur donner des signaux.
Le nombre des chasseurs doit être proportionné h l’étendue du terrain que l’on veut embrasser. Sur les quatre ou cinq heures du soir, selon que l’on est plus ou moins avancé dans l’automne, la troupe se partage en deux détachements égaux, commandés chacun par un chef intelligent, lequel est lui-même subordonné à un commandant général qui se place au centre.
L’un de ces détachements se rassemble au drapeau de la droite l’autre au drapeau de la gauche, et tous deux, gardant un profontl silence s’étendent chacun de leur côté sur une ligne circulaire pour se rejoindré l’un à l’autre à environ une demi-lieue (Jii front de la chasse, et former
ncKPoN. tome vm.
(i82 ItlSTOlIŒ AxVTLHELJJ-:
un seul cordon qui se resserre toujours davunlage en se rap[irüclutnl des gluaux, el jwusse toujours les alouettes en avant.
Vers le coucher du soleil, le milieu du cordon doit se trouver à deux ou trois cents pas du Iront : c’est alors que l’on donne, c’est-à-dire que l'on marche avec circonspection, que l’on s’arrête, que l’on se met ventre à terre, que l’on se relève et qu’on se remet en mouvement à la voix du chef. Si toutes ces manœuvres sont commandées à propos et l)ien exécutées, la plus grande partie des aloiuîttes renfermées dans le cordon, et qui à cette hcure-là ne s’élèvent que de trois ou quatre pieds, .se jettent clans les gluaux, les font tomber, sont entraînées parleur chute, et se prennent à la main.
S’il y a encore du temps, on forme, du côté opposé un second cordon de cinquante pas de profondeur, et l’on ramène les aloucttcîs qui avaient échappé la première fois : cela s’appelle revirer.
Les curieux inutiles se tiennent aux drapeaux, mais un peu en arrière, afin d’éviter toute confusion.
On prend jusqu’à cent douzaines d’alouettes et plus dans une de ces chasses; et l’on regarde comme très- mauvaise celle où l’on n’en prend que vingt-cinq douzaines. On y prend aussi quelquefois des compagnies de perdrix et même des chouettes; mais on en est très-fâché, parce que ces événements font enlever les alouettes, ainsi que le passage d’un lièvre qui traverse l’enceinte, et tout autre mouvement ou bruit extraordinaire.
Les oiseaux voraces détruisent aussi beaucoup d’alouettes pendant l’été ;'car elles sont leur proie la ])lus ordinaire, même des plus pcùits; et le coucou, qui ne fait point de nid, tâche quelquefois de s'approprier celui de l’alouette, et de substituer scs œufs à ceux de la véritable mère : cependant malgré cette immense destruction, l’espèce parait toujoui's tort nombreuse; ce qui prouve sa grande fécondité et ajoute un tioiivcau degré de vraisemblance à ce qu’on a dit de ses trois pontes par an. Il est vrai que cet oiseau vit assez longtemps pour un si petit animal : huit à dix ans, selon Olina; douze ans selon d autres; vingt-deux, suivant le rapport d’une personne digne de foi, et jusqu’à vingr-quatre, si l’on en croit llzaczynsKi.
Les anciens ont prétendu que la chair de ralouctte, bouillie, grillée, et même calcinée et réduite en cendres, était une sorte de spécifique contre la colique; il résulte au contraire de quelques ob,ser\otions modernes qu’elle la donne fort souvent, et i\L J.innæus croit qu’i'lle est contraire aux personnes qui ont la gravellc. Ce qui paraît le mieux avéré, c’est que la chair des alouettes ou mauviettes est une nourriture fort saine et fort agréable lorsqu’elles sont grasses, et que les picotements d’estomac ou d’entrailles qu’on éprouve quelquefois après en avoir man.gé viennent de ce qu’on a avalé, par mégarde, quelques fragments de leurs petits os, lesquels fragments sont très-fins et très-aigus. Cet oiseau pèse plus ou moins, selon qu’il a plus ou moins de graisse, de sept ou huit gros à dix ou douze.
Longueur totale, environ sept pouces, bec, six ou sept lignes; ongle postérieur droit, six lignes; vol, douze à treize pouces; queue, deux pouces trois quarts, un peu fourchue, composée de douze pennes ; elle dépasse les ailes d’onze lignes.
