‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 88 sur 525 · DU DI\D<U · texte numérisé non relu

DU DI\D<U

nutres piailles de leur ijoùl, dans les verifcrs lors.pie les fruits cotnmeneeiit a tomber, etc, ; mais il laut e\iler soigneusement les pâturages où croissent les plantes (fin leur sont contraires, telles que la grande digitale à (îeurs rouges : celle plante est un véritable poison pour les dindons'^; ceux nui en ont mange (jpronveni une sorte d'ivresse, des vertiges, des convulsions- et lorsque la dose a été un peu forte, ils finissent par mourir élifuies. On ne peut d(me apporter trop de soin à détruire celte plante nuisible dans les lieux ou I on elève des dindons.

On doit aussi avoir attention, surtout dans les commencements, de ne ( S .me sortir le malin qii après que le soleil a commencé de séclier la rosée, le es aire i entrer avant la chute du serein, et de les mettre à l'abri pendant la plus gramje chaleur des jours d’été. Tous les .soirs, lorsqu’ils reviennent, on leur donne de la pâtée, du grain ou quelque autre nourriuie, excepte seulement au temps des moissons, où ils trouvent .snlfisamment a manger par la campagne. Comme ils sont fort craintifs, ils se laissent aisément conduire; il ne faut (jiic l'ombre d'une baguette pour en mener ( es troupeaux meme tres-considérabics, et souvent ils prendront la fuite devant un animal beaucoup plus petit (>t p|„s faible qu'eux : cependant, il e.^l des occasions où Ils montrent du courage, surtout lorsqu’il s'agit de se (tetendre (lontre les fouines et autres ennemis de la vo'aille; on en a vu

meme quelifuefois entourer en troupe un lièvre au gîte et chercher à le tuer a coups de bec.

Ils ont dilTcrenfs tons, dilTérenles inflexions de voix, selon l'âge, le sexe, et suivant les p-issions qu'ils veulent exprimer; leur démarche est lente et leur vol pesant; ils boivent, mangent, avalent de petits cailloux, et digèrent a peu pies comme les coqs; et, (mm me eux, ils ont double estomac, c’est-, àdire un jabot et un gésier : mais, comme ils sont plus gros, les muscles de leur gosier ont aussi plus de force.

Ça longueur du tube intestinal est à peu près quadrufile de la longueur de laminai, prise depuis la pointe du bec jusqu’à l'extrémité du croupion. Is ont deux cæcum , dirigés l'un et l’autre d’arrière en avant, et qui, pris ensemble, font plus du quart de tout le conduit intestinal : ils prennent iiaiss.ance assez prés de l’extrémité de ce conduit ; et les excréments contenus dans leur cavité ne diffèrent guère de ceux que renferme la cavité du colon et du rectum : ces excréments ne séjournent point dans le cloaque commun connue I urine et ce sédiment blanc qui se trouve plus ou moins abondamment partout où passe l’urine, et ils ont assez de consistance pour se mouler en sortant par l’anus.

Les parties de la génération se présentent dans les dindons à peu prés comme dans les autres gallinacés : mais, à l’égard de l'usage qu'ils en font, ils paraissent avoir beaucoup moins de puissance réelle^ les mâles étant moins ardents pour leurs femelles, moins prompts dans l'acte de la fécondation, et leurs approches étant beaucoup plus rares; et d’autre cèté les femelles pondent plus lard et bien plus rarement, du moins dans nos climats.

Comme les yeux des oiseaux sont, dans quebfues parties, organisés différemment de ceux de l'iioinme et des animaux quadrupèdes, je crois devoir indiquer ici ces principales différences. Outre les deux paupières supérieures et inférieures, les dindons, ainsi que la plupart des autres oiseaux, en ont encore une troisième, nommée paupière interne, membrana niclitans, qui se retire et se plisse en forme de croLssant dans le grand coin de l’œil, et dont les cillements fréquents et rapides s’exécutent par une mécanique musculaire curieuse : la paupière supérieure est presque entièrement immobile - mais l’inférieure est capable de fermer l'œil en .s’élevant vers la supérieure, ce

