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Philippines, mais que ceux inèine que les Espagnols y avaieiU apportés de la Nouvelle-Espagne n’avaient pu y prospérer.
Le P. du Halde assure qu’on ne trouve à la Chine que ceux qui y ont été transportés d'ailleurs ; il est vrai que dans le même endroit, ce jésuite suppose qu'ils sont fort communs dans les Indes orientales; mais il paraît que ce n’est en elîet qu’une supposition fondée sur des ouï dire, au lieu qu'il était témoin oculaire de ce qu’il dit de la Chine.
Le P, de Bourzes, autrejésuite, raconte qu’il n'y en a point dans le royaume de Maduré, situé en la presqu'île en deçà du Gange; d'où il conclut avec raison que ce sont apparemment les Indes occidentales (jui ont donné leur nom à cet oiseau.
Dampier n’en a point vu non plus à Mindanao. Chardin et Tavernier, qui ont parcouru r.A.sie, disent positivement qu’il n’y a point de dindons dans tout ce vaste pays : selon le dernier de ces voyageurs, ce sont les Arméniens qui les ont portés en Perse où ils ont mal réussi; comme ce sont les Hollandais qui les ont portés à Batavia, où ils ont beaucoup mieux prospéré.
Enfin, Bosman et quelques autres voyageurs nous disent que, si l’on voit des dindons au pays de Congo, à la Côte-d’Or, au Sénégal et autres lieux de l'Afrique, ce n’est que dans les comptoirs et chez les étrangers, les naturels du pays en faisant peu d'usage; et, selon les mêmes voyageurs, il est visible que ces dindons sont provenus de ceux que les Portugais et autres Européens avaient apportés dans les commencements avec la volaille ordinaire.
Je ne dissimulerai pas qu’Aldrovandc, Gessncr, Belon et Kay ont prétendu que les dindons étaient originaires d'Afrique ou des Indes orientales; et, quoique leur sentiment soit peu suivi aujourd hui, je crois devoir à île si grands noms de ne point le rejeter sans quelque discussion.
Aldrovandea voulu prouver fort au long que les dindons étaient les véritables méléagrides des anciens, autrement les poules d Alrique on de Numidte. dont le plumage est couvert de taches rondes en tonne de gouttes (fjalltme nmnidivœ rjuUatœ) ; mais il est évident, et tout le monde convient aujourd'hui que ces poules africaines ne sont autre chose iiue nos pintades, qui en effet nous viennent d’Afrique, et sont trés-dilférentes des dindons. Ainsi, il serait inutile de discuter plus en détail celle opinion d'Aldrovamle, qui porte avec elle sa réfutation, et que néanmoins M. Linnaîus semble avoir voulu perpétuer ou renouveler en appliquant au dindon le nom de meleagris.
Bay, qui fait venir les dindons d’Afrique ou des Indes orient.iles, semble s'èire laissé tromper par les noms : celui d’oiseau de Numidic, qu i! adopte, suppose une origine africaine; et ceux de turkey et d’oiseau de Calicul, une origine asiatique : mais un nom n’est pas toujours une preuve, surtout un nom populaire appliqué par des gens peu instruits, et même un nom scientilîqueappliqué pardessavants qui ne sont pas toujours exempts de préjugés. D’ailleurs Kay lui-mème avoue, d’après Hans Sloane, que ces oiseaux se plaisent beaucoup dans les pays chauds de 1 Ameiique, et qu ils y multiplient prodigieusement.
A l’égard de Gessner, il dit, à la vérité, que la plupart des anciens, et entre autres Aristote et Pline, n’ont pas connu les dindons ; mais il prétend qu Elien les a eus en vue dans le passage suivant : In India gallinacei nascuntur maxinii; non rubram habent crislani, ut nostri, sed ita variam et floridam veluti coronam floribus contextam ; caudw pennas non inflexas habent, neque revolulas in orbem, sed lalas ; quas cutn non erigunl, ut pavanes trahunt : eorum pennæ smaragdi colorem ferunt. « Les Indes produisent de très-gros « coqs dont la crête n’est point rouge, comme celle des nôtres, mais de
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« couleurs variées, comme serait une couronne de fleurs; leur queue n’a pas « non plus de plumes recourbées en arc; lorscpi’ils ne la relèvent pas, ils la « portent comme des paons (c’est-à-dire liorizonlalement); leurs pennes sont « de la couleur de l’émeraude. » Mais je ne vois pas que ce passage soit applicable aux dindons.
