‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 91 sur 525 · LA PINTADE · texte numérisé non relu

LA PINTADE

(la pintade commune.)

Ordre des gallinacés, genre pintade. (Cuvier.)

Il ne faut pas confondre la pintade avec le pintado, comme a fait M. Ray, du moins ave le pintado dont parle Dampier, lequel est un oiseau de mer, de la grosseur d’un canard, ayant les ailes fort longues, et qui rase la surface de l’eau en volant; tous caractères fort étrangers à la pintade, qui est un oiseau terrestre, à ailes courtes, et dont le vol est fort pesant.

Celle-ci a été connue et très-bien désignée par les anciens. Aristote n’en parle qu’une seule fois dans tous ses ouvrages sur les animaux; il la nomme méleagride, et dit que ses œufs sont marquetés de petites taches.

Varron en fait mention sous le nom de poule d'Afrique : c’est, selon lui, un oiseau de grande taille, à plumage varié, dont le dos est rond, et qui était fort rare à Rome.

Pline dit les mêmes choses que Varron, et semble n’avoir fait que le copier; à moins qu’on ne veuille attribuer la ressemblance des descriptions à l'identité de l'objet décrit : il répète aussi ce qu’Aristote avait dit de la couleur des œufs; et il ajoute que les pintades de Numulie étaient les plus estimées, d’où on a donné à l’espèce le nom de poule nunn'diquc par excellence.

Columellc en reconnaissait de deux sortes qui se ressemblaient en tout point, excepté que l’une avait les barbillons bleus, et que l’autre les avait rouges; et cette différence avait paru assez considérable aux anciens pour constituer deux espèces ou races désignées par deux noms distincts : ils appelaient méleagride la poule aux barbillons rouges, et poule africaine celle aux barbillons bleus, n’ayant pas observé ces oiseaux d’assez près pour s’apercevoir que la première était la femelle, et la seconde le mâle d’une seule et même espèce, comme l’ont remarqué MM. de l’Académie.

Quoi qu’il en soit, il paraît que la pintade, élevée autrefois à Rome avec

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lanl de soin, sciait perdue en Europe, puisqu’on non relrouve plus aucune trace citez les écrivains du moyen âge, et qu’on n’a recommencé à en parler que depuis que les Européens ont /'réquenté les côtes occidentales de l'Afrique, en allant aux Indes par le cap de Bonne-Espérance : non-seuletncnl ils I ont répandue en Europe, mais ils l'ont encore transportée en Amérique ; et cet oiseau ayant éprouvé diverses altérations dans ses qualités exiérieures par les inlluences des divers climats, il ne faut pas s’étonner si les modernes, soit naturalistes, soit voyageurs, en ont encore plus multiplié les races que les anciens.

Frisch distingue, comme Columelle, la pintade à barbillons rouges de celle à barbillons bleus; mais il reconnaît entre elles plusieurs autres différences : selon lui, cette dernière, qui ne se trouve guère qu’en Italie, n'est point bonne à manger : elle est plus petite; elle se tient volontiers dans les endroits marécageux, et prend peu de soin de ses petits. Ces deux derniers traits se retrouvent dans la inéléagride de Clytus de Milet. « On les tient, « dit -il, dans un lien a(|uali(|uc, et elles montrent si peu d’attacbement pour « leurs petits, que les prêtres commis à leur garde sont obligés de |)rendre « soin de la couvée. » Mais il .ajoute que leur grosseur est celle d’une poide de belle race. Il parait aussi, par un passage de Pline, que ce naturaliste regardait la méléagride comme un oiseau aquatique : celle à barbillons rouges est au contraire, selon M. Frisch, plus grosse (lu’un faisan, se plaît dans les lieux secs, élève soigneusement scs petits, etc.

Dnmpicr assure que tians l'ile de iMay, l'une de celles du cap Vert, il y a des pintades dont la chair est extraordinairement blanche, d’autres dont la chair est noire, et que toutes l’ont tendre et délicate : le F. Labaten dit autant. Cette différence, si elle est vrai, me paraîtrait d'autant plus considérable, qu’elle ne pourrait être attribuée au changement de climat, puisque dans cette ile,qui avoisine l’Africpie, les pintades sont comme dans leur pays natal; à moins qu'on ne veuille dire que les mêmes causes particulières, qui teignent en noir la peau et le périoste de la plupart des oiseaux des îles de Sant-Iago, voisine de l’ile de .May, noircissent aussi dans cette dernière la chair des pintades.

