‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 75 sur 525 · DE L’AUTRUCHE · texte numérisé non relu

DE L’AUTRUCHE

qu ils ont observées, se sont toujours trouvés remplis de foin, d'herbes, d’orge, de fèves, d os, de monnaies, de cuivre et de cailloux, dont quelquesuns avaient la grosseur d'un œuf. L'autruche entasse donc les matières dans ses estomacs à raison de leur capacité, et par la nécessité de les remplir; et comme elle digère avec facilité et promptitude, il est aisé de comprendre |)ourquoi elle est insatiable.

Mais quelque insatiable qu’elle soit, on me demandera toujours, non pas pounpioi elle consomme tant de nourriture, mais pourquoi elle avale des matières qui ne |ieuvent point la nourrir, et qui peuvent même lui faire beaucoup de mal : je répondrai (pie c'est parce qu’elle est privéedu sens du goût; et cela est d’autant plus vraisemblable, que sa langue étant bien examinée par il’liabiles anatomistes, leur a paru dépourvue de toutes ces papilles sensibles et nerveuses, dans lesquelles on croit avec assez de fondement que réside la sensation du goût : je croirais même qu elle aurait le sens de l’odorat fort obtus, car ce sens est celui qui sert le plus aux animaux pour le dis cernement de leur nourriture; et l’autruche a si peu de ce discernement, qu elle avale non-seulement le fer, les cailloux, le verre, mais même le cuivre, ipii a une si mauvaise odeur, et que Vallisnicri en a vu une qui était morte pour avoir dévoré une grande quantité de chaux vive. Les gallinacés et autres granivores, qui n’ont pas les organes du goût fort sensibles, avalent bien de petites pierres (ju’ils prennent apparemment pour de petites graines, lorsqu’elles sont mêlées ensemble; mais si on leur présente [tour toute nourriture un nombre connu de ces petites pierres, ils mourront tic faim, sans en avaler une seule; à plus forte raison ne toucheraient-ils point à la chaux vive : et l'on peut conclure de là, ce me semble, que l’autruche est un des oiseaux dont les sens du goût et de l'odorat, et môme celui du toucher dans les parties internes de la bouche, sont le plus émoussés et le plus obtus; en quoi il faut convenir qu'elles’éloignebeaucoupde la naturedestjuadrupédes.

.Mais enfin que deviennent les substances dures, réfractaires et nuisibles, que l'autruche avale sans choix et dans la seule intention de se remplir? que deviennent surtout le cuivre, le verre, le fer? Sur cela les avis sont partagés, et chacun cite des faits à l’appui de son opinion. .M. Perrault ayant trouvé soixante et dix doubles dans l estomac d’un de ces animaux, remarqua qu’ils étaient la plupart usés et consumés presijue aux trois quarts : mais il jugea que c’était plutôt par leur frottement mutuel et celui des cailloux, que par l’action d’aucun acide, vu que quelques-uns de ces doubles, qui étaient bossués, se trouvèrent fort usés du côté convexe, <|ui était aussi le plus exposé aux frottements, et nullement endommagés du côté concave; d’où il conclut que, dans les oiseaux, la dissolution de nourriture ne se fait pas seulement par des esprits subtils et pénétrants, mais encore par l’action organique du ventricule qui comprime et bat incessamment les aliments avec les corps durs que ces mêmes animaux ont l'instinct d'avaler; et comme toutes les matières contenues dans cet estomac étaient teintes en vert, il conclut encore que la dissolution du cuivie s y était laite, non par un dissolvant particulier, ni par voie de digestion, mais de la môme manière qu’elle se ferait si l’on broyait ce métal avec des herbes, ou avec quelque liqueur acide ou salée. Il ajoute que le cuivre, bien loin de se tourner en nourriture dans l’estomac de l’autruche, y agissait au contraire comme poison, et que toutes celles qui en avalaient beaucoup mouraient bientôt après.

V^allisnieri pense au contraire que rautruche digère ou dissout les corps durs, principalement par l’action du dissolvant de I estomac, sans exclure celle des chocs et frottements qui peuvent aider à cette action principale. Voici ses preuves ;

l-'-O lllSTOlItli fSATLIiELLü

r Lfs morceaux de bois, de Ier ou de verre, qui oui séjourné (|uel(jue leuips dans les venlrieules de raulruclie ne soûl |.»oiul li.'ses ei luisauis comme ils devraient 1 cire s’ils eussenl cic usés par le froliemeni; mais ils sont raboteux, sillonnés, criblés, comme ils doivent l’étre en supposantqu'ils aient été rongés par un dissolvant actif.

2" Ce dissolvant réduit les corps les plus durs, de même que les berbes. les grains et les os, en molécules impalpables qu’on peut apercevoir au microscope et même à 1 œil nu.

