‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 17 sur 54 · DU MARBRE · texte numérisé non relu

DU MARBRE

Le marbre estime pierre calcairedure et d’un grainfin, souvent colorée et toujours susceptible de poli. Il y a, comme dans les autres pieries calcaires, des marbres de première, de seconde et peut-êlre de troisième formation. Ce que nous avons dit au sujet des carrières parasites, suffit pour donner une juste idée de la composition des pierres ou des marbres que ces carrières renferment : mais les anciens marbres ne sont pas composés, comme les nouveaux, de simples pai licules pierreuses réduites par l’eau en molécules plus ou moins fines; ils sont foimés, comme les autres i)iei‘res anciennes, de débris de pierres encore plus anciennes, et la pliq)art sont mêlés de coijuilhis et d’autres productions de la mer. Tous sont posés par bancs horizontaux ou parallèlement inclinés, et ils ne diffèrent des autres i)ierres calcaires (pie par les couleurs; car il y a de ces pierres qui sont presque aussi dures, aussi denses et d’un grain aussi fin que les marbres, et auxquelles néanmoins on ne

* C’est aux bains de S. Filippo, sur le penebant de la montagne de S. Flora, près de Sienne, que M. le doclcur Leonaj’do Vegni a établi sa singulière manufacture d impressions de médailles et de bas-reliefs, formés par la poudre calcaire que déposeiil ces eaux ; pour cola, il les fait tomber d'assez baut sur des luttes de bois placées en travers sur un grand cuveau ; 1 eau, par celte chute , rejaillit en gouttes contre les parois de la cuve , auxquelles sont altacbés les modèles et les médailles; et en peu de temps on les voit couverts d’une incrustation très-fine et très-compacte... On peut même colorer ce sédiment pierreu.\ en rouge, eu faisant filtrer 1 eau qui doit le déposer à travers du bois de Fcrnaïubouc : il faut que celte m.atière soit bien abondante dans les eaux , puisqu’on assure qu’on a déjà fait , par ce moyen , des bustes entiers, et que M. le docteur Vegni espère réussir à en faire des statues massives de grandeur humaine. Voyez la note de M. le baron de Diétricb, page D74 des Lettres de M. Fei'ber.

HISTOIRE NATURELLE

donne pas le nom île morbrcx, (larce qu’elles sont sans eouleiii’ décidée, ou plutôt sans diversité de couleurs. Au reste, les couleurs, quoi(|ue Irés-lorles ou très-foncées dans certains marbres, n’en changent point du tout la nature; elles n’en augmentent sensiblement ni la dureté, ni la densité, et n’empècbent pas qu’ils ne se calcinent et se convertissent en chaux, au même degré de feu que les autres pierres dures. I.,es pierres à grain tin et que l’on peut polir font la nuance entre les pierres communes et les maritres qui tous sont de la même nature que la pierre, puisque tous font effervescence avec les acides, que tous ont la cassure grenue, et (|ue, tous peuvent se réduire en chaux, .le dis tous, parce que je n’enleuds parler ici que des marbres purs, c’est-à-dire de ceux qui ne sont com|)osés ipie de matière calcaire sans mélange d’argile, de schiste, de lave ou d’autre matiéie vitreuse; car ceux qui sont mêlés d’une grande ipianlilé de ces substances hctéiogènes ne sont pas de vi-ais marbres, mais des pierres mi-parties, qu’on doit considérer à part.

Les bancs des marbres anciens ont été formés comme les autres bancs calcaires, par le mouvement et le dépôt des eaux de la mer, qui a IranspoiTé les coquilles et les matières pierreuses réduites en petits volumes, en graviers, en galets et les a stratifiées les unes snr les antres, et il parait (|ue l’établissement local de la jilupart de ces bancs de marbi*e d’ancienne formation a précédé celui des autres bancs de pierre calcaire, parce qu’on les trouve ])i*esque toujours au-dessous de ces mêmes bancs, et que dans une colline compo.sée de vingt ou trente bancs de pierre, il n’y a d’ordinaire que deux ou trois bancs de marbre, souvent un seul, toujours situé au-dessous des autres, à peu de distance de la glaise qui sert de base à la colline; en sorte que communément le banc de marbre porte immédiatement sur cette argile, ou n’en est séparé que par un dernier banc qui parait être l’égout de tous les autres, et qui est mêlé de marbre, de |)yi iles et de cristallisations spatliiques d’un assez grand volume.

Ainsi par leur situation au-dessous des autres bancs de pierre calcaire, les bancs de ces anciens marbres ont reçu les couleurs et les sucs pétrifiants dont l’eau se charge toujours en pénétrant d’abord la terre végétale, et ensuite tous les bancs de pierre qui se trouvent entre cette terre et le banc de marbre; et l’on peut distinguer par |)lusicurs caractères ces marbres d’ancienne formation : les uns portent des empreintes de coquilles dont on voit la forme et les stries; d’autres comme les hmcu'-helles paraissent composés de petites coquilles de la ligure des limaçons; d’autres coiitiennenl des bélemnites, des orthocératites, des asiroïtes. des fragments de madrépores, etc. Tous ces marbres qui présentent des impressions de coquilles sont moins communs que ceux ipi’on apiielle hrkhes, qui n’offrent que peu ou point de ces productions marines, et qui sont composés de galets et de graviers arrondis, liés ensemble par un ciment pierreux, de sorte qu’ils s’ébréchent eu les cassant, et c’est de là qu'on les a nommés brkhen.

On peut donc diviser en deux classes ces marbres d’ancienne formation. La première comprend tous ceux auxquels on a donné ce nom de l)rèches; et l’on pourrait appeler marbres coquilleux ceux de la seconde classe. Les uns et les autres ont des veines de spath, <iui cependant sont plus fréquentes et plus apparentes dans les mai'hres co(juillenx que dans les brèches, et ces veines se sont formées lorsque la matière de ces marbres, encore molle, s’est entr’ouverte i)ar le dessèchement; les fentes se sont dès lors peu à peu remplies du suc lapidilique qui découlait des bancs supérieurs, et ce suc spathi(|ue a formé les veines (itii traversent le fond du marbre en difféi'euts sens : elles se trouvent ordinairement dans la matière plus molle qui a servi de ciment pour réunir les galets, les graviers et les autres débris de pierre ou des marbres anciens dont ils sont composés; et ce qui prouve évidemment que ces veines ne sont que des fentes remplies du suc lapidilique, c’est que dans les bancs qui ont souffert quelque effort, et qui se sont rompus après le dessèchement par un Iremblemenl de terre ou par quelque autre commotion accidentelle, on voit iiuc la rupture ipii, dans ce cas, a séparé les galets et les autres morceaux durs en deux parties, s’est ensuite remplie de spath, et a formé une ])elite ^eine si semblable à la fracture, qu’on ne peut la méconnaître. Ce que les ouvriers aiipellcnl des fils ou des poils dans les blocs de pierre calcaire sont aussi de petites veines de spath, et souvent la pierre se rom|)t dans la direction de ces fils en la travaillant au marteau : quelquefois aussi ce spath i)rend une telle solidité, surtout quand il est mêlé départies ferrugineuses, <iu’il semble avoir autant et plus de résistance que le reste de la matière.

