‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 86 sur 525 · LI5 DINDON · texte numérisé non relu

LI5 DINDON

Ordre des gallinacé.s, genre dimloti. (Ccvieu.)

Si le coq ordinaire est l’oiseau le |)lus utile de la basse-cour, le dindon domestique est le plus remarquable, soit par la grandeur (Je sa taille, soit par la forme de sa tète, soit par certaines babiludes naturelles qui ne lui sonl communes qu'avec un petit nombre d’autres especes. Sa tête, tpii est fort petite à proportion du corps, manque de la parure ordinaire aux oiseaux; car elle est presque enlièremeni déniuie de plumes, et seulement recouverte, ainsi (|u'uiie partie du cou, d'une peau bleuâtre, chargée de mamelons rouges dans la partie antérieure du cou, cl de mamelons blanchâtres sur la partie postérieure de la tète, avec tpielques petits poils noirs clair-semés entre les mamelons, et de petites plumes plus rares au haut du cou, cl (jui deviennent plus fréquentes dans la jiariie inférieure; chose tpii n’avait pas été remarquée par les naturalistes. De la base du bec descend sur le cou, jusqu'à environ le tiers de sa longueur, une es|)èce de barbillon cbarmi, rouge et flottant, qui parait simple aux yeux, quoiqu'il soit en clfel composé d’une double membrane, ainsi qu’il est facile de s’en assurer en le loucbani. Sur la base du bec supérieur s’élève une caroncule ebarnuc, de forme conique, et sillonnée par des rides transversales assez profondes; celte caroncule n’a guère plus d’un pouce de hauteur dans son état de contraction ou du repos

DU DINDOJN. ^201

c’est-à-dire lorsque le dindon, ne voyant autour de lui que les objets auxquels il est accoutumé, et n cprouvant aucune agitation intérieure, se promène tranquillement en prenant sa pâture : mais, si quelque objet étranger se présente inopinément, surtout dans la saison des amours, cet oiseau, qui n’a rien dans son port ordinaire que d'humble et de simple, se rengorge'lout à coup avec (ierlé; sa tète et son cou se gonllent; la caroncule conique se déploie, s’allonge et descend deux ou trois pouces plus bas que le bec, qu’elle recouvre entièrement; toutes ces parties charnues se colorent d’un rouge plus vif; en même temps les plumes du cou et du dos se hérissent, et la queue se relève en éventail, tandis que les ailes s'abaissent en se déployant jusqu’à traîner par terre. Dans cette attitude, tantôt il va piaffant autour de sa lemellc, accompagnant son action d'un bruit sourd que produit l’air de la poitrine s'échappant par le bec, et qui est suivi d’un long bourdonnement; tantôt il quitte sa femelle comme pour menacer ceux qui viennent le troubler. Dans ces deux cas, sa démarche est grave, et s'acccicrc seulement dans le moment où il fait entendre ce bruit sourd dont j'ai parlé : de temps en temps il interrompt cette manoeuvre pour jeter un autre cri plus perçant, que tout le monde connaît et qu’on peut lui faire répéter tant que l’on veut, soit en sifflant, soit en lui faisant entendre des sons aigus quelconques. Il recommence ensuite à faire la roue, qui, suivant qu’elle s’adresse à sa femelle ou aux objets qui lui font ombrage, exprime tantôt son amour, et tantôt sa colère; etees espèces d’accès seront beaucoup plus violents si on paraît devant lui avec un habit rouge : c’est alors qu’il s irrite et devient furieux ; il s’élance, il attaque à coups de bec, et fait tous ses efforts pour éloigner un objet dont la présence semble lui être insupportable.

Il est remarquable et très-singulier que celte caroncule conique, qui s’allonge et se relâche lorsque l’animal est agité d’une passion vive se relâche de même après sa mort.

[I y a des dindons blancs, d’autres variés de noir et de blanc, d’autres de blanc et d’un jaune rotissâlre, et d’autres d’un gris uniforme, qui sont les plus rares de tous; mais le plus grand nombre a le plumage tirant sur le noir, avec un peu de blanc à l’exirèmilé des plumes. Celles qui eouvrent le dos et le dessus des ailes sont carrées par le bout; et parmi celles du croupion et même de la poitrine, il y en a quelques-unes de couleurs chatigeaiiles et qui ont différents reflets, selon les différentes incidences de la lumière : et plus ils vieillissent, plus leurs couleurs paraissent être cUangeantes et avoir des reflets différents. Bien des gens croient que les dindons blancs sont les plus robustes; et c’est par cette raison que dans qiiebpies provinces on les élève de préférence : on en voit de nombreux troupeaux dans le Fcrlois en Champagne.