5“ Il a trouvé dans un estomac d’aulrucbe un clou implanté dans l une de ses parois, et qui traversait cet estomac de façon que les pai'ois o[)posées ne pouvaient s’approcher ni par conséquent comprimer les matières contenues autant quelles le font d’ordinaire : cependant les aliments étaient aussi bien dissous dans ce ventricule que dans un autre qui n était traversé d aucun clou ; ce qui prouve au moins que la digestion ne se fait pas dans l’autrucbe uniquement par trituration.

4° Il a vu un dé à coudre, de cuivre, trouvé dans l’estomac d’un chapon, lequel n était rongé que dans le seul endroit par où il louchait au gésier, et (lui par conséquent était le moins exposé aux chocs des autres corps durs ; preuve que la tlissolulion des métaux, dans restomac des chapons, se fait pluKÎl par l'action d un dissolvant quel qu’il soit, que par celle des chocs et des froltemenls; et celle conséquence s’étend assez naturellement aux autruches.

S" 11 a vu une pièce de monnaie rongée si profondément, (pie son poids était réduit à trois grains.

G” Les glandes du premier estomac donnent, étant pressées, une liqueur visqueuse, jaunâtre, insipide, et qui néanmoins imprime irès-prompiement sur le fer une tache obscure.

7° Enlin, l’activité de ces sucs, la force des muscles du gésier, cl la couleur noire qui teint les excréments des au ruches qui ont avalé du fer, comme elle teint ceux des per.sonnes qui font usage des martiaux et les digèrent bien, venant à l’appui des faits précédents, autorisent Vallisnieri à conjecturer, non pas tout à fait, que les autruches digèrent le fer et s’en nourrissent, comme divers insectes ou reptiles se nourrissent de terre et de |)ierres ; mais que les pierres, les métaux et surtout le fer, dissous par le suc (hxs gland(‘s, servent à tempérer, comme absorbants, les ferments trop actifs de 1 estomac; qu’ils peuvent se mêler à la nourriture comme cléments utiles l assaisonner, augmenter la force des solides, et d’autant plus que le fer entre, comme on sait, dans lu composition des êtres vivants, et que lors- (lu il est suHisamment atténué par des acides convenables, il se volatilise et acquiert une tendance à végéter, pour ainsi dire, et à prendre des formes analogues à celles des plantes, comme on le voit dans larbre de mars; et c est en etfet le seul sens raisonnable dans lequel on puisse dire que l’autruche digère le fer; et quand elle aurait restomac assez fort pour le digérer vérnablemenl, ce n'est que par une erreur bien ridicule qu’on aurait pu attribuer a ce gésier, comme on a fait, la qualité d'un remède et la vertu d aider la digestion, puisqu on ne peut nier qu il ne soit pur lui-même un morceau tout à fait indigeste : mais telle est la nature de l espril humain ; lorsqu il est une fois frappé de quelque objet rare et singulier, il se plaît â le rendre plus singulier encore, en lui ailribuanl des propriétés chimériques et souvent absurdes : c'est ainsi qu’on a prétendu que les pierres les plus transparentes qu'on liouve dans les ventricules de l'autruche avaient aussi la vertu, étant portées au cou, de faire faire de bonnes digestions; que la tunique inférieure de son gésier avait celle de ranimer un tempérament

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DK L Al TRIJCIIK.

airjiiljÜ el (l'inspirer de l’amour; son l'oie, celle de giuoir le mal caduc; son sang, celle de rétablir la vue; la coque de ses œufs réduite en poudre, celle de soulager les douleurs de la goutte et de la gravelle, etc. Valiisnieri a eu occasion de constater, par ses expériences, la fausseté de la plupart de ces prétenilues vertus; et ses expériences sont d'autant plus décisives, (pi’il les a faites sur les pei'sonnes les plus crédules et les plus prévenues.

