‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 62 sur 525 · DU HIBOU OU MOYEN DUC · texte numérisé non relu

DU HIBOU OU MOYEN DUC

Ces oiseaux se donnent raremeni la peine de faire un nid, ou se l’épargnent en entier; car tous les œufs et les petits qu'on ma apportés, ont toujours été trouvés dans des nids étrangers, souvent dans des nids de pies, qui, comme l’on sait, abandonnent chaque année leur nid pour en faire un nouveau; quelquefois dans des nids de buses; mais jamais on na pu me trouver un nid construit par un hibou. Ils pondent ordinairement quatre ou cinq œufs, et leurs petits, qui sont blancs en naissant, prennent des couleurs au bout de quinze jours.

Comme ce hibou n’est pas fort sensible au froid, qu’il passe I biver dans notre pays, et qu'on le trouve en Suède comme en France, il a pu passer d’un continent à l'autre. Il parait qu’on le retrouve en Canada et dans plusieurs autres endroits de l’Amérique septentrionale ; il se pourrait même que le hibou de la Caroline, décrit par Catesby, et celui de l’Amérique méridionale, indiqué par le P. Fouillée, ne fussent que des variétés de notre hibou, produites par la diftërence des climats, d’autant qu’ils sont à trèspeu près de la même grandeur, et qu’ils ne diffèrent que par les nuances et la distribution des coideurs.

On se sert du hibou et du chat-huant pour attirer les oiseaux à la pipée; et Ion a remarqué que les gros oiseaux viennent plus volontiers à la voix du hibou, <|ui est une es|ièce de cri plaintif ou gémissement grave et allongé, c(ow,cloud, qu'il ne cesse de répéter pendant la nuit, et que les petits oiseaux viennent en plus grand nombre à celle du chat-huant, qui est )ine voix haute, une esf)èce d appel, hoho, hoho. Tous deux font pendant le jour des gestes ridicules et bouffons en présence des hommes et des autres oiseaux. Aristote n'attribue cette espèce de talent ou de propriété qu’au hibou ou moyen due, olus; Pline la donne au scops, et appelle ces gestes bizarres, molus satyricos : mais ce scops de Pline est le même oiseau que Volas d’Aristote; car les Latins confondaient sous le même nom scops, l'otos et le scops des Grecs, le moyen duc et le petit duc, qu'ils réunissaient sous une seule espèce, et sous le même nom. eu se contentant d'avertir qu'il existait néanmoins de grands scops et de petits.

C’est en effet au hibou, otus, ou moyen duc, qu’il faut principalement appliquer ce que disent les anciens de ces gestes bouffons et mouvements satyriques; et comme de très-habiles physiciens et naturalistes ont prétendu que ce n'était point au hibou, mais à un autre oiseau d'un genre tout different, qu'on appelle la demoiselle de Numidie, qu'il faut rapporter ces passages des anciens, nous ne pouvons nous dispenser de discuter ici cette quesiion, et de relever cette erreur.

Ce sont MM. les anatomistes de l'Académie des sciences, qui, dans la description ipi'ils nous ont donnée de la demoiselle de Numidie, ont voulu établir celte opinion, et s’expriment dans les termes suivants :

« L’oiseau, disent-ils, que nous décrivons, est appelé demoiselle de Numidie, parce qu’il vient de cette province d’Afrique, et qu’il a certaines façons par lesquelles on a trouvé qu’il semblait imiter les gestes d’une femme qui affecte de la grâce dans son port et dans son marcher, qui semble tenir souvent quelque chose de la danse. Il y a plus de deux mille ans que les naturalistes qui ont parlé de cet oiseau, l’ont désigné par celle part iculariléde l’imitation des gestes et des contenances delà femme. Aristote lui a donné le nom de bateleur, de danseur et de bouffon, contrefaisant ce qu’il voit faire... Il y a apparence que cet oiseau danseur et bouffon était rare parmi les anciens, parce que Pline croit qu’il est fabuleux, en mettant cet animal, qu’il appelle salyriqae, auTütig despégascs, des griffons et des sirènes: il est encore croyable qu’il a été jusqu’à présent inconnu aux modernes, puisqu’ils n’en ont point parlé comme Tayaut vu, mais seulement comme ayant lu dans les écrits <les anciens la description d’un oiseau appelé scops et otus par les Grecs, et asio par les Latins, à qui ils avaient

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donné le nom de danseur, de bateleur et de comédien ; de sorte qu’il s’agit de voir si notre demoiselle de Numidie peut passer pour le scops et pour lotus des anciens. La description qu'ils nous ont laissée de l'o(u« ou scops consiste en trois particularités remarquables... La première est d'imiter les gestes... la seconde est d’avoir des éminences de plumes aux deux eôtés de la tète, en forme d’oreilles... et la troi.'ième est la couleur du plumage, qu’Alcxandre Myndien, dans Athénée, dit être la couleur de plomb : or, la demoiselle de Numidie a ces attributs, et Aristote semble avoir voulu exprimer leur manière de danser, qui est .le sauter l'une devant l'autre, lorsqu'il dit qu on les prend quand elles dansent l’une contre l’autre. Belon croit néanmoins que 1 otus d Aristote est le hibou, par la seule raison que cet oiseau, à ce qu’il dit, fait beaucoup de mines avec la tète. La plupart des interprètes d’Aristote , qui sont aussi de notre opinion, se fondent sur le nom d'olus, qui signifie ayant des oreilles : mais ces espèces d'oreilles, dans ces oiseaux, ne sont pas tout à fait particulières an hibou, et Aristote fait assez voir que l'otus n'est pas le hibou, quand il dit que lotus ressemble au hibou, et il y a apparence que cette re.ssemblancc ne consiste que dans ces oreilles. Toutes les demoiselles de Numidie que nous avons disséquées, avaient aux côtés des oreilles ces plumes qui ont donné le nom à l’otus des anciens... Leur plumage était d'un gris cendré, tel qu’il est décrit par -Alexandre Myndien dans lotus, a