1“ La grosseur de ces coqs ne prouve point que ee soient des dindons ; car on sait qu'il y a en e/Tet dans l’Asie, et notamment en Perse et au Pégu, de véritables coqs qui sont très-gros.
2® Celte crête, de couleurs variées, suflirait seule pour exclure les dindons, qui n'eurent jamais de crête ; car il s’agit ici, non d’une aigrette de plumes, mais d une crête véritable, analogue à celle du coq, quoique de couleur difl’êrente.
5" Le port de la queue, semblable à celui du paon, ne prouve rien non plus, parcequ’Elien dit positivement que l’oiseau dont il s’agit porte sa queue comme le paon, lorsqu'il ne la relève point; et s'il l’eût relevée comme le paon en faisant la roue, Élien n’aurait pu oublier de faire mention d'un caractère aussi singulier et d'un trait de ressenddauce si marqué avec le paon, auquel il le comparait dans ce moment même.
4» Enfin, les pennes couleur d’émeraude ne sont rien moins que suffisantes pour déterminer ici l’espèce des dindons, bien que quel(|ues-unes de leurs plumes aient des reflets smaragdins; car on sait que le plumage de plusieurs autres oiseaux a la même couleur et les mêmes reflets.
Reion ne me parait pas mieux fondé que Gessncr à retrouver les dindons dans les ouvrages des anciens. Columelle avait dit dans son livre De ue rijs- TicA : Africana est meleagridi similis, nisi quod rulilam galeam et cristam capite gerit, quæ utraque in melcagride sunt ccerulen. v La poule d'Afrique res- « semble à la méléagride, excepté qu’elle a la crête et le casque rouges, ru~ « tila, au lieu que ces mêmes parties sont bleues dans la méléagride. r Reion a pris cette africaine pour la pintade, et la méléagride pour le dindon : mais il est évident, par le passage même, que Columelle parle ici de deux variétés <le la même espèce, puisque les deux oiseaux dont il s’agit SC ressemblent de tout point, excepté par la couleur, laquelle est en elï'el sujette à varier dans la même espèce, et notamment dans celle de la pintade, où les mâles ont les appendices membraneux qui leur pendent aux deux côtés îles joues, de couleur bleue, tondis que les femelles ont ces mêmes appendices de couleur rouge. D'ailleurs, comment supposer que Columelle, ayant à désigner deux espèces aussi dilTérentes que celles de la pintade et du dindon, se fût contenté de les distinguer par une variété aussi superficielle que celle de la couleur d une petite partie, au lieu d’employer des caractères tranchés qui lui sautaient aux yeux?
