DU PLATRE ET DU GYPSE
Le plâtre et le gypse sont des matières calcaires, mais imprégnées d'une assez grande quantité d’acide vilriolique, pour que ce même acide et même fous les autres n’y fassent plus d’impression. Cet acide vitriolique est seul dans le gypse; mais il est combiné dans le plâtre avec d’autres acides : et pour que les noms ne fassent pas ici confusion, J’avertis que j’appelle gypse ce que les nomenelateurs ont surnommé sélénite, par le raj)porl très-éloigné qu’ont les rellets de la lumière sui' le gypse avec la lumière de la lune.
Ces deux substances, le gypse et le jilâtre, qui sont au fond les mêmes, ne sont jamais bien dures; souvent elles sont friables, et toujours elles se calcinent à un degré de chaleur moindre que celui du feu nécessaire pour convertir la pierre calcaire en chaux. On les broie après la calcination, et en les détrempant alors avec de l’eau on en fait une pâle ductile, qui reçoit toutes sortes de formes, qui se sèche en assez peu de temj)S , se durcit en se séchant , et prend une consistance aussi ferme que celle des pierres tendres ou de la craie dure.
Le gypse et le plâti e calcinés foi meut , comme la chaux vive , une espèce de crème à la surface de l'eau; et l’on observe que quoiqu’ils refusent de s’unir avec les acides, ils s’imbibent facilement de toutes les substances grasses. Pline dit que celte dernière propriété des gypses était si bien connue qu’on s’en servait pour dégraisser les laines. C’est aussi en polissant les plâtres à l’huile qu’on leur donne un lustre presque aussi brillant que celui d'un beau marbre.
L’acide qui domine dans tous les plâtres est l’acide vitriolique; et si cet acide était seul dans toutes ces matières, comme il l’est dans le gypse, on serait en droit de dire que le gypse et le plâtre ne sont absolument qu’une seule et même chose : màis l’on verra par quelques expériences rapportées ci-après, que le plâtre contient non-seulement de l’acide vitrioliqne, mais aussi des acides nitreux et marins, et que par conséquent
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on ne doit pas regarder le gypse et le plàli-e comme des substances dont l’essence soit absolUinenl la même. Je ne fais celte réflexion qn'en consér|nence de ce que nos chimistes disent « (pie leiilâire on gypse n’est « qu’un sel A'ilriolique à base de terre calcaire, c'est-à-dire une vraie « séléuite » 11 me semble qu’on peut distinguer l’un de l’autre, en disant que le gypse n’est en effet imprégné que de l’acide vilrioliipie, taudis que le plâtre confient non-seulement l’acide vitriolique avec la base calcaire, mais encore une portion d’acides nitreux et marins. D’ailleurs, le prél(mdu gypse, fait artificiellement eu mêlant de l’acide AÜriolique avec une terre calcaire, ne ressendfle pas assez au gj'pse ou au plâtre produit (lar la nature, pour qu’on puisse dire que c’est une seule et même chose. xH. Pott avoue même que ces deux produits de Tart et de la nature ont des différences sensibles; mais a\anl de pi'ononcer aflirmalivement sur le nombre et la qualité des éléments dont le plâtre est comi)osc après la calcination , il faut d’abord le voir et l’examiner dans son état de nature.
Les plàlres sont disposés comme les [derres calcaires, par lits borizonlaux; mais tout c(mcourl à prouver que leur foimintion est postérieure à celle de Ces pierres : 1° Les masses ou couches de plâtre surmontent généralement li;s bancs calcaires et n’en sont jamais surmontées ; ces plâtres ne sont recouverts que de couches plus ou moins épaisses d’argile ou de marne amoncelées , et souvent mélangées de terre limoneuse; 12" La substance du plâtre n’est évidemment (pi’une poudre détachée des masses calcaires anciennes, pnisqucic. plâtre ne contientpointdecoquilles, et (ju’on y trouve, comme nous le verrons, des ossements d’animaux terrestres; ce qui suppose une formation postérieure à celle des bancs calcaires; â” Celle épaisseur d’argile, dont on voit encore la plupart des carrières de plâtre surmontées, semble être la source d’où l’acide a découlé pour imprégner les plâtres; en sorte (luc la formation des masses plâtreuses parait tenir à la circonstance de ces dépôts d’argile rapi)ortés sur les débris des matières calcaires, telles que les craies, qui dés lors ont reçu par stillation les acides, et surtout l’acide vitriolique plus abondant (|u’aucun autCe dans les argiles; ce qui n’empêche pas que lors de sa foi'inalion le plâtre n’ait aussi reçu d’autres princij)cs salins, dont l’eau de la mer était imprégnée; et c’est en quoi le plâtre diffère du gypse dans lequel l’acide ^ itrioli(iue est seul combiné avec la terre calcaire.
Mais de quehiue part (;Uc viennent les acides contenus dans le plâtre, il est certain que le fond de sa substance n’est (|U’une poussière calcaire qui ne diffère de la craie qu’en ce qu'elle est fortement imprégnée de ces mêmes acides; et ce mélange d’acides dans la matière calcaire suffit pour en changer ta nature et pour donner aux stalactites qui se forment dans le plâtre des propriétés et des formes toutes différentes de celles
Diclionnaire de Chimie, in-12. Paris, 1778, tome II, page 429,
des spaths et aiilpcs concrétions calcaires. Les parties intégrantes du gypse, vues à la loupe, paraissent être tantôt des prismes engrenés les uns dans les autres, tantôt de longues lames a\'ec des libres uniformes en filamenls allongés, comme dans l’alun de plume auquel l’acide donne aussi cette forme, mais dans une matière bien dilTcrente, puisque la base de l’alun est argileuse, au lieu que celle de tout plâtre est calcaire.
La plupart des auteurs ont employé sans distinction le nom ùinjypsu et celui de plâtre pour signifier la même chose : mais [)our é\ iter une seconde confusion de noms, nous n’appellerons plâtre que celui qui est o])a<|ue, et que l’on trouve eu grands bancs comme la pierre calcaire, d’autant que le nom de gypse n’est connu ni dans le commerce, ni par les ouvriers , qui uomment plâtre toute matière gypseuse et opa(iue; nous n’appliquerons donc le nom de gypse qu’à ce que l’on appelait sélénite, c’est-à-dii'c à ces morceaux transparents et toujours de figure régulière que l’on trouve dans toutes les carrières plâtreuses.
Le plâtre ressemble, dans son état de nature, à la pierre calcaire tendre; il est de même opaque et si friable, qu’il ne peut recevoir le moindre poli. Le gypse, au contraire, est transparent dans toute son épaisseur; sa surface est luisante et colorée de jaunâtre, de verdâtre, et quelquefois elle est d'un blanc clair. Les dénominations de pierre spéculairc ou de miroir- d’âne, (piele vulgaire avec quelques nomcnclatcurs ont données à celle nialièi’e cristallisée, n’étant fondées que sur des rapports équivo(iues ou ridicules, nous préférons avec laison le nom de gypse; car le talc, aussi bien ((ue le gypse, pourrait élrc appelé pierre spéculaire , puisque tous deux sont transparenls , et la dénomination de miroir-à-àne ou miroir-d’âne n’aurait jamais dû sortir de la plume de nos docteurs.