L’autruche est un oiseau propre et particulier à l’Afrique, aux îhis voisines de ce continent, et à la partie de l’Asie qui confine à l’Afrique. Ces régions, qui sont le pays natal du chameau, du rhinocéros, de l’éléphant et de plusieurs autres grands animaux, devaient être aussi la patrie de l’auiruelie, qui est l'éléfiliant des oiseaux. Llles sont très-fréquentes dans les montagnes situées au sud-ouest d'Alexandrie, suivant le. docteur l’ococke. lin mis.sionnaire dit qu’on en trouve à Goa, mais beaucoup moins qu’en Arabie. Philostrate prétend même qu'Appollonius en trouva jus(iu’au delà du Gange : mais c'était sans doute dans un temps où ce pays était moins peuplé qu’aujourd’hui. Les voyageurs modernes n’en ont point aperçu dans ce même pays, sinon celles qu’on y avait menées d'ailleurs; et tous eonviennenl (]u’elles ne s’écartent guère au delà du trente-cinquième degré de latitude, de part et d'autre de la ligne; et comme l'autruche ne vole point, elle est dans le cas de tous les (piadrupèdes des parties méridionales de l'ancien continent, c’est-à-dire qu elle n'a pu passer dans le nouveau : aussi n’en a-t-on point trouvé en Amérique, quoiqu'on ait donné son nom au touyou, •pii lui ressemble en effet, en ce qu'il ne vole point et par (pielques autres rapports, mais qui est d’une espèce différente, comme nous le verrons bientôt dans son histoire. Par la même raison, on ne l’a jamais rencontrée en Lurope, où elle aurait cependant pu trouver un climat convenable à sa nature dans la Morée, et au midi de l'Kspagne et de I Italie; mais, pour se rendre dans ces contrées, il eût fallu ou franchir les mers qui l'en séfiaraient, ce qui lui était impossible, ou faire le tour de ces mers, et remonter jus(|u’au cinquantième degré de latitude pour revenir par le Nord en traversant des régions très-peuplées, nouvel obstacle doublement insurmontable à la migration d’un animal qui ne se plait que dans les pays chauds et les déserts. Les autruches habitent en effet, par préférence, les lieux les plus solitaires et les plus arides, où il ne pleut presque jamais, et cela confirme ce que disent les Arabes, qu’elles ne boivent point. Elles sc réunissent dans ces déîseris en troupes nombreuses, qui de loin ressemblent à des escadrons de cavalerie, et ont jeté l’alarme dans plus d’une caravane. Leur vie doit être un peu dure dans ces solitudes vastes et stériles; mais elles y trouvent la liberté el l’amour ; et quel désert, à ce prix, ne serait un lieu de délices? C'est pour jouir. :u sein de la nature, de ces biens inestimables, qu elles fuient l'homme; mais l'homme, qui sait le profit qu'il en peut tirer, les va chercher dans leurs retraites les plus sauvages; il se nourrit de leurs œufs, de leur sang, de leur graisse, de leur chair; il se pare de leurs plumes; il conserve peut-être l'espérance de les subjuguer tout à fait, el de les mettre au nombre de ses esclaves. L'autruche promet trop d'avantages à l'homme pour qu elle puisse être en sûreté dans ses déserts.

Des peuples entiers ont mérité le nom de slruthuphages, par l'usage où ils étaient de manger de l’autruche; et ces peuples étaient voisins des éléphanlophages , qui ne faisaient pas meilleure chère. Apicius prescrit, et avec grande raison, une sauce un peu vive pour cette viande; ce qui prouve au moins qu’elle était en usage chez les Romains; mais nous en avons d’autres preuves. L empereur Héliogabale fit un jour servir la cervelle de six cents autruclics dans un seul repas. Cet empereur avait, comme on sait, la fan-

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taisie donc manger cliaqiie jour que d’une seule viande, comme faisans» cochons, poulets, et rautruehe était du nombre, mais apprêtée sans doute à la manière d’Apicius. Encore aujourd’hui les habitants de la Libye, de la Numidie, etc., en non prissent de privées, dont ils mangent la chair et vendetit les plumes; cependant les chiens ni les chats ne voulurent pas même sentir la chair d une autruche que Vallisnieri avait dissé(|uée, quoique cette chair fût encore fraîche et vermeille. A la vérité, rautruehe était d’une très-grande maigreur : de plus, elle pouvait être vieille; et Léon l’Africain, qui en avait goûté sur les lieux, nous apprend qu’on ne mangeait guère que les jeunes, et même après les avoir engraissées : le rabbin David Kimbi ajoute qu’on préférait les femelles, et peut-être en eût-on fait un mets passable en les soumettant à la castration.

Cadamosto et quelques autres voyagettrs disent avoir goûté des œufs d’autruche, et ne les avoir point trouvés mauvais : de Brue et Le Maire assurent que, dans un seul de ces œufs, il y a de quoi nourrir huit hommes; d’autres, qu’il pèse autant que trente œufs de poide; mais il y a bien loin de là à quinze livres.

On fait avec la coque de ces œufs des espèces de coupes qui durcissent avec le temps, et ressemblent eti quelque sorte à de l’ivoire.

Lorsque les Arabes ont tué une autruebe, ils lui ouvrent la gorge, font une ligature au-dessous du trou, et. la prenant ensuite à trois ou quatre, ils la secouent et la ressassent, comme on ressasserait une outre pour la rincer: après quoi, la ligature étant défaite, il sort par le trou fait à la gorge une quantité considérable de mantèque en consistance d’huile ligée; on en tire quelquefois jusqu’à vingt livres d'une scide autruche. Cette mantèque n est autre chose que le sang de ranimai, mêlé, non avec sa chair, comme on l’a dit, puisqu’on ne lui en trouvait point sur le ventre et la poitrine, où en effet il n’y en a jamais, mais avec cette graisse qui, dans les autruches grasses, forme, comme nous avons dit, une couche épaisse de plusieurs pouces sur les intestins. Les habitants du pays prétendent (pie la mantèque est un très-bon manger, mais qu elle donne le cours de ventre.