Il en est des taches comme des veines, dans certains marbres d’ancienne formation : on y voit évidemment que les taches sont aussi d’une date postérieure à celle de la masse même de ces marbres ; car les coquilles et les débris des madrépores répandus dans cette masse, avant été dissous par l’intermède de l’cau, ont laissé dans plusieurs endroits de ces marbres des cavités qui n’ont conservé que le contour de leur figure, et l’on voit que ces petit<-s cavités ont été ensuite remplies par une matière blanche ou colorée, qui forme dos taches d’une figure semblable à celle de ces corps marins dont elle a pris la place; et lorsque cette matière est blanche, elle est delà meme nature que celle du marbre blanc; ce qui semble indiquer (jue le marbre blanc lui-même est de seconde formation, et a été, comme les albâtres, produit par la stillation des eaux. Cette présomption se confirme lorsque l’on considère qu il ne se trouve jamais d’impressions de coiiuilles ni d’autres corps marins dans le marbre blanc, et que dans ses carrières on ne remarque point les feules perpendiculaires ni même les délits horizontaux, qui séparent et divisent par bancs et par blocs les autres carrières de pierres calcaires ou de marbres d’ancienne formation : on voit seulement sur ce marbre blanc de très-pclites gerçures qui ne sont ni régulières ni suivies; l’on en tire des blocs d’un très-grand v olume et de telle épaisseur que l’on

histoire naturelle

vent, tandis que dans les marbres d’ancienne formation, les blocs ne |ienvent avoir que l’épaisseui* du banc dont on les tire, et la longueur qui se trouve entre chacune des fentes perpendiculaires qui traversent ce banc. L’inspection même delasubstance du marbre blanc et les grains spatbiques que l’on aperçoit à sa cassuic semblent démontrer qu'il a été formé par la stillation des eaux; et l’on observe de plus que lorsqu’on le taille, il obéit au marteau dans tous les sens, soit qu’on l’entame horizontalement ou verticalement; au lieu que dans les marbres d’ancienne formation, le sens horizontal est celui dans lequel on les travaille plus facilement ((ue dans tout autre sens.

Les marbres anciens sont donc composés :

-1° Des débris de pierres dures ou de marbres encore plus anciens et réduits en plus ou moins petit volume. Dans les brèches, ce sont des morceaux très-distincts, et qui ont depuis quelques lignes jusqu’à ((uelques pouces de diamètre. Ceux que les nomenclateurs ont appelés marbres oolillies, qui sont composés de petits graviers arrondis, semblables à des œufs de poissons, peuvent être mis au rang des brèches ainsi que les pouditigues calcaires, composés de gros graviers arrondis.

2" D’un ciment pierreux ordinairement coloré, qui lie ces morceaux dans les brèches, et réunit les parties coquilleuses avec les graviers dans les autres marbres. Ce ciment qui fait le fond de tous les marbres, n’est qu’une matière pierreuse anciennement réduite en poudre et qui avait acquis son dernier degré de pétrilication avant de se réunir, ou qui l’a pris depuis par la susception du liquide pétrilianl.

Mais les marbres de seconde formation ne contiennent ni galets ni graviers arrondis et ne présentent aucune impression de coquilles; ils sont, comme nous l’avons dit, uniquement composés de molécules pierreuses, charriées et déimsées jjar la stillation des eaux, et dès lors ils sont plus uniformes dans leur texture et moins variés dans Umr composition; ils ont ordinairement le grain plus fin et des couleurs plus brillantes que les premiers marbres, desquels néanmoins ils tirent leur oi'igine : on peut en donner des exemples dans tous les marbres antiipjes et modernes ; ceux auxquels on donne le nom d'antiques ne nous sont l)lu8 connus que par les monuments où ils ont été employés; car les carrières dont ils ont été tirés sont perdues, tandis que ceux qu’on appelle marbres modernes se tirent encore actuellement des carrières qui nous sont connues. Le cipolin, parmi ces marbres antiques, et le serancolin, parmi les marbres modernes, sont tous deux de seconde formation ; le jaune et le vert anli(|ues et modernes, les marbres blancs et noirs, fous ceux, en un mot, qui sont nets et purs, qui ne contiennent point de galets ni de productions marines dont la figure soit apparente, et qui ne sont, comme l’albàtre, composés que de molécules pierreuses, très-petites et disposées d’une manière uniforme, doivent être regardés comme des marbres de seconde formation, parmi lesciuels il y en a, comme les marbres blancs de Carrare, de Paros, etc., auxquels on a

donné mal à propos le nom de marbres salins, uniquement à cause qu’ils offrent à leur cassure et ((uelquefois à leur surface de petits cristaux spathiques en forme de grains de sel ; ce qui a fait dire à quelcpies observateurs superliciels * que ces marbres contenaient une grande quantité de sels.

En général, tout ce que nous avons dit des pierres calcaires anciennes et modernes doit s’appliquer aux marbres ; la nalure a employé les mêmes moyens pour les former : elle a d’abord accumulé et superposé les débris des madrépores et des coquilles ; elle en a brisé, réduit eu poudre la plus grande quantité; elle a déposé le tout par lits horizontaux, et ces matières réunies par leur force d’aflinité ont pris un premier degré de consistance, qui s’est bientôt augmenté dans les lits inférieurs par rintiitration du suc pétrifiant qui n’a cessé de découler des lits supérieurs; les pierres les plus dures et les marbres se sont, par cette cause, trouvés au-dessous des autres bancs de pierre : jiliis il y a eu d’éj)aisseur de pierre au-dessus de ce banc inférieur, plus la matière en est devenue dense; et lorsque le suc pétrifiant (pii en a rempli les porcs s’est trouvé fortement imprégné des couleurs du fer ou d’autres minéraux, il a donné les mêmes couleurs à la masse entière de ce dernier banc. On peut aisément reconnaître et bien voir ces couleurs dans la carrière même ou sur les blocs bruts; en les mouillant avec de l’eau, elle fait sortir ces couleurs, et leur donne pour le moment autant de lustre que le poli le plus achevé.