Comparons mniiiienant ce {prAristote dit de lotus, avec ce qu en disent ici MM. de 1 Académie : « Otus noctuæ similis est, piunulis circiter aures « eminentibus præililus, undè nomen accepit, quasi aurilum dicas , nonnulli « eum ululam appellant, alii asionem. IMatero hic est, et hailucinalor et pla- « nipes; saltantes enim imitatur. Capitur intentus in altero aucupe, aliero « circumeunle ut noclua. » L’olu.s, cest-à-dire le hibou ou moyen iluc e.st semblable ati noctua, c’est-à-dire au cliat-buant. Ils sont en effet semblables, soit par la grandeur, soit par le plumage, soit par toutes les habitudes naturelles : tous deux sont oiseaux de nuit; tous deux du même genre et d une espèce très-voisine; au lieu que la demoiselle de JNumidie est six fois plus grosse et plus grande, d’une forme toute différente, et d'un genre iréséloipié, et qu elle n’est point du nombre des oiseaux de nuit. L'otm ne diffère, pour ainsi dire, du noctua, que parles aigrettes de plumes (|u’il porte sur la tête auprès des oreilles, et c’est pour distinguer l'une de l’autre qu Aristote dit, « pitmulis circiter aures eminentibus præditus, unde nomen « accepit, quasi auritum dicas. » Ce sont de petites plumes, pinnulce, qui s élèvent droites et en aigrette auprès des oreilles, circiter aures eminentibus, et non pas de longues plumes qui se rabattent et qui pendent de cbatiue côté de la tète, comme dans la demoiselle de Numidie. Ce n’e>t donc pas de cet oiseau, qui n’a point d'aigrette déplumés relevées et en forme d’oreilles, qu a été tiré le nom de otus, quasi aurilus : c’est au contraire du hibou, qu’on pourrait appeler noctua aurUa, que vient évidemment ce nom; et ce (|ui achève de le démontrer, c’est ce qui suit immédiatement dans Aristote : Ttonni/f/j eum (otum) ululam appellant, alii asionem. C'est donc uij oiseau du genre des hiboux et des chouettes, puisque quelques-uns lui donnaient ces noms : ce n’est donc point la demoiselle de Numidie, aussi diff'érente de tous ces oiseaux qu’un dindon peut l’ètre d’un épervicr. bien, à mon avis, nest donc plus mal fondé que tous ces prétendus rapports que l’on a voulu établir entre l’otu.s des anciens et l'oiseau appelé demoiselle de Numidie, et l’on voit bien que tout cela ne [rorle <|ue sur les gestes et les mouvements ridicules que se donne la demoiselle de Numidie. Kllc a en effet ces gestes bien supérieurement au hibou : mais cela n’empéche pas que celui-ci, aussi bien que la plupar t des oiseaux de nrrit, ne soit blalero, bavard ou criard; liaUucinator, se contrefaisant; planipes, bouffon. Ce n’est encor e qu’au hibou qu’on peut altribrter de sc laisser pr endre aussi aisément <|ue les autr es chouettes, comme le dit Aristote, etc. Je

DU SCOPS OU PKTIT DUC. 1 Fô

pourrais m'étendre encore plus sur celte erili(]ue, en exposant et comparant ce que dit Pline ce sujet; mais en voilà plus qu'il n’en faut pour mettre la chose hors de doute, et pour s’assurer que Yotos des Grecs n'a jamais pu désigner la demoiselle de INumidic, et ne peut s'appliquer qu’à l'oiseau de nuit, auquel nous donnons le nom de hibou ou duc. .J'observerai seu-

lement que tous ces mouvements bouiïons ou sal'jriques, attribués au hibou par les anciens, appartiennent aussi à presque tous les oiseaux de nuit *, et (|ue, dans le fait, ils se réduisent à une contenance étonnée, à de fréquents tournements de cou, à des mouvements de tète, en haut, eu bas et de tous côtés, à des craquements de bec, à des irépiilalions de jambes, et des mouvements de pieds dont ils portent un doigt tantôt en arriére et tantôt en avant, et qu’on peut aisément remarquer tout cela en gardant quelques uns de ces oiseaux en ca|)tivité : mais j’observerai encore (|u'il faut les prendre trèsjeunes, lorsqu'on veut les nourrir; les autres refusent toute la nourriture qu'on leur présente dès qu'ils sont renfermés.

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