Les Ethiopiens écorchent les autruches et vcndciii leurs peaux aux marchands d’Alexandrie : le cuir en est très épais, et les Arabes s’en faisaient autrefois des espèces de soubrevestes, qui leur tenaient lieu de cuiras.se et de bouclier. Belon a vu une grande (juaiitiié de ces peaux tout emplumées dans les boutiques d’Alexaiulrie. Les longues plumes blanches de la queue et des ailes ont été recherchées dans tous les temps : les anciens les employaient comme ornement et comme distinction militaire, et elles avaient succédé aux |)lumes de cygne : car les oiseaux ont toujotirs été en possession de fournir aux peuples policés, comme aux peuples sauvages, une partie de leur parure. Aldrovaiule nous apprend (pi on voit encore à Rome deux statues anciennes, rime de Minerve et l’autre de Pyrrhus, dont le casque est orné de plumes d’autruche. C'est apparemment de ces mêmes plumes qu’était composé le panache des soldats romains, dont parle Polybe, et qui consistait en trois plumes noires ou rouges d'environ une coudiie de haut; c'est précisément la longueur des grandes plumes (l'auirucbe. Eu Turquie, attjourd’hui, un janissaire qui s’est signalé par quchpics faits d’armes, a le (iroit d’en décorer son turban; et la sultane, dans le sérail, projetant de plus douces victoires, les admet dans sa parure avec complaisance. Au royaume do Congo, on mêle ces plumes avec celles du paon, pour en faire des enseignes de guci ie; et les dames d’Angleterre et d’Italie s'en font des espèces d'éventails. Ou .sait assez quelle prodigieuse consommation il s’en fait en Europe pour les chapeaux, les casques, les habillements de théâtre, les ameublements, les

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(i;iis, les cciéinonics funèbres, et même pour la parure des femmes; et il faut avouer qu elles font un bon cfl'et, soit par leurs eonleurs naturelles ou artiliciclles, soit par leur mouvement doux et ondoyant : mais il est bon de savoir que les plumes dont on fait le plus de cas sont celles qui sarracbent à ranimai vivanl, et on les reconnaît en ce que leur tuyau, ôtant pressé dans les doigts, donne un suc sanguinolent ; celles au contraire ipii ont été arraebées après la mort sont sèches, légères et fort sujettes aux vers.

Les autruches, quoique habitantes du désert, ne sont pas aussi sauvages qu’on l imaginerait ; tous les voyageurs s’accordent à dire qu elles s’apprivoisent facilement, surtout lors(]u’elles sont jeunes. Les habitants de Dara, ceux de Idbve, etc., en nourrissent des troupeaux, dont ils tirent sans doute ces plumes, (le première qualité, qui ne se prennent que sur les autruches vivantes; elles s'apprivoisent même sans qu’on y mette de soin, et par la seule habitude de voir des hommes et d'en recevoir la nourriture et de bons traitements. Brue en ayant acheté deux à Serinpate sur la ciîte d’.Vfri(|ue, les trouva tout apprivoiséi^s lorsqu'il arriva au fort Saint-Louis.

On fait plus que de les apprivoiser; on en a dominé quelques-unes au point de les monter comme on monte un cheval : et ce n'est (tas une invention moderne; car le tyran Firmius, qui régnait en lîgypte sur la lin du troisième siècle, se faisait porter, dit-on, par de grandes autruches. Moore, Anglais, dit avoir vu, à Joar en Afrique, un homme vatyageani sur une autruche. Vallisnieri (tarie d’un jeune homme qui s’était fait voir à Venise, monté sur une aui ruche, et lui faisait faire des es()èccs de voiles devant le menu [teuple. Enlin .M. Adanson a vu au com(ttoir de Podor deux autruches encore jeunes, dont la plus forte courait plus vite que le meilleur coureur anglais, quoiqu'elle eût deux nègres sur son dos. Tout cela [trouve que ces animaux, sans cire absolument farouches, sotil néanmoins d une natun; rétive, et que si on [leut les ap|trivoiser jusqu'<à se laisser mener en troupeaux, revenir an bercail et même à .souiïrir ((u’on les monte, il esldilïicile et peut-être impossible de les réduire à obéir à la main du cavalier, à sentir ses demandes, comprendre .ses volontés cl s'y soumettre. iNous voyons [lar la relation mitmc de .'M. Adanson, i(ue rautruche de Podor ne s'éloigna pas beaucoup, mais qu’elle lit plusieurs lois le tour de la bourgade, et qu'on ne put rarrêler (|u'en lui b.irrani le (tassage. Docile à un certain point [tar stupidité, elle parait intraitable (tar son naturel; et il faut bien ([ue cela soit, puisque rArabe,qui a dompté le cheval elsulijugué le chameau, n’a pu encore maitri.ser entièrement rautruche : ce[iendant jusque-là on ne (lourra tirer (tarii de sa vitesse et de sa force; car la force d’un ditmestique indocile se tourne [ir<tsi|ue toujours contre son maiire.