Les naturalistes ont compté vingt-huit pennes ou grandes plumes à chaque aile, et dix-huit à la queue. Mais un caractère bien plus frappant, et qui empêchera à jamais de confondre celte espèce avec aucune autre espèce actuellement connue, c’est un bouquet de crins durs et noirs, long de cinq à six pouces, lequel, dans nos climats tempérés, sort de la partie inférieure du cou, au dindon mâle adulte, dans la seconde année, ipielqucfois même dès la (in de la première; et avant que ce bouquet paraisse, l’endroit doù il doit sortir est marqué par un tubercule charnu. M. Linnseus dit que ces crins ne commencent à paraître qu’à la troisième année, dans les dindons qu'on élève en Suède. Si ce fait est bien avéré, il s’ensuivrait que celte espèce de production se ferait d'autant plus tard que la lem|)éralure du pays est plus rigoureuse; et, à la vérité, l’un des principaux effets du froid est de ralentir tonte sorte de développements. C'est cette louire de crins qui a valu Bi fFON . tome «m, 14

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an dindon le titre de barbu, pcctore barbato, expression impropre à tous égards, puisque ce léest pas de la poitrine, mais de la partie inférieure du cou, que ces crins prennent naissance, et que d’ailleurs ce n'est pas assez d avoii' des crins ou des poils pour avoir une barbe, il faut encore qu'ils soient autour du menton ou de ce qui en tient lieu, comme dans le vautour barbu d'EtIwards.

On se ferait une fausse idée de la queue du coq d Inde, si l'on s’imaginait que toutes les plumes dentelle est formée fussent susceptibles de se relever en évetitail. A proprement parler, le dindon a deux ([ueues, l’une supérieure et l auire inférieure : la première est composée de dix-huit grandes plumes implantées autour du croupion, et que l'animal relève lorsqu’il piaffe 5 la seconde ou rinférieure consiste en d’autres plumes moins grandes, et reste toujours dans la situation horizontale. C’est encore un attribut propre au mâle d'avoir un éperon à chaque pied : ces éperons sont plus ou moins longs, mais ils sont toujours beaucoup plus courts et plus mous que dans le coq ordinaire.

i.a poule d Inde diffère du coq, non-sculcmcnt en ce qu’elle n’a pas d’éperons aux pieds, ni de bouquet de crins dans la partie inférieure du cou; eu ce que la caroncule conique du bec supérieur est plus courte et incapable de s'allonger; qtic cette caroncule, le barbillon de dessous le bec et la chair glanduleuse qui recouvre la léte, sont d'un rouge plus pâle ; mais elle en diffère encore par les attributs propres au sexe le plus faible dans la plupartdes espèces; elle estpius petite; elle a moins de caractère dans la physionomie, moins de ressort à l'intérieur, moins d’actions au dehors ; son cri n’est qu’un accent plaintif; elle n'a de mouvement que pour chereber sa nourriture ou pour fuir le danger; enfin, la faculté de faire la roue lui a été refusée : ce n’est pas qu’elle n’ait la queue double comme le mâle, mais elle manque apparemmeut des muscles releveurs, propres à redresser les plus grandes plumes dont la queue supérieure est composée.

Dans le mâle, comme dans la femelle, les orifices des narines sont dans le bec supérieur, et ceux des oreilles sont en arrière des yeux, fort couverts et comme ombragés par une multitude de petites plumes décotnposées qui ont différentes directions.

On comprend bien que le meilleur mâle sera celui qui aura plus de force, plus de vivacité, plus d'énergie dans toute son action : on pourra lui donner cinq ou si poules d Inde. S’il y a plusieurs mâles, ils se battront, mais non pas avec l’acbarnement des coqs ordinaires : ccux-ci ayant plus d'ardeur pour leurs femelles sont aussi plus animés contre leurs rivaux ; et la guerre qu’ils se font entre eux est ordinairement un combat à outrance : on en a vu même attaquer des coqs d Inde deux fois plus gros qu’eux, et les mettre à mort, l.es sujets de guerre ne manquent pas entre les cotjs des deux espèces, si, comme le dit Sperling, le coq d Inde privé de ses femelles s’adresse aux poules ordinaires, et que les poules d'Inde, dans l’absence de leur mâle, s’offrent au coq ordinaire, et le sollicitent même assez vivement.

La guerre tpie les coqs d’Inde se font entre eux est beaucoup moins violente; le vaincu ne cède pas toujours le champde bataille; quelquefois même il est préféré par les femelles. On a remarqué qu’un dindon blanc ayant été battu par un dindon noir, presque tous les dindonneaux de la couvée furent

blancs. ,

L’accouplement des dindons se fait a peu près de la même manière que celui des coqs, mais il dure plus longtemps; et c’est peut-être par cette raison qu'il faut moins de femelles au mâle, et qu’il s’use beaucoup plus vite. J'ai dit plus haut, sur la foi de Sperling, qu’il se mêlait quelquefois avec les

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