Le P. Charlevoix prétend qu'il yen a une espèce à Saint-Domingue, plus petite que I espèce ordinaire ; mais ce sont apparemment ces pintades marrones, [novenant de celles qui y furent transportées par les Castillans, peu après la conquête de file : cette race étant devenue sauvage, et s’étatitcomme naturalisée dans le pajs, aura éprouvé rinfluencc naturelle de ce climat, laquelle tend à affaiblir, amoindrir, détériorer les espèces, comme je l’ai fait voir ailleurs; et, ce qui est digne de remarque, c’est que cette race originaire de (îuinée, cl qui, transportée en Amérique, y avait subi l’état de donx'sticité, n’a pu dans la suite être ramenée à cet état, et que les colons de Saint-Domingue ont étéobligésd’en faire venir de moins farouches d’Afrique pour les élever et les multiplier ilans les basses-cours. Est-ce pour avoir vécu dans un pays plus désert, plus agreste, et dont les habitants étaient sauvages, que ces pintades marrones sont devenues plus sauvages elles-mêmes ? Ou ne serait-ce pas aussi pour avoir été effarouchées par les chasseurs européens et surtout par les Français, qui en ont détruit un grand nombre, selon le P. .Margat, jésuite ?

Maregrave en a vu de huppées qui venaient de Sierra-Leone, et qui avaient autour du cou une espèce de collier membraneux, d’un cendré bleuâtre; et c’est encore ici une de ces variétés que j’appelle primitives, et qui méritent d autant plus d'attention, qu'elles sont antérieures à tout changement de climat.

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Le jésuile Margat, qui n adinet point dcclitFércncespéei(ii|ue entre la poule africaine et la méléagride des anciens, dit <|u’il y en a de deux couleurs à Saint-Domifigue, les unes ayant des tacites noires et blanches disposées par compartiments en forme de rhomboïdes, et les autres étant d’un gris plus cendré : il ajoute qu’elles ont toutes du blanc sous le ventre, au-dessous et aux extrémités des ailes.

Enfin, iM. Brisson regarde comme une variété constante la blancheur du plumage de la poitrine, observée sur les pintades de la Jamaïque, et en a fait une race distincte, caractérisée par cet attribut, (|ui, comme nous venons de le voir, n'appartient pas moins aux pintades de Saint Domingue qu’à celles de la Jamtiïquc.

Mais, indépendamment des dissemblances qui ont paru suffisantes aux naturalistes pour admettre plusieurs races de pintades, j'en trouve beaucoup d’autres, en comparant les descriptions et les figures publiées par différents auteurs, lesquelles indiquent assez peu de fermeté, soit dans le moule intérieur de cet oiseau, soit dans l'empreinte de sa forme extérieure, et une très grande disposition à recevoir les influences du dehors.

I.a pintade de Eriseh et de (pielques auteurs a le easque et les pieds blanchâtres, le front, le tour des yeux, les côtés de la tète et du cou, dans sa partie supérieure, blancs, marquetés de gris cendré; celle de Eriseh a de plus, sous la gorge, une tache ronge en forme île croissant, plus bas un collier noir fort large, les soies ou filets de ï'occiput en petit nondire, et pas une seule penne blanche aux ailes; ce qui fuit autant de variétés par lesquelle les pintades de ces auteurs diffèrent de la nôtre.

Celle de Maregrave avait de plus le bec jaune; celle de M. Brisson I avait rouge à la base, et de couleur de corne vers le bout, MM. de I Académie ont trouvé à quelques-unes une petite huppe à la base du bec, composé de douze ou quinze soies ou filets raides, longs de quatre lignes, laquelle ne. se retrouve que dans celle de Sierra-Leone, dont j ai parlé plus haut.

Le docteur Cai dit que la femelle a la tète toute noire, et que c’est la seule différence qui la distingue du mâle.

Aldrovande prétend au contraire (jue la tète de la femelle a les mêmes couleurs que celle du mâle, mais que son casque est seulement moins élevé et plus obtus.

Uoberts assure qu’elle n'a pas même de casque.

Dampier et Labat disent qu'on ne lui voit point ces barbillons rouges et ces caroncules de même couleur, qui, dans le mâle, bordent l’ouverture des narines.

M. Barrère dit que tout cela est plus pâle que dans le mâle, et que les soies de Vocciput sont plus rares et telles apparemment (ju'elles paraissent dans la planche 126 de EVisch.

Enfin, MM.de l’Académie ont trouvé dans quelques individus ces soies ou filets de Vocciput élevés d'un pouce, en sorte qu’ils formaient comme une pe tile liuppe derrière la tête.