Il n’y a que peu de marbres, du moins en grand volume, qui soient d’une seule couleur. Les plus beaux marbres blancs ou noirs sont les seuls que l’on puisse citer, et encore sont-ils souvent tachés de gris et de brun ; tous les autres sont de plusieurs couleurs, et l’on jieut même dire que toutes les couleurs se trouvent dans les marbres; lîar on en connail des rouges et rougeâtres, des orangés, des jaunes et jaunâtres, des vei ls et verdâtres, des ])leuâtres plus ou moins foncés et des violets. Ces deux dernières couleurs sont les plus rares; mais ccpcnilaut elles se \ oient dans lu brèche violette et dans le marbre appelé bleu-turqain; et du mélange de ces diverses couleurs, il l'ésulte une infinité de nuances différentes dans les marbres gris, isabellcs, blanchâtres, bruns ou noirâtres. Dans le grand nombre d’échantillons qui composent la collection des marbres du Cabinet du roi, il s’en trouve plusieurs de deux, trois

• Le docteur Targioui Toz-xeUi rapporte tros-sériousement une oâservation de Lccnwciilioeck, (|ui prétend avoir découvert dans l’albâtre une très-grande quantité de sel; d’où ce docteur italien conjecture que la plus grande partie de la pâte blanclic qui compose l’albâtre est une espèce de sel fossile qui, venant à cire rongé j)ar les injures de l’air ou par l’eau, laisse à découvert les cristallisations eu forme d’aiguilles ;»ll y a toujours, dit-il, dans les albâtres, O une grande quantité de sel ; on le voit tout à fait ressemblant à celui de la mer, dans cer-tains « morceaux que je garde dans mou cabinet.» Voyez le Journal étranger, mois d’août 1783, p. !(){■ et suiv.

ou qualrc coulonrs, cl quelques-uns de cinq ou six. Ainsi les marbres sont plus \'aries que les albâtres dans lesquels je n’ai jamais vu du bleu ni du vert.

On lient augmenter par l’art la vivacité et l’intensitc des couleurs que les marbres ont reçues de la nature,- il suffit iiour cela de les chauffer; le rouge deviendra d’un rouge plus vif ou plus foncé, et le jaune se changera eu orangé ou en petit louge. 11 faut un certain degré de feu pour opérer ce changement qui se fait en les polissant à chaud j et ces nouvelles nuances de couleur, acquises par un moyen si simple, ne laissent pas délre permanenles, et ne s’altèrent ni ne changent par le refroidissement ni par le temps : elles sont durables parce qu’elles sont profondes, et que la masse entière du maibre iirend par celte grande chaleur ce surcroît de couleurs qu’elle conserve toujours.

Dans tous les marbi-es on doit distinguer la partie du fond (pii d’ordinaire est de couleur uniforme, d’avec les autres parties qui sont par taches ou pai- \eines, souvent de couleurs différentes; les veines tra- \ersent le fond et sont rarement coupées par d'autres veines, parce qu elles sont d une formation plus nouvelle que le fond, et qu’elles n’ont fait que remplir les fontes occasionnées par le dessèchement de celte matière du fond. 11 en est de même des taches : mais elles ne sont guère travei-sées d’autres taches, sinon par quelques filets d’herborisations qui sont d’une formation encore plus récente que celle des veines et des taches; et l’on doit remarquer que toutes les taches sont irrégulièrement terminées et comme frangées à leur circonférence, tandis que les veines sont au contraire sans dentelures ni franges, et neltement tranchées des deux côtés dans leur longueur.

11 arrive soin eut que dans la même carrière cl quelquefois dans le même bloc, on trouve des morceux de couleurs dillérentcs et des taches ou des veines situées différemment ; mais pour l’ordinaire les marbres d’une contrée se ressemblent plus entre eux qu’à ceux des conirées éloignées, et cela leur est commun avec les autres pierres calcaires qui sont dune texture et dun grain differents dans les différents pays.

Au reste, il y a des marbres dans presque tous les pays du monde • et dès qu’on y voit des pierres calcaires, on peut espérer de trouver des marbres au-dessous*. Dans la seule province de Ifourgogne, qui n’est pas renommée pour ses marbres, comme le Languedoc ou la Flandre, 31. Guellard ** en compte cinquante-quatre variétés. 3Iais nous de\ ons observer que, quoiqu’il y ait de vrais marbres dans ces cinquante-quatre variétés, le plus grand nombre mérite à peine ce nom; leur couleur terne, leur grain grossier, leur poli sans éclat, doivent les faire rejeter

* Quoto cnim loeonon siium mai inor invenitiir! dit Pline.

Mémoires de l’Acndémie îles Seieneps, imiiee 1705, p. I^ÏJ, jiisqn’à la pa"e l’iO.

DES IVIIMiliAUX.

de la liste des beaux marbres, et ranger parmi ces pierres dures qui foui la nuance entre la pierre et le marbre *.

Plusieurs de ces marbres sont d’aillcui-s sujets à un très-grand defaut; ils sont terrassevx, c’est-à-dire parsemés de plus ou moins grandes cavités remplies d’une matière terreuse qui ne peut recevoir le poli. Les ouvriers ont coutume de pallier ce défaut, en remplissant d'un mastic dur ces cavités ou terrasses : mais le remède est peut-être pire que le mal; car ce mastic s’use au frottement cl se fond à la chaleur du feu : il n’est pas rare de le voir couler par gouttes contre les bandes et les consoles des cheminées.

Comme les marbres sont plus durs et plus denses que la pliqjart des autres pierres calcaires, il faut un plus grand degré de chaleur i)our les convertir en chaux; mais aussi celte chaux de marbre est bien meilleure, plus grasse et plus tenace que la chaux de pierre commune : on prétend que les Romains n’emploj aient pour les bâtiments publics que de la chaux de marbre, et que c’est ce qui donnait une si grande consistance à leur mortier qui devenait avec le temps plus dur (|uc la pierre.

]| y a des marbres revêches dont le travail est très-difficile : les ouvriers les appellent marbres fiers, |)arce ([u’ils résistent trop aux outils et qu’ils ne leur cèdent qu’en éclatant ; il y en a d’autres (|ui, quoirpie beaucoup moins durs, s’égrènent au lieu de s’éclater. D’autres en grand nombre sont, comme nous l’avons dit, parsemés de cavités ou terrasses; il’aulres sont tra\ersés par un très-grand nombre de tils d’un spath tendre, et les ouvriers les appellent marbres filandreux.

Au reste, toutes les fois que l’ou voit des morceaux, de vingt à trente pieds de longueur cl au-dessus, soit en pierre calcaire, soit en marbre, on doit être assuré (jue ces pierres ou ces marbres sont de seconde formation ; car dans les bancs de marbres anciens et (pii ont été formés et déi)Osés ])ar le transport des eaux de la mer, ou ne peut tirer que des blocs d’un bien moindre volume. Les pierres qui forment le fronton de la façade du Louvre, la colonne de mai bre qui est auprès de iMoret, et foutes les autres longues pièces de marbre ou de pierre cnq)Ioj ées dans les grands édilices et dans les monuments, sont toutes de nouvelle formation.

Dn ne sera pcul-èli e pas fâché de troiner ici l’indication des principaux lieux, soit en Fi'ancc, soit ailleurs, où l’on trouve des marbres distingués : ou vein a par leur énumération qu'il y en a dans toutes les parties du monde.

Dans le [lays de llainaut, le marbre de Barbançon est noir veiné de blanc, et celui de Rance est rouge sale, mêlé de taches et de veines grises et blanches.

♦ J’ai fail exploiter , pendant vingt ans , la cari ière de mai bre de Monlbard , et ce que je dis des autres marbres de Bourgogne est d’après mes propres observations.

UtSTOlisî: NAtlDlËLlE

Celui de Givet que l’ou tire près de Charleuionl sur les frontières du lAixcmbourg, est noir veiné de blanc, comme celui de Bar])ançon ; mais il est plus net et plus agréable à l’œil.