qui n’arrivc guère que lorsque l'animal dorl ou lorsqu’il ne vit plus : ces deux paupières ont cliacune un point lacrymal, et n’ont pas de rebords cartilagineux; la cornée transparente est environnée d’un cercle osseux composé de quinze pièces, plus ou moins, posées l’une sur l’autre en recouvrement, comme les tuiles ou les ardoises d’un couvert; le cristallin est plus dur que celui de l'homme, mais moins dur que celui des quadrupèdes et des poissons, sa plus grande courbure est en arriére; eniitt il sort du nerf optique, entre la rétine et la choroïde, une membrane noire de figure rombo'ide et com posée de fibres parallèles, laquelle traverse l'humeur vitrée, et va s’attacher quelquefois immédiatement par son angle antérieur, qucl<|uefois pur un filet qui part de cct angle, à la capsule du cristallin. C’est à cette membrane subtile et transparente que MM. les anatomistes de l’Académie des sciences ont donné le nom de bourse, quoiqu'elle n’en ait guère la Bgure dans le dindon, non plus que dans la poule, l’oie, le canard, le pigeon, etc. Son usage est, selon M. Petit, d’absorber les rayons de lumière qui partent des objets qui sont à côté de la tète, et qui entrent directement dans les yeux : mais, quoi qu’il en soit de cette idée, il est certain que l’organe de la vue est plus composé dans les oiseaux que dans les quadi upèdes; et, comme nous avons prouvé ailleurs que les oiseaux l’emportaient par ce sens sur les autres animaux, et que nous avons meme eu occasion de remarquer plus haut combien la poule d’Inde avait la vue perçante, on ne peut guère se refuser à cette conjecture si naturelle, que la supérioi ité de l’organe de la vue dans les oiseaux est due à la dift’ércnec de la structure de leurs yeux et à l'artifice particulier de leur organisation; conjecture très-vraisemblable, mais de laquelle néanmoins la valeur précise ne pourra être déterminée que par l’étude approfondie de l’anatomie comparée et de la mécanique animale.

Si l’on compare les témoignages des voyageurs, on ne peut s’empêcher de reconnaître que les dindons sont originaires d’Amérique cl des îles adjacentes, et qu’avant la découverte de ce nouveau continent ils n'existaient point dans l’ancien.

L. P. du Tertre remarque qu’ils sont dans les Antilles comme dans leur pays naturel, et que pourvu qu’on en ait un peu de soin, ils couvent trois ou quatre fois l’année : or. c'est une règle générale pour tous les animaux, qu’ils multiplient plus dans le climat qui leur est propre que partout ailleurs ; ils y deviennent aussi plus grands et plus forts, et c'est précisément ce que l’on observe dans les dindons d’Amérique. On en trouve une multitude prodigieuse chez les Illinois, disent les missionnaires jésuites; ils y vont par troupes de cent, quelquefois même de deux cents; ils sont beaucoup plus gros que ceux que l’on voit en France, cl pèsent jusqu’à trente-six livres ; Josselin dit jusqu’à soixante livres. Ils ne se trouvent pas en moindre quantité dans le Canada (où, selon le P. Théodat, récollet, les Sauvages les appelaient ondettoulaques), dans le Mexique, dans la Nouvelle-Angleterre, dans cette vaste contrée qu’arrose le Mississipi, cl chez les Brésiliens, où ils sont connus sous le nom de arignan-uossou. Le docteur Hans Sloane en a vu à la Jama'iquc. Il est à remarquer que dans presque tous ces pays les dindons sont dans l’état de sauvages, et qu’ils y fourmillent partout, à quelque distance néanmoins des habitations, comme s’ils ne cédaient le terrain que pied à pied aux colons européens.

Mais, si la plupart des voyageurs et témoins oculaires s’accordent à regarder cet oiseau comme naturel, appartenant en propre au continent de l’Amérique, surtout de l’Amérique septentrionale, ils ne s’accordent pas moins à déposer qu’il ne s’en trouve point ou que très-peu dans toute l’Asie.

Gcmelli Carreri nous aiiprend que non-seulement il n’y en a point aux

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