]| serait difficile de démêler parmi toutes ces variétés celles qui sont assez profondes et, pour ainsi dire, assez fixes pour constituer des races distinctes; et comme on peut douter qu elles ne soient toutes fort récentes, il serait peut-être plus raisonnable de les regarder comme des effets qui s’opèrent encore journellement par la domesticité, par le changement de climat, par la nature des aliments, etc., et de ne les employer dans la description que pour assigner les limites des variations auxquelles sont sujettes certaines qualités de la pintade; et, pour remonter autant qu'il est possible aux causes qui les ont produites, jusqu’à ce que ces variétés, ayant subi l’épreuve du temps, et

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ayant pris la consistance dont elles sont susceptibles, puissent servir de caractères à des races réellement distinctes.

La pintade a un trait marqué de ressendtiance avec le dindon ; c’est de n'avoir point de plumes à la tête cl à la partie supérieure du cou ; et cela a donné lieu à plusieurs ornithologisies, tels que Belon, Gessner, Aldrovandc et Klein, de prendre le dindon pour la méléagride des anciens : mais, outre les différences nombreuses et tranebées <]ui se trouvent, soit entre ces deux espèces, soit entre ce que l’on voit dans le dindon et ce que les anciens ont dit de la méléagride, il suiïit, pour mettre en évidence la fausseté de celte conjecture, de se rappeler les preuves par lesquelles j'ai établi, à rariicle du dindon, que cet oiseau est propre et particulier à l’Amérique, qu’il vole pesamment, ne nage point du tout, et que jtar conséquent il n’a pu franchir la vaste étendue de mer qui sépare l’Amérique de notre continent ; d’où il suit qu’avant la découverte de l’Amérique il était eiilièrement inconnu dans notre continent, et (luc les anciens n ont pu en parler sous le nom de méléagridc.

Il paraît que c'est aussi par erreur que le nom de ktior-haan s’est glissé dans la liste des noms de la pintade, donnée par M. Brisson. citant Kolbe. .le ne nie pasquela figure par laquelle \cknor-haana été désigné dans le Voyage de Colbe n’ait été faite d'après celle de la poule africaine de Maregrave. comme le dit IM. Bris.son : mais il avouera aussi qu’il est dilTicile de reconnaître, dans un oiseau pro|)re au cap de Bonne-Espérance, In pintade qui est répandue dans toute l’Afrique, mais moins au Cap que partout ailleurs; et qu’il est encore plus dillicilc d’adapter à celle-ci ce bec court et noir, cette couronne de plumes, ce rouge mêlé dans les couleurs des ailes et du corps, et celle ponte de deux œufs seulement que Kolbe attribue à son knorliaan.

Le plumage de la pintade, sans avoir des couleurs riches et éclatantes, est cependant très-distingué : c’est un fond gris bleuâtre plus ou moins foncé, sur lequel sont semées assez régulièrement des taches blanches plus ou moins rondes, représentant assez bien des perles; d’où quelques modernes ont donné .à cet oiseau le nom de poules perlées, et les anciens ceux de varia et de fjultala : tel était du moins le plumage de la pintade dans son climat natal ; mais depuis qu’elle a été transportée dans d’autres régions, elle a pris plus de blanc, témoin les pintades à poitrine blanche de la Jamaïque et de Saint-Domingue, et ces pintades parfaitement blanches dont parle M. Edwards : en sorte que la blancheur de la poitrine, dont M. Brisson a fait le caractère de variété, n’est qu’une altération commencée de la couleur naturelle, ou plutôt n’est que le passage de cette couleur à la blancheur parfaite.

Les plumes île la partie moyenne du cou sont fort courtes à l endroit qui joint sa partie siqiérieure, où il n’y en a point du tout ; puis elles vont toujours croissant de longueur jusqu'à la poitrine où elles ont près de trois pouces.

Ces plumes sont duvetées depuis leur racine jusqu'à environ la moitié de leur longueur; et cette partie duvetée est recouverte par l'extrémité des plutnes du rang précédent, laquelle est composée de barbes fermes et accrochées les unes aux autres.

l.a pintade a les ailes courtes et la queue pendante, comme la perdrix; ce qui, joint à la disposition de scs plumes, la fait paraître bossue [genus gibbosum, Pline); mais cette bosse n’est qu’une fausse apparence, et il n’en reste plus aucun vestige lorsque l’oiseau est plumé.

Sa grosseur est à peu près celle de la poule commune ; mais elle a la forme de la perdrix, d’où lui est venu le nom de perdrix de Terre-Neuve;

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