‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 19 sur 54 · COMPOSÉES DE MATIERES VITREUSES ET DE SUBSTANCES CALCAIRES · texte numérisé non relu

COMPOSÉES DE MATIERES VITREUSES ET DE SUBSTANCES CALCAIRES

Dès que les eaux sc furent emparées du premier débris des grandes masses vitreuses, et que la matière calcaire eut commencé à se produire dans leur sein par la génération des coquillages, bientôt ces détriments vitreux et calcaires furent transportés et déposés tantôt seuls et purs, et tantôt mélangés et confondus ensemble suivant les différents mouvements des eaux. Les mélanges qui s’en formèrent alors durent être plus ou moins intimes, selon que ces poudres étaient ou jilus ténues ou plus grossières, et suivant que la mixtion s’en fit plus ou moins complètement. Les mélanges les plus imparfaits nous sont représentés par la marne, dans laquelle l’argile et la craie sont mêlées sans adhésion, et confondues sans union proprement dite. Lhie autre mixtion un peu plus intime est celle qui s’est faite par succession de temps, de l’acide des argiles qui s’est déposé sur les bancs calcaires, et en ayant pénétré l’intérieur, les a transformés en gypse et en plâtre. Mais il y a d’autres matières mixtes, où les substances argileuses et calcaires sont encore plus intimement unies et combinées, et qui paraissent appartenir de plus près aux grandes et antiques formations de la nature ; telles sont ces pierres qui, avec la forme feuilletée des schistes, et ayant en effet l’argile pour fonds de leur substance, offrent en même temps dans leur texture une figuration spathique, semblable à celle de la pierre calcaire, et contiennent réellement des éléments calcaires intimement unis et mêlés avec les parties schisteuses. La première de ces pierres mélangées est celle que les minéralogistes ont désignée sous le nom bizarre de pietre de corne *. Elle se trouve souvent en grandes masses adossées aux montagnes de granits, ou contiguës aux schistes qui les revêtent et qui forment les montagnes du second ordre. Or, cette position semble indiquer l’époque de la formation de ces schistes spathiques, et la jilacer, ainsi que nous l’avous indiqué, au temps de la production des dernières argiles et des premières matières calcaires qui durent en effet être

* Nota. Ce nom de pierre de corne {hornstein) avait d’abord été donné par les mineurs allemands à ces silex en larmes qui , par leur couleur brune et leur demi-transparence , offrent quelque ressemblance avec la corne; mais Wallerius a changé cette acception , qui du moins était fondée sur une apparence , et les minéralogistes , d’après lui , appliquent , sans aucune analogie entre le mot et la chose, cette dénomination de pierre de corne aux schistes spathiques plus ou moins calcaires dont nous parlons.

HISTÜIKE NATURELLE

contemporaines ; etce premier mélange des détriments vitreux et calcaires paraît être le plus intime comme le plus ancien de tous : aussi la comhiuaison de l’acide des couches argileuses déposées postérieurement sur des bancs calcaires est bien moins parfaite dans la pierre gypseuse, puisqu’elle est bien i)lus aisément réductible que ne l’est la pierre de corne, qui souffre, sans se calciner, le feu nécessaire pour la fondre. La pierre à plaire, au contraire, se cuit et sc calcine à une médiocre chaleur. On sait de même que de simples lotions, ou un précipité pail’acide, suffisent pour faire la séparation des poudres calcaires et argileuses dans la marne, parce que ces poudres y sont restées dans un état d’incohérence, qu’elles n’y sont pas mêlées intimement, et qu’elles n’ont point subi la combinaison qui leur eût fait prendre la figuration spathique, véritable indice de la lapidification calcaire.

