I.E BALBUSAKD
lE JEAK-LE- BLANC.
DU BALIit ZAHD.
iiaUirclIos sont aussi Irès-dillorfiilcs, ainsi ijuc scs appétits, ne \ivanl "^uèrc <pie (le poisson, (lu il prend dans l'eun, nnnne à (incltpics pieds de profondeur; et ce ipii prouve que le poisson est en effet sa nourriture la plus ordinaire, c'est que sa chair en a une très-forte odeur. J’ai vu quelquefois (îet oiseau demeurer pendant plus d'une heure perché sur un arhre à portée d un étang, jusqu'à ce qu'il aperçût un gros poisson, sur h-qucl il pùl fondre et l'cnqmrter ensuite dans scs serres. Il a les jambes nues et ordinairement de couleur bleuâtre; cependant il y en a quelques-uns qui ont les jambes et les pieds jaunâtres, les ongles noirs, très-grands et très-aigus, les pieds et les doigts si raides qu’on ne peut les fléchir, le ventre tout blanc, la queue large et la tète grosse et épaisse. Il diffère donc des aigh's en oc qu’il a les pi(‘ds et le bas des jambes dégarnis de plumes, et que l’ongle de derrière est le plus court, tandis que dans les aigles cet ongle de derrière est le plus long de tous. Il diffère encore, en ce qu’il a le bec plus noir que les nigle.s; et (pie les pieds, les doigts et la peau qui recouvre la base du bt‘c sont ordinairement bleus, au lieu que dans les aigles toutes ces parties sont jaunt's. Au reste, il n'a pas de demi-membranes entre les doigts du pied gauche, comme le dit M. Linnæus; car les doigts des deux pieds sont égaleilient séparés et dénués de membranes. Cest une erreur populaire que cet oiseau nage avec un pied, tandis qu’il prend le poisson avec l'autre; et c’est celle erreur populaire qui a produit la méprise de M. Linnæus. Au|iaravant, M. klein a dit la même chose de l'orfraie ou grand aigle de mer; et il s’est également trompé, car ni l un ni l’autre de ces oiseaux n’a de membranes entre aucun doigt du pied gauche. La source commune de ces erreurs est dans Albert le Grand, qui a écrit que cet oiseau avait l’un dos pieds pareil à celui d'un épervier, et l'autre semblable à celui d'une oie, ce qui est nonseulement faux, mais absurde et contre toute analogie; en sorte qu’on ne peut qu'être étonné de voir que Gessncr, Aldrovande, Klein et Limiijeus, au licude s’élever contre cette fausseté, l’aientaccréditée, elqu’Aldrovande nous dise froidement que cela n'est pas contre toute vraisemblance, puisque je sais, ajoute-t-il, très-positivement, qu'il y a des poules d'eau moitié palmipèdes et moitié fissipèdes, ce qui est encore un autre fuit tout aussi faux que le premier.
Au reste, je ne suis pas surpris qu’Aristotc ait appelé cet oiseau haliœtos, aigle de mer; mais je suis encore étonné que tous les naturalistes anciens et modernes aient copié celle détiomination sans scrupule, et j’ose dire sans réflexion; car l’/ia/i'œtM.s ou balbuzard ne fréquente pas de préférence les côtes de la mer; on le trouve plus souvent dans les terres médi terra nées voisines des rivières, des étangs et des autres eaux douces; il est peut-être plus commun en Bourgogne, qui est au centre de la France, que sur aucune de nos côtes maiiiimes. Gomme la Grèce est un pays où il n’y a pas beaucou)) d’eaux douces, et (|ue les terres en sont traver.séi's et environnées par la mer à d'assez petittîs distances, Aristote a observé dans son pays tpie ces oiseaux pécheurs cbercbaietil leur proie sur les rivages de la mer, et par celte raison il les a nommés «tÿ/es t/e «ter; mais s’il eût habité le milieu de la
sept ponces jusqu’aux oncles, et cinq pieds trois pouetîs de vol ; et üh autre que l’on m’a apporté n’avail qu’uii pied neuf pouces de longueur de corps et cinq pieds sept pouces de vol : au lieu que la femelle décrite par MM. de rAcadéniie des sciences^ sous le nom A'iMliœtiis, à l'article de l’aiglc que nous avons cité, avait deux pieds neuf pouces de longueur lie corps, y compris la queue, ce qui fait au moins deux pieds de longueur pour le corps seul et sept pieds et demi de vol. Cette diirérence est si grande, qu’on pourrait ilouler que cet oiseau décrit par MM. de 1 Académie fût le balbuzard ou craupêclicrot si l’on n’eu était assuré par les autres indications. ’
IIISTOIHE NATURELLE
