DU DINDON
puuies onlinaires, le même auteur prétend que, quand il est privé de ses femelles, il s'accouple aussi non-seulement avec la femelle du paon (ce qui peut être), mais encore avec les canes (ce qui me parait moins vraisemblable).
La poule d inde n’est pas aussi féconde que la poule ordinaire; il faut lui donner de temps en temps du ebènevis, de l'avoine, du sarrasin, pour l’exciter à pondre; et, avec cela, elle ne fait guère qu’une seule ponte par an, d’environ quinze œufs ; lorsqu’elle en fait deux, ce qui est très-rare, elle commence la première sur la lin de I hiver, et la seconde dans le mois d’août : ces œufs sont blancs avec quelques petites taches d’un jaune rougeâtre; et du reste, ils sont organisés à peu près comme ceux delà poule ordinaire, La poule d'Inde couve aussi les œufs de toutes sortes d’oiseaux ; on juge qu'elle demande à couver, lorsqu'après avoir fait sa ponte, elle reste dans le nid. Pour que ce nid lui plaise, il faut qu’il soit en lieu sec, à une bonne exposition, selon la saison, et point trop en vue; car son instinct la porte ordinairenrent à se cacher avec grand soin lorsqu’elle couve.
Ce .sont les poules de l’année précédente (|ui d'ordinaire sont les meilleures couveuses; elles se dévouent à cette occupation avec tant d’ardeur et d’assiduité, qu’elles mourraient d’inanition sur leurs œufs, si l'on n’avait le soin de les lever une fois tous les jours pour leur donner à boire et à manger. Cette passion de couver est si forte et si ilurable, qu’elles font quelquefois deux couvées de suite et sans aucune interruption ; mais, dans ce cas, il faut les soutenir par une meilleure nourriture. Le mâle a un instinct bien contraire : car s'il aperçoit sa femelle couvant, il casse ses œufs, qu'il voit apparemment comme un obstacle à ses plaisirs; et c’est peut-être la raison pourquoi la femelle se cache alors avec tant de soin.
Le temps venu où ces œufs doivent éclore, les dindonneaux percent avec leur bec la coquille de l’œuf qui les renferme ; mais cette coquille est quelquefois si dure, ou les dindonneaux si faibles, qu'ils périraient si on ne les aidait à la briser; ce que néanmoins il ne faut faire qu’avec beaucoup de circonspection, et en suivant, autant qu’il est possible, les procédés de la nature. Ils périraient encore bientôt, pour peu que, dans ces commencements, on les maniât avec rudesse, qu'on leur laissât endurer la faim, ou qu’on les exposât aux intempéries de l’air : le froid, la pluie et même la rosée les morfond; le grand soleil les tue presque subitement; quelquefois même ils sont écrasés sous les pieds de leur mère. Voilà bien des dangers pour un animal si délicat; et c’est pour cette raison, et à cause de la moindre fécondité des poules d’Inde en Europe, que cette espèce est beaucoup moins nombreuse que celle des poules ordinaires.
Dans les premiers temps, il faut tenir les jeunes dindons dans un lieu chaud et sec, où l'on aura étendu une litière de fumier long, bien battue ; et lorsque dans la suite on voudra les faire sortir en plein air, ce ne sera que par degrés et en choisissant les plus beaux jours.