On lire de Picardie le marbre de Boulogne qui est une espèce de brocatelle, dont les taches sont fort grandes, et mêlées de quelques filets l’ouges.

Un autre marbre qui tient encore de la brocatelle se lire de la province de Champagne; il est taché de gris, comme s’il était parsemé d’yeux de perdrix, fl y a encore, dans cette même province, des marbres nuancés de blanc et de jauiudre.

Ce marbre de Caen, en Normandie, est d’un l•ouge entremêlé de veines et de taches blanches : on en troin e de semblable près de Cannes en Languedoc.

Depuis quelques années on a découvert dans le Poitou, auprès de la Bonardelière, une carrière de fort beaux marbres : il y en a de deux sortes : l’un est d’un assez beau rouge foncé, agréablement coupé et varié par une infinité de taches de tontes sortes de formes qui sont d’un jaune pâle; l’autre, au contraire, est uniforme dans sa couleur; les blocs en sont gris ou jaunes, sans aucun mélange ni taches *.

Dans le pays d’Aunis, .Af. Peluchon a troin é, à deux lieues de Saint- Jcan-d’Angcly, un marbre coquillier, qu’il compare pour la beauté aux beaux marbres coquilliers d ltalie : il est en couches dans sa carrière, et il s’en présente en blocs et en plateaux de quatre à cinq pieds en carré. Il est composé comme les lumachelles d’une infinité de petits co(|uillages. Il yen a du jaunâtre et du gris, et tons deux reçoivent un très- beau ])oli **.

Dans le Languedoc, on trouve aussi di^ erses sortes de marbres, qui méritent d’être employés à l’ornement des édifices par la beauté et la variété de leurs couleurs; on en lire une fort grande quantité auprès de la ville de Cannes, diocèse de Narbonne : il y en a d’incarnat ou d’un rouge pâle, marqués de veines et de taches blanches ; d’autres qui sont d’un bleu lurquin, et dans ces marbres turquins, il y en a qui sont mouchetés d’un gris clair.

Il y a aussi dans les environs de Cannes une autre sorte de marbre que l’on appelle griollc, parce que sa couleur approche beaucoup de celle des cerises de ce nom; il est d’un rouge foncé mêlé de blanc sale. Un autre marbre du même pays est appelé cervelas, parce qu’il a des lâches blanches sur un fond rougeâtre ***.

En Provence, le marbre de la Sainte-Baume est renommé : il est taché de rouge, de blanc et de jaune ; il approche de celui que l’on

* Gazette d’AgricuIturc, du mardi 4 juin 1770.

Gazette d’AgricultiU'c, du mardi 8 août 1770.

llisloirc iialui'cllc du Languedoc, par M. du Censanne, tome II, page. IttO.

t)ES MINÉUÂÜX. m

aiipelle brocütelle d' Italie : ce niai bre est nu des plus beaux qu'il y ait eu France.

En Auvergne, il se trouve du marbre rougeâtre mêlé de gris, de jaune et de vert.

En Gascogne, le marbre serancolin dans le Fal-d’Jiire ou F allùc-d'Aure, est d’un rouge de sang ordinairement mêlé de gris et de jaune; mais il s’y trou\e aussi des parties spatlii(jucs et transparentes. Ses carrières, qui étaient de seconde formation, et dont on a tiré des blocs d’un trèsgrand volume, sont actuellement épuisées.

I*rès de Gomminges, dans la même province de Gascogne, on trouve à Saint-Hernard un marbre verdâtre mêlé de taches rouges et de quel- (jucs taches blanches.

Le marbre Cainpan vient atissi de Gascogne; on le tire près de Tarbes. 11 est mêlé plus ou moins de blanc, de rouge , de vert et d’isabellc. l.e plus commun de tous est celui qu’on appelle vert-campan , (pii , sur un beau \ ert, n’est mêlé que de blanc. Tous ces marbres sont de seconde formation, et on en a tiré d’assez grands blocs pour en faire des colonnes.

.Maintenant, si nous passons aux pays etrangers, nous trouverons qu’il y a dans le Groenland, sur les bords de la mer, beaucoup de marbres de toutes sortes de couleurs ; mais la plupart sont noirs et blancs, parsemés de veines spathiques : le rivage est aussi couvert de quartiers informes de marbres rouges avec des veines blanches, vertes et d’autres couleurs *.

En Suède et en Angleterre, il y a de même des marbres dont la plupart varient par leurs couleurs.

En Allemagne, on en trouve aux environs de Saltzbourg et de Lintz différentes variétés ; les uns sont d’un rouge lie-de-vin; d'autres sont olivâtres, veinés de blanc; d’autres rouges et rougeâtres, avec des veines blanches, et d'autres sont d’un blanc pâle veiné de noirâtre Il y en a quelques-uns à Barcith, ainsi qu’en Saxe et en Silésie, dont on peut faire des statues, et on tire des environs de Brème du marbre jaune tache de blanc.

A Altdorf près de Nuremberg, on a découvert, dcj)nis peu, unesoi-te de mai-bre remaixpiable par la quantité de béicmnites et de cornes d’ammon qu’il contient. Sa carrière est située dans un endroit bas et aquatique : la couche en est horizontale, et n’a que di.x-huit à dix-neuf pouces d’épaisseur; elle est recouverte par dix-huit pieds de terre, et sc prolonge sous les collines sans changer de direction : elle est divisée pai’ une infinité de fentes perpendiculaires qui ne sont éloignées l’une de l’autre que de trois, quatre et cinq pieds, et ces fentes se multiplient d’autant plus que la couche de marbre s’éloigne davantage des terrains

’ Histoire gciiéialc dos Voyages, tome XIX, page 28.

** Mémoires del’Aeadémie des Sciences, année 1765, page 213.

HISTOIRE NATUKEI.LE

loi)

Intniides, ce qui fait qu’on ne peut pas obtenir de grands blocs de ce marbre. Sa couleur, lorsqu’il est brut, jiarait être d’un gris d’ardoise; mais le poli lui donne une couleur verte mêlée de gris brun , qui est agréablement relevée par les dilîérentes ligures (jue le mélange des coquilles y a dessinées * **.

Le j)ays de Liège et la Flandre fournissent des marbres plus ou moins beaux et ])lus ou moins variés dans leurs couleurs. On en tire de plusieurs sortes aux environs de Dinant : rune est d’un noir liès-piiret très-beau; une autre est aussi d’un très-beau noir, mais rayée de quelques \ eines blanches; une troisième est d’un rouge pâle avec de grandes plaques et quelques veines blanches; une quatrième est de couleur grisâtre et blanche, mêlée d’un rouge couleur de sang; et une cinquième, qui vient aussi de Liège, est d’un noir pur et reçoit un beau poli.

On lire, aux environs de Namur, un marbre qui est aussi noir que ce dei-nier marbre de Liège, mais il est traversé par quelques (ilets gris.

