‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 514 sur 525 · LA FAUVETTE TACHETÉE · texte numérisé non relu

LA FAUVETTE TACHETÉE

Neuvième cs|ièce.

Le plumage des fauvettes est ordinairement uniforme et monotone : celle-ci se distingue par quelques taches noires .sur la poitrine; mais du reste son plumage ressemble à celui des autres. Elle est de la grandeur delà petite fauvette, seconde espèce; elle a cinq pouces quatre lignes de longueur, et les ailes pliées couvrent la moitié de la queue : tout le manteau, du sommet de la tète à l’origine de la queue, est varié de brun roussâtre, de jaunâtre et de cendré; les pennes de l’aile sont noirâtres, bordées extérieurement de blanc; celles de la queue de même; la poitrine est jaunâtre et marquée de taches noires; la gorge, le devant du cou, le ventre, et les côtés sont blancs.

tiette fauvette est plus commune en Italie, et apparemment aussi dans nos provinces méridionales, que dans les septentrionales, où on la connaît peu. Suivant Aldrovande, on en voit bon nombre aux environs de Bologne, et le nom qu’il lui donne semble lui suppo.ser l’habitude de suivre les troupeaux dans les prairies et les pàluragcs.

Elle, niche en effet dans les prés, et pose son nid à un pied de terre, sur quelques plantes fortes, comme de fenouil, de myrrhis, etc.; elle ne sort pas de son nid lorsqu’on en approche, et se laisse prendre dessus plutôt

75>i lUSTOIHE NATUliELLE

(|üo de 1 ubandoimcr, oubliant le soin de sa vie [wur eclui de sa pi'ogéniture : tant est grande lu Ibree de çet instinct, qui, d’animaux faibles, lugitils, lait des animaux courageux, intrépides! tant il est vrai que dans tous les êtres qui suivent la sage loi de la nature, l’amour paternel est le principe de tout ce qu’on peut appeler vertus !

LE TRAINE-BUISSON, OU xMOUCHET, OU LA FAUVETTE D’HIVER.

nivième espèce.

(L’ACCEXTErU mOUCUET. — EE PÉUOT iMOUCUE'l',)

Genre bee-lin, sous-genre l'auveUe. {(ùiviek.)

Toutes les^ fauvettes partent au milieu de l’automne; c’est alors au contraire qu’arrive celle-ci : elle passe avec nous toute la mauvaise saison, et c’est tà juste titre qu’on l’a nommée fimuette d’hiver; on l’apjjelle aussi Iraine-buts.son, jmsse-lriise, rossicpiol d'hiver, dans nos dillérentes provinces de France; en Italie, paissc-sauvai/e (passara mlvafica), et en Angleter're, momeau de haie {hedge-sparrow). Ces deux derniers noms désignent la i'es.semblance de son plumage varié de noir, de gris et de brun roux avec celui du moineau, ou plutôt du friquet; ressemblance que Belon trouvait entière.

En clfet, les couleurs de la fauvette d’Iiiver sont d’un ton beaucoup plus loncé que celles de toutes les autres fauvettes : sur un fond noirâtre, toutes ses pennes et ses plumes sont itordées d’un brun roux; les joues, la gorge, le devant du cou et la poitrine, sonttl’un cendré Ijieuàtre; sur la tempe est une tache rous.sâtre; le ventre est blanc : sa grosseur est celle du rouge-gorge; elle a huit pouces de vol. Le mâle diffère de la femelle en ce qu il a plus tic roux sur la tète et le cou, et celle-ci plus de cendré.

Ces oiseaux voyagent de compagnie; on les voit arriver ensemble vers la fin d’octolvre et au commencement de novembre; ils s’abattent sur les haies, et vont de buisson en buisson, toujours assez près de terre, et c’est de cette habitude qu’est venu son nom de traîne-buisson. C’est un oiseau peu défiant et tiui se laisse prendre aisément au piège;. 11 n’est point sauvage; il n’a point la vivacité des autres fauvettes, et son naturel semble participer du froid et de l’engourdissement de la .saison.

Sa voix ordinaire est tremblante; c’est une espèce de frémissement doux, titil-tilüit, qu’il répète assez fréquemment; il a de plus un petit ramage, (pii, quoique plaintif et peu varié, fait plaisir à entendre dans une saison oii tout .se tait : c’est ordinairement vers le soir (pi’il est plus fréquent et plus soutenu. .Vu fort de cette sai.son rigoureuse, le traînebuisson s’approche des granges et des aires où Ton bat le l)lé, pour démêler dans l(;s pailh» quelques menus grains. C’est arqiaremment l’origine du nom do gratte-paüle qu’on lui donne en Rrie. M. Iléljort dit avoir trouvé (fans son jabot quelques grains de blé tout entiers ; mais son bec menu n’c.stjxiint tait pour prendre cette nourriture, et la n îcessi té seule !(' force de s’en accommoder; des que le froid se nTâche, il continue d'aller dans h's haies, cluîrchant sur les brancluîs les chry.salides et les cadaviavs des pucerons.

Il disparaît au printemps des lieux oh on Ta vu Thiver, .soit qu’il s’entoiice alors dans les grands bois, et retourne aux montagtuîs, comme dans celles de Lorraine., où nous sommes informés qu’il nil'lu;, soit qu’il

DK K A FAUVETTE. 'm

?c porlcen ellcl dans d’aiilcns régions, et appareninuüit dans colles dn Nord, d’où il serahic venir en automne , et ou il est très-l'rcc|ucnl en été. En Angleterre, on le trouve alors presque dans chaque huis.son, dit Albin J on le voit en Suède; et même il semblerait , à un des noms que lui donne M. Linnæu.s, qmil ne s’en éloigne pas l'iiiver, et que son plumage, soumis à l’effet des rigueurs du climat, y blanchit dans cette saison. 11 niche également en iillemagne : mais il est très-rare dans nos provinces de trouver' le nid de cet oiseau; il le pose près de terre ou surla terre mémo, et le compose de mousse en dehors, de laine ci de crin ;i rinléi'ieni’. Sa ponte est do quatre ou cinq œufs, d’un joli bleu clair unilorme.et sans taches. Loi-squ’un chat ou quelque auli'c animal dangereux iqrproche du nid. la mère, pour lui donner hi change, par un instinct semblable à celui de la perdrix devant le chien, se jette audevant et voltige tci'i'e à tcri'c jusqu’à ce qu’elle, l’ait sullisamment éloigné. Albin dit qu’elle a en Angleteri'e des petits dès le commencement de mai , qu'on les élève aisément, qu’ils ne sont point l'arouches et deviennent meme très-lamilier.s, etqu’enlin ils se l'ont estimer pour' leur ramage, quoique moins gai que celui des autres làuvetlcs.

Leur dépar t de France au printemps, leur fréquence dans les pays phts septentrionaux dans cette saison, est un fait intéressarrt dans I histoir’c de la migration des oiseaux; et c’esj la seconde espèce à bec clfilé, après raloLiclle pipi, dont il a été par’lé à l’article des alouettes, pour qui la température de nos étés semble être tr*op chaudrq et qui ne redoute pas les rigueurs de nos hivers, que fuient néanmoins tous les autres oiseaux de leur genre; et cette habitude est peut-être suflisante poirr' les en sépar'er ou dit moins pour les en éloigner à une petite distance.

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