DES ALOUETTES. (LS
semble, que oet oiseau est commun dans les montagnes de Suisse, comme il l’est dans celles du Bugey. Il diffère de l’alouette par la fécondité; car quoique les hommes fassent moins la guerre au cujelier, sans doute comme étant une proie trop petite, et quoiqu’il ponde quatn; ou cinq œufs comme l’alouette ordinaire, l’espèCc est cependant moins nombreuse. Il en diffère par le temps de la ponte, car nous avons vu que l’alouette commune ne faisait pas sa première ponte avant le mois de mai, an lieu que les petits de celle-ci sont quelquefois en état de voler dès la mi-mars.
Enfin, il en diffère par la délicatesse du tempérament, puisque, selon la remarque du même Albin, il n’est pas possible, quelque soin que l’on prenne, d’élevei- les petits que Ton tire du nid ; ce qui néanmoins doit se restreindre au climat de rAnglcterre et autres semblables ou plus froids, puisque Olina, qui vivait dans un pays plus chaud, dit positivement qu’on prend dans le nid les petits de la tottovilla, qui est notre cujelier; que dans les commencements on les élève de inème que les rossignols dont ils ont le chant, et qu’ensuitc on les nourrit de panis et de millet.
Dans tout le reste, le cujelier a beaucoup de rapport avec l’alouette qidinairc; comme elle il s’élève très-haut en chantant, (;t se soutient en 1 air; il vole par troupes pendant les froids; fait son nid à terre et le cache sous une motte do gazon; vit de huit à dix ans; se nourrit de scarabées, do chenilles, do graines; a la langue fourchue, le ventricule musculeux et charnu, point d’autre jabot qu’une tlilatation assez médiocre de la partie inferieure de l’œsophage, et les cœmm fort petits.
Olina a remarqué que les plumes du sommet de la tète sont d’un brun moins obscur dans la femelle que dans le mâle, et que celui-ci a l’ongle postérieur nlus long : il aurait pu ajouter mi’il a la poitrine plus tachetée et les grancu's pennes des ailes bordées d olivâtre, au lieu qu’elles sont bordées de gris dans la femelle. 11 dit encore qu’on prend le cujeliei’ comme l’alouette, ce qui est vrai : et il prétend que cette espèce n’est guère connue que dans la campagne de Rome, ce qui est contredit avec rai.son par les naturalishis motlcrnes mieux instruits. En effet, il est [)lus que probable que le cujelier n’est point fixé à un seul pays; car on sait qu’il se trouve en Suède selon Linnæus, et en Italie suivant Olina; et puis(|u’il s’accommode de ces deux climats qui sont fort différents, on peut croire qu’il est répandu dans les climats intermédiaires, et par conséquent dans la plus gr ande partie de l’Europe. Ces oiseaux .sont assez gras (Ml automne, et leur chair est alors un fort bon manger.
Albin prétend qu’on les chasse en ti'ois saisons, savoir, pendant l’été, temps où se prennent his petits bmncitiers, qui gazouillent d’abord, mais pour peu de temps, parce que bientôt après ils (iiitrent en mue.
Le mois de septembre est la seconde saison, et celle où ils vohmt en troupes, et rôdent d’un pays à l’autre, parcourant les pâturages, et se [HM-chant \ olontiers sur les arbres à portée des fours à chaux. C’est encore le temps oü les jeunes oiseaux changent de plum(js et ne peuvent guèie être distingui's des plus vieux.
La troisième et la meilleure .saison commence avec le mois rie janvicu-, et s’étend jusqu’à la fin de février, h'mps auquel ces oiseaux se séparent deux à deux pour former des sociéhîs plus intimes. Les jeunes cujeliers pris alors sont ordinairement les meilleurs pour le chant; ils gazouillent peu de jours après qu’on les a pris, et cela d’une manière plus distincte que ceux qui ont été pris en toule autre sai.son.
CSG lllSTOJnE NATüllELLE
Longueur totale, six pouces; bec, se[)t lignes; vol, neuf pouces (dix selon M. Lottinger); queue, deux pouces un quart, un peu fourchue, composée de douze pennes; elle dépasse les ailes d’environ treize lignes.
LA FARLOUSE OL L’ALOUETTE ÜE FRÉS.
(le PIPIT FARLOUSE. — LE PIPIT DES ARBRES.)
Geiiie farlüusp, (Ci vieh.)
Bclon et Olina disent que c’est la plus petite de toutes les alouelte.s. mais c’est parce qu’ils ne connaissaient pas l’alouette pipil, dont nous parlerons dans la suite. La farlousc pèse six à sept gros et n’a pas neuf pouces de vol. La couleur dominante du dessus du'^corps est l’olivAtre varié de noir dans la partie antérieure, et l’olivàtre pur et sans mélange dans la partie postérieure; le dessous du corps o.st d’un blanc jaunâtre, avec des , taches noires longitudinales sur la poitrine elles côtés; le fond des plumes est noir; les pennes des ailes jH'csqiu! noires, bordées d’olivâtre; celles de la queue de même, excepté la plus extérieure; qui est bordée de blanc, et la suivante qui est terminée de celte même couleur.
Cet oiseau a dos (îspèces de .sourcils blancs, que M. Linnæus a choisis pour caractériser l’espèce. En général le mâle a plus de jaune que la femelle à la gorge, à la poitrine, aux jambes, et même sous les pieds, suivant Albin.