L'instinct des jeunes dindonneaux est d’aimer mieux à prendre leur nourriture dans la main que de toute autre manière; on juge qu’ils ont besoin d’en prendre lorsqu’on les entend piauler, et cela leur arrive fréquemment; il faut leur donner à manger quatre ou cinq fois par jour. Leur premier aliment sera du vin et de beau qu’on leur soufflera dans le bec; on y mêlera ensuite un peu de mie de pain : vers le quatrième jour on leur donnera les œufs gâtés de la couvée, cuits et hachés d’abord avec de la mte de pain et ensuite avec des orties; ces œufs gâtés, soit de dindes, soit de poules, seront pour eux une nourriture très-salutaire ; au bout de dix à douze jours on supprime les œufs, et on mêle les orties hachées avec du millet, ou avec de
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la lariiip de Tiir(|(iie, d'orge, de frorneni ou de blé sarrasin; ou bien, pour épargner le grain, sans faire lori aux dindonneaux, avec le lait caillé, la bardane, un peu de camomille puante, de graines d’ortie et du son : dans la suite, on pourra se contenter de leur donner tonte sorte de fruits pourris, coupes par mcrc<'anx, et surtout des fruits de ronces ou de mûriers blancs, etc. Lorsqu'on leur verra un air languissant, on leur mettra le bec dans du vin pour leur en faire boire un peu, et on leur fera avaler aussi un grain de poivre : quelquefois ils paraissent engourdis et sans mouvement, lorsqu'ils ont été surpris par une pluie froide; et ils mourraient certainement, si on n'avait le soin de les envelopper de linges chauds, et de leur souffler à plusieurs reprises un air ebaud par le bec. Il ne faut pas manquer de les visiter de temps en temps, et de leur percer les petites vessies qui leur viennent sous la langue et autour du croupion, et de leur donner de l’eau de rouille; on conseille même de leur laver la tête avec cette eau, pour prévenir certaines maladies auxquelles ils sont sujets : mais, dans ce cas, il faut donc les essuyer et les sécher bien exactement; car on sait combien toute humidité est contraire aux dindons du premier âge.
La mère les mène avec la même sollicitude que la poule mène ses poussins; elle les réchauffe sous ses ailes avec la même affection, elle les défend avec le même courage. Il semble que sa tendresse pour ses petits rende sa vue plus perçante; elle découvre l oiseau de proie d’une distance prodigieuse, et lorsqu'il est encore invisible à tous les autres yeux : dès quelle l’a aperçu, elle jette un cri d'elï'rot qui répand la consternation dans toute la couvée; chaque dindonneau se réfugie dans les buissons ou se tapit dans l’herbe, et la mère les y retient en répétant le même cri d'effroi autant de temps que I ennemi est à portée : mais le voit-elle prendre son vol d’un autre côté, elle les en avertit aussitôt par un autre cri bien différent du premier, et qui est pour tous le signal de sortir du lieu où ils se sont cachés, et de se rassembler autour d’elle.
Lorsque les jeunes dindons viennent d'éclore, ils ont la tète garnie d'une espèce de duvet, et n’out encore ni chair glanduleuse ni barbillons; ce n’est qu à six semaines ou tieux mois que ces parties se développent, et, eomme on le dit vulgairement, que les dindons commencent à pousser le rouge. Le temps de ce développement est un temps critique pour eux, comme celui de la dentition pour les enfants; et c’est alors, surtout, qu’il faut mêler du vin <à leur nourriture pour les fortifier : quebpte tenqis avant de pousser le rouge, ils commencent déj.à à se percher.
Il est rare que l'on soumette les dindonneaux à la castration comme les poulets; ils engraissent fort bien sans cela, et leur chair n’en est pas moins bonne; nouvelle preuve qu ils sont d'un tempérament moins chaud que les coqs ordinaires.
Lors(|u ils sont devenus forts, ils quittent leur mère, ou plutôt ils en sont abandonnés, parce qu elle cberclie à faire une seconde ponte ou une seconde couvée. Plus les dindonneaux étaient faibles et délicats dans le premier âge, plus ils deviennent, avec le temps, robustes et capables de soutenir toutes les injures du temps ; ils aiment à se percher en plein air, et passent ainsi les nuits les plus froides de I biver, tantôt se soutenant sur un seul pied, et retirant l'autre dans les plumes de leur ventre comme pour le réchaulfertantôt, au contraire, s'accroupissant sur leur bâton et s’y tenant en éijuilibre; ils se mettent la tète sous l'aile pour dormir, et, pendant leur sommeil, ils ont le mouvement de la respiraiion sensible et très-marqué.
La meilleure façon de conduire les dindons devenus forts, c’est de les mener paitre par la campagne, dans les lieux où abondent les orties et