‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 66 sur 525 · LA CHOUETTE IIIII.ÜTTE · texte numérisé non relu

LA CHOUETTE IIIII.ÜTTE

Ordre des oise aux de proie, famille des nocturnes, genre strix. (Cuvier.)

Après la hulotte, qui est la plus grande de toutes les chouettes, et qui a les yeux noirâtres, se trouvent le chat-huant, qui les a bleuâtres, et l’effraie, qui les a jaunes : tous deux sont à peu près de la même grandeur; ils ont environ douze à treize pouces de longueur, depuis le bout du bec jusqu’à l extréniité des pieds : ainsi, ils n’ont guère que deux pouces de moins|que la bidotte, mais paraissent sensiblement moins gros à proportion. On reconnaiira le chat-huant d’abord à ses yeux bleuâtres, et ensuite à la beauté et à la variété distincte de son plumage; et enfin à son cri, hoho, hoho hohohoho, par lequel il semble huer, hôler ou appeler à haute voix.

Cessner, Aldrovande, et plusieurs autres naturalistes après eux, ont employé le mot strix pour désigner cette espèce; mais je crois qu’ils se sont trompés, et que c’est à l’effraie qu’il faut le rapporter : strix, pris dans cette acception, c’est-à-dire comme nom d’un oiseau de nuit, est un mot plutôt latin que grec; Ovide nous en a donné l’étymologie, et indique assez clairement quel est l’oiseau nocturne auquel il appartient par le passage suivant :

Slrigum.

Grande capiit, slantes oculi, rosira apta rapinæ ;

Canities pennis, unguibus humus inest.

Est illis slrigibus noiiien, sed nominis hujus Causa quod horrendà slrideie nocte soient.

La tète grosse, les yeux fixes, le bec propre à la rapine, les ongles en hameçon, sont des caractères communs à tous ces oiseaux; mais la blancheur du plumage, canities permis, appartient plus à 1 effraie qu’à aucun autre; et ce qui détermine sur cela mon sentiment, c est que le mot stridor, qui signifie en latin un craquement, nn grincement, un bruit désagréablement

118 mSTOlKK NATlJHliLLI':

onlrccoupc el semblable à celui d'une scie, esl précisémenl le cri gre, grei de 1 effraie; au lieu que le cri du chat-huanl esl plutôt une voix haute, un bôlement qu’un grincement.

On ne trouve guère les chats-huants ailleurs que dans les bois; en Bourgogne, ils sont bien plus communs que les hulottes; ils sc tiennent dans des arbres creux, el l’on m'en a apporté quelques-uns dans le temps le plus rigoureux de riiivcr, ce qui me fait présumer ()u ils restent toujours dans le pays, el qu’ils ne s’approchent que rarement de nos habitations. M. Frisch donne le chat-huant comme une variété de l’espèce de la hulotte, el prend encore pour une seconde variété de celte même espèce le mâle du chat-huant : sa planche cotée 94 esl la hulotte; la planche 93 In l'emelle du chat-huant, et la planche 96 le chat-huant mâle. Ainsi, au lieu de trois vanéiés qu’il indique, ce sont deux espèces différentes; ou, si l’on voulait que le chat-huant ne fût quune variété de I espèce de la hidotle, il faudrait pouvoir nier les différences constantes el les caractères qui les distinguent l'un de l’autre, et qui me paraissent assez sensibles et assez multipliés pour constituer deux espèces distinctes et séparées.

Comme le chat huant se trouve en Suède et dans les autres terres du Nord, il a pu passer d'un continent à l'autre : aussi le retrouve-t-on en Amérique jusque dans les pays chauds. Il y a au cabinet de M. Manduyl un chat-huant qui lui a été envoyé de Saint-Domingue, qui ne nous paraît être qu'une variété de l'espèce d'Europe, dont il ne diffère que par runiformilé des couleurs sur la poitrine el sur le ventre, qui sont rousses et presque sans taches, et encore par les couleurs plus foncées des |)arlies supérieures du corps.

LEFFBAIE, OU LA FBESAIE.

(la CMOCKTTK F.I'IRAUÎ.)

Ordre des oiseaux de proie, famille des nocturnes, genre strix. (Cumkii.)

L’effraie, qu’on appelle communément la chouette des clochers, effraie en effet jrar ses soulïlemenis, che, chei, cheu, chiou, ses cris âcres el lugubres grei, gre, crei, et sa voix entrecoupée qu'elle fait souvent retentir dans le silence de la nuit. Elle est, pour ainsi dire, domestique, et habite au milieu des villes les mieux peu|)lées : les tours, les clochers, les toits des églises et des autres bâtiments élevés lui servent de retraite pendant le jour, el elle en sort à l'heure tlu créftuscule. Son soufllement, qu elle réitère sans cesse, ressemble à celui d’un homme qui dort la bouche ouverte; elle |)ousse aussi en volant et en se reposant différents sons aigres, tous si désagréables que cela, joint à l’idée du voisinage des cimetières cl des églises, el encore à l’obscurité de la nuit, inspire de I horreur et de la crainte aux enfants, aux femmes et même aux hoitimes soumis aux mêmes préjugés et qui croient aux revenants, aux sorciers, aux augures : ils regardent l’effraie comme l’oiseau funèbre, comme le messager de la mort; ils croient que, quand il se fixe sur une maison, et qu’il y fait retentir une voix différente de ses cris ordinaires, c’est pour appeler quelqu’un au cimetière.

On la distingue aisément des autres chouettes par la beauté de son plumage : elle esl à peu près de la même grandeur que le chat-huanl, plus petite que la hulotte et plus grande que la chouette proprement dite, dont nous parlerons dans i article stuvant; elle a un pied ou treize pouces de

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