Dans le pays des Grisons, il se troine à Fluschiavio plusieurs sortes de marbres : l’un est de couleur incarnate; un autre, qui se lire sur le mont .Iule, est très-rouge; un autre, qui est de couleur blanche, forme un grand rocher auprès de Sanada : il y a un autre marbre à Tii'ano (|ui est entièrement noir.

A Valmai'a, dans la Valteline, il y a du marbre rouge, mais en petites masses et seulement propre à faire des mortiers à piler.

Dans le Valais, on trouve près dos sources du Rhin du marbre noir \ einé de blanc.

Le canton de Claris a aussi des marbres noirs veinés de blanc : on en tire.de semblables au|)rès de Guppenberg, de Schwanden et de Psefers, où il se trouve un autre marbre (pii est de couleur grise biuine, parsemée de lentilles striées et convexes des deux côtés.

Le canton de Zurich fournit du marbre noir veiné de blanc, qui se tire à Vendenchwil ; un autre qui est aussi de couleur noire, mais rayé ou veiné de jaune, se trouve à Alhisrieden.

Le canton de Rerne renferme aussi différentes sortes de marbres; il y en a dont le fond est couleur de chair à Schmiznach, et tout auprès de ce marbre couleur de chair on en Noit du noir. Entre Aigle et Olon, on lire encore du marbre noir. A Sjnez, le marbre noir est veinéde blanc, et à Grindelwald il est eidièrement noir .

Ja‘S marbr(!S d Italie sont en foi't grand nombre , et ont plus de réputation que tous les autres marbres de l’Europe ; celui de Carrare, qui est blanc , se tire vers les côtes de Gênes , et en blocs de telle gi andeur que l’on veut; son grain est cristallin , et il peut être comparé, pour sa blancheur, à l’ancien marbre de Paros.

* Description manuscrite du marbre d’.Mldorf, découvert par le sieur J. Frcdcricli Baudet, bourguemestre, envoyée à M. le comte de Buffon.

** M. Guettard, Mémoires de l’Académie ile.s Sciences, aimée 17o2, pag. 52tict suiv.

DES MINEHAUX.

Le marbre de A’«ratJezza,qiii se trouve dans les memes montagnes que celui de Carrare, est d’un grain encore plus 4în que ce dernier : on y voit aussi un marbre rouge et blanc, dont les taches blanches et rouges sont quelquefois tellement distinctes les unes des autres, que ce marbre ressemble à une brèche et qu’on peut lui donner le nom de brocatdlc; mais il se trouve de temps en temj)s une teinte de noirâtre mélangée dans ce marbre. Sa carrière est en masse pres<|ue continue comme celle de Carrare, et comme celles de tous les autres marbres crislallins blancs ou d’autres couleurs qui se trouvent dans le Siennois et dans le territoire de Gênes : tous sont disposés en très-grandes masses, dans lesquelles on ne A oit aucun indice de coquilles, mais seulement ([uoiques crevasses qui sont remplies par une cristallisation de spath calcaire *. Ainsi il ne parait pas douteux que tous ces marbi-es ne soient de seconde formation.

Les environs de Carrai'e fournissent aussi deux sortes de mai bre vert: l’une, que l’on nomme improprement vert-d’Éfiyple , est d’un vert foncé avec quchiucs taches de blanc et de gris de lin j raulre,(|ue l’on nomme vert-de-mvr, est d’une couleur plus claire mêlée de veines blanches.

On trouve encore un marbre sur les côtes de (iénes, dont la couleur est d’un gris d’ardoise mêlé d’un blanc sale; mais ce marbre est sujet à se tacher et à jaunir après avoir reçu le poli.

On tire encore sur le territoire de Gènes le marbi e Porlo-vencre ou Porte-cuivre, dont la couleur est noire, veinée de jaune, et qui est moins estimé lorsqu’il est veiué de blanchâtre.

Le marbre de Margore , qui se tire du iMilanez, est fort dur et assez commun; sa couleur est d’un gris d’ardoise mêlé de quelques veines brunes ou couleur de fer.

Dans l’ile d’Elbe, on trouve à Sainte-Catherine une cai’rière abondante de marbre blanc veiné de vert noirâtre **.

Le beau marbre de Sicile est d’un ronge brun , mêlé de blanc et Isabelle; ces couleurs sont très-vives, et disposées par taches carrées cl longues.

Tous les marbres précédents sont modernes ou nouvellement connus ; les carrières de ceux que l’on appelle sont aujourd’hui perdues

comme nous l’avons dit, et réellement perdues à jamais, parce qu’elles ont été épuisées ainsi que la matière qui les formait : on ne compte que treize ou quatorze variétés de ces marbres antiques '** , dont nous ne ferons pas l’énumération, parce qu’on peut se passer de décrire dans une llisloire Naturelle générale les détails des objets particuliers qui ne se trouvent plus dans la nature.

* l.ettressiirla Minéralogie, par M. l'orber, tradiiilcs par M. le baron de JOielricb, pag. iiO et suiv.

** Observations sur les mines de foi’ de l’ile d’Kibe , par M. Ermencgildo l’ini. .Tournai de l’Iiysiipie, iiiuis de décembre 1778.

Voyez l’Encyclopédie, article Maçonnerie.

BCPFON, tome III. Il

HISÎOIIIE 1NÂTIÎKE1.LË

[.e marbre blanc de Paros est le plus fameux, de tous ces marbres antiques ; c’est lui que les grands artistes de la Grèce ont employé pour faire ces belles statues que nous admirons encore aujourd’hui, non-seulement par la perfection de l’ouvrage , mais encore par sa conservation depuis plus de vingt siècles : ce marbre s’est trouvé dans les des de Paros, de ISaxos et de Tinos. Il a le grain plus gros que celui de Carrare, et il est mêlé d’une grande quantité de petits cristaux de spath; ce qui fait qu’il s’égrène aisément en le tra\aillant; et c’est ce même spath qui lui donne un degré de transparence presque aussi grande que celle de l’albâtre, aiupiel il ressend)le encore par son peu de dureté : ce marbre est donc évidemment de seconde foinnalion. ün le tire encore aujourd’hui des grandes grottes ou cavernes <iui se trouvent sous la inonlagnc que les anciens ont nommée ^/a^pes^a. Pline dit qu’ils donnaient à ce marbre l’épilhèle de /y c/mdes, parce que les ouvriers le travaillaient sous terre à' la lumière des llambeaux, Dapper, dans sa description des des de l’Archipel *, rapporte que dans cette montagne Marpenia il y a des cavernes extraordinairement profondes, où la lumière du jour ne peut pénétrer, et <]ue le grand seigneur, ainsi que les grands de la Porte, n’emploient pas d’aulre marbre que celui qu’on en tire, pour décorer leurs plus somplueux bâtiments.

Il y a dans l’ilc de Tasos, aujourd’hui Tasso, quelques inoidagnes dont les rochers sont d’un marbre fort blanc, et d’autres rochers d’un marbre tacheté et parsemé de veines d’un beau jaune. Ce marbre était en grande estime chez les Ilomains, comme il l’est encore dans tous les pays voisins de cette de **.

Eu Espagne, comme en Italie et en Grèce, il y a des collines et même des montagnes entières de marbre blanc. On en tii'e aussi dans les Pyrénées, du côté de Ilayonne, qui est semblable au marbre de Carrare, à l’exception de sou grain (jui est plus gros, et (jui lui donne beaucoup plus de rai)pürt au marbre blanc de Paros : mais il est encore plus tendre que ce dernier, et sa couleur blanche est sujette à prendre une teinte jaunâtre. Il se trouve aussi dans les mêmes montagnes un autre marbre d’un vert brun, taché de rouge.

M. Büwles donne, dans les termes suivants, la descrii>tion de la montagne de Filabres ju'ès d’Almeria, (pii est tout entière de marbre blanc : Il Pour se former, dit-il, une juste idée de cette montagne, il faut se « ligurer un bloc ou une jiièce de marbre blanc d’une lieue de circuit « et de deux mille pieds de hauteur, sans aucun mélange d’autres « pierres ni terres ; le sommet est presque plat, et on découvre en dilfé- « rents endroits le marbre, sans que les vents, les eaux, ni les autres « agents qui décomposent les rochers les plus durs y fassent la moindre

’ Pages 261 et 262.

** Dapper, Description île l’Archipel, page 264.

i)E8 MINKHALIX. [HO

« liiiprossion 11 y a un colé de celle uioulagne cuiiijé presque à

« plomb, et qui depuis le vallon parait comme une énorme muraille de « plus de mille pieds de hauteur, toute d’une seule pièce solide de mar- « bre, avec si peu de fentes et si petites, que la plus grande n’a pas six « pieds de long ni plus d’une ligne de large

On trouve aux environs de 3Iolina du marbre couleur de chair et blanc; et à un quart de lieue du même endroit, il y a une colline de marbre rougeâtre, jaune et blanc, qui a le grain comme le marbre de Carrare.

La carrière de marbre de Naquera, à trois lieues de Valence, n’est pas en masses épaisses ; ce marbre est d’un rouge obscur, orné de veines capillaires noires qui lui donnent une grande beauté. Quoiqu’on le lire à fleur de terre, et que ses couches ne soient pas profondes, il est assez, dur pour en faire des tablettes épaisses et solides, qui reçoivent un beau poli.

On trouve à Guipuscoa en Navarre, et dans la province de Barcelone, un marbre semblable au serancoliu

En Asie il y a certainement encore beaucoup plus de marbres (pi’cn Europe ; mais ils sont peu connus, et peut-être la plujiart ne sont j)as découverts. Le docteur Shaw parle du marbre herborisé du mont Sinaï, et du marbre rougeâtre qui se lire aux environs de la mer Bouge. Chardin assure (|u’il y a de plusieurs sortes de marbres en Perse, du blanc, du noir, du rouge, et du marbré de blanc et de rouge ***.

A la Chine, disent les voyageurs, le marbre est si commun, que plusieurs ponts en sont bàlis; on y voit aussi nombre d’édifices où le marbre blanc est employé, et c’est surtout dans la [jrovince de Schantoivj où l’on en trouve en quantilé **** : mais on prétend que les Chinois n’ont pas les arts nécessaires pour travailler le marbre aussi parfaitement qu’on le fait en Europe. Il se trouve à douze ou quinze lieues de Pékin des carrières de marbre blanc, dont on tire des masses d’une grandeur énorme, et dont on voit de très-hautes et de très-grosses colonnes dans quelques cours du palais de l’empereur *’*’***.

Il y a aussi à Siarn, selon La Loubère, une carrière de beau marbre blanc******; et comme ce marbre blanc est i)lus remarquable que les marbres de couleur, les voyageurs n'ont guère parlé de ces derniers, qui doivent être encore plus communs dans les pays qu'ils ont parcourus +*+****, Ils en ont reconnu quelques-uns en Afrique, et le marbre

* Histoire naturelle d’Espagne, pag. 12G et suir.

** Histoire naturelle d’Espagne, pages 26, 158 et 177.

Voyage en Perse, tome H, page 25.

**** Histoire générale des Voyages, tome V, page .150.

,»»»» tome VIII, page 515.

»***♦» Idem, tome IX, page 507.

11 y a des carrières de très-beau marbre blaiie (aux Philippines) qui ont été inconnues

lllSTUIRE NATURELLE

africain était très-estimé des Romains ; mais le docteur Sliaw, qui a visité les côtes d’Alger, de Tunis et de l’ancienne Carthage en observateur exact, et qui a recherché les carrières de ces anciens marbres, assure qu’elles sont absolument perdues, et que le plus beau marbre qu’il ait pu trouver dans tout le pays n’était qu’une pierre assez semblable à la pieri-ede Lewington en Angleterre *. Cependant Marmol ** parle d’un marbre blanc (jui se trouve dans la montagne d’Ilenlèle, l’une des plus hautes de l’Atlas; et l’on voit dans la A ille de Maroc de grands piliers et des bassins d’un marbre blanc fort tin, dont les carrières sont voisines de cette ville.

Dans le Nouveau-Monde ou trouve aussi du marbre en plusieurs endroits. M. Guettard parle d’un marbre blanc et rouge tpii se tire près du portage-talon de la petite Rivière au Canada, et qui prend un très-beau poli, quoiqu’il soit parsemé d’un grand nombre de points de plomb qui pourraient faire prendre ce marbre pour une mine de plomb.

Plusieurs voyageurs ont pai-lé des marbres du diocèse de La Paz au Pérou, dont il y a des carrières de diverses couleurs ***. Alphonse Barba cite le pays (ÏJlacania, et dit qu’on y trouve des marbres de diverses couleurs et d’un grand éclat. « Dans la ville impériale de Potosi il y « avait, dit-il, un grand morceau de ce marbre, taillé en forme de table « de six palmes et six doigts de longueur, cinq palmes et six doigts de Il large, et deux doigts d’épaisseur. Ce grand morceau représentait une « espèce de treillage ou jalousie, formé d’un beau mélange de couleurs

« très-vives en rouge clair, brun, noir, jaune, vert et blanc Aune

« lieue des mines de Ferengueki il y a d’autres marbres qui ne sont pas « inférieurs h ceux d’Alacama pour le lustre, sans avoir néanmoins les « mêmes variélés de couleurs; car ils sont blancs et transparents en « quelques endroits comme l’albàtre

A la vue de cette énumération que nous venons de faire de tous les marbres des différents pays, on pourrait croire que dans la nature les marbres de seconde formation sont bien plus communs que les autres, parce qu’à peine s’en trouve-t-il deux ou trois dans lesquels il soit dit qu’on ait vu des impressions de coquilles; mais ce silence sur les marbres de première formation ne vient que de ce qu’ils ont été moins recherchés que les seconds, parce que ceux-ci sont en effet plus beaux.

pcndîinl. plus de deux cents ans; on en doit la decouverte à Don F.stevan Roxas y Melo... Ces carrières sont à l’est do Manille... La montagne qui renferme ce (U'ccieux dépôt s’étend à plusieurs lieues du nord an sud... Mais celte carrière est restée là, on n’en parle presque plus, et on fait déjà venir de Cliine (comme on le faisait auparavant) , les marbres dont on a besoin à Manille. Voyage dans les mors de l’Inde, par M. le Gentil; l'aris, 17S1, t. II in-Æ”, p. 35 et 30.

* Voyage en Afi'ique, traduit de l’anglais, tome I, page 303.

*' L’Afrique de Marmol, tome II, page 74.

*** Voyez rilisloirc générale des Voyages, tome XIII, p. 318.

Métallurgie d’Alpbon.se Barba, tome 1, page S7 et suiv.

4Gi

d’un grain plus /in, de couleni’s |)lns décidées, et qu’ils peuvent se tirer en volume l)ien plus grand et se travailler plus aisément. Ces avantages ont fait que dans tous les tenqis on s’est attaché à e.vploiter ces carrières de seconde formation de préférence à celles des premiers mar])res, dont les bancs horizontau.v sont toujours surmontés de plusieurs autres bancs de pierre qu’il faut fouiller et débiter auparavant, lajidis que la plu|)art des marbres de seconde formation se trouvent comme les albâtres, ou dans des cavernes souterraines, ou dans des lieux découverts et plus bas que ceux où sont situés les anciens marbres. Cai', quand il se trouve des marbres de seconde formation jusqu’au-dessus des collines, comme dans l’exemple de la montagne de marbre blanc cité par M. Bowles, il faut seulement en conclure que jadis ce sommet de colline n’était que le fond d’une caverne dans laquelle ce marbre s’est formé, et que l’ancien sommet était plus élevé, et recouvert de plusieurs bancs de pierre ou de marbre qui ont été détruits après la formation du nouveau marbre. Nous* avons cité un exemple à peu prés pareil au sujet des bancs de pierres calcaires dures qui se trouvent (juelquefois au sommet des collines.

Dans les marbres anciens il n’y a que de la matière pierreuse en masse contitiue ou eu morceaux séparés, avec du spath en veines ou en cristaux et des impressions de coquilles; ils ne contiennent d’autres substances hétérogènes (pic celles qui leur ont donné des couleurs, ce qui ne fait qu’une quantité infiniment petite, relativement à celle de leur masse; en sorte qu’on peut regarder ces premiers marbres, quoique colorés, comme entièrement composés de matières calcaires : aussi donnent-ils de la chaux qui est ordinairement grise, et (pii, (luoique colorée, est aussi bonne et même meilleure que celle de la pierre commune. Mais dans les marbres de seconde formation il y a souvent plus ou moins de mélange d’argile ou de terre limoneuse avec la matière calcaire *. On reconnaîtra par l’épreuve de la calcination la quantité ])lus ou moins grande de ces deux substances hétérogènes; car si les marbres

* Les veiues vertes qui se rencontrent dans le marbre Cainpan sont dues , selon M. Bayeii, à une matière schisteuse. Il en est de meme de celles qui se trouvent dans le marbre cipollin ; et par les expéi ienees qu’il a faites sur ce dernier marbre, il a reconnu que les veines blanches contenaient aussi une petite portion de quartz.

La matière verte d’un autre morceau de cipollin soumis à l’cxpcricnce était une sorte de mica, qui, selon M. Daubenton, était le vrai laïcité.

Un morceau de vert antique , soumis de même à l’expérience , a fourni aussi une matière talquciisc.

Un échantillon de marbre rouge, appelé griotte, a fourni à M. Baycn du schiste couleur de lie de vin.

Un échantillon envoyé d’Autun, sous le nom de marbre noir antique, avait de la disposition à SC séparer par couches, et son grain n’avait aucun rapport avec celui des marbres proprement dits; M. Baycn a reconnu que ce marbre répandait une forte odeur bitumineuse, et qu’il serait bien placé avec les bitumes, ou au moins avec les schistes bitumineux. Examen chimique de dilfiTOnlcs picrics. par M. Baycn. .lournal de Physique. .luillet 1778.

HISTOIRE NATURELLE

contiennent seulement autant d’argile qu’en contient la marne, ils ne feront que de la mauvaise chaxix ; et s’ils sont composés de plus d’argile, de limon, de lave, ou d’autres substances vitreuses que de matière calcaire, ils ne se convertiront point en chaux; ils résisteront à l’action des acides, et n’étant marbres qu’en partie, on doit, comme je l’ai dit, les rejeter de la liste des vrais marbres, et les placer dans celle des pierres mi parties et composées de substances differentes.

Or, l’on ne doit pas être étonne qu’il se trouve de ces mélanges dans les marbres de seconde formalion. A la vérité, ceux qui auront été produits précisément de la même manière que les albâtres dans les cavernes uniquement surmontés de pierres calcaires ou de marbres ne contiendront de même que des substances pierreuses et spathiqnes, et ne différerontdesalbàtresqu’ence qu’ils seront plus denses et plus uniformément remplis de ces mêmes sucs pierreux : mais ceux qui se seront formés, soit au-dessous des collines d’argile surmontées de l’ochers calcaires, soit dans les cavités au-dessus desquelles il se trouve des matières mélangées, des marnes, des tufeaux, des pierres argileuses, des grès ou bien des laves et d’autres matières volcanicjues, seront tous egalement mêlés de ces différentes matières ; car ici la nature passe, non pas par degrés et nuances d’une même matière, mais par doses différentes de mélange, du marbre et de la pierre calcaire la plus pure à la pierre argileuse et au schiste.

IMais en renvoyant à un article particulier les pierres mi-parties et composées de matière vitreuse et de substance calcaire, nous pouvons joindre aux marbres brèches une grande partie des pierres appelées poudingues, qui sont formées de morceaux arrondis et liés ensemble par un ciment qui, comme dans les marbres brèches, fait le fond de ces sortes de pierres. Lorsque les morceaux arrondis sont de marbre ou de pierre calcaire, et que le ciment est de celte même nature, il n’est pas douteux que ces poudingues entièrement calcaires ne soient des espèces de marbres brèches; car ils n’en diffèrent que par quehpies caractères accidentels, commedenese trouver qu’en plus petits volumes et en masses assez irrégulières ; d’être plus ou moins durs ou susce|)tibles de poli; d’èlre moins homogènes dans leur composition, etc. Mais élanl au reste formés de même et entièrement composés de matière calcaire, on ne doit pas les séparer des marbres brèches, pourvu toutefois qu’ils aient à un certain degré la qualilc qu’on exige de tous les marbres, (;’est-à-dirc qu’ils soient susceptibles de poli.

Il n’en est pas de même des poudingues, dont les morceaux arrondis sont de la nature du silex ou du caillou, et dont le ciment est en même temps de matière vitreuse, tels que les cailloux de Rennes cl d’Angleterre; ces poudingues sont, comme l’on voit, d’un autre genre, et doivent être réunis aux cailloux en petites masses, et souvent ils ne sont que des débris du quartz, du jaspe et du porphyre.