Yariétés de l’alouelle.
1. L’alouette blanche. MM. Brisson et Frisch ont eu raison de regarder cette alouette comme une variété de l’espèce précédente ; c’est en
DE L’Al.OljETrE. 083
v‘ll(îl une v(‘nl,ul)le aloucllc qui, siiivuiil Friscl), nous vient du Nord, connue le inoincau el rétourneau hlancs, riiirondelle et la fauvette blanches, etc., lesquels portent tous sur leur plumage rernpi'ointc de leur climat natal. M. Klein n’est point de cet avis, et il se fonde sur ce qu’à Dantzick, nui est plus au nord que les pays où il paraît quelquefois des alouettes hlanches, on n’en a pas v u une seule depuis un demi-siècle. S’il m’était permis de prononcer sur cette question, je dirais que l’avis de .M. Frisch, qui fait venir toutes les alouettes blanches clu Nord, me semble trop exclusif, et que la raison que M. Klein fait valoir contre cet avis n’est rien moins que décisive : en effet, l’observ alion prouve et prouvera qu’il y a des alouclkïs blanches ailleurs que dans le Nord; mais il faut convenir aussi que les alouettes blanche.s qui se trouvent dans la partie du Nord où est la Norwége, la Suède, le Danomarck, ont plus de facilité à se répandre de là dans la partie occidentale de l’Allemagne, laquelle n’est séparée de ces pays par aucune, mer considérable, qu’.à se rendre à l’embouchure delà Vistulc, en traversant la mer Baltique. Quoi qu’il en soit, outre les alouettes blanches qui paraissent quelquefois aux environs de Berlin, .suivant M. Frisch, on en a vu plusieurs fois aux environs de llildosheim dans la Basse-Saxe. La blancheur de leur plumage est rarement pure : dans l’individu observé par >1. Brisson, elle était mêlée d’une teinte de jaune; mais le bec, les pieds et les ongles étaient tout à fait blancs. Dans le moment où j’écrivais ceci, on m’a apporté une alouette blanche qui avait été tirée sous les murailles de la petite ville que j’habite : elle avait le sommet de la tète et quelques places sur le corps de la couleur ordinaire ; le reste de la partie supérieure, com|)ris la queue et les ailes, était varié de brun et do blanc, la plupart des plumes et même des pennes étant bordées de cette' dernière couleur : le dc.ssous du corps était blanc moucheté de brun, surtout dans la partie antérieure et du côté droit; le bec inféiicui' était aussi plus blanc que le supérieur, et h', s pieds d’un blanc sale varié de brun. Cet individu m’a scmldé faire la nuance entre raloucttc ordinaire et celle qui est tout à fait blanche.
J’ai vu depuis une autre alouette dont tout le plumage était parfaitement blanc, excepté sur la tète, où paraissaient quelques vestiges d’un gris d’alouette à demi-effacé; on l’avait trouvée dans les (unirons de Montbard;il n’y a pas d’apparence que ni l’une ni l’autre de ces alouettes vînt des côtes septentrionahis de la mer Baltique.
11. L’alouette isoinE. Je regarde encore, avec M. Bri.sson, cette alouette comme une variété de l’alouette ordinaire, soit que ce chan^ementde couleursoit un effet du chènevis, lorsqu’on le donne à ces oisea'iix pour toute nourriture, soit qu'il ail une autre cau.se. L’individu que nous avons fait représenter avait du roux brun à la naissance du dos, et les pieds d’un l*run clair.
Albin, qui a v u et décrit d’après nature celte variété, nous la représente comme étant partout (l’un Imcm sondire et rougeâtre, tirant sur ie noir; partout, dis-je, excepté derrière la tète où il y avait du jaune rembruni, et sous le ventre où il y avait quelques plumes bordéei de blanc ; les pieds, les doigts et les ongles étaient d’un jaune .sale. Le sujet d’après lequel Albin fai^sa description avait été pris au fdet, clans un pré aux environs de Highgate, et il paraît qu’on n’y en trouve pas souvent de pareils.
fll. âlauduit m’a assuré avoir vu une alouette parfaitement noire, qui avait été prise dans la plaine de Montrouge, près de Paris.
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