‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 516 sur 525 · LE COU-JAUNE · texte numérisé non relu

LE COU-JAUNE

Genre bcc-fin, sous-genre roiielcl. (Ci:meu.)

Les habitants de Saint-Domingue ont donné le nom de cou-jaune à un petit oiseau qui joint une jolie robe à une jaille dégagée et à un ramage agréable : il se tient sur les arbres qui sont en fleurs ;' c’est de là qu’il fait j'esonnerson chant. Sa voix est déliée et faible, mais elle est variée et

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d(ilital('-; chaque plirase est composée de cadences brillantes et soutenues. Ce que ce petit oiseau a de charmant, c’est qu’il fait entendre son joli ramage, non-seulement pendant le printemps, qui est la saison des amours, mais aussi dans presque tous les mois de l’année. On serait tenté de croire que ses désirs amoureux seraient de toutes les saisons; et l’on ne serait pas étonné qu’il chantât avec tant de constance un pareil don de la nature. Dès que le temps se met au beau, surtout après ces pluies rapides et de courte durée qu’on nomme au.x îles grains, et qui y sont fréquentes, le mâle déploie son gosier et en fait briller les sons pendant des heures entières. La femelle chante aussi , mais sa voix n’est pas aussi modulée, ni les accents aussi cadences ni d’aussi longue tenue que ceux du mâle.

La nature, qui peignit des plus riches couleurs la plupart des oiseaux du Nouveau-Blonde, leur refusa presque à tous l’agrément du chant, et ne leur donna, sur ces terres désertes, que des cris sauvages. Le coujaune est du petit nombre de ceux dont le naturel vif et gai s’exprime par un chant gracieux, et dont en même temps le plumage est paré d’assez belles couleurs; elles sont bien nuancées et relevées par le beau jaune qui s’étend sur la gorge, le cou et la poitrine : le gris noir domine sur la tête; cette couleur s’éclaircit en descendant vers le cou, et se change en gris fonce sur les plumes du dos; une ligne blanche qui couronne l’œil sc joint <à une petite moucheture jaune placée entre l’œil et le bec; le ventre est blanc, et les flancs sont griveles de blanc et de gris noir; les couvertures des ailes sont mouchetées de noir et de blanc par bandes horizontales; on voit aussi de grandes taches blanches sur les pennes, dont le nombre est de seize à chaque aile, avec un petit bord gris blanc à l’extrémité des grandes barbes; la queue est composée de douze pennes, dont les quatre extérieures ont de grandes taches blanches; une peau écailleuse et fine, d’un gris verdâtre, couvre les pieds. L’oiseau a quatre pouces neuf lignes de longueur, huit pouces de vol, et pèse un gros et demi.

•Sous cette jolie parure on reconnaît dans le cou-jaune la figure et les proportions d’une fauvette; il en a aussi les habitudes naturelles. Les bords des ruisseaux, les lieux frais et retirés près des sources et des ravines humides, sont ceux qu’il habite de préférence; soit que la température de CCS lieux lui convienne davantage, soit que, plus éloignés du bruit, ils soient jilus propres à sa vie chantante. On le voit voltiger de branche en branche, d’arbre en arbre, et tout on traversant les' airs il fait entendre son ramage; il chasse aux papillons, aux mouches, aux chenilles, et cependant il entame, dans la saison , les fruits du goyavier, du sucrin, etc., apparemment pour chercher dans l’intéi-ieur de ces fruits les vers qui s’y engendrent lorsqu’ils atteignent un certain degré de maturité. Il ne paraît pas qu’il voyage ni qu’il' sorte de l’île de Saint- Domingue; son vol, quoicpie rapide, n’est pas assez élevé, assez soutenu pour pa.sscr les mers, et on peut avec raison le regarder comme indigène dans cette contrée.

Cet oiseau, déjà très-intéressant par la beauté et la sensibilité que sa voix exprime, ne l’est pas moins par son intelligence et la sagacité avec laquelle on lui voit construire et disposer son nid : il ne le place pas sur les arbres, à la bifurcation des branches, comme il est ordinaire aux autres oiseaux ; il le suspend à des lianes pendantes de l’entrelacs qu’elles forment d’arbre en arbre, surtout à celles qui tombent des branches avancées sur les rivières ou les ravines profondes; il attache, ou, pour

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