Nous avons dit que tonies les ])ierres arrondies et roulées par les eaux

du Rhône, que M. de Réaniiiui’ pi eiuiit pour de vrais cailloux, ne sont que des morceaux de pierre calcaiixi : je m’en suis assuré, non-seulemenl [lar mes pi'opres observations, mais encore parcelles de i)lusieurs de mes correspondanls. Af. de Morveau, savant physicien et mon Irésdigne ami, m’écrit au sujet de ces prétendus cailloux dans les ternies suivants : « J’ai observé dit-il, que ces cailloux gris noirs, ^•einés d’un <1 beau lilanc, si coniinuns aux bords du Rhône, ((u’on a regardés comme <1 de vrais cailloux, ne sont qtie des pierres calcaires roulées et arron- « dies par le frottement, (pii toutes me paraissent venir de Milicry eh U Suisse, seul emlroil que je connaisse où il y ait une carrière analogue;

U de sorte (jne les masses de ces pierres qui couvrent plus de quarante « lieues de pa} s sont des preuves nOn équivoques d’un immense transi)oi‘t ■t parles eaux. « Il est certain que des eaux aussi rapides que celles du Rhône peuvent transporter d’assez grosses masses do pierres à de trèsgrandes distances ; mais l’origine de ces pierres arrondies me parait bien pins ancienne (jne l’action du courant des fleuves et des rivières, puisqu’il y a des montagnes presque entièrement composées de ces pieri'cs arrondies qui n’ont pu y être accumulées (pie par les eaux de la mer : nous en avons déjà donné quehpies (vxemples. Al. Gneltard rapporte « qu’entre Saint-Chaumont en Lyonnais et Rives-dc (lier les rochers « sont entièrement composés de cailloux rouh-s... que les lits des mon- <i tagnes ne sont faits eux-mèmes que de ces amas de cailloux entassés... .1 (pie le chemin qui est au bas de ces monlagnes est ('gaiement remjili « de ces cailloux roulés... qu’on en retrouve après Hourgnais; ((u'on « n’y voit (pie de ces pierres dans les chemins, de iiiôme que dans Il les campagnes voisines et dans les coupes des fossés... (pi’ils ressciiiu blent à ceux qui sont roulés par le Rhône... que des coupes de iiion- « tagnes assez hautes, telles que celles qui sont à la porte de Lv on, eu Il font voir abondamment ; qu’ils sont au-dessous d’un lit (pi’on pren- « drail iiour un sable marneux... que le chemin qui conduit de Lyon à « Saint-Germain est également rempli de ces cailloux; qu’aVant d'ar- « river à Fontaine on passe une montagne qui en est composée; que Il ces cailloux sont de la grosseur d’une noix, d’un melon et de plusieurs Il autres dimensions entre ces deux-ci; qu’on en voit des niasses (pii « forment de mauvais poudingues... que ces cailloux roulés se voient « aussi le long du chemin qui est sur le bord de la Saône ; que les « montagnes en sont presque entièrement formées, et qu’elles renler- « ment des poudingues semblables à ceux qui sont de l’autre coté de la « rivière *. »

M, de la Gallissonnière, cité par M. Guettard, dit « qu’en sortant de .1 Lyon, à la droite du Rhône, on rencontre des poudingues; qu’on « Irouvcdans quelques endroits du Languedoc de ces mêmes pierres; que

Miimoires de rAcadémie des Sciences, année 1755, p. 138.

mSTOlHK naturelle

U tons les liords du Rliône en Dauphiné en sont garnis, et mèine à une « très-grande élévation au-dessus de son lit, et que tout le terrain est » rempli de ces cailloux roulés, mais qui me paraissent, ajoute M. de « la tiallissonière, plutôt pien-es noires calcaires que de vrais cailloux « ou silex : ils forment dans plusieurs endroits des poudingues. Le plus « grand nombre sont noii's, mais il y en a aussi de jaunes, de rougeâtres « et trés*peu de blancs *. »

31. Guellard fait encore mention de plusieurs autres endroits où il a vu de CCS cailloux roulés et des poudingues formés par leur assemblage en assez grosses masses, « Après avoir passé Luzarches et la Morlaix, « on monte, dit-il, une montagne dont les pierres sont blanches, calcai- « res, remplies de pierres numismates, de peignes et de différentes autres « coquilles mal conservées, et d’un si grand nombre de cailloux roulés, « petits et de moyenne grosseur qu'on pourrait regarder ces rochers « comme des j)Oudingucs coquillicrs. En suivant cette grande route, on <1 retrouve les cailloux roulés à Crcil, à Fitzjames et dans un endroit « appelé la Folie. Ils ne différent pas essentiellement de ceux qui se pré- « sentent dans les cantons précédents, ni par leur grosseur, ni par leur « couleur qui est communément noirâtre. Cette couche noire est celle

II (jue j'ai i)rincipalemcnt rcmaiapiéc dans les cailloux roulés que j'ai « observés parmi les sables des deux endroits bien éloignés de ces der- « niers. Ces sables sont entre Andreville et Épernon **. » Les cailloux roulés qui se trouvent dans les plaines de la Cran d’Arles sont aussi des pierres calcaires de couleur bleuâtre. On voit de même sur les bords et dans le lit de la rivière iVecker, pi'ès de Cronstadt en Allemagne, des masses considérables de poudingues formés de morceaux calcaires, arrondis, blancs, gris, roussàlres, etc. Il se trouve des masses semblables de ces galets réunies sur les montagnes voisines et jusqu’à leur sommet, d'où ils ont sans doute, roulé dans les plaines et dans le lit des rivières.

On peut regarder le marbre api)elé hrèclie antique, comme un poudingue calcaire, composé de gros morceaux arrondis bien distincts, les uns blancs, bleus, rouges, et les autres noirs; ce qui rend celle brèche trèsbelle par ses variétés de couleurs. La brèche d’Alep est de même composée, comme la brèche anti(|ue, de morceaux arrondis, dont la couleur est isabelle. La brèche deSaravèze ou Saravécbe présente des morceaux ari'ondis «l’un bien plus grand diamètre, dont la plupart tirent sur la couleur violette, et dont les autres sont blancs ou jaunâtres. Dans la brèche violette commune, il y a des morceaux arrondis assez gros et d’autres bien i)lus petits; la plupart sont blancs, et les autres d’un violet faible.

Tous les poudingues calcaires sont donc des espèces de brèches, et on

* Méinoire.s do l’Académie des Sciences, année t7î)3, p. I'i9.

** Idem, ilildem. page 1S(i,

DES MINEUAIIX.

iGo

ne les aurait pas sépares si d’ordinaire ils ne se fussent pas trouvés différents des brèches par leur ciment, qui est moins dur et qui ne peut recevoir le poli. 11 ne manque donc à ces poudingues calcaires qu’un degré de pétrification de plus pour être entièrement semblables aux plus beaux marbres brèches, de la même manière que dans les poudingues composés de vrais cailloux vitreux arrondis, il ne manque qu’un degré de pétrification dans leur ciment pour en faire des matières aussi dures que les porphyres ou les jaspes.

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