C’est donc mal à propos que Rclon a cru pouvoir s’appuyer de l'autorité de Columelle pour donner aux dindons une origine africaine ; et ee n’est pas avec plus de succès qu'il a elierciié à .se prévaloir du passage suivant de Pioléméc, pour leur donner uné origine asiatique. Triglypkon regio in qua gain gallinacei barbati esse dicuntur. Cette iriglipbe est en elfet située dans la presqu’ile au delà du Gange; mais on n'a aucune raison de croire que ces coqs barbus soient des dindons : car, 1" il n’y a pas jusqu'à l'existence de ces coqs qui ne .soit incertaine, puisqu’elle n’est alléguée que sur la foi d'un on dit (dicuntur)-, 2® on ne peut donner aux dindons le nom île coqs barbus, comme je l'ai dit plus haut, ce mot de barbe appliqué à un oiseau ne pouvant signifier qu’une toufl'e de plumes ou de poils placés sous le bec, et non ce bouquet de crins durs que les dindons ont au bas du cou; 5" Ptolémée était astronome et géographe, mais point du tout naturaliste; et il est
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visible qu’il eliercbait à jeler quel(|iie intérêt dans ses tables géographiques, en y mêlant sans beaucoup de criti(|ne les singularités de chaque pays; dans la même page où il fait mention de ces coqs barbus, il parle des trois îles des Satyres, dont les habitants avaient des queues, et de certaines îles Manioles, au nombre de dix, situées à peu près dans le même climat, où l'aimant abonde au point que l'on n'ose y employer le fer dans la construction des navires, de peur qu'ils ne soient attirés cl retenus par la force magnélique; mais ces queues humaines, (juoique attestées par des voyageurs et par les missionnaires jésuites, selon Gemelli Carreri. sont au moins fort douteuses ; ces montagnes d'aimant, ou plutôt leurs effets sur la ferrure des vaisseaux, ne le sont pas moins; et l’on ne fieul guère compter sur des faits qui se trouvent mêlés avec de pareilles incertitudes; 4° enfin, Ptolémée, à 1 endroit cité, parle positivement des coqs ordinaires ((laUi fj/alUnacei), qui ne peuvent être confondus avec les coqs d'Inde, ni pour la forme extérieure, ni pour le plumage, ni pour le chant, ni pour les habitudes naturelles, ni pour la couleur des œufs, ni pour le temps de rincubation, etc. Il est vrai que Sealiger, tout en avouant que la méléagride d’Athénée, ou plutôt du (Aytus, citée par Athénée, était un oiseau d Etolie, aimant les lieux aquatiques, peu attaché à sa couvée, et dont la chair sentait le marécage; tous caractères qui ne conviennent point au dindon, (|ui ne se trouve point en Etolie, fuit les lieux aquatiques, a le plus grand attachement pour ses petits, et la chair de bon goût; il n’en prétend pas moins que la méléagride est un dindim : mais les anatomistes de l’Acadéniie des scii nces, qui d'abord étaient du meme avis lorsqu’ils firctit la description du coq indien, ayant examiné les choses de plus près, ont reconnu et prouvé ailleurs que la pintade était la vraie méléagride des anciens ; en sorte qu’il doit demeurer pour constant qu’A thénée ou Clytus, Elien, Columelle et Ptolémée, n’ont pas plus parlé des dindons qu’Aristote et Pline, et que ces oiseaux ont été inconnus aux anciens.
Nous ne voyons pas même qu'il en soit fait mention dans aucun ouvrage moderne, écrit avant la découverte de l’Amérique. Une tradition populaire fixe dans le seizième siècle, sous François 1", l'époque de leur première apparition en France ; car c'est dans ce temps que vivait l'amiral Chabot. Les auteurs de la Zoologie brilannique avancent, comme un fait notoire, qu'ils ont été apportés eu Angleterre sous le règne de Henri VIII, contemporain de François 1"; ce qui s’accorde très-bien avec notre sentiment : car l'Amérique ayant été découverte par Christophe Colomb, sur la fin du quinzième siècle, et les rois F'rançois 1'"' et Henri VIH étant montés sur le trône au commencement du seizième siècle, il est tout itaturel que ces oiseaux apportés d’Amérique aient été introduits comme nouveautés, soit en France, soit en Angleterre, sous le règne de ces princes; et cela est confirmé par le témoignage précis de ,J. Sperling, qui écrivait avant IGGO, et (|tii assure expressétnent qu'ils avaient été transportés des nouvelles Indes en Europe, plus d'un siècle auparavant.
Tout coticourt donc à prouver (|ue l’Amérique est le pays natal des dindons; et, cotntne ces sortes d’oiseaux sont pesants, qu'ils n'ont pas le vol élevé et qu’ils ne nagent point, ils n'ont pu en aucune manière traverser l’espace qui sépare les deux continents, pour aborder en Afrique, en Europe ou en Asie : ils se trouvent donc dans le cas des quadrupèdes, qui, n’ayant pu sans le secours de l'homme passer d’un continent à l'autre, appartiennent exclusivetnent à l un des deux; et cette considération donne une nouvelle force au •témoignage de tant de voyageurs, qui assurent n’avoir jamais vu de dindons sauvages, soit en Asie, soit en Afrique, et n’y en avoir vu de doinesliques que ceux qui y avaient été apportés d’ailleurs.