.Au reste, ([uoi((ue les auti'uches courent plus vite que le cheval, c'est cependant avec le cheval qu'ttn les [trend ; maison voit bien qu'il y faut un peu d industrie; celle des .Arabes consiste à les suivre à vue, sans les trop presser, et surtout à les in((uiéter assez [)our les enqjôcher de prendre de la nourriture, mais point assez [lour les déterminer à s cclnqiper par une fuite prompte; (;ela est d’autant plus facile (.(u'elles ne vont guère sur une ligne droite, et qu’elles décrivent (iresque toujours dans leur course un cercle plus ou moins étendu. Les Arabc.s (icuvenl doue diriger leur marche sur un cercle concentrii(ue, intérieur, ()ar conséquent (ilusetioil. et les suivre toujours à une juste distance, en faisant beaucoup moins de chemin qu’elles. Lorsqu'ils les ont ainsi fatiguées et affamées pendant un ou deux jours, ils prennent leur moment, fondent sur elles au grand gaIo[), en les menant contre le vent autant qu'il est possible, et les tuent a coiqis de bâton, .pour que e sang ne gâte point le beau blanc de leurs plumes. On dit que lorsqu'elles

1I1ST(JIRE NATUIŒLLi:

se sentent forcées et hors d'état d'échapper aux chasseurs, elles cachent leur tête et croient qu on ne les voit plus : mais il pourrait se faire que l’absurdiié de cette intention retombât sur ceux qui ont voulu s’en rendre les interprètes, et qu’elles n'eussent d’autre but eu cachant leur tète que de mettre du moins en sûreté la partie qui est en même temps la plus importante et la plus faible.

Les struthofdiagcs avaient une autre façon de prendre ces animaux ; ils se couvraient d’une peau d'autruche; passant leur bras dans le cou, iis lui faisaient faire tous les mouvements que fait ordinairement l’autruche ellemême; et, par ce moyen, ils pouvaient aisément les approcher et les surprendre. C’est ainsi que les Sauvages d’Amérique se déguisent eu chevreuils pour prendre les chevreuils.

On s’est encore servi de chiens et de filets pour cette chasse, mais il parait qu’on la fait plus communément à cheval; et cela seul suflil pour expliquer l antipaihie qu’on a cru remarquer entre le cheval et l'aulruehe.

Lorsque celle-ci court, elle déploie ses ailes et les grandes plumes de sa queue : non pas qu elle en tire aucun secours pour aller plus vite, comme je l’ai dit, mais par un effet très-ordinaire de la correspondance des muscles, cl de la manière qu'un homme qui court agile ses bras, ou qu’un éléphant qui revient sur le chasseur dresse et déploie ses grandes oreilles. La preuve sans réplique que ce n’est point pour accélérer son mouvement que l’autruche relève ainsi .«es ailes, c’est qu’elle les relève lors môme qu’elle va contre le vent, quoique, dans ce cas, elles ne puissent être qu'un obstacle. La vitesse d un animal n'est que l’effet de sa force employée contre sa pesanteur; et comme l'autruche est en même temps très-pesante et très vite à la course, il s'ensuit qu’elle doit avoir beaucoup de force : cependant, malgré sa force, elle conserve les mœurs des granivores; elle n'attaque point les animaux plus faibles, rarement même se met-elle en défense contre ceux qui l’allaquent; bordée sur tout le corps d'un cuir épais et dur, pourvue d’un large sternum qui lui tient lieu de cuirasse, mutiie d’une seconde cuirasse d'insensibilité, elle s’aperçoit à peine des petites atteintes du dehors, et elle sait se soustraire aux grands dangers par la rapidité de sa fuite : si quelquefois elle se défend, c'est avec le bec, avec les piquants de ses ailes, et surtout avec les pieds. Thévenot en a vu une qui d'un coup de pied renversa un chien. Delon dit dans son vieux langage, qu elle pourrait ainsi ruer far ferre un homme qui fuirait devant elle, mais qu’elle jette, en fuyant, des pierres à ceux qui la poursuivent : j’en doute beaucoup, et d'autant plus que la vitesse de sa course en avant serait autant de retranché suicelle des pierres qu'elle lancerait en arrière , et que ces deux vitesses opposées étant à peu près égales, puisqu’elles ont toutes deux pour principe le mouvement des pieds, elles se détruiraient nécessairement. D'ailleurs, ce fait, avancé par Pline, et répété par beaucoup d'autres, ne me parait point avoir été confirmé par aucun moderne digne de foi, et l'on sait que Pfine avait beaucoup plus de génie que de critique.

Léon l’Africain a dit que raulruchc était privée du sens de l’ouie; cependant notis avons vu plus haut qu’elle paraissait avoir tous les organes d’où dépendent les sensations de ce genre; l’ouverture des oreilles est même fort grande, et n’est point ombragée par les plumes : ainsi il est probable ou qu elle n’est sourde qu'en certaines circonstances, comme le tétras, c’est-àdire dans la saison de l'amour, ou qu’on a imputé quelquefois à la surdité ce qui n’était que l'effet de la stupidité.