Cette pierre de corne est plus dure que le schiste simple, et en diffère par la quantité plus ou moins grande de matière calcaire qui fait toujours partie de sa substance. Ou pourrait donc désigner cette pierre sous un nom moins impropre que celui de pierre de corne, et même lui donner une dénomination précise, en l’appelant schiste spathique; ce qui indiquerait en même temps et la subslance schisteuse qui lui sert de base, et le mélange calcaire qui en modifie la forme et en spécifie la nature *. Et ces pierres de corne ou schistes spathiques ne diffèrent en elfet entre eux que par la plus ou moins grande quantité de matière calcaire qu’ils contiennent. Ceux où la substance argileuse est presque pure ont le grain semblable à celui du schiste pur mais ceux où la matière

* Nota. Quoique M. de Saussure reproche aux minéralogistes français d’avoir méconnu la pierre de corne, et de t’avoir confondue, sous le nom de sehUle, avec toutes sortes de pierres qui se divisent par feuillets, soit argileuses, soit marneuscH ou calcaires (Voyage dans les .\lpes, tome t page 77), il est pourtant vrai que ces mêmes minéralogistes n’oiil fait qu’une erreur infiniment plus légère que celle où il tombe lui-même, en rangeant les roches primitives au nombre des roches feuilletées; mais sans insister sur cela nous observerons seulement que le nom de schiste ne désigna jamais chez les bons naturalistes aucune pierre feuilletée purement calcaire ou marneuse, et que dans sa véritable acception il signifia toujours spécialement les pierres argileuses qui sc divisent naturellement par feuillets, et qui sont plus ou moins mélangées d’autres substances, mais dont la base est toujours l’argile ; or, la pierre de corne n’csl en effet qu’une espèce de ces pierres mélangées de parties argileuses et calcaires, et nous croyons devoir la laiigor sous une même déuomiiialion avec ces pierres ! et ce n’était pas la peine d’invcnlor un nom sans analogie pour ne nous l'ieii apprendre de nouveau, et pour désigner une substance qui n’est qu’un schiste mélangé de parties calcaires. En rappelant donc cette pierre au nom genétriquo de schiste, auquel elle doit rester subordonnée, il ne s’agit que de lui assigner une épithète spécifique, qui la classe et la distingue dans son genre , et comme le nom de spath, malgré les rai.sons qu’il y aurait eu de no l'appliquer qu’à une seule substance, parait avoir été adopté pour désigner des substances trc-v-différentes, je croirais <|u’il serait à propos d’appeler les prétendues pierres de corne, schistes spathiques, quisqu’en effet leur texture offre toujours une cristallisation plus ou moins apparente en forme de spath.

JI. de Paussiire, Voyage dans les Alpes, tome 1, page fit).

calcaire ou spatlüque abonde, offrent à leur cassure un grain brillant, écailleux, avec tin tissu fibreux *, et luênie montrent distincleinent dans leur texture une liguralion spatliique, en lames rectangulaires, striées; et c’est dans ce dernier état que quelques auteurs ont donné à leur pierre de corne le nom de hornblende^ et que Wallerius l’a indiquée sous la dénomination de corneus spathosus.

Les schistes spalhiques sont en général assez tendres, et le plus dur de ces schistes spalhiques ou pierre de corne est celle que les Suédois ont appelée Irapp (escaliei'), parce que cette pierre se casse par étage ou plans superposés, comme les marches d’un escalier **. La |jicrre de corne commune est moins dure que le trapp ; quelques autres pierres de corne sont si tendres qu’elles se laissent entamer avec l’ongle ***. Leur couleur varie entre le gris cl le noir; il s’en trouve aussi de vertes, de rouges, de diverses teintes. Toutes sont fusibles à un degré de feu assez modéré, et donnent en se fondant un veri’e noir et compacte. ^Aallerius observe qu’en humectant ces pierres elles rendent une odeur d’argile. Ce fait seul joint à l’inspection aurait dû les lui faire placer à la suite des pieri'es argileuses ou des schistes simples ou purement argileux, à ces

* Corneus (îssilis. Wallerius, sp. 178.