mSTOlUE iNATlJKELLE
Cette déterniination du pays naturel des dindons iiillue beaucoup sitr la solution (J une autre question, qui, au premier coup d’mil, ne semble pas v avoii (le rapport. J. Sperling, dans sa Zuoloejia phi/sica, page Ô69, prétend que le dindon est un monstre (il aurait dû dire un mulet), provenant du mélangé de deux espèces, celle du paon et du coq ordinaire : mais s’il est bien prouve, comme je le crois, que les dindons soient d'origine américaine, Il nest pas possible qu'ils aient été produits par le mélange de deux espèces aMaiiques, telles que le coq et le paon ; et, ce qui achève lïe démontrer (|u'en ctlet cela nest pas, c est ijiie, dans toute l’Asie, on ne trouve poi.it de dindons sauvages, tandis qu'ils fourmillent en Amérique. iMais, dira-t-on, que signdie donc ce nom de gallu-pavus (coq-paon), si anciennement applique au dindon i Rien de plus simple : le dimlon était un oiseau étranger, qui n avait point de nom dans nos langues européennes; ei, comme on lui a trouve des rapports assez marqués avec le coq et le paon, on a voulu indi quer ces rapports par le nom composé de gallo-pavus, d'apres lequel Sperling et (quelques autres auront cru (|ue le dindon était réellement le produit du mélangé de 1 espt'ce du paon avec celle du coq, tandis quil n’y avait que les noms de meles; tant il est dangereux de conclure du mot à la chose! tant il est important de iie point appliipier aux animaux de ces noms composés qui sont presque loujours susceptibles d’éqiiivociues !
M. Edwards parle d’uii autre mulet (|u'il dit être le mélange de l'espèce du dindon avec celle du faisan : l’individu sur lei|uel il a fait sa description avait etc tué d’un coup de fusil, dans les bois voisins de Ifandfoi d, dans la province de Dorset, où il fut aperçu au mois d'octobre t7b9. avec deux ou trois autres oiseaux de la même espèce, il était en effet d’une grosseur moyenne entre le faisan et le dindon, ayant trente-deux pouces de vol; une petite aigrette de plumes noires assez longues s’élevait sur la base du bec supciieur ; la tète n était point nue comme celle du dindon, mais couverte de petites plumes fort courtes; les yeux étaient entourés d'un cercle de peau rouge , mais moins large (pie dans le faisan. On ne dit point si cet oiseau relevait les grandes plumes de la queue pour faire la roue; il parait seulenient, par la ligure, qu’il la portait ordinairement comme la porte le dindon lorsqu il est tranquille. Au reste, il est à remarr|uer qu’il n'avait la (|ueue composée f|ue de seize plumes, comme celle du coij de bruyère, tandis que celle des dindons et des faisans en a dix-huit : d’ailleurs chacpie plume du corps était double, sur une même racine; l’une, ferme et plus grande ; l’autre, petite et duvetée; caractère qui ne convient ni au fidsan, ni au dindon, mais bien au coq de bruyère et au coq commun. Si cependant l'oiseau dont il s’agit lirait son origine du mélange du faisan avec le dindon, il semble qu'on aurait dû retrouver en lui, comme dans les autres mulets, premièrement, les caractères communs aux deux espèces primitives; en second lieu, des qualités moyennes entre leurs (pialiiés opposées ; ce qui n’a point lieu ici, puisque le prétendu mulet do iM. Edwards avait des caractères qui manquaient absolument aux deux espèces primitives (les (dûmes doubles), et qu'il manquait d’autres caractères qui se trouvaient dans ces deux especes (les dix-huit plumes de la queue) ; et si l’on votdait absolument une espèce métisse, il y aurait plus de fondement à croire qu’elle dérive du mélamm du coq de bruyère et du dindon, (jui, comme je l’ai remartpié, n'a que seize pennes à la queue, et (|ui a des plumes doubles comme notre prétendu mulet.
Les dindons sauvages ne différent des domesiiipies qu’en ce ipi’ils sont beaucoup plus gros et plus noirs ; du reste, ils ont les mêmes mœurs, les mêmes habitudes naturelles, la même stupidité ; ils se perchent dans les