C’est aussi dans la même saison, selon toute apparence, qu’elle fait entendre sa voix; elle la fait rarement entendre, car très-peu de personnes en

DU TOUYOlJ. I4o

onl parle. Les écrivains sacrés comparent son cri à un i'émissement, et on prétend même que son nom hébreu jaenak est formé d'ûma/t, qui signilie hurler. Le docteur Browne dit que ce cri ressemble à la voix d'un enfant enroué, et qu'il est plus triste encore ; comment donc avec cola ne paraîtrait-il pas lugubre et même terrible, selon l'expression de .\l. Sandys.à des voyageurs (jui ne s’enfoncent (|u'avec inquiétude dans l’immensité de ces déserts, et pour qui tout être ainmé, sans en excepter riiomme. est un objet à craindre et une rencontre dangereuse?

I>E TOUYOU.

(L’.MTHUeiIE d'amkriqiie.)

Ordre des échassiers, famille des brévipennes, genre autruche. (CirviEit.)

L atiiruclie de l’Amérique méridionale, appelée aussi autruche d' Occident, autruche de Magellan et de la Guyane, n’est point une autruche : je crois que Lemaire est le premier voyageur qui, trompé par quelques traits de ressemblance avec rautruche d’Afrique, lui ait appliqué ce nom. Klein, qui a bien vu que l espèce était différente, s'est contente de l'appeler autruche bâtarde. .\l. Barrére la nomme tantôt un héron, tantôt une yrm ferrivore, tantôt un émeu à long cou; d’autres ont cru beaucoup mieux faire en lui appliquant, d’après des rapports à la vérité mieux saisis, cette dénomination composée, casoar gris à bec d'autruche. Moehring et M. Brisson lui donnent le nom latin de rhea, auqtiel le dernier ajoute le nom américain de tougou, forméde celui de touyouyou qu'il porte communément dans la Guyane; d'autres Sauvages lui ont donné d’autres noms, yardu, yandu, anduci nanduguacu au Brésil ; sallian, dans l'iledeMaragnan; suri, au Chili, etc. Voilîi bien des noms pour un oiseau si nouvellement connu : pour moi. j'adopterai volontiers celui de louyou que lui a donné, ou plutôt que lui a conservé M. Brisson, et je préférerai, sans hésiter, ce nom barbare, qui vraisemblablement a quelque rapport à la voix ou au cri de l'oiseau ; je le préférerai, dis-je, aux dénominations scientifiques, qui trop souvent ne sont propres qu’à donner de fausses idées, et aux noms nouveaux qui n’indiquent aucun caractère, aucun attribut essentiel de l'être auquel on les applique.

M. Brisson parait croire qu’Aldrovande a voulu désigner le tottyou sous le nom d ams eine; et il est très-vrai qu’au tome III de l'Ornilbologic de ce dernier, page 341, il se trouve une planche qui représente le touyou et le casoar, d après les deux planches de Nieremberg, paye 218; et qu’au-dessus de la planche d’.AIdrovandc est écrit en gros caractères, avis eme; de même que la figure du touyou, dans Nieremberg, porte eu tète le nomâ'émeu. Mais il est visible que ces deux titres ont été ajoutés par les graveurs ou les imprimeurs peu instruits de l’intention des auteurs : car Aldrovande ne dit pas un mot du touyou; Nieremberg n’en parle que sous le nom d’yardou, de suri el d'autruche dOccident; et tous deux, dans leur description, appliquent les noms deme et démea au seul casoar de Java; en .sorte que, pour prévenir la confusion des noms, l'erne d’.AIdrovande et 1 émeu de Nieremberg ne doivent plus désormais reparaître dans la liste des dénominations du touyou. Marcgrave dit que les Portugais l'appellent ema dans leur langue; mais les Portugais, qui avaient beaucoup de relations dans les Indes orientales, connaissaient l'émeii de Java, et ils ont donné son nom au touyou d'Amérique, qui lui ressemblait plus qu'à aucun autre oiseau, de même que nous avons donné

1^*6 MISTOiniî NATURELLK

le nom i\auli uche à ce même louyou; et il doit tiemcurer pour constniit fjiie le nom tl émeu est propre ou casoar des Indes orientales, et ne convient ni au touyou, ni à aucun autre oiseau d'Amérit|ue.