La farlousc part rapidement au moindre bruit, et se perche sur les arbres, quoique diflicilcment : elle niche à peu près comme le cujelicr, pond le meme nombre d’mufs, etc. ; mais elle en diffère en ce (ju’elle a la première penne des ailes presque égale aux suivantes, et le chant un peu moins varié, quoique fort agréable. L(!s auteurs de la ZooUxjk hrüanni- (jue trouvent à ce chant de la ressemblance avec unrismoqueur, et Albin, avec le ramage du serin de Canarie; tous deux l’accusent d’èti'e trop bref et trop coupé : mais Jlolon et Olina s’accordent à dire que ce petit oiseau est recherché par son plaisant chanter, et j’avoue qu’ayant eu occasion de l'entendre, je le trouvai en effet très-flatteur, quoique un peu triste, et approchant de celui du rossignol, quoique moins suivi. Il est à remarquer que l’individu que j’ai ouï chanter était une femelle, puisqu’on la disséquant je lui ai trouvé un ovaire : il y avait dans cet ovaire trois œufs plus gros que le.s auti-es,lcsf|uels semblaient annoncer une seconde ponte. Olina dit qu’on nourrit cct oiseau comme le rossignol, mais qu’il est fort difficile <à élever; et comme il ne v it que trois ou quatre ans, cela explique pourquoi l’espèce est peu nombreuse, et pourquoi le mâle, lorsqu’il s’élève pour aller à la decouverte d’une femelle, emlirasse dans son vol un cercle beaucoup plus étendu que raloueltc ordinaire, et même que te cujelicr. Albin prétend que cette alouette est de longue vie, peu sujette aux maladies, et qu’elle pond ordinairement cinq ou six œufs. Si cela était, l’espèce devrait être beaucoup plus nombreuse qu’elle ne l’est eu effet.
Suivant M. Guys, la fai louse .se nourrit principalement de vermisseaux et d’insectes qu’elle cherche dans les terres nouvellement labourées. Willughby lui a trouvé en effet dans l'estomac des scarabées et de petits vers. .Ty ai trouvé moi-même des débris d’insectes et de plus de petites graines et de petits cailloux. Si l’on en croit Albin, elle a l’halntude en mangeant d’agiter sa queue de rôle cl d’autre.
r)Ks AJ^OLErriis. C87
Los fiirlouscs nichent ordinairement dans les prés, et même dans les près bas et marécageux; elles posent leur nid à terre, et le cachent trèsbien : tandis que la femelle couve, le mâle se tient perché sur un arbre dans le meme voisinage, et s’élève de temps à autre, en chantant et battant des ailes.
M. Willughby, qui paraît avoir observé cet oiseau de fort près, dit, avec raison, qu’il a l’iris noisette, le bout de la langue divise en plusieurs lilets, le ventricule médiocrement charnu, les cæcum un peu plus longs que l’alouette, et une vésicule du fiel. J’ai vérilié loutcela, etj’ajoute qu’il n’a point de jabot, et même que l’œsophage n’a presque point de rcnllemont à l’endroit de sa jonction avec le ventrieuh;, et que le ventricule ou gésier est gros à proportion du corps. J’ai regardé un de ces oiseaux pendant une année entière, ne lui faisant donner que de petites graines pour toute nourriture.
Lafarlousese trouve en Italie, en France, en Allemagne, en Angleterre et en Suède. Albin nous dit qu’elle paraît ( sans doute dans le canton de l’Angleterre qu’il habite) au commencement d’avril, avec le rossignol, et qu’elle s’en va vers le mois de septembre. Elle part quelquefois dès la fin d’aoùt, suivant M. Lottinger, et semble avoir une longue route à faire. Dans ce cas elle pourrait être du nombre de ces alouettes qu’on \ oit passer à Malte dans le mois de novembre, en supposant qu’elle s’arrête en chemin dans les contrées où elle trouve une température qui lui convient. En automne, c’est-à-dire au temps des vendanges, elle se lient autour des grandes routes. .M. Guys remarque qu’elle aime beaucoup la compagnie de ses semblables, et qu’à défaut de cette société de prédilection, elle SC mêle dans les troupes des pinsons et des linottes qirellc rencontre sur son passage.
Au reste, en comparant ce que les auteurs ont dit do la farlousc, je vois des difiérences qui me feraient croire que cette espèce est sujette dà beaucoup de variétés, ou qu’on l’a confondue quelquefois avec des espèces voisines, telles que le cujelier et l’alouette pipit *.
Longueur totale, cinq pouces et demi; bec, six lignes, bords de la pièce supérieure un peu écliancrés vers la pointé; vol, environ neuf pouces; queue, deux pouces, un peu fourchue, composée de doifze pennes ; elle dépasse les ailes de huit lignes; l’ongle postérieur est moins long et plus arqué que dans les espèces précédentes.
Variété de la faiiouse.
La farlousc blanche ne diffère de la precedente que par son plumage, qui est presque universellement d’un blanc jaunâtre, mais plus jaune sur les ailes; elle a le bec et les pieds bruns telle était celle qu’Aldro- \ande a vue en Italie; et quoique le jésuite Rzaczynski lui donne j)lace jtarmi les oiseaux de Pologne, je doute qu’elle se îrouve dans ce pays, ou du moins qu’il l’y ait vue, d’autant qu'il se sert des paroles mêmes d’Aldrovande .sans y rien ajouter.
* La liisposilion fies lachi s dti plumage csl à peu près la même dans ces trois espèces, quoique les couleurs de ces ladies soient diirérenles dans chacune, el les habiliidcs eneorc plus dillcrenles, mais moins cependant que les opinions des divers auteurs sur les propriétés de la farlouse et sur les détails de son histoire.
flISTOiRK iXAIUKELLE