France ou île l’Allemagne, la Suisse cl les autres pays éloignés de la mer, ou tls sont très-communs, il les eût plutôt appelés aiqlcs des eaux douces Je fais celte remarque afin de faire sentir que j’ai eu d’autant plus de raison de ne pas adopter cette dénommaliou aigle de mer, et d’y substituer le nom spécifique balbuzard, qui empêchera qu’on ne le confonde avec les ailles Aristote assure que cet oiseau a la vue trcs-pereanie : il force dit-il'’ ses petits à regarder le soleil, et il tue ceux dont les’yeiix ne peuvent en supporter 1 éclat. Ce fait, que je n’ai pu vérifier, me parait difficile à croire quoiqu il ait été rapporté, ou plutôt répété par plusieurs autres auteurs et quoi! lait même généralisé en l’attribuant à tous les aigles, qui contraignent, ilii-on, leurs petits à regarder fixement le soleil. Celle observation me parait bien difficile à faire, et d ailleurs il me semble qu’ Aristote sur le témoignage duquel seul le fait est fondé, n’élail pas trop bien inforiné au sujet des petits de eet oiseau; il dit (|u'il n’en élève que deux, et qu’il tue celui qui ne peut regarder le soleil. Or, nous .sommes assurés qu’il pond souvent quatre œufs, et rarement moins de trois; que de plus il élève tous ses petits. Au lieu d habiter les rochers escarpés et tes liantes monta'>-nes comme les aigles, il se lient plus volontiers dans les terres basses et marécageuses, à portée des étangs et des lacs poissonneux; et il me paraît encore que eesi à V orfraie ou ossifraque, et non pas au balbuzard ou haliœtus, qu il faut attribuer ce que dit Aristote de sa chasse aux oiseaux de mer • car le balbuzard pèche bien plus qu’il ne chasse, et je n’ai pas ouï dire qu'il s éloignât du rivage à la poursuite des mouettes ou des autres oiseaux de mer; il paraît au contraire qu il ne vil que de poisson. Ceux qui ont ouvert le corps de cet oiseau n ont trouvé que du poisson dans son estomac ; et sa chair, qui, comme je l’ai dit, a une forte odeur de poisson, est un indice certain qu’il en fait au moins sa nourriture habituelle : il est ordinairement très-gras, et il peut, comme les aigles, se passer d’aliments pendant plusieurs jours sans en être incommodé ni paraître affaibli. Il est aussi moins fier et moins féroce que l’aigle ou le pygargue; et l’on prétend qu’on peut assez aisément le dresser pour la pèche, comme l'on dresse les autres oiseaux pour la chasse.
Après avoir comparé les témoignages des auteurs, il rn’a paru que l’espèce du balbuzard est l’iine des plus nombreuses des grands oiseaux de proie, et qu’elle est répandue assez généralement en Europe, du nord au midi, dejniis la Suède jusqu’en Grèce, et que même on la retrouve dans des pays plus chauds, comme en Egypte et jusqu’en Nigrilie.
J’ai dit, dans une des notes de cci article, que MM. de l’Académie des sciences avaient décritun balbuzard ou haliœtus femelle, et qu’ils lui avaient trouvé deux pieds neuf pouces depuis l’extrémité du hcc jusqu'à celle de la queue, et sept pieds et demi de vol ou d’envergure, tandis que les autres naturalistes ne donnent au balbuzard que deux pieds de longueur de corps jusqu’au bout de la queue et cinq pieds et demi de vol. Cette grande diffél rence pourrait faire croire que ce n’est pas le balbuzard, mais un oiseau plus grand, que jAlM. de I /Âcadémic ont décrit : néanmoins, après avoir comparé leur description avec la nôtre, on ne peut guère en douter - car de tous les oiseaux de ce genre, le balbuzard est le seul qui puisse être mis avec les aigles, le seul qui ait le bas des jambes et les pieds bleus le bec tout noir, les jambes longues et les pieds petits à proportion du corps.
Je pense donc, avec MM. de l’Acadcniie, que leur oiseau est le vrai haliœtus d’Aristote, c’est-à-dire notre balbuzard, et que c’était une des plus grandes femelles de cette espèce qu’ils ont décrite et disséquée.
Les parties intérieures du balbuzard diffèrent peu de celles des aigles.
DE L’OIlFRAiË. 41
MM. Je l’Académie n’ont remarqué de différences considérables que dans le foie, qui est bien plus petit dans le balbuzard; dans les deux cæcum de la femelle, qui sont aussi moins grands; dans la position de la rate, qui est imméiliaiement adhérente au côté droit de l’estomac dans l'aigle' au lieu que dans le balbuzard, elle était siluce sous le lobe droit du foie;' dans la grandeur des reins, le balbuzard les ayant à peu près comme les autres oiseaux, qui les ont ordinairement fort grands à proportion des autres animaux, et l'aigle les ayant au contraire plus petits.