Le gypse est transparent et s’exfolie, comme le talc, en lames étendues et minces; il perd de même sa transpai'cnce au feu : mais il en diffère même à l’extcrieur, en ce que le talc est plus doux et comme onclueux au loucher ; il en diffère aussi par sa cassure spalbiciue et chatoyante ; il est calcinable et le talc ne l’est i)as : le plus petit degré de feu rend opaque le gypse le plus transparent, et il prend par la calcination plus de blancheur que l'autre plâtre.
J)e quehpic forme que soient les gypses , ce sont toujours des stalactites du plâtre qu’on peut comi)arer aux spaths des matières calcaires. Ces stalactites gypseuses sont composées ou de grandes lames appliciuces les unes contre les autres, ou de simples filets posés verticalement les uns sur les autres; ou enlin de grains â facettes irrégulières, réunis latéralement les uns auprès des auli’CS ; mais toutes ces stalactites gypseuses sont transparentes, et par conséquent plus pures que les stalactites communes de la pierre calcaii-e * : et quand je réduis à ces trois formes de
* 31. Sage, savant cliimistc do l’Académie dos Sciences, distingue neuf espèces de matières
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lames, de filels et de grains les crislallisations gypseiises, c’est seulement parce rpi’elles se trouvent le plus communément, car je ne prétends pas exclure les autres formes cpii ont été ou qui seront remarquées par les observateurs, puisqu’ils trouveront en ce genre, comme je l’ai moi-nième observe dans les spallis calcaires , des variétés presque innombrables dans la figure de ces cristallisations, et qu’en général la forme de crislallisation n’est pas un caractère constant, mais plus équivoque et plus variable qu’aucun autre des caractères par lesquels on doit distinguer les minéraux.
Nous pensons qu’on peut réduire à trois classes principales les stalactites transparentes de tous les genres : 1° Les cristaux quartzeux, ou ci-istaux de roche qui sont les stalactites du genre vitreux, et sont en même temps les plus dures et les plus diaphanes ; 2“ Les spaths, qni sont les stalactites des matières calcaires, et qui ne sont pas à beaucoup près aussi durs que les cristaux vitreux; 3" Les gypses qui sont les stalactites des matières plâtreuses, et qui sont les plus tendres de toutes. Le degré de feu qui est nécessaire pour faire perdre la transparence à toutes ces stalactites parait proportionnel à leur dureté : il ne faut qu’une chaleur très-médiocre pour blanchir le gypse et le rendre opaque ; il en faut une plus grande pour blanchir le si)ath et le réduire en chaux ; et enfin le feu le plus violent de nos fourneaux ne fait que très-peu d’impression sur le cristal de roche, cl ne le rcmd pas opaque. Or la transpai'cnce provient en partie de Tliomogénéilé de toutes les parties constituantes du corps transparent; et sa dureté dépend du rapprochement de ces mêmes parties et de leur cohésion plus ou moins grande ; selon que ces parties inlégrantcs seront elles-mêmes plus solides, et à mesure qu’elles seront plus rapprochées les unes des autres par la force de leur affinité, le corps transparent sera plus dur. H n’est donc pas nécessaire d’imaginer, comme l’ont fait les chimistes, une eau de cristallisation, et de dire que celte eau produit la cohésion et la transparence, et que la chaleur la faisant évaporer, le corps transparent devient opaque et perd sa cohé-
))lûli'euses ; 1» la terre gypseuse, blanche et friable comme la craie, et qui n’en dilTèrc qu’en ce qu’elle ne fait point effervescence avec les acides ; 2» l’albâtre gypseux , qui est susceptible de poli, et qni est ordinairement demi-transparent; 5" la pierre à plâtre qui n’est point susceptible de poli ; i" le gypse ou sclénite cunéiforme , appelé aussi pierre spekulaire , miroir d’âne , et vulgairement talc de Montmartre ; ti» le gypse ou sclénite rhomboîdale , dont il a trouvé des morceaux dans une argile rouge et grise delà montagne de Saint-Gcrmain-en-Layc ; 6“ le gypse ou sclénite prismatique décaèdre, dont il a vu des morceaux dans l’argile noire de Picardie; 7» lu sclénite basaltinc en prismes hexaèdres dans une argile grise de Montmartre; 8» le gypse ou séléuite lenticulaire , dont les cristaux sont opaques ou demi-transparents , et forment des groupes composés de petites masses orbiculaires , renflées dans le milieu, amincies vers les bords ; !)“ enfin le gypse ou sclénite striée, composée de fibres blanches, opaques et parallèles, ordinairement brillantes et satinées : on la trouve en Francbc-Comlé , à la Chine, en Sibérie, et on lui donne communément le nom de gypse de la Chine. Éléments de Minéralogie doeimastiqnc, nouvelle édition, tome I, pages 211 et 212.
ÜES MIJNEKACX.
rcuce par celte soustraction de son eau de crislallisalion. Il siiflil de penser que la clialeur dilatant tous les corps, un feu incdiocre suffit pour briser les faibles liens des corps tendres, et qu’avec un feu plus puissant on vient à bout de séparer les parties intégrantes des corps les plus durs; qu’enfin ces parlies séparées et tirées hors de leur sphère d’affinité ne pouvant plus se réunir, le cor()S transparent est pour ainsi dire désorganisé et perd sa transpai'encc, parce que toutes ses parties sont alors situées d’une manière différente de ce (ju’elles l’étaient auparavant.
Il y a des plâtres de plusieurs eoideurs. Le plâtre le jilus blanc est aussi le plus pur, et celui qu’on emploie le plus communément dans les enduits pour couvrir le plaire gris, qui ferait un mauvais effet à l’œil et qui est ordinairement plus grossier que le blanc. On connaît aussi des plâtres rougeâliTS, jaunâtres, ou variés de ces couleurs; elles sont toutes produites par les matières ferrugineuses et minérales dont l’eau se charge en passant à travers les couches de la terre végétale; mais ces couleurs ne sont pas dans les plâtres aussi fixes que dans les marbres; au lieu de devenir plus foncées et pins intenses par l’action du feu, comme il arrive dans les marbres chauffés, elles s’effacent au contraire dans les plâtres au même degré de chaleur, en sorte (pie tous les plâtres, ajii-ès la calcination, sont dénués de couleurs et paraissent seulement plus ou moins blancs. Si l’on expose à l’action du feu le gypse composé de grandes lames minces, on voit ces lames se désunir et se séparer les unes des auli'cs : on les voit en même temps blanchir et perdre toute leur transparence. Il en est de même du gypse en filets ou en grains; la différente figure de ces stalactites gypseuses n’en change ni la nature ni les propriétés.
Les bancs de plâtre ont été, comme ceux des pierres calcaires, déposés par les eaux en couches parallèles, séparées par lits horizontaux ; mais en se desséchant, il s’est formé dans tout l’intérieur de leur masse un nombre infini de fentes perpendiculaires qui la divisent en colonnes à plusieui's pans. M. Desmarest a observé celle tiguralion dans les bancs de plâtre à Montmartre ; ils sont entièrement composés de prismes posés verticalement les uns contre les autres, et ce savant académicien les compare aux prismes de basalte et croit que c’est par la retraite de la matière que celle figuration a été produite; mais je pense au contraire, comme je l’ai déjà dit, que toute matière ramollie i)ar le feu ou par l’eau ne peut prendre c'^lle figuration en se desséchant que par son renflement et non par sa retraite, et que ce n’est que par la compression réciproque que ces prismes peuvent s'etre formés et api)li(iués verticalement les uns contre les autres. Les basaltes se renflent par I action du leu qu'ils contiennent, et l’on sait que le plâtre en se séchant, au lieu de faire retraite, prend de l’extension; et c’est par celle extension de
* Méiiioii'CS do r.Voadômic des Sciences, année 1780.
UlSTOllîl!; naturelle
volume cl, j)al‘ ce rciillcinenl i-éciproque et lorcé que les diHeeeules pai‘lics de sa masse preimenl cette figure prismatique à plus ou moins de faces, suivant la résistance plus ou moins grande de la matière environnante.
Le plâtre semble difiérer de toutes les autres matières par la propriété qu’il a de prendre très-promptement de la solidité, après a\ oir été calciné, réduit en poudre et détrempé avec de l’eau; il acquiert même tout aussi promi)tement, et sans addition d’aucun sable ni ciment, un degré de dureté égal à celui du meilleur mortier fait de sable et de chaux : il prend corps de lui-même, et devient aussi solide que la craie la plus dure, ou la pierre tendre : il se moule parfaitement, parce qu’il se renfle en se desséchant : enfin il peut recevoir une sorte de poli, qui, sans être brillantine laisse pas d’avoir un ccriain lustre.
La grande quantité d’acides dont la matière calcaire est imprégnée dans tous les plâtres, et même saturée, ne fait en somme qu’une trèspetite addition de substance; car elle n’augmente sensiblement ni le volume ni la masse de celte même matière calcaire ; le poids du plâtre est à peu près égal à celui de la pierre blanche dont on fait de la chaux ; mais ces dernières pierres perdent plus du liei’S et quehjuefois moitié de leur pesanteur en se convertissant en chaux, au lieu que le plaire ne perd qu’environ un quart par la calcination *. De même il faut une
* J’ai mis dans le foyer d’une foi ge un morceau de idâirc du poids de deux livres , et après lui avoir fait éprouver une chaleur de la (dus grande violence pendant l'espace de près de huit heures, lorsque je l’cn ai tiré , il ne pesait plus que vingt-quatre onces trois gros; il in’a paru qu’il avait beaucoup diminué do volume ; sa couleur était devenue jaunâtre ; il était beaucoup plus dur qu’auparavant , surtout à sa surface; il n’avait ni odeur, ni goût, cl reau-forte n’y a lait aucune impression ; après l’avoir broyé avec peine , je l’ai délieinpé dans une suBisaute quantité d’eau ; mais il ne s’en est pas plus imbibe que si c’eût été du verre en poudre, et il n’a acquis ensuite ni dureté, ni cohésion. J’ai répété encore cette expérience de la manière suivante : j’ai fait calciner un morceau de plâtre dans un fourneau à chaux, et au degré de ebaleur nécessaire pour la ralcinalion de la pien c ; ap] è.s l’avoir relire du fourneau, j’ai ob.scrvé que sa superlicic s’était durcie et était devenue jaiinàtre; mais ce ([ui m’a surpris , c’est que ce plâtre e.xhalail une odeur de soufre cxlrcmcmcnl pénétrante ; l’ayant cassé, je l’ai lioiivé plus tendre à l’intérieur que lorsqu'il a été cuit à la rnaiiicre ordinaire, et, au lieu d’èlro Idauc, il était d’uii bleu clair : j’ai remis encore une partie de ce morceau de plâtre dans un fourneau de la même espèce ; sa superficie y a acquis beaucoup plus de dureté , l’intérieur était aussi beaucoup plus dur qu’aiiparavaiit ; le fou avait enlevé sa couleur blSic, et l’odeur de soufre se faisait sentir beaucoup moins : celui qui n’avait éprouvé que la première calcination s’est réduit en poudre; l’autre, au contraire, était parsemé de grains très-durs, qu’il fallait casser à coups de marteau ; ayant détrempé ces deux morceaux de plâtre pulvérisés dans de l’eau pour essayer d’en former une pâle , le premier a exbalé une odeur de soufre si forte et si pénétrante , que j’avais peine à la supporter; mais je iic me suis pas aperçu que le mélange de l’eau ait rendu l’odeur du second plus sensible, et ils n’ont acquis l’un et l’autre eu se dessécbaiU ni dureté, ni cohésion.
J’ai lait calciner un autre morceau Je plâtre du poids d’environ trois livres, au degré de chaleur qu'on fait ordinairement éprouver à cette pierre lorsqu’on veut l’employer; après
MS MINÉKAUX.
quaatilé i>lns que double d’eau pour fondre une (luanlité donnée de cliaux, tandis qu'il ne faut qu’une quantité égale d’eau pour détrenq)er le plâtre calciné, c’est-à-dire plus de deux livres d’eau pour une livre
avoir broyé ce plâtre, je l’ai détrempé dans douze pintes d’eau de fontaine, que j’ai fait bouillir pendant l’espace de deux heures dans des vaisseaux de terre vernissés : j’ai versé ensuite l’eau ()ar inclination dans d’autres vaisseaux, et, après l’avoir filtrée, j'ai continué de la faire évaporer par ébullition; pendant l’évaporation, sa superficie s’est couverte d’une pellicule formée de petites concrétions gypscu.scs , qui se précipitaient au fond du vaisseau lors<iu’clles avaient acquis un certain volume : la liqueur étant réduite à la quantité d’une bouteille, j’en ai séparé ces concrétions gypseuses qui pesaient environ une once, et qui étaient blanches et dcniitJ-ansparentes ; en ayant mis sur des charbons allumés, loin d’y acquérir une plus grande blancheur, comme il serait arrivé au plâtre cru , elles y sont devenues presque aussitôt brunes ; j’ai filtré la liqueur, qui était d’un jaune clair et d’un goût un peu lixiviel, et l’ayant fait évaporer au feu de sable dans un grand bocal, il s’y est encore formé des concrétions gypseuses : lorsque la liqueur a été réduite à la quantité d’un verre, sa couleur m’a paru plus foncée, et, l’ayant goûtée , j’y ai déiiiélé une saveur acide et uéanmoins salée; je l’ai filtrée avant qu’elle ait été refroidie, et l’aj^ant mise dans un lieu frais, j’ai trouvé le lendemain au fond du vaisseau trente-six grains de uilre bien cristallisé, formé en aiguilles ou petites colonnes à six faces, (jui s’est enflammé sur les cbarbous en fulminant comme le nitre le plus pur : j’ai fait ensuite évaporer pendant quelques instants le peu de liqueur qui me restait, et j’en ai encore retiré la même quantité de matière saline, d’une espèce différente à ta vérité de la première; car c’était du sel marin, sans aucun mélange d’autres sels, qui était cristallisé en cubes , mais dont la face attaelice au vaisseau avait la forme du sommet d’une jiyramide dont l’extrémité aurait été coupée ; le reste de la liqueur s’est ensuite épaissi, et il ne s’y est formé aucuns cristaux salins.
J’ai fait calciner dans un fourneau à chaux un autre morceau de plâtre ; il pesait, après l’avoir calciné, dix onces : sa superficie était devenue très-dure, cl il exhalait uuc forte odeur de soufre; l’ay'aut cassé, l’intérieur s’est trouvé très-blane, mais ccpcndiml parsemé de taches et de veines bleues, et l’odeur sulfureuse était encore plus pénétrante au dedans qu’au dehors ; après l’avoir broyé, j’ai versé quelques gouttes d’eau-forte sur une pincée de ce plâtre, et il a été sui-le-cluimp dissous avec beaucoup d’efferveseenee, quoi(|UC tes esprits acides soient sans action sur le plâtre crû et sur celui ([ui n’a éprouvé qu’une clialcur modérée : j’en ai ensuite détrempé une once avec de l’eau, mais ce mélange ne s’est point échaulfé d’une manière sensible, comme il serait arrivé à la chaux; cependant il s’en est élevé des vapeurs sulfureuses cxlrcmement pénétrantes; ce plâtre a été très-longtemps à se sécher, cl il n’a acquis ni diirelé, ni adhésion.
Ou sait eu général que les corps qui sout imprégnés d’une grande quantité de sels et de soufre sont ordinairement très-durs : telles sont les pyrites vitrioliques et plusieurs autres coucrélious minérales. On observe de plus que certains sels ont la propriété de s’imbiber d’une quantité d’eau très-considérable et de faire paraître les liquides sous une forme sèche et solide ; si ou fait dissoudre dans une quantité d’eau suflisantc une livre de sel de Glauber, qu’on aura fait sécher auparavant à la chaleur du feu ou aux rayons du soleil jusqu’à ce qu’il soit réduit en uuc ])Oudrc blanche, on retirera de celle dissolution environ trois livres de sel bien cristallisé ; ce qui prouve que l’eau qu’il peut absorber est eu proportion double de sou poids ; il se peut donc faire que la petite «piautité de sel que le plâtre contient contribue en quelque chose à sa cohésion ; mais je suis persuadé que c’est principalement au soufre auquel il est uni qu’on doit attribuer la cause du prompt dessèchement et de la dureté qu’il acquiert, après avoir éprouvé l’effervescence, en comparaison de celle qu’acquiert la chaux vive jetée dans l’eau ; cette effervescence est cependant assez semblable et très-réelle, puisqu’il y a mouvement intes-
17“2 HISTUIUE ÎSATÜUELLE
de cliaux vive, cl une livre d’eau seulement pour une livre de plâtre calciné.
Une propriété commune à ces deux matières, c’est-à-dire à la cliaux et au jilàtre calciné, c’est que toutes deux, exposées à l’air après la calcination, lomljenten poussière et perdent la plus utile de leurs propriétés : on ne peut plus les employer dans cet état. La cliaux, lors((irel!e est ainsi décomposée par rimniidité de l’air, ne fait plus d’ébullition dans l’eau, et ne s’y détrempe ou délaie ([ue comme la craie; elle n’acquiert ensuite aucune consistance par le dessécliement, et ne peut pas même reprendre par une seconde calcination les qualités de la chaux vive : et de même le plâtre en poudre ne se durcit plus lorsqu’il a été éventé, c’est-à-dire abandonné trop longtenijis aux injures de l’air.
La chaux fondue n’ac(|uicrt pas à la longue, ni jamais par le simple dessèchement, le même degré de consistance (|ue le plâtre prend en très-peu de temps après avoir été, comme la pierre calcaire, calciné par le feu et détrempé dans l’eau. Celte différence vient en grande partie de la manière dont on opère sur ces deux matières. Pour fondre la chaux, on la noie d’une grande quanlilé d’eau qu’elle saisit avidement; dès lors elle fermente, s’échauffe et bout en exhalant une odeur forte et lixi- > ielle. On détrempe le plâtre calciné avec une bien moins grande quantité d’eau; il s'échauffe aussi, mais beaucoup moins, et il répand une odeur désagréable qui ap|)roche de celle du foie de soufre. Il se dégage donc de la jiierre à chaux, comme de la pieri e à plâtre, beaucoup d’air fixe, et quelques substances volatiles, pyriteuscs, bilumeuses et salines, qui servent de liens à leurs parties constituantes, jmisque étant enlevées par l’action du feu, leur cohérence est en grande partie détruite : et ne doit-on pas attribuer à ces mêmes substances volatiles fixées par l’eau, la cause de la consistance que reprennent le plâtre et les mortiers de chaux? En jetant de l’eau sur la chaux, on lixe les molécules volatiles auxquelles ses parties solides sont unies; tant que dure l’elfervescence, ces molécules volatiles font effort pour s’échapper; mais lorsque
lin, chaleur sensible et augmenlation de volume ; or, loute cirervesecnec occasionne une larcfaclion et meme une gcnêration «l’air , et c’est par celle raison que le pbltre se rcnilc et qu’il pousse en tous sens, meme apres «pi’il a été mis eu œuvre ; mais cct air produit par l’effcrvesccncc est bientôt absorbé et fixé de nouveau dans les substances qui abondent on soufi-e ; en effet, selon M. Halles (Statistique des vi'‘gclaux, expér. Cdll), le soufre absorbe l’air, non-seulement lorsqu’il brûle, mais nuinie lorsque les matières où il se trouve incorporé fermentent ; il donne pour exemple des mèches, faites de chai pie de vieux linges, trempées dans du soufre fondu et ensuite enflammées, qui absorbèrent cent «inatre-vingt-dix-buit pouces cubiques d’air ; on sait d’ailleurs «|uc cet air ainsi fixé et qui a perdu son ressort attire avec autant de force qu’il repousse dans son état d’élasticité; on peut donc croire que le ressort de l’air contenu dans le plâtre ayant etc détruit, dînant rell'crvcscenec , par le souffre auquel il est uni, les parties constituantes de ce mixte s’attirent alors mutuellement , et se rapprochent assez poqi- lui donner la dureté et la densité «juc nous lui voyons prendre en aussi peu de temps. Xotc communiquée par M. Nadault.
DES MINÉISAUX.
toute effervescence a cessé et que la cl)aux est entièreiucnt saturée d’eau, on peut la conserver pendant plusieurs années et même pendant des siècles sans qu’elle se dénature, sans inéme qu’elle subisse aucune altération sensible. Or, c’est dans cet état que l’on emploie le plus communément la cliaux pour en faire du mortier; elle est donc imbibée d’une si grande quantité d’eau, qu’elle ne peut acquérir de la consistance qu’en perdant une partie de cette eau par la sécheresse des sables a\ cc lesquels on la mêle; il faut même un très-long temps pour que ce mortier se sèche et se durcisse en perdant par une lente évaporation toute son eau superflue; mais, comme il ne faut, au contraire, qu’une petite quantité d’eau pourdétrempei- le plâtre, et (pie, s’il en était noyé comme la pierre à chaux, il ne se sécherait ni nedurcirait pas plus bit que le mortier; on saisit, pour l’employer, le moment où reffervescence est encore sensible; et quoique celte cfferv((scence soit bien plus faible que celle de la chaux bouillante, cependant elle n’est pas sans chaleur, et même cette chaleur dure pendant une heure ou deux : c’est alors ipie le [ilàtre exhale la plus grande partie de son odeur. Pris dans cet état et disposé par la main de l’ouvrier, le plâtre commence à se renfler, parce que ses parties spongieuses continuent de se gonfler de l’eau dans laquelle il a été détrempé; mais peu de temps après, il se durcit jiar un dessécheimmt entier. Ainsi l’effet de sa prompte cohésion dépend beaucoup de l’état où il se trouve au moment qu’on l’emploie; la preuve en est que le mortier fait avec de la chaux vive se sèche et se durcit jiresque aussi promptement que le plâtre gâché, parce que la chaux est prise alors dans le même état d’effervescence que le plâtre. Cependant ce n’est qu’avec beaucoup de temps que ces mortiers faits avec la chaux, soit vive, soit éteinte, prennent leur entière solidité, au lieu que le plâtre prend toute la sienne dès le premier jour. Enfin cet endurcissement du plâtre, comme le dit très-bien M. Waequer *, « peut venir du mélange ■1 de celles de ses parties qui ont pris un caractère de c/iaux vive pen- « dant la calcination, avec celles qui n’ont pas pris un semblable carac- « tère et qui servent de ciment. « Mais ce savant chimiste ajoute que cela peut venir aussi de ce que le plâtre reprend Veau de sa cristallisation; et se cristallise de nouveau précipitammcnl et confusément. La jiremière cause me parait si simple et si vraie que je suis surpris de rallernative d’une seconde cause, dont on ne connaît pas même l’cxislencc : car cette eau de cristallisation n’est, comme le phlogisti(|uc, qu’un être de imv thode et non de la naliire.
Les plâtres n’étant que des craies ou des poudres de pierres calcaires imprégnées et saturées d’acides, on trouve assez souvent des couches minces de plâtre entre les lits d’argile, comme l’on y trouve aussi de pet itcscouehesde pyrites et de j)icries calcaires, 'routcsces petites coui lies
* Dictionnaire de Chimie, page 430.
Bi'FFOs, tom. in.
HlSTOlRÉ NATURELLE
sont de nouvelle foi-inalion , et proviennent également du dépôt de Tinfillralion des eaux. Comme l’argile contient des pyrites et des acides, et qu’en même temps la terre végétale qui la couvre est mêlée de sable calcaire et de parties ferrugineuses, l’eau se charge de foutes ces particules calcaires , pyrileuses , acides et ferrugineuses , et les dépose ou séparément ou confusément entre les joints horizontaux et les petites fentes verticales des bancs ou lits d’argile. Lorsque l’eau n’est chargée que des molécules de sable calcaire pur, son sédiment forme une concrétion calcaire tendre, ou bien une pierre semblable à toutes les autres pierres de .seconde formation ; mais quand l’eau se trouve à ta fois chargée d’acides et de molécules calcaires, son sédiment sera du plâtre. Et ce n’est ordinairement qu’à une certaine profondeur dans l’argile (jTie ces couches minces de plâtre sont situées, au lieu qu'on trouve les petites couches de pierres calcaires entre les premiers lits d’argile. Les pyrites se forment de même, soit dans la terre végétale, soit dans l’argile par la substance du feu fîSe réunie à la terre ferrugineuse et â l’acide. An reste, M. Pott * a eu tort de douter que le plâtre fût une matière calcaire, puisqu’il n’a rien de commun avec les malicres argileuses que l’acide qu’il contient, et que sa base, ou, pour mieux dire, sa substance, est entièrement calcaire, tandis que celle de l’argile est vitreuse.
Et de meme que les sables vitreux sc sont plus ou moins imprégnés des acides et du bitume des eaux de la mer en se coin ertissant en argile, les sables calcaires, par leur long séjour sous ces mêmes eaux, ont dû s’imprégner de ces mêmes acides et former des plâtres, principalement dans les endroits où la mer était le plus chargée de sels : aussi les collines de plâtre, quoique toutes disposées par lits horizontaux, comme celles des pierres calcaires, ne forment pas des chaînes étendues, et ne se trouvent qu’en quelques endroits particuliers ; il y a même d’assez grandes contrées où il ne s’en trouve point du tout**.
’ Litho-Géognosie, tome II.
« Cponstcdl dit que le gypse est lui'ossilc qui manque le pluscuSuêdcj que cepcnd.'uit <1 il eu possède des morceaux qui ont été trouvés à une grande profondeur, dans la montagne « de Kupferberg,dans une carrière d’ardoise qui est auprès delà fabrique d’alun d’Andrarum, « et qu’il a aussi un morceau d’alabastrite, ou gypse strie que l’on a trouvé près de .Nykioping. Cl 11 rapporte ensuite diverses expériences qu’il a faites surdos substancesgypscuses, et il ajoute: et 1“ que le gypse calciné avec de la matière inflammable donne des indications d’acide sulfuu reux et d’une terre alcaline; 2« que l’on trouve du gypse dans la mine de Kupfcrberg, près « d’Andraruin , enlrc-mélé de couches d’ardoise et de pyrites, et qu’à Westersilberberg on le B rencontre avec du vitriol blanc; 5“ iiue l’acide vitriolique est le seul des trois acides miné- B raux qui puisse donner à la terre calcaire, la propriété de prendre corps et de se durcir avec O l’eau, après avoir été légèrenieut calcinée, car l'acide de sel marin, en dissolvant la chaux, U forme ce qu’on appelle (très-improprement) le sel ammoniac fi.xc : pour l’acide du nilre , il B n’a point encore été trouvé dans le règne minéral ; il faut conclure de là que la nature, dans B la formation du gypse, emploie les memes matières que l’art; cependant la combinaison
DES MINÉRAUX. iré
Les bancs des cacn'ères à plâtre, quoique superposés horizontalement, ne suivent pas la loi progressive de dureté et de densité qui s’observe dans les banes calcaires; ceux de plâtre sont meme souvent séparés par des lits interposés de marne, de limon, de glaise, et cbacpie banc plâtreux est pour ainsi dire de différente qualité, suivant la proportion de l’acide mêlé dans la substance calcaire. Il y a aussi beaucoup de plâtres inq)arfaits, parce que la matière calcaire est très-souvent mêlée avec quelque autre terre, en sorte qu’on trouve assez communément un banc de très-bon jilâtre entre deux bancs de plâtre lm|)ur et mélangé.
Au reste, le plâtre cru le plus blanc ne l’est jamais autant que le plâtre calciné, et tous les gypses ou stalactites de plâtre, quoique transparents, sont toujours un peu colorés, et ne deviennent très-blancs que par la calcination ; cependant l’on trouve en quelques endroits le gypse d’un blanc transparent dont nous avons parlé, et auquel on a donné improprement le nom d’aMlre.
Le gypse est le plâtre le plus pur, comme le spath est aussi la pierre calcaire la plus pure : tous deux sont des extraits de ces matières, et le gypse est peut-être plus abondant proportionnellement dans les bancs plâtreux, que lé spath ne l’est dans les bancs calcaires ; car on trouve souvent entre les lits de pierre à plâtre des couches de quelques pouces d’épaisseur de ce même gypse transparent et de figure léguliérc. Les fentes perpendiculaires ou inclinées, qui séparent de distance à autre les blocs des bancs de plâtre, sont aussi incrustées et quelquefois entièrement remplies de gj'pse Iransparent et formé de filets allongés. Et il parait en général qu’il y a beaucoup moins de stalactites opaques dans les plâtres que dans les pierres calcaires.
Les plâtres colorés, gris, jaunes ou rougeâtres, sont mélangés de parties minérales : la craie ou la pierre blanche réduite en poudre aura formé les plus beaux plâtres; la marne qui est composée de poudre de pierre, mais mélangée d’argile ou de terre limoneuse, n’aura pu former qu’un plâtre impur et grossier, j)lus ou moins coloré suivant la quantité de ces mêmes terres *. Aussi voit-on dans les carrières plusieurs bancs de plâtre imparfaits, et le bon plâtre se fait souvent chercher bien audessous des autres.
Les couches de plâtre, comme celles de craie, ne se trouvent pas sous les couches de pierres dures ou de rochers calcaires ; et ordinairement
« qn’clle fuit paraît Lien plus parfaite. «Expériences sur le gypse, dans un recueil de Mémoires sur la Chimie, traduit de l’Allemand; Paris, 17C4, tome II, pages 537 et suiv.
’ O On croirait, dit M. Bowles, que les feuilles d’argile, mêlées avec la terre calcaire, que « l’on trouve souvent étendues sur le plâtre, en sont de véritables couches, mais cela n’est O pas ; elles sont de cette façon, parce que le temps de leur destruction n’est pas encore arrivé, U et le plâtre est dans cet endroit plus nouveau que l’argile mêlée de terre calcaire, que je U trouvai, par des expériences, être un plâtre imparfait. » Histoire naturelle d’Espagne , page 192.
lirSïOlUE NATURELLE
les collines à plâtre ne sont composées que de petit gravier calcaire, de tuffeau, qu’on doit regarder comme une poussière de pierre, et enfin de marne, qui n’est aussi que de la poudre de pierre mêlée d’un peu de terre. Ce n’est que dans les couches les plus Lasses de ces collines et audessous de tous les plâtres qu’on trouve (pielquefois des Lancs calcaires avec des impressions de coquilles marines. Ainsi toutes ces poudres de pierres, soit craie, marne ou Inffeaii, ont élé déposées par des alluvions postérieures, avec les plâtres, sur les Lancs de pierre qui ont été formés les premiers : et la masse entière de la colline plâtreuse porte sur cette pierre ou sur l’argile ancienne et le schiste qui sont le fondement et la hase générale et commune de toutes les matières calcaires et plâtreuses.
Comme le plâtre est une matière très-utile, il est Lon de donner une indication des différents lieux (|ui peuvent en fournir, et où il se trouve jiar couches d’une certaine étendue, à commencer par la colline de Montmartre à Paris : on en lire des plâtres Lianes, gris, rougeâtres, et il s’y trouve une très-grande quantité de gypse, c’est-à-dire des stalactites transparentes et jaunâtres en assez grands morceaux plus ou moins épais et composés de lames minces appliquées les unes contre les autres *. Il y a aussi de Lon plâtre â Passy, à Montreuil près de Créteil, à Gagny cl dans plusieurs autres endroits aux environs de Paris : on en trouve de même à Decize en Nivernois, â SomLernon près Vitteaux en Bourgogne, où le gypse est Liane et très-transparent. « Dans le village « de Charcey, situé à trois lieues au coucliantde Chàlons-sur Saône, sur K la route de celle ville à Autun, il y a, m’écrit 31. Duiuorey, des car- « rières de Irès-Leau plâtre Liane et gris. Ces carrières s’étendent dans « une grande partie du territoire ; elles sont à peu de profondeur en ■1 terre : on les découvre souvent en cultivant les vignes.qui couvrent « la colline où elles se trouvent ; elles sont placées presque au pied du
* O Dans les carrières de Montmartre, dit M. Guettard, les bancs sont ordinairement O entre-coupes d’une bande de pierre spéculaire, qui est quelquefois d’un pied, et d’autres U fois n’a que quelques pouces : cette pierre est communément d’un jaune transparent, mais a quelquefois sa couleur est d’un brun et d’un verdàlie de glaise; elle se trouve ordinaire- « ment dans des terres de l’une ou de l’autre de ces rouleurs, clic y est en petites paillettes; O le total forme une bande qui n’a (pie quelques pouces : elle sépare ordinairement le second » banc de pierre à plâtre, qui est un de ceux qui sont au-dessous des pierres veinées; le preii inier l’est par une courbe de l’autre pierre spéculaire : cette couclic forme coininunémcnt « des masses de morceaux arrangés irri%utièremcnt, de façon cependant qu’on peut la distin- « gu er eu deux parties; je veux dire, qu’une partie, des morceaux semble picudre du banc » supérieur de pierre à plâtre, et l’autre s’élever du banc inférieur qu’elle sépare; quelque- « fois il se trouve des morceaux qui sont isolés, et qui ont une figure triangulaire dont la base Il forme un angle aigu et rentrant — les autres morceaux qui composent les masses irréigu- .1 licrcs des autres eouclies afrcetcnl également plus ou moins cette ligure, et tous se lèvent >1 par feuillets. »
M. Guettard ajoute qu’il en est à peu près de même de toutes les carrières à plâtre des environs de Paris. Voyez les Mémoires de l’Académie des Sciences, année 17o6, jiage 239.
« coteau qui est dominé de toutes parts des montagnes les ])lus élevées ■c du pays. La surface de tout le coteau ii’est pas sous des pentes unifor- « mes J elle est au contraire coupée presque en tout sens par des anciens >i ravins qui forment dans ce piiys un nombre de petits monticules dis- <: posés sur la croupe générale de la montagne. Ce plâtre est de la pre- >1 inière qualité pour l’intérieur des appartements, mais moins foi-t que <1 celui de Montmartre, et que celui de Salins en Franche-Comté, lors- «t qu’il est exposé aux injures de l'air *. » M. Guettard a donné la description ds la carrière à plâtre de Serbeville en Lorraine, près de Lunéville **.
Dans cette plâtriére, les derniers bancs ne portent pas sur l’argile, mais sur un banc de j)ierres calcaires mêlées de coquilles. Il a aussi parlé de quelques-unes des carrières à plâtre du Daupbiné ***, et en dernier lieu M. Pralon a très-bien décrit celle de Montmartre près Paris****.
En Espagne, aux environs de Molina, il y a plusieurs carrières de plâtre ****** on en voit une colline entière à Dovenno près de Liria, etl’on
• Xotc commuiiiquce par M. Dumorcy, iiigciiieur eu chef do la province de Bourgogne, à M. de Biiiïoii, 22 juillet 1779.
« Le caillou de Lunéville, en Lorraine, dil M. Guettard, ne m’offrit rien de plus curieux. « par rapport à l’Ilistoirc Xalurellc, qu’une carrière à plâtre qui est à Serbeville, village peu U éloigné de Lunéville; les bancs dont cette carrière est composée, sont dans cet ordre : t" un « lit de terre de v'ingt-huit pieds ; 2“ un cordon rougeâtre de deux à trois pieds ; 5“ un lit de <i chàlin noir de (piatre pieds ; 4“ un cordon jaune de deux pieds ; 5'’ un lit de châlin verdâtre, a de quatre à cinq pieds; 6“ un lit de crasses, moitié bonnes, moitié mauvaises , de trois a pieds ; 7“ un de quatre pieds de pierres appelées moutons ; 8“ un filet d’un pouce de tarque; U 9“ un lit d’un demi-pied de carreau, bon pour la maçonnerie; 10" uu lit de plâtre gris, d’un il pied ; 1 1» un lit d'un pied de moellon de pierre calcaire jaunâtre, bleuâtre ou mêlée de deux O couleurs cl coquillière. On y voit des empreintes de cames , des peignes ou des noyaux de O ces coquilles, et de jolies dcndriles noires ; ce dernier banc est plus considérable que je ne « viens de le dire , ou bien il est suivi d’autres bancs de différentes épaisseurs ; on ne les K perce que lorsqu’on fait des canaux pourrécoulcracnt des eaux des pluies...
a Les uns ou les autres des lits ou des bancs de cette carrière, et surtout les petits, forment « des ondulations qui donnent à penser que les dépôts auxquels ils sont dus ont été faits par • les eaux...
U Quoique l’on fasse une distinction entre ces plâtres , et qu’on donne à l’un le nom de U blanc préférablement à l’autre, celui-ci n’est pas néanmoins réellement noir, il n’est seule- 0 ment qu’un peu moins blanc, et l'on mêle, ensemble toutes les autres espèces ; ces espèces « sont le plâtre qu’on appelle par préférence le noir, la crasse, le rouge, le tarque, le mouton « et le très-noir. Le rouge est d’une couleur de chair ou de cerise pâle, le tarque est brun « noirâtre, et la crasse tire sur le gris blanc; le blanc, même le plus beau, n’est pas transpa- « rent ; mais les uns et les autres de ces bancs en fournissent qui sont fibreux, d’un blanc sale « soyeux , et qui a de la transparence, a Mémoires de l’Académie des Sciences , année 1763, pages ISG et suiv.
Voyez les Mémoires sur la Minéralogie du Dauphiné, tome II, pages 278, 279, 286, 289 et 290.
Voyez le journal de Physique d’octobre 1780, pages 289 et suiv.
„ Il y en a de plus de soixante pieds de profondeur, qui ont plus de trente couches,
HISÏOIIIE NATURELLE
y voit des Jiancs de plâtre Liane , gris et rouge *. On trouve aussi du plâtre rouge au somruet d’une montagne calcaire à AlLaracin, qui parait être l’un des lieux les plus élevés de l’Espagne **, et il y en a de même prés d’Alicante, qui est un des lieux les plus Las, puisque cette ville est située sur les Lords de la mer j elle est voisine d’une colline dont les Lancs inférieurs sont de plâtre de différentes couleurs ***.
En Italie, le comte Marsigli a donné la description de la carrière à plâtre de Saint-Raphaël, aux environs de Bologne, où l’on a fouillé à plus de deux cents pieds de profondeur ****. On trouve aussi du Lon plâtre dans plusieurs provinces de l’Allemagne, et il y en a de très-Llanc dans le duché de WirtemLerg.
Dans quelques endroits ***** de la Pologne, dit M. Guettard, «le vrai
U depuis deux lignes jusqu’à deux pieds d’épaisseur, qui paraissent avoir été déposées et » charriées avec une gradation successive, selon qu’oii les voit par leurs feuillets et leurs O couleurs ; mais ce n’est cependant qu’uue seule et même masse de plâtre, variée seule- « ment par l’arrangement des parties. » Histoire Naturelle d’Espagne, par îl. Bowles, pages 191 et 192.
* Histoire Naturelle d’Espagne, par Bowles, page 106.
** Idem, ibidem.
''** « .4u bas de cette montagne, dit M. Bowles, il y a une couche de marne à terre à « chaux mêlée d’argile jaune, rouge et grise, laquelle sert de couverture à une base de plâtre « rouge, blanc, châtain, couleur de rose, noir, gris et jaune, qui est le fondement de toute la « montagne. » Idem, ibidem, page 84.
**** U Ily a dans ce lieu trois espèces de gypse: dans la première, située parallèlement à l’bo- « rizou, et disposée par lits alternatifs , avec des lits de terre , est le gypse commun , nommé » scaglia par les ouvriers du pays : on l’employait autrefois tout brut dans les fondations des « tours, et meme pour les ornements des portes et des fenêtres ; mais à présent étant briilé et « réduit en poudre, il passe pour un excellent ciment, surtout si on le mêle avec de la chaux « pour qu’il résiste mieux à l’humidité.
« La seconde espèce de gypse, appelée «cBÿ/fo/a, est située perpendiculairement à l’horizon, « dans les fentes de la montagne; c’est une espèce de talc imparfait , et peut-être la pierre « spéculairc de l’line; on la calcine et onia réduit en poudre très-6ne, blanche comme la U neige, dont on fait des ligures moulées aussi élégantes que celles du plus beau marbre blanc « faites au ciseau.
« La troisième espèce de gypse est oblique à l’horizon ; elle ressemble à l’alun de plume, et « peut en être une espèce impure et imparfaite.
U On rencontre aussi quelquefois dans les fentas de cette montagne certaine croûte que les « ouvriers a|)pellent œil de gypse et nervature; celte matière reçoit le poli comme le marbre, « et ne cède point au plus bel albâtre pour la distribution des taches. » Collection académique. Partie étrangère, tome VI, page 476.
Hzaczynsky indique plusieurs endroits de la Pologne qui fournissent du plâtre sous la « forme de pierre spéculairc , ou sous celle qui lui est le plus ordinaire ; selon cet auteur , la tt pierre spéculairc est commune entre Crovie et Sonez, dans le village do Posadza, situé comme « les deux derniers endroits dans la petite Pologne, le Palatinat de Russie, et près le village de « Sfarchocice ; il est abondant proche Podkamien : les caves de Saruki sont creusées dans des « rochers de cette pierre
« L’autre espèce de plâtre se tire en grande Pologne, près Goska, distant de deux lieues de
UKS MIMiUAl X.
Il plâtre n’est pas rare. Celui de Roliatin (Staroslie de Russie) est entiè- >1 renient semblable au plâtre des environs de Paris, que l’on appelle « grüjnart : il est composé de morceaux de pierres spéculaires, jaiinà- >i 1res et brillantes, qui affectent une figure triangulaire. Les bancs de « cette pierre sont de toutes sortes de largeurs et d’épaisseurs. » On trouve encore du plâtre et du beau gypse aux environs de Bâle en Suisse, dans le pays de Aeufchâtel, et dans plusieurs autres endroits de l’Europe.
Il y a de même du plâtre dans l’üe de Chypre, et presque dans toutes les provinces de l’Asie. On en fait des magots à la Chine et aux Indes.
L’on ne peut donc guère douter que celle matière ne se trouve dans toutes les parties du monde, quoiqu’elle se présente seulement dans des lieux particuliers et toujours dans le voisinage de la pierre calcaire : car le plâtre n’étant composé que de substance calcaire réduite en poudre, il ne peut se trouver que dans des endroits peu éloignés des rochers, dont les eaux aui-ont détachés ces particules calcaires ; et comme il contient aussi beaucoup d’acide vitrioliquc, celte combinaison suppose le voisinage delà terre limoneuse, de l’argile et des pyrites, en sorte que les matières plâtreuses ne se seront formées comme nous l’avons dit, que dans les terrains où ces deux circonstances se trouvent réunies.
Quelque hautes que soient certaines collines à plàlrc, il n’est pas moins certain que toutes sont d’une formation ])Ius nouvelle que celle des collines calcaires ; outre les preuves que nous en avons déjà données, cela peut se démontrer par la composition même de ces éminences plâtreuses ; les couches n’en sont pas arrangées comme dans les collines calcaires; quoique posées horizontalement, elles ne suivent guère un ordre régulier; elles sont placées confusément les unes sur les autres, et chacune de ces couches est de matière différente; elles sont souvent surmontées de marne ou d’argile, quelquefois de tuffeau de pierres calcaires en débris, et aussi de pyrites, de grès et de pierre meulière. Une collineà plâtre n’est donequ’un gros tas de décombresamenés par les eaux dans un ordre assez confus, et dans lequel les lits de poussière (|ui ont recules acides des lits supérieurs sont les seuls qui se soient convertis en
U Keiuia, près Vapuo, du canton de Paluki et dans d’autres endroits de la petite Pologne... Les « campagnes de Skala-Trcmliowla en ont qui ressemble à l’alliâtre, et auquel il ne manque q>ie « la dureté pour être, scion Kzaczynski, regardé comme un marbre : ces endroits ne sont pas U les seuls qui fournissent de cotte pierre ; on en rencontre cà et là , suivant eet auteur... On « trouve encore du plâtre à Bole.straszicc, à Lakodow, à dix lieues du Léopol, dans le Palalinat « de Bussie : ce plâtre est transparent; l’on en fait des vitres , ce n’est sans doute que de la » pierre spéculaire ; celui «(ue les Italiens appellent alun-scaifliola, et qui n est que de la pierre O spéculaire, se trouve à Zawale et à Czarnakozynco. Ces endroits donnent également du plâtre U ordinaire et blanc : ils sont de Podolie ou du territoire de Kuminice. « Mémoires de M. Guftiard, dans ceux de l’Académie des Sciences, année 1702, pages 301 et 302.
^HO mSTOFHE iNATL'P.ELLE
plaire. Cetto formation récente se démontre encore par les ossements d’animaux terrestres * qu’on trouve dans ces couches de plâtre, tandis qu on ny a jamais trouvé de coquilles marines. Enfin elle se démontre évidemment, parce que dans cet immense tas de décombres toutes les matières sont moins dures et moins solides que dans les carrières de pierres anciennes. Ainsi la nature même dans son désordre, et lorsqu’elle nous parait n avoir travaillé que dans la confusion, sait tirer de ce désordre même des effets précieux et former des matières utiles, telles que le plâtre, avec de la poussièi'c inerte et des acides destructeui's ; et comme cette poussière de pierre, loi’squ’ellc est fortement imprégnée d’acides, ne j)rend pas un grand degré de dureté, et que les couches de plâtre sont plus ou moins tendres dans toute leur étendue, soit en longueur ou en largeur, il est arrivé que ces couches, au lieu de se fendre comme les couches de pierre dure par le dessèchement de distance en distance sur leur longueur, se sont au contraire fendues dans tous les sens, en se renllant tant en largeur qu’en longueur ; et cela doit arriver dans toute matière molle qui se renlle d abord par le dessèchement avant de prendre sa consistance. Cette meme matière se divisera par ce renflement en prismes plus ou moins gros et à plus ou moins de faces, selon ((U elle sej'a plus ou moins tenace dans toutes ses parties. Les couches de pierre au conti'aire ne se renflant point par le dessèchement, ne se sont fendues que par leur retraite et de loin en loin, et plus fréquemment sur leur longueur (pie sur leur largeur, parce que ces matières plus dures avaient trop de consistance, même avant le dessèchement, pour se fendre dans ces deux dimensions, et (pie dès lors les fentes perpendiculaires n’ont pu se faire que par effort sur l’endroit le plus faible, où la matière s’est trouvée un peu moins dure que le reste de la masse, et qu’enlin le dessèchement seul, c’est-à-dire sans renflement de la matière, ne peut la diviser que très-irrégulièrement et jamais en prismes ni en aucune autre figure régulière.
* Nous avons, au Cabinet du Koi, des inâclioircs de cerf avec leurs dents, trouvées dans les carrières de plâtre de Montmartre, près Paris.