tn détaillant les difl'érents noms dn touyon,j’ai indiqué en partie les diflerentes contrées où il se trouve : c’est un oiseau propre à l’Amérique méridionale, mais qui n est pas également répandu <lans toutes les provinces de ce continent. Warcgrave nous apprend qu'’il est rare d’en voir aux environs de Fcrnambouc; il ne l’est pas moins an Pérou cl le long des côtes les plus (réqucntées : mais il est plus commun dans la Guyane, dans les capitaineries de Sérégippe et de Kio-Grandc, dans les provinces iniérienres du Brésil, au Gliili, dans les vastes forêts qui sont au nord de rembouclinrc de laPlaia,dans les savanes immenses qui s’étendent au sud de cette rivière et dans toute la terre Mageilani()uc, jusqu’au port Désiré, et même jusqu’à la côte qui borde le détroit de Magellan. Autrefois il y avait des cantons dans le Paraguai qui en étaient remplis, surtout les campagnes arrosées par l’IJraguai; mais à mesure que les hommes s'y sont multipliés, ils en ont tué un grand nombre, et le reste s’est éloigné. Le capitaine Vood assure (|ue, bien qn ils abondent sur la côte septentrionale du détroit de Magellan, on n en voit point du tout sur la côte méridionale : et (pioii|uc Coréal dise qu il en a aperçu dans les iles de la mer du Sud, ce détroit parait être la borne du climat ipii convient au touyou, comme le cap de Bonne-Espérance est la borne du climat qui convient aux aulrnebes j et ces iles de la mer du Sud où Coréal dit avoir vu des tonyous seront apparemment quelques-unes de celles qui avoisinent les côtes orientales de I Amérique au delà du détroit. Il parait de plus que le touyou, qui se plait, comme 1 aulrucbe, sons la zone torride, s’babiluc plus facilement à des pays moins ebauds, puis(|ue la pointe de l’Amériipie mériilionale, cpii est terminée par le détroit de Magellan, sapproelie bien plus du [lôle que le cap de Bonne-Espérance ou (|u’aucun autre climat habité volontairement par les autruches : mais comme, selon toutes les relations, le touyou n’a pas plus que 1 autruche la puissance de voler, qu il est, comme elle, un oiseau tout à fait terrestre, et que rAméi iqne méridionale est séparée de raneien continent par des mers immenses, il s’ensuit qu’on ne doit pas plus trouver de tonyous dans ce cotiiinent qu’on ne trouve d'autrncbcs en Amérique, et cela est en effet conforme au témoignage do tous les voyageurs.

Le touyou, sans être tout à fait aussi gros (jue rantruehc, est le plus gros oiseau du îNonveau-Monde : les vieux ont jusqu'à six pieds de haut, et

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\\ ater, qui a mesure la cuisse d un des plus grands, l’a trouvée prescpie égale à celle d’un bonnne. Il a le long cou, la petite tête et le bec a|)lali de raiitruclie; mais pour tout le reste, il a plus de rapport avec le casoar ; j.i trouve meme dans I bistoiredu Brésil, par M. l’abbé Prévôt, mais point ail leurs, l’indication d une espèce de corne que cet oiseau a sur le bec, et ipii, si elle existait en effet, serait un trait de ressemblance de plus avec le casoar.

Son corps est de forme ovoïde, et parait presipic entièrement rond, lors- (juil est revêtu de toutes ses |)lunies; ses ailes sont irès-coui'tes et inutiles pour le vol, (pioiqu'on iirétende qu’elles ne soient pas inutiles pour la course : il a sur le dos et aux environs <iu croupion de longues plumes ipii lui tombent en arrière et recouvrent l anus; il n'a point d'antre (|ucue : tout ce plumage est gris stir le dos cl blanc sur le ventre. C est un oiseau très-haut monté, ayant trois doigts à cliaque pieil, et tons trois en avant; car on ne doit i)as regarder comme un doigt ce tubercule calleux et arrondi qu’il a en arrière, et sur Iciiuel le pieil se repose comme sur une es()èce de talon : on attribue a cette conlorination lu dillicnité qu il a de se tenir sur un terrain glissant et

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d'y marcher sans tomber; en récompense, il court très-légèrement en pleine campagne, élevant tantôt une aile, tantôt une autre, mais avec des intentions <iui ne sont pas encore bien éclaircies. Maregrave prétend que c’est afin de s’en servir comme d'une voile pour prendre le veni; Nierembcrg, que c’est pour rendre le vent contraire aux chiens qui le poursuivent; Pisnn et Klein, pour changer souvent la direction de sa course, afin d'éviter par ces zigzags les llèchcs des Sauvages; d’autres enfin, qu’il cherche à s’exciter à courir |dus vite, eu se piquant lui-même avec une espèce d’aiguillon dont ses ailes sont armées. Mais, quoi qu'il en soit des intentions des touyous, il est certain qu'ils courent avec une très-grande vitesse, et qu'il est dillicile à aucun chien de chasse de pouvoir les atteindre ; on eu cite nu qui, se voyant coupé, s élan^ia avec une telle rapidité, qu'il en imposa aux chiens, et s'échappa vers les montagnes. Dans l'impossibilité île les forcer, les Sauvages sont réduits à user d'adresse et à leur tendre des pièges pour les |)rendre. Maregrave dit qu’ils vivent de chair et de fruits; mais si on les eût mieux observés, ou eût reconnu sans doute (loiir laquelle de ces deux sortes de nourriture ils ont un appétit de préférence. Au défaut des faits, on peut conjecturer que ces oiseaux, ayant le même instinct que celui des autruches et des frugivores, qui est d’avaler des pierres, du fer et autres corps durs, ils sont aussi frugivores, et que s’ils mangent quelipiefois de la chair, c’est ou parce qu'ils sont pressés par la faim, ou qu’ayant les sens du goût et de rudoral obtus coinnic rautnichc, ils avalent indistinctement tout ce qui se présente.

^iorcmberg conte des choses fort étranges au sujet de leur propagation. Scion lui, c'est le mâle qui se charge de couver lis œufs; pour cela, il fait en sorte de rassembler vingt ou trente femelles, afin qu’elles pondent dans un même nid; dès qu'elles ont pondu, il les chasse à grands coups de bec, et vient se poser sur leurs œufs, avec la singulière précaution d’en laisser deux à l’écart qu'il ne couve point; lorsipie les autres commencent à éclore, ces deux-là se trouvent gâtés, et le mâle prévoyant ne manque pas d'en casser un, qui attire une multitude de mouches, de scarabées et d’autres insectes dont les petits se nourrissent : lorsque le premier est consommé, le couveiir entame le second et s’en sert au même usage. Il est certain ipie tout cela a pu arriver naturcllemcni ; il a pu se faire que des irufs inféconds se soient cassés par accident, qu’ils aient attiré des insectes, lesquels aient servi de pâture aux jeunes touyous : il n’y a iiue I intention du porc qui soit suspecte ici; car ce sont toujours ces intentions (pi’on prête assez légèrement aux bêtes, qui font le roman de l'histoire naturelle.

A l'égard de ce mâle ipu se charge, dit-on, de couver à l’exclii.-iion des femelles, je serais fort porté à douter du fait, et comme peu avéré, cl comme contraire à l'ordre de la nature. iMais ce n’est pas assez d'indiquer une erreur; il faut autant qu’on peut en découvrir les causes, qui remontent quelquefois jusqu'à la vérité : je croirais donc volontiers que celle-ci est fondée sur ce qu’on aura trouvé à quelques couveuses des testicules, et peut-être une apparence de verge comme on en voit à l autruclie femelle, et qu’on se sera cru en droit d’en conclure que c’élaienl autant de mâles.

Wafer dit avoir aperçu dans une terre déserte, au nord de la Plata, vers le irenle-qualrième degré de latitude méridionale, une ipiantité d’œufs de touyou dans le sable, où, selon lui, ces oiseaux les laissent couver. Si ce fait est vrai, les détails que donne Nierembcrg sur I incubation de ces mêmes œufs ne peuvent l’ètre que dans un climat moins chaud et plus voisin du pôle. Kn elfel, les Hollandais trouvèrent aux environs du port Désiré, qui est au quarante-septième degré de latitude, un touyou qui eouvail, et qu’ils firent envoler; ils comptèrent dix-neuf œufs dans le nid. C'est ainsi que les

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:iniru('lifs> ne couvent point, ou |)resquc point leurs œufs sous la zotie torride, et qu’elles les couvent au cap de Bonne Espérance, où la chaleur du climat ne serait pas suffisante pour les faire éclore.

Lorsque les jeunes touyous viennent de naître, ils sont familiers, et suivent la première personne qu’ils reneonlrcm ; mais en vieillissant ils acquièrent de l'expérience et deviennent sauvages. Il parait qu’en général leur cliair est un assez bon manger, non cependant celle des vieux, qui est dure et de mauvais goût. On pourrait perfectionner cette viande en élevant des troupeaux de jeunes touyous, ce qui serait facile, vu les grandes dispositions qu’ils ont à s'apprivoiser, les engraissant et employant tous les moyens qui nous ont réussi à l'égard des dindons, qui viennent également des climats chauds et tempérés du continent de l’Amérique.

Leurs plumes ne sont pas, à beaucoup près, aussi belles que celles de rautruchc : Coréal dit même qu’elles ne peuvent servir à rien. Il serait à désirer qu’au lieu de nous parler de leur peu de valeur, les voyageurs nous eussent donné une idée juste de leur structure : on a trop écrit de l'autrucbe, et pas assez du touyou. Pour faire l'histoire de la première, la plus grande difficulté a été de rassembler tous les faits, de comparer tous les exposés, de discuter toutes les opinions, de saisir la vérité égarée dans le labyrinthe des avis divers, ou noyée dans l’abondance des paroles : mais pour parler du touyou, nous avons été souvent obligé de deviner ce qui est d’après ce qui doit être; de commenter un mot échappé par hasard, d'interpréter jusqu’au silence; au défaut du vrai, de nous contenter du vraisemblable; en un mot, de nous résoudre à douter de la plus grande partie des faits principaux, et à ignorer presque tout le reste, jusqu’à ce que les observations futures nous mettent en état de remplir les lacunes que, faute de mémoires suffisants , nous laissons aujourd'hui dans son histoire *.

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