** O Ou trouve le Irapp dans plusieurs endroits de la Suède, souvent dans des montagnes a de première formation, remplissant des veines étroites et d’une structure si subtile, que ces « particules sont impalpables; quand il est noir, il sert, comme la pierre de touche, à éprouver « l’or et l’argent ; il n’y a dans ces montagnes aucuns vertiges de feu souterrain.

« On en rencontre aussi dans les moutagiics p.ar couches, surtout dans celles d’Ostrogothie; « il porte sur une couche de pierre calcaire pleine d’animaux marins pétrifiés; cette dernière U couche est posée sur un lit de pierre sablonneuse, qui est couchée horizontalement sur le a granit....

O Dans les monts Kinne-kulle, Billigen et Mæsbcrt, celle couche de trapp est ordinaire- « ment en pente ; dans ceux de Hunne cl do Ilalleberg elle s’élève comme un mur perpendicu- » laire, do plus de cent pieds de haut, rempli do fentes, tant horizontales que verticales, qui « donnent miissoiiee à des prismes pour la plupart quadrangulnires : iminédialetucnl sous cotte « couche, on trouve un schiste uoix' pai'allèle à l’hoiâzon, ce qui éloigne toute idée de regarder U le trapp comme le produit d’un incendie volcanique. » lixlrait de W. Bergmann, dans le .Tournai de l’hysique, septembre 1780. fie même JI. Bergmann, dans sa lettre à M. Troïl (Lettres sur l’Islande, page i-iS), s’e.\primc ainsi: » Dans toutes les montagnes disposées pur U couches qui se l.rouvent dans la Veslrogothie, la couche supérieure est de trapp placée sur « une ardoise noire : il n’y a nulle apparence que celle matière de trapp ait jamais été fondue. » Mais quand ensuite cet habile chimiste veut attribuer au basalte la même origine, il se trompe; car il est certain que le basalte a clé fondu, et sou idée sur l’identité du trapp et du basalte, fondée sur la ressemblance de leurs produits dans l’analyse, ne prouve rien autre chose, sinon que le feu a pu, comme l’eau, envelopper, coiifoudi'c les mêmes matières.

Le trapp, suivant M. de Morceau, contienl beaucoup do fer; il a tiré quinze pour cent de fer, d’un morceau de trapp (|ui lui avait été envoyé de Suède par M. Bergmann: celui-ci assure que le trapp se fond au feu sans bouillonnement: que l’alcali minéral le dissout par lu voie sèche avec elïervescence, et que le borax le dissout sans effervescence. Opuscules de M. Bergmann, tome H, diss. 2S.

‘'"Opuscules de M. Bergmann, tome II, diss. 2:>.

schistes composés, dont ceux qui sont le moins mélangés de parties calcaires n’offrent pas la figuration spathique, et ne peuvent, de l’aveu des minéralogistes, se distinguer qu’à peine du schiste pur.

Quoique le trapp et les autres pierres de corne ou schistes spathiques, qui ne contiennent qu’une petite quantité de matière calcaire, ne fassent aussi que peu ou point d’effervescence avec les acides, néanmoins en les traitant à chaud avec l’acide nitreux on en obtient par l’alcali fixe un précipité gélatineux, de même nature que celui que donnent la zéolithe et toutes les autres matières mélangées de parties vitreuses et de parties calcaires.

Ce schiste spathique se trouve en grand volume et en masses trésconsidérahles mêlées parmi les schistes simples, IM. de Saussure, qui le décrit sous le nom de pierre de corne, l'a rencontré en plusieurs endroits des Alpes. « A demi-lieue de Chamoimi, dit ce savant professeur, en « suivant la rive droite de l’Arve, la base d’une montagne, de laquelle Il sortent plusieurs belles sources, est une roche de corne mêlée de mica « et de quartz. Scs coicches sont à peu près verticales, souvent brisées et Il diversement dirigées *. » Ce mélