‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 78 sur 525 · L’OUTARDE · texte numérisé non relu

L’OUTARDE

(la gbande octaude.)

Ordre des échassiers, famille des prcssiroslres, genre outarde. (Cuviek.)

La première clios(‘ que l'on doit se proposer lorsqu’on entreprend d'éclaircir riiistoire d un animal, c’est de faire une critique sévère de sa nomenclature, de démêler exactement les difi’érents noms qui lui ont été doniu’is dans toutes les langues et dans tous les temps, et de distinguer, autant qu'il est pos.^ible, les espèces différentes auxquelles les mêmes noms ont été appliques; c'est le seul moyen de tirer parti des connaissances des anciens, et de les lier utilement aux découvertes des modernes, et par conséquent le seul moyen de faire de véritables progrès en bisloire naturelle. En effet, comment, je ne dis pas un seul boinme, mais une génération entière, mais plusieurs générations de suite, pourraient-elles faire complètement l'bistoire d’un seul aninial V Presque tous les animaux craignent riionimc et le fuient; le caractère de supériorité que la main du Très-Haut a gravé sur son front leur inspire plus de frayeur que de respect; ils ne soutiennent point ses regards; ils se défient de ses embùclies; ils redoutent scs armes; ceux mêmes qui pourraient se défendre par la force, ou résister par leur masse, se retirent dans des déserts que nous ne daignons pas leur disputer, ou se retranclienl dans des forêts im|)énétrables : les petits, sûrs de nous échapper par leur petitesse, et rendus plus hardis par leur faiblesse même, vivent chez nous malgré nous, se nourrissent à nos dépens, quelquefois même de notre propre substance, sans nous être mieux connus; et parmi le grand nombre déclassés intermédiaires, renfermées entre ces deux classes extrêmes, les uns se creiisenl des retraites sotilerraiiies, les autres s’enfoncent dans la |»rofcndeur des eaux, d'autres se perdent dans le vague des airs, et tous disparaissent devant le tyran de la nature. Comment donc pourrions nous, dans un

mSTOlHK iNATlJHI'LLK

court espnee de temps, voir tous les animaux dans loutc.s les situations ou ii faut les tavoir vus pour conuaîire à fond leur naturel, leurs mœurs, leur iiislinet, en un mol, les principaux faits de leur Iiistoire? On a beau rassembler à grands Irais des suites nombreuses de ces animaux, conserver avec soin leur dépouille extérieure, y joindre leurs S(|uelelles arlistement montés, donner à chaque individu son attitude propre et son air naturel : tout cela ne représente que la nature morte, inanimée, superficielle; et si qm Ique souverain coneevaii 1 idée vraiment grande de concourir à I avancement de eetle belle partie de la seience, en lormani de vastes ménageries, et réunissant sous les yeux des observateurs un grand nombre d'espèces vivantes, on y prendrait encore des idées imparfaites de la nature. La plupart des animaux, intimidés par la présence de I bomme, importunés par ses observations, tourmentés d ailleurs par riiiqiiiélude inséparable de la captivité, ni' montreraient que des mœurs altérées, contraintes et peu dignes des regards d un pbilosoplic, pour qui la nature libre, indépendante, ci, si l’on veut, sauvage, est la seule belle nature.

Il faut donc, pour connaiire les animaux avec quelque exactitude, les idisei ver dans l état sauvage, les suivre jusque dans les retraites qn ils se sont choisies eux-mêmes, jusque dans ces antres profonds, et sur ces rochers escarpés où ils vivent en pleine liberté : il faut même, en les étudiant, faire en sorte de n'en être point aperçu, car ici l’œil de l’observateur, s’il n est en quelt)ue façon invisible, agit sur le sujet observé et l’altère réellement : mais, comme il est fort peu d'animaux, stirlout pat mi ceux qui sont ailés, qu'il soit facile d'étudier ainsi, et que les occasions de les voir agir d'après leur naturel véritable, et montrer leurs mœurs franches et pures de toute contrainte, ne sc présentent que de loin en loin, il s’ensuit qu il faut des siècles et beaucoup de hasards heureux pour amasser tous les faits nécessaires, une grande attention pour rapporter chaque observation à son véritable objet, et conséquemment pour éviter la confusion des noms, qui, de toute nécessité, entraînerait celle des choses; sans ces précautions, l’ignorance la plus absolue serait préférable à une prétendue science, qui ne serait au fond qu un tissu d incertitudes et d'erreurs. J^’outarde nous en offre un exemple frappant. Les Grecs lui avaient donné le nom d’ofi's; .Aristote en parle en trois endroits sous ce nom ; et tout ce qu’il en dit convient exactement à notre outarde : mais les Latins, trompés apparemment par la ressemblance des mots, l’ont confondue avec lotus, qui est un oiseau de nuit. Pline ayant dit, avec raison, que l'oiseau appelé olis par les Grecs se nommait avis larda en Lspagne, ce qui convient à l’outarde, ajoute que la chair en est mauvaise, ce qui convient a I olus, selon Aristote et la vérité, mais nullement à I outarde; et cette méprise est d'autant plus facile à siqiposer que Pline, dans le chapitre suivant, confond évidemment l'offs avec l’otus, c’est-à-dire l'outarde avec le hibou.

Alexandre Alyndien, dans Athénée, tombe aussi dans la même erreur, en attribuant à I otus ou à l’ott's, qu’il prend pour un seul et même oiseau, d avoir les pieds de lièvre, c’est-à-dire velus ; ce qui est vrai de, lotus, hibou qui, comme la plupart des oiseaux de nuit, a les jambes cl les pieds velus, ou plutôt couverts jusque sur les ongles de plumes eflilées, et non de l o/i's’ qui est notre outarde, et qui a non-seulement le pied, mais encore la partie inlérieure de la j,ambe immédiatement au-dessus du tarse, sans plumes.

Sigismond Galenius ayant trouvé dans Hésyrhius le nom de Payes, dont I application n'était point déterminée, l’appropria de son bon plaisir à I outarde; et depuis, MM. Moehiinget Brisson l'ont appliqué au drontc, sans rendre compte des raisons qui les y ont engagés.

DK L’ÜLJTAKDK. 1C,|

Les Juifs motlomcs ont ilclouriié nrbitrnircnient l'ancii'niie acception du mot hébreu anapha, qui signifiait une espèce de milan, et par leuuel ils désignent aujourd hui l'oularde.

iM. Brisson, apres av ir donné le moforiscomuic le nom grec de l’outarde, selon Belon, donne ensuite le mot ’Ortiîapourson nom grec, selon Aldrovande, ne prenant pas garde que’OTi^acstraceusalif de ’Ons et par conséquent unseul et meme nomj c’est comme s’il eût dit que les uns rappellent larda et les autres lardam.

Schwenckfeld prétend que le telrix dont parle Aristote, et qui était Vourax des Athéniens, est aussi notre outarde; cependant le peu que dit Aristote du telrix ne convient point à l’outarde : le lelrix niche parmi les plantes basses, et l’outarde parmi les blés, les orges, etc., que probablement Aristote n’a point voulu designer par l’expression générique de plantes basses. Kn second lieu, voici comment s’explique. ce grand philosophe; «Les oiseaux qui volent peu, comme les perdrix et les cailles, ne font point de nids, mais pondent à terre sur de petits las de feuilles qu’elles ont amoncelées; l'alouetie et le telrix font aussi de même. » Pour peu qu’on fasse d’attention à ce passage, on voit qu il est d’abord question des oiseaux pesants et qui volent peu ; qu’Aristoie parle ensuite de l’alouette et du telrix, qui nichent à teri'c comme ces oiseaux qui volent peu, quoique apparemment ils soient moins |)esanls, puisque I alouette est du nombre, et que, si Aristote eût voulu parler de notre outarde sous le nom <le telrix, il l’eût rangée sans doute,, comme oiseau pesant, avec les perdrix et les cailles, et non avec les alouettes, (pii, par leur vol élevé, ont mérité, selon Sebvvenekfeld lui-même^ le nom de célipètes.

Longolius et Gessner pensent l’un et l'autre que le tetrax du poète .\emesianiis n est autre chose que l’outarde, et il faut avouer (pi il en a à peu près la grosseur et le [tlumage. Mais ces rapports ne sont pas sullisants pour emporter ridenlité de l’espèce, et d'autant moins suffisants, qu’en comparant ce que dit ÎVemesianus de son tetrax avec (te (|uc nous .savons de notre outarde, j’y trouve deux diirércnces marquées : la première, c’est que le tetrax parait familier par stupidité, et qu’il vase précipiter dans les pièges qu’il a vu qu’on dressait contre lui; au lieu que l’oularde ne soutient pas I aspect de l’homme, et qu'elle s’enfuit fort vite, du plus loin (pi’elle I aperçoit; en second lieu, le tetrax faisait son nid au pied du mont Apennin ; au lieu qu Aldrovande, qui était Itidieu, notis assure positivement qu’on ne voit d outardes en Italie que celles qui y ont été apportées par ipielque coup de vent. Il est vrai que Willugbby soupçonne qu elles ne sont point rares dans ces contrées, et cela, sur ce qu'en passant par Modène, il en vit une au marché; mais il me semble (lue celle outarde unique, aperçue au marché d une ville comme Modène, s’accorde encore mieux avec le dire d Aldrovande qu’avec la conjecture de VVillughby.

M. Perrault impute à .Aristote d’avoir avancé que l’o/w en Seyihie ne couve point ses œufs comme les autres oiseaux, mais qu’elle les envelo|ipe dans une peau de lièvre ou de renard, et les cache au pied d’un arbre au haut duquel elle se perche : cependant Aristote n’atlribuc rien de tout cela à l’outarde, mais <à un certain oi.seau de Scylbie, probablement u;i oiseau de proie, puisqu’il savait écorcher les lièvres et les renards, et qui seulement était de la grosseur d'une outarde, ainsi que Pline et Gaza le traduisent; d’ailleurs, pour peu qu’.Arisiote connût l’outarde, il ne pouvait ignorer (pi'elle ne se perche point.

Le nom composé de Irapp-gansz, que les Allemands ont a()pli(jué cet oiseau, a dontu' lieu à d’autres erreurs : trappen signifie mar(dicr, et l’usage

MISTOlIiE ÎNATIHELLE

aîUiaclicàsos tlénvéstinc idée accessoire de lenteur, de mèiiieqirauwm/«t<w ues Laliiis, Cl à \ anda,ite des Italiens; et en cela, le mot Irapp peut très- )icn e te appliqué à I outarde, qui, lors(|u'eile n’est point poursuivie, marclie lentement et pesamment : il lui conviendrait encore, quand cette idée accessoire de lenleur ny serait point atlacliée, parce qu’en caractérisant un oiseau par 1 habitude de marcher, c’est dire assez qu il vole peu.

