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do deux ans. « En faisant nettoyer un canal, je renianiuai, dit-il, que <• tout le fond était connue tapissé d’un tissu fort serré de filets pier- « reux, dont les plus gros n’avaient que deux lignes de diamètre et qui « se croisaient en tous sens, l^es filets élaient de véritables tuyaux <1 moulés sur des racines d’ormes fort menues ([ui s’y étaient desséchées « et qu’on pou\ait aisément en tirer. La couleur de ces tuyaux était «grise, et leurs parois qui avaient un peu plus d’un tiers de ligne « d’épaisseur, étaient assez fortes pour résister sans se briser à la pres- « sion des doigts. A ces marques, je ne pus méconnaître l’osléocolo, mais « je ne pus aussi m’empèclier d’étre étonné du peu de temps (|u’elle «avait mis à se former; car ce canal n’était construit que depuis « en\'iron deux ans et demi, et cerlainement les racines qui avaient « sei‘\ i de noyaux à l’ostéocole étaient de plus nouvelle date » Nous avons d’autres exemples d'incrustations qui se font encore en moins de temps, dans de certaines circonstances. Il est dit dans l’Histoire de l’Acadcmie des Sciences* **, que ^I, de la Chapelle avait apporté une pétrification fort épaisse, tirée de l’aqueduc d’Arcueil, et qu’il avait appris des ou^■riers (|ue ces pétrifications ou incrustations se font par lits chatiue année; que pendant l’bivcr il ne s’en fait point, mais seulement pendant l’été ; et que, quand l’Iiivcr a été très-pluvieux et abondant en neiges, les pétrifications qui se forment pendant l’été suivant sont quelquefois d’un pied d’épaisseur. Ce fait est peut-être exagéré; mais au moins on est sûr que souvent en une seule année ces dépôts piei’renx sont de plus d’un ponce ou deux : on en trouve un exemple dans la meme Histoire de l’Académie ***. Le ruisseau de Craie près de Besançon, enduit d’une incrustation pierreuse les tuyaux de bois de sapin où l’on fait passer son eau pour l’usage de quelques forges; il forme dans leur intéiieur en deux ans d’autres tuyaux d’une pierre compacte d’environ un pouce et demi d’épaisseur. M. du Luc dit qu’on voit dans le Valais des eaux aussi claires qu’il soit psssible, et qui ne laissent pas de former de tels amas de tuf, qu’il en résulte des saillies considérables sur les faces des montagnes ****, etc.
Les stalactites, quoi(iue de même nature (jue les incrustations et les tufs, sont seulement moins impures et se forment plus lentement. On leur a donné différents noms suivant leurs différentes formes; mais RI. Guettard dit avec raison que les slalactiles, soit en forme pyramidale ou cylindrique ou en tubes, peuvent être regardées comme une même sorte de concrétion *****, H parle d’une concrétion en très-grande masse qu’il a observée aux environs de Crégi, village peu éloigné de
* Histoire de l’Aeadémie des Sciences, année 1701, page âf.
** Idem, année 1715, p. 25.
*** Année 1720, page 25.
Lettres à la reine d’Angleterre, page 17.
iu,;nnoires lie t’Acadéinio des Sciences, année 175'f, page 17,
HISTOIHE NATURELLE
Meaux, qui s’est fornice par le dépôt de l’eau d’une fontaine voisine, et dans laquelle on trouve i‘enfcrinés des mousses, des chiendents et d’autres plantes qui forinent des milliers de j)eliles ramifications, dont les branches sont ordinairement creuses, parce que ces plantes se sont à la longue pourries et entièrement détruites *. 11 cite aussi les incrustations en forme de planches de sapin qui se trouvent aux environs de Besançon. « Lorsqu’on voit pour la première fois, dit cet académicien, « un morceau de ce dépôt pierreux, il n’y a personne qui ne le prenne
« d’abord pour une planche de sapin pétrifiée Rien en effet n’est
)( plus propre à faire prendre cette idée que ces espèces de planches, ■c Une de leurs surfaces est striée de longues fibres longitudinales et « parallèles, comme peuvent être celles des planches de sapin : la con- « linuité de ces fibres est quelquefois interrompue par des espèces de K nœuds semblables à ceux qui se voient dans ce bois : ces nœuds sont « de différentes grosseurs et figures. L’autre surface de ces planches « est en quelque sorte ondée à peu près comme sei’ait une planche de « sapin mal polie. Uette grande ressemblance s’évanouit cciiendant lors- II qu’on vient à examiner ces sortes de [)lanehes. On s’aperçoit aisé- « ment alors qu’elles ne font \oir que ce qu’on remarquerait sur des « morceaux de plâtre ou de quelque pâte qu'on aurait étendue sur une « planche de sapin... On s’assure facilement dès lors que ces planches Il pierreuses ne sont qu’un dépôt fait sur des planches de ce bois; et si IC on les casse, on le reconnaît encore mieux, parce que les stries de la IC surface ne se continuent pas dans rintériciir **. »
M. Guettard cite encore un autre dépôt pierreux qui se fait dans les bassins du château d’Issy près Paris; ce dépôt contient dos groupes de j)lantes vertidUées tout incrustées. Ces plantes, telles que la girondole d’eau, sont tièscommunes dans toutes les eaux dormantes; la quantité de ces plantes fait que les branches des différenls pieds s’enti-elacent les uns avec les autres; et lorsqu'elles sont chargées du dépôt pierreux, elles forment des grou])es que l’on pourrait prendre pour des plantes jiierreuses ou des plantes marines semblables à celles qu’on aj)polle coralines.
Par ce grand nombre d’exemples, on voit que l’incrustation est le moyen aussi simple que général, par lequel la nature conserve pour ainsi dire à perpétuité les empreintes de tous les corps sujets à la destruction; ces empreintes sont d’autant plus exactes et fidèles, quota pâle qui les reçoit est plus fine : l’eau la plus claire et la jdus limpide ne laisse pas d’être souvent chargée d’une très-grande quantité de molécules pierreuses qu’elle lient en dissolution; et ces molécules, qui sont d’une extrême ténuité, se moulent si parfaitement sur les corps les plus
* Mémoires de rAcademie des Sciences, année 17nÆ, page 38 et suiv.
** Mémoires de l’Académie des Sciences, année page 151 ot sniv.
délicats, qu'elles en représentent les traits les plus déliés. L’art a inènio trouvé le moyen d’imiter en ceci la nature : on fait des cachets, des reliefs, des figures parfaitement achevées, en exposant des moules au jaillissement d’une eau chargée de cette matière pierreuse * ; et l’oii peut aussi faire des pétrilicalions arliQcielles, en tenant longtemps dans celte eau des corps de toute espece : ceux qui seront spongieux ou poreux recevront l’incrustation tant au dehors qu’en dedans, et si la substance animale ou végétale qui sert de moule vient a pourrir, la concrétion qui reste parait être une vraie pétrification, c’est-à-dire le corps môme qui s’est pétrifié, tandis qu’il n’a été qu’incrusté à l’intérieur comme à l’extérieur.