A léprd du mot gansz, il est susceptible d’équivoque : ici il doit pentcire s écrire, comme je l’ai écrit, avec un z final; et de celte manière il signilie beaucoup, et annonce un superlatif; au lieu que lorsqu on l'écrit par un s, gans, il signifie une oie. Quelques auteurs, rayant pris dans ce uernier sens, loin traduit en latin par nmer truppus-, et cette erreur de nom mniiant sur la chose, on n’a pas manqué de dire que l’outarde était un oiseau aquatique, qui se plaisait dans les marécages ; et Aldrovande luinicrne, qui avait été averti de cette équivoque de noms par un médecin Hollandais, et qui penchait à prendre le mot gansz dans le même sens que moi, fait cependant dire à Bclon, en le traduisant en latin, que l’outarde aime les marécages, quoique Belon dise précisément le contraire; et cette Cl reur en produisant une autre, on a donné le nom (Yoiitarde à un oiseau verilahlcmenlacpiatique, à une espèce d’oie noire et blanche que l'on trouve en Lanada et dans plusieurs endroits de l’Amérique septentrionale. C’est sans doute par une suite de cette méprise, qu'on envoya d’Écosse à Gessner la figure d un oiseau palmipède, sous le nom de guskirde, qui est le nom que I on donne dans ce pays à l'outarde véritable, et que Gessner fait dériver de tarde, lent, tardif, et de gms et goose qui, en hollandais et en anglais, signifient une oie. Voilà donc l'outarde, qui est un oiseau tout à fait terrestre, travestie en un oiseau aquatique, avec lequel elle n'a eependaiit presque rien de commun; et cette bizarre métamorphose a été produite évidemment par une équivoque de mots. Ceux qui ont voulu justifier ou excuser le nom d amer trappus ou irapp-gans ont été réduits à dire, les uns que les outardes volaient par troupes comme les oies, les autres qu’elles étaient de la même grosseur; comme si la grosseur ou l'habitude de voler par troupes pouvaient seules caractériser une espèce : à ce compte les vautours et les coijs de bruyère pourraient être rangés avec l'oie. Mais c’est trop insister sur une absurdité : je me hâte de terminer celte liste d’erreurs cl celle critique jieuleire un peu longue, mais que j’ai crue nécessaire.

Belon a prétendu que le lelrao aller de Pline était l'outarde; mais c’est sans fondement, puisipie Pline parle au même endroit de l’atas tarda. Il est vrai que Belon, defendant son erreur par une autre, avance que lavis tarda des Esiiagnols et l'otis des Grecs dcsigneni le duc; mais il faudrait prouver auparavant : 1“ ipie l'outarde se lient sur les hautes montagnes, comme Pline l’a-ssuredu tetrao alter {giynunt eus Alpes)-, ce qui est contraire a ce qui a été dit de cet oiseau par tous les naturalistes, excepté ,M Barrère; 2“ que le duc, et non I outarde, a été en elfel connu en Espagne sous le iioin dans tarda, et en Grèce sous celui d’otis- a.sserlion insoutenable et combattue par le témoignage de presque tous les écrivains. Ge qui peut avoir trompé Belon, c’est que Pline donne son second tetrao comme un des plus gros oiseaux après rautruche; ce ijui, suivant Belon, ne peut convenir (|u'à I outarde : mais nous verrons dans la suite que le grand tétras ou coq de bruyère surpasse (piclquefois l'outarde en grosseur; et si Pline ajoute (|ue la chair de cet avis larda est un mauvais manger, ce qui convient beaucoup mieux à lotus hibou ou moyen duc, (lu’à rotin outarde, Bclon aurait pu sou|)çonner que ce naturaliste confond ici l'oti,',- avec l’otas, comme je l'ai remarqué plus haut, et qu'il attribue à une seule es|)ècc les propriétés de

ül<: L'OIÏTAIÎDE. 165

deux especes très-di(Térenles, désignées dans ses recueils pnr des noms prèsf|ne semblables} mais il n'anrait pas dù conclure que r«îjîs tarda est en effet un duc.

Le même Bclon penchait à croire que son ædicnemus était un ostardeau : elen effet, cet oiseau n’a que trois doigts, et tous antérieurs comme l’outarde; mais il a le bec très-différetit, le tarse plus gros, le cou plus court, et il parait avoir plus de rapport avec le pluvier qu’avec routarde : c'est ce que nous examinerons de plus près dans la suite.

Knfin il faut être averti que quelques auteurs, trompés apparemment par la re.sseml)lance des mots, ont confondu le nom de starda, qui, en italien, signifie une outarde, avec le nom de siarna, qui, dans la même langue, signifie perdrix.

11 résulte de toutes ces discussions que Votis des Grecs, et non Volm, est notre outarde; que le nom de Payas lui a été appliqué au hasard, comme il l’a été ensuite au dronlc; que celui danapfia, que lui donnent les Juifs modernes, appartenait autrefois au milan; que c’est Vavistafdaôe Pline, ou plutôt des Espagnols au temps de Pline, ainsi appelée à cause de sa lenteur, et non, comme le veut Nypims, parce qu’elle n’aurait été connue à Rome que fort tard; qu’elle n’est ni le tetrix d'Aristote, ni le teirax du poète Nemesianus, ni cet oiseau de Scytbié, dont parle Aristote dans son Histoire des animaux, ni le tetrao aller de Pline, ni un oiseau aqualitiue , et enfin que c’est la starda et non la starna des Italiens.

Pour sentir combien cette discussion préliminaire était importante, il ne faut que se représenter la bizarre et ridieide idée que se ferait de l’outarde un commençant (jui aurait recueilli, sans choix et avec une confiance aveugle, tout ce qui a été attribué par les auteurs à cet oiseau, ou plutôt aux différents noms par lesquels il l’aurait trouvé désigné dans leurs ouvrages : il serait obligé d’en faire à la fois un oiseau de jour et de nuit, un oiseau de montagne et de vallée, un oiseau d'Europe et d'Amérique, un oiseau aquatique et terrestre, un oiseau granivore cl carnassier, un oiseau très-gros et très-petit; en un mot, un monstre, et même un monstre impossible : ou, s’il voulait opter entre ces attributs contradictoires, cc ne pourrait être tpi’en rectifiant la nomenclature, comme nous avons fait par la comparaison de ce qu'en ont dit les naturalistes qui nous ont précédés.

Mais c’est assez nous arrêter sur le nom, il est temps de nous occuper de la chose. Gessner s’est félicité d'avoir fait le premier la remarque que l'outarde pouvait SC rapporter au genre des gallinacés, et il est vrai qu’elle en a le bec et la pesanteur; mais elle en diffère par sa grosseur, par ses [)icds à trois doigts, par la lôrine de la (pieue, par la nudité du bas de In jambe, par la grande ouverture des oreilles, par les barbes de plumes qui lui tomitent sous le menton, an lieu de ces nu inbranes charnues qu’ont les gallijiacés, sans parler îles dilTérences intérieures.

Aldrovandc n’est pas plus heureux dans ses conjectures, lorsqu’il prend pour une outarde cet aigle frugivore dont parle Elien, à cause de sa grandeur, comme si le seul attribut de la grandeur sullisail pour faire naître i'idée d'un aigle : il me parait bien plus vraisemblable qu’Klien voulait parler du grand vautour, tpii est un oiseau de proé comme l'aigle, et même plus puissant que l’aigle commun, et qui devient frugivore dans les cas de nécessité. J'ai ouvert un de ces oiseaux, qui avait été démonté par un coupdc fusil, et qui avait passé plusieurs jours dans des champs semés de blé : je ne lui trouvai dans les intestins qu une. bouillie verte, qui élaii évidemment de riicrbe à demi digérée.

On retrouverait bien plutôt les caractères de l’outarde dans le letrax d’Aihénée, plus grand que les plus gros coqs (et l’on sait qu'il y en a de

Ifii

MISTOIHI' iWTlHI'LLE

Ifès-Kios (‘ti Asie), iraynni (|iie trois doigts aux pieds, des I)arl)es qui lui tombent de cliaqiie côté du hee, le plumage émaillé, la voix grave, et dont la ebair a le goût de eelle de rautriielie, avee qui l'outarde a tant d'autres rapports ; mais ce tetrax ne peut être l'outarde, [uiisque c’est un oiseau lient, selon Athénée, il n'est l'ait aucune mention dans les livres d'An'stoie au heu que ce philosophe parle de l’outarde en plusieurs endroits.

On pourrait encore soupçonner, avec M. Perrault, que ces perdrix des Imles dont parle Strahon, qui ne sont pas moins grosses que des oies, sont (Ils espèces d outardes. I.e mâle diffère de la femelle par les couleurs du P limage qu'il a auirement ilistrihuées et plus vives; par ces barbes de plumes qui lui tombent tics deux côtés sur le cou, dont il est surprenant que M. Perrault liait point parlé, et dont mal à propos Albin a orné la figure de la femelle; par sa grosseur presque double de celle de la femelle, ce qui est une des plus grandes disproportions, qui aient été observées en aucune autre espèce, de In taille de la femelle à celle <lu nu'dc.

• quelques aulres qui ne connaissaient ni le casoar, ni le louyoïi,

ni le dronte, ni peut-être le griffon ou grand vautour, regardaient l'outarde comme un oiseau de la seconde grandeur, et le plus gro.^ après l'autruche : cependant le pélican, qui no leur était pas inconnu, est beaucoup. plus grand, selon M. Perrault; mais il peut se faire que Belon ait vu une grosse ouiardê et un petit pélican , et, dans ce cas, tout son tort sera, comme celui de bien (I autres, d avoir assuré de l’espèce ce qui n'était vrai que de l’individu

M. Edwards reproche fi Williighby de s'élrc trompé grossièrement, et (lavoir induit en erreur Albin, qui l’a copié, en disant qiïe l'outarde avait soixante pouces anglais de longueur, du bout du bec au bout de la queue, hn eiic! celles que j ai niosurêcs n'avaienl guère plus de (rois pieds, ainsi que celle de M. Brisson; et la pins grande (|ui ail été mesurée par lM Ed~ warils avait trois pieds et demi dans ce sens, et trois pieds neuf ponces et demi du bout du bec nu bout des ongles. Les auteurs de la Zuolofjie britannique la fixent à près de quatre pieds anglais; co qui revient à un peu moins de trois pieds neuf pouces de France. L’étendue du vol varie de plus do moitié en différents sujets; elle a été trouvée de se|.t pieds quatre pouces par iM. Edwards, de neuf pieds par les auteurs de la Zoohrjic britannique, cl de quatre pieds de Erance par M. Perrault, qui assure n'avoir jamais observe que des môles, toujours plus gros que les femelles.

Le poids de ert oiseau varie aussi considérablement : les uns l'ont trouvé de dix livres, et d autres de vingt-.sejU, et même de trente. Mais outre ces variétés dans le poids et la grandeur, on en a aussi remarqué dans les projmrtKins; tons les indiviilus de cette espèce ne paraissent pas avoir été ormes sur le même modèle. M. Perrault en a observé dont le coii était plus long, et d autres dont le cou était plus eoiirl proportionnellement aux jambes; d autres dont le bec était plus pointu, et d’aiitri^s dont les oreilles einieni recouvertes par des plumes plus longues ; tous avaient le cou et les jamnes beaucoup j>liis longs (pie ceux (pie Gessuer el Aldrovande ont examinés. Dans les sujets décrits pai‘ M. l'AIwards, il y avait de cbaqiie côté du cou deux places nues, de couleur violette, et ipii parais.'faiciit garnies de plumes lorsque le cou était fort étendu; ce qui n'a point été indiqué par les autres observateurs. Enfin, M. K.lein a remarqué que les outardes de Pologne ne ressemblaient pas exactement ri celles de France et d'Angleterre,; et, en effet, on trouve, en comparant les descriptions, quelques diFférenciis (le couleurs dans le plumage, le bec. etc.

Eu général, l'oniarde se distingue de rautnicbe, du louyou, du casoar el (lu dronte, par ses ailes, ipii, (pioique peu |)ropoi donnécs au poids de son

DK LOl'TAUDK. Kl;)

corps, pcuveni cepcndaiu I élever et la sonienir (|uel(jue temps en l'air au lieu que celles des quatre autres oiseaux que j ai uorumés sont absolument inutiles pour le vol; elle se distingue de pre.-qne tous les autres par sa grosseur, ses pieds à trois doigts isolés et sans membranes, son bec de dindon son duvet couleur de rose, et la nudité du bas de la jambe; non point par chacun de ces caractères, mais par la réunion de tous.

L’aile est composée de vingt six pennes, selon i\l. Ijrisson, et de irenteileux ou trente-trois, suivant M. lidwanis (|ui, peut-être, compte celles de 1 aile bâtarde. La seule chose que j’aie à faire remarquer dans ces pennes, et dont on ne peut guère prendre une idée en regardant la figure, c'est qu aux troisième, quatrième, cinquième et sixième plumes de chaque aile, les barlu's extérieures deviennent tout à coup plus courtes, et ces pennes conséquemment plus étroites à I endroit où elles sortent de dessous leurs couvertures.

I.es pennes de la queue sont an nombre de vingt, et les deux du milieu .sont dilTérenles de toutes les autres.

JM. Perrault impute à Belon comme une erreur d’avoir dit que le dessus des ailes de l'outarde était blanc, contre ce qu'avaient observé iVIM. de l'Académie, et contre ce qui se voit dans les oiseaux qui ont communément plus de blanc sons le ventre et datis toute la partie inférieure du corps, et plu.s de brun et d'autres couleurs sur le dos et les ailes : mais il me semble que sur cela Belon peut être aisément justifié: car il a dit exactement, comme MM. de 1 Académie, que l'outarile était blanche par-dessous le ventre et dessous les ailes; et lorsqu'il a avancé que le dessus des ailes était blanc, il a sans doute entendu parler des pennes de l'aile qui u|>proehent du corps, et qut se trouvent en effet au-dessus de l’aile, celle-ci étant supposée pliée et l'oiseau debout ; or, dans ce sens, ce qu'il a dit se trouve vrai et conforme à la description de M. Edwards, où la vingt-sixième penne de l’aile et les suivantes, jusqu’à la trentième, sont parfaitement blanches.

M Perrault a fait une observation plus juste : c’est qtic quelques plumes de l'outarde ont du duvet non-seulemeni à leur base, tuais encore à leur extrémité; en sorte que la partie moyenne de la plume, qui est composée de barbes fermes et accrochées les unes aux autres, se trouve entre deux parties ou il n y a que du duvet; mais ce qui est très remarquable, c'est que le duvet de la base de toutes les plumes, à l exception des pennes du bout de l'aile, est d un rouge vif, approchant de la couleur rose; ce qui est un caractère commun à la grande et à la petite outarde : le bout du tuyau est aussi de la même couleur.

Le (lied, ou plutôt le tarse, et la partie inférieure de la jambe qui s’articule avec le tarse, sont revêtus d’écailles très-petites; celles des doigts sont en tables longues et étroites : elles sont tonies de couleur grise, et recouvertes d une petite peau qui s’enlève comme la dépouille d'un serpent.

Les ongles sont courts et convexes par-dessous comme par-dessus, ainsi que ceux de l'aigle que Belon appelle haliœlos; en sorte qu'en les coupant perpendiculairement à leur axe, la coupe en serait à peu prés circulaire.

M. Salerne s’est trompé en imprimant que l'outarde avait au contraire les ongles caves en dessous.

Sous les pieds, on voit en arrière un tubercule calleux, qui tient lieu de talon.

La poitrine est grosse et ronde. La grandeur de l'ouverture de l'oreille est apparemment sujette à varier, car Belon a trouvé celle ouverture plus grande dans 1 outarde que dans aucun autre oiseau terrestre; et MM. de l’Académie n y ont rien vu d'extraordinaire. Ces ouvertures sont cachées

• «0 lIlSTOIlUi iSATL'KELLK

sons les plumes : on iipeicoil ilniis leur intérieur deux conduits dont l'un se dirige ou bec, et l outre au cerveau.

Dans le palais et la partie inferieure du bec, il y a, sous la membrane qui revêt ces parties, plusieurs corps glanduleux qui s'ouvrent dans lacavité du bec par plusieurs tuyaux fort visibles.

La langue est charnue en dehors; elle a au dedans un noyau cartilagineux qui s'attache à l’os hyoïde, comme dans la plupart des oiseaux; ses côtés sont hérissés de pointes d'une substance moyenne entre la membrane et le cartilage : cette langue est dure et pointue par le bout; mais elle n'est pas fourebuc, comme l’a dit M. Liimæus, trompé sans doute par une faute de ponctuation rpii se trouve dans Aldrovatide, et qui a été copiée par quelques autres.

Sous la langtte se présente l’orifice d'une espèce de poche, tenant environ sept pintes anglaises, et que le docteur Douglas, <|ui l’a découverte le preinier, regarde comme un réservoir (pie l'outarde remplit d’eau pour s’en servir au besoin , lorsqu’elle se trouve au milieu des plaines vastes et arides où elle se lient par préiéreiicc : ce singulier réservoir est propre au mâle, et je soupçonne qu il a donné lieu à une méprise d Aristote. Ce grand naturaliste avamte que l œsopliage de l’outarde est large dans toutii sa longueur; cependant les modernes , et notamment RIM. de l’Académie, ont observé qu’il s'élargissait stmlemeiit en s’approchant du gésier. Ces deux assertions, qui paraissent contradictoires, peuvent néanmoins se concilier, en supposant qu'Aristotc, ou les observateurs chargés de recueillir les ftwls dont il com- |)osait son Histoire des animaux, ont pris pour l'œsophage celte poche ou réservoir, qui est en ( d'et fort ample et fort large dans toute son étendue.

Levéïitable œsophage, à l'eiulroil où il s’épaissit, est garni de glandes régulièrement arrangées : le gésier, (|ui vient ensuite (car il n’y a point de jabot), est long il'cmviron (piatre pouces, large de trois; il a la dureté de celui des poules communes ; et celle dureié ne vient point, comme dans les poules, de l’épaisseur de la partie charnue, qui est fort mince ici, mais de la membrane interne, laquelle est très-dure, ti ès épaisse, et de plus godronée, plissée cl rcplissée en différents sens, ce qui grossit beaucoup le volume du gésier.

Celte membrane interne parait n’élrc point conliuue, mais seulement contiguë et jointe bout à boula la membrane interne de lœsopliage : d'ailleurs, celle-ci est blanche, au lieu que celle du gésier est d'un jaune doré.

La longueur des intestins est d’environ quatre pieds, non compris les cæcum: la tunique interne de [iléon est plissée selon sa longueur; elle a quclijues rides transversales à son extrémité.

Les deux cæcum sortent de l'intestin à environ sept pouces de Vanus, se dirigeant d’arrière en avant. Suivant (iessner, ils sont inégaux selon toutes leurs dimensions, et c’est le plus étroit (|ui est le plus long dans la raison de six à cinq. M. Perrault dit seulement que le droit, (pii a un pied plus ou moins, est ordinairement un peu plus long que le gauche.

A un pouce à peu près de I’hwms, l’intestin se rétrécit, puis, se dilatant forme une poche capable de contenir un œuf, et dans laquelle .s’insèrent les uretères et le canal déférent : celle poche intestinale, appelée bourse de Fabrice, a aussi son cæcum long de deux pouces, large de trois lignes; et le trou, (^ui communique de l’un à l'aulre, est surmouié d'un repli de la membrane interne, lequel peut servir de valvule.

Il résulte de ces observations que l'outarde, bien loin d’avoir plusieurs estomacs et de longs intestins, comme les ruminants, a au contraire le tube

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inU'sliniil fort ooiii't i l d une pclile Ciipncilo, cl ijiril n'ii (jirmi seul venlrieule ; en soric que 1 opinion de ceux qui piélendenl. (pie cel oiseau rumine serait rél'uiée par cela seul : mais il ne faut pas non plus se persuader avec Allierl, que l outarde soit carnassière, qu elle se nourrisse de cadavres que même elle fasse la ç;uenc au petit gibier, et quelle ne mange de I herbe et du grain que ilans le cas de grande disette; il faut encore moins conclure de ces suppositions quelle a le bec el les ongles crochus; tonies erreurs accumulées par Albert, d'après un passage d'Arislotc mal entendu, admises par (lessner avec quelques modifications, mais rejetées par tous les autres naturalisles.

l/outarde est un oiseau granivore : elle vil d'herbes, de grains el de toutes sortes de semences, de feuilles de choux, de dent de lion , de navets, de myosotis ou oreille de souris, de vesce, d ache, de daucus, et même de foin, el de ces gros vers de terre ipie, pendant l'été, l'on voit fourmiller sur les dunes tous les matins, avant le lover du soleil. Dans le fort de l'hiver et par les temps de neige, elle mange l’écorce des arbres : en tout temps elle avale de petites pierre.s, même des pièces de métal, comme l'autruche et quelquefois en plus grande quantité. MM. de l’Académie ayant ouvert lé ventricule de l’une des six outardes qu’ils avaient observées, le trouvèrent rempli en partie de pierres, dont quelques-unes étaient de la grosseur d’une noix, et en partie de doubles, au nombre de quatre-vingt-dix, toutes usées et jiolics dans les endroits exposés aux frollemcnls, mais sans aucune apparence d'érosion. ^

Willughby a trouvé dans l’estomac de ces oiseaux, au temps de la moisson, trois ou quatre grains d’orge, avec une grande quantité de graine de ciguë; ce qui indique un appétit de préférence pour cette graine, et par eon.séquent le meilleur appât pour 1 attirer dans les pièges. ’ '

Le foie est très-grand; la vésicttle du (kl, le pancréas, le nombre des canaux pancréati(|ues, leurs itiscrlions, ainsi que celle des condtiits hépatiques et cystiques, sont sujets à quelque variation dans les dillérenis stijets.

Le.« testicules ont la forme d'une petite amande blanche, d'une substance assez ferme; le canal déférent va s'insérer à la partie inférieure de la poche du rectum, comme je l'ai dit plus haut, et l'on trouve au bord supérieur de I anus un petit appendice qui tient lieu de verge.

^ M. Perrault ajoute à ces observations anatomi(|ues in remarque suivante : c’est qu'entre tant de sujets qu'avaient disséqués MM. de l’Académie, il né s étail pas rencontré une seule femelle. Mais nous avons dit à I article de I autruche ce que nous pensions de cette remarque.

Dans la saison des amours, le mûle va pialTanl autour de la fentelle et fait une espèce de roue avec sa queue. ’

Les œufs ne sont que de la grosseur de ceux d'une oie; ils sont d'un brun olivâtre pâle, marqués de petites taches plus foncées; en quoi leur couleur a une analogie évidente avec celle du plumage.

Cet oiseau ne cotislruit point de nid; mais il creuse seulement un trou en grattant la terre, et y dépose ses deux œufs, iju'il couve pendant trenie jours, comme font tous les gros oiseaux, selon Aristote. Lorsque cette mère inquiète se délie des chasseurs, et qu’elle craint qu'on n'en veuille à ses (Bufs, elle les prend sous ses ailes (on ne dit pas comment) et les transporte en lieu sûr. Elle s’établit ordinairement dans les blés qui approchent de la maturité, pour y faire sa ponte, suivant en cela rmslincl commun à tous les animaux, de mettre leurs petits à portée de trouver en naissant une nourriture convenable. M. Klein (uéieiid quelle préfère les avoines comme plus basses; en sorte qu’étant posée sur ses œufs, sa tète domine sur la cam-

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pagne, eUpi elle puisse avoir l'œil sur ce qui se passe aulour d'elle : mais ce fait, avancé par M. Klein, ne s'accorde ni avec le senliineiil général des naluralisles, ni avec le naturel de l’oularde, qui, sauvage et déliante comme elle l’est, doit chercher sa sûreté plutôt en se cachant dans les grands blés <]u'en se tenant à portée de voir les chasseurs de loin, au risque d'en être elle-même aperçue.

hile quitte quelquefois ses œufs pour aller chercher sa nourriture j mais si, pendant ses courtes absences, quelqu'un les touche ou les frappe seulement de son haleine, on prétend qu’elle s'en af)erçoit à son retour, et qu'elle les abandonne.

I.’outarde, quoiiiue fort grosse, est un animal très-craintif, et qui parait n avoir ni le sentiment de sa propre force, ni l'instinct de l'employer. Elles s'assemblent quelquefois par troupes de cinquante ou soixante , et ne sont pas plus rassurées par leur noiiibrc que par leur force et leur grandeur ; la moindre apparence de danger, ou plutôt la moindre nouveauté les effraie, et elles ne pourvoient guère à leur conservation que par la fuite. Elles craignent surtout les chiens j et cela doit èire, puisiju’on se sert communément des chiens pour leur iloimer la chasse; mais elles doivent craindre aussi le renard, la fouine et tout autre animal, si petit qu'il soit, qui sera assez hardi pour les attaquer; à |dus forte raison, les animaux féroces et même les oiseaux de proie, contre lesquels elles oseraient bien moins se défendre ; leur pusillanimité est telle, (|uc, pour iicu (|u’on les blesse, elles meurent plutôt de la peur que de leurs blessures. M. Klein prétend néanmoins qu’elles se mettent quelquefois en colère, et qu'alors on voit s'enfler une peau lâche qu'elles ont sous le cou. Si l’on en croit les anciens, l’outarde n’a pas moins d amitié pour le cheval qu’elle a d’antipathie pour le chien; dès qu elle aperçoit celui-là, elle, qui craint tout, vole à sa rencontre, et se met presque sous scs pieds.

En supposant bien constatée cette singulière sympathie entre des animaux si différents, on jiourrait, ce me semble, en rendre raison en disant que l'outarde trouve dans la liente du cheval des grains qui ne sont qu'à demi digérés, et lui sont une ressource dans la disette.

Lorsqu’elle est chassée, clic court fort v ite, en ballant les ailes, et va quelquefois plusieurs milles de suite et sans s’arrêter; mais, comme elle ne prend son vol ([ue dinicilemcnt et lorsqu’elle est aidée ou, si l'on veut, portée par un vent favorable, et que, d'ailleurs, elle ne se perclic ni ne peut se percher sur les arbres, soit à cause de sa pesanteur, soit faute de doigt postérieur dont elle puisse saisir la branche et s’y soutenir, on peut croire, sur le témoignagne des anciens et des modernes, que les lév riers et les chiens courants la peuvent forcer. On la chasse aussi avec l’oiseau de proie; ou enlin on lui tend des filets, et on l'allire où l’on veut, en faisant |)ariutre un cheval à [»ropos, ou seulement en s affublant de la peau d’un de ces animaux. Il n’est point de piège, si grossier qu'il soit, qui ne doive réussir, s'il est vrai, comme le dit Elieii, que dans le royaume de Pont les renards viennent à bout de les attirer à eux en se coucliont contre terre et relevant leur queue à laquelle ils donnent, autant qu'ils peuvent, l'apparence et les mouvements du cou d'un oiseau; les outardes qui prennent, dit-on, cet objet pour un oiseau de leur espèce, s’approchent sans défiance, et deviennent la proie de l’animal rusé ; mais cela suppose bien de la subtilité dans le renard, bien de la stupidité dans l’outarde, et peut-être encore plus de crédulité dans l’écrivain.

J ai dit que ces oiseaux allaient quelquefois par troupes de cinquante ou soixante; cela arrive surtout en automne dans les plaines de la Grande- Bre-

DE l.OLTAKDE. K;»)

tagne; ils sc ré|)andenl alors dans les terres semées de lumens, et y l'ont de très-grands dégâts. En France, on les voit passer rcgulièreinent an printemps et en automne, mais par plus petites troupes, et elles ne se posent guère rpie sur les lieux les plus élevés, ün a observé leur passage en Bourgogne, en Cliampagne et en Lorraine.

L outarde se trouve dans la Libye, aux environs d'Alexandrie, selon Plutarque; dans la Syrie, dans la Grèce, en Espagne, en France, dans les plaines du Poitou et de la Champagne pouilleuse, dans les contrées ouvertes de I est et du sud de la Grande-Bretagne, depuis la province d(! Dorset jusqu a celle de Mercie et de la Lotbiane en Ecosse, dans les Pays-Bas, en .Allemagne, en Ekraine et en Pologne, où, selon Rzaczynsky, elle passe quel(|ue('üis l'iiiver au milieu des neiges. Les auteurs de la Zoologie britannique assurent que ces oiseaux ne s'éloignent guère du pays qui les a vus naître, et que leurs plus grandes excursions ne vont pas au delà de vingt à trente milles : mais Aldrovande prétend que sur la fin de l'automne ils arrivent par troupes en Hollande, et se tiennent par prél'érence dans les campagnes éloignées des villes et des lieux habités. M. Linnæus dit qu'ils passent en Hollande et eti Angleterre. Aristote parle aussi de leur migration ; mais c’est un point qui demande à être éclairci par des observations plus exactes.

.Aldrovande reproche à Gessnei' d être tombé dans quelque contradiction à cet égard, sur ce qu’il dit (pie l’outarde s'en va avec les cailles, ayant dit plus haut qu'elle ne quittait point la Suisse, où elle est rare, et qu'on y en [irenaii quelquefois l'hiver ; mais cela peut sc concilier, ce me semble, en admettant la migration des outardes, en la resserrant dans des limites, comme les auteurs de la Zoologie britannique; d'ailleurs, celles qui se trouvent en Suisse sont des outardes égarées, dépaysées, en petit nombre, et dont les mœurs ne peuvent représenter celles de l'espèce. INe pourrait-on pas dire aussi ([ue l'on n’a point de preuves que celles qu’on prend quelquefois à Zurich, pendant l’hiver, soient les mêmes qui y ont passé l’été précédent ?

Ce (|ui parait de plus certain, c'est (|ue l'outarde ne se trouve que rarement dans les contrées montagneuses ou bien peuplées, comme la Suisse, le Tyr<»l, l’Ilalie, plusieurs provinces d'Espagne, de France, d'Angleterre et d’Allemagne, et que, lorsqu'elle s'y rencontre, c'est presque toujours en hiver: mais, (pioiqu’ellc puisse subsister dans les pays froids, et qu’elle soit, selon quelques auteurs, un oiseau de passage, il ne parait pus néanmoins qu’elle ait jamais passé en Amérique par le nord; car, bien que les relations des voyageurs soient remplies d'outardes trouvées dans ce continent, il est aisé de reconnaître que ces prétendues outardes sont îles oiseaux ai|uatiques, comme je l'ai déjà remarqué plus haut, et absolument différents de la véritable outarde dont il est ici question. .M. Barrère parle bien d une outarde cendrée d'.Amérique, dans son Essai d' ornithologie [p. 53), qu'il dit avoir observée. .Mais, 1* il ne paraît pas l'avoir vue en Amérique, puisqu'il n en fait aucune mention dans sa France équinoxiale. Il est le seul , avec AI. Klein, qui parle d'une outarde américaine; or, celle de ,M. Klein, qui est le macitcagua de Alarcgrave, n a point les caractères propres à ce genre, puisqu'elle a quatre doigts à chaque pied, et le bas de la jambe garni de plumes jusqu'à son articulation avec le tarse ; qu’elle est sans queue, et qu’elle n’a guère d'autre rapport avec l'outarde que d'être un oiseau pesant qui ne se perche ni ne vole presque point. .A l’égard de Al. Barrère, son autorité n'est pas d'un assez grand poids en histoire naturelle, pour que son témoignage doive prévaloir contre celui de tous les autres. 5" Enfin, son outarde cendrée d’Amérique a bien l'air d’eire la femelle de l’outarde

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(l Afriqiie, laquelle esl cii eiïet toute couleur de cendre, selon M. Linnæns.

On me demandera |ieut-être pourquoi un oiseau qui, (|Uoiqne pesant, a eepriidanl des ailes, et qui s'en sert quelquefois, n’est point passe en Aiiiéritpie par le nord, comme ont fait plusieurs quadrupèdes. Je répondrai que Toutardc n’y est point passée, parce que, quoiqu’elle vole en eifet, ce n’est guère que lorsqu’elle esl poursuivie; parce qu'elle ne vole jamais bien loin, et que d ailleurs elle évite toujours les eaux, selon la remarque de Beloii; d’où il suit qu elle n’a pas dû se hasarder h franchir de grandes étendues de mer : je dis de grandes étendues, car, (|uoique celles (|ui séparent les deux continents du côté du i.ord soient bien moindres que celles qui les séparent entre les tropiques, elles sont néanmoins considérables par rapport à l’espace (pie l’outarde peut parcourir d’un seul vol.

On peut donc regarder l’outarde connue un oiseau pro|ire et naturel à l’ancien continent, et qui, dans ce continent, ne parait point attaché à un climat particulier, puisqu il peut vivre en Lybie, sur les côtes de la mer Baltique, et dans tous les pays intermédiaires.

C'est un très-bon gibier : la chair des jeunes, un peu gardée, est surtout excellente; et si quelques écrivains ont dit le contraire, c’est pour avoir confondu ï'olis avec Valus, comme je l’ai remaripté plus haut. Je ne sais pourquoi Hippocrate l interdisait aux personnes qui tombaient du mal caduc. Pline reconnait dans la graisse d’outarde la vertu do soulager les maux de mamelles ipii surviennent aux nouvelles accouchées. On se sert des pennes de cet oiseau comme on fait de celles d’oie et de cygne pour écrire; et les pêcheurs les recherchent pour les attacher à leurs hameçons, parce qu’ils croient (pic les petites taches noires dont clics sont émaillées, paraissent autant de petites mouches aux poissons qu’elles attirent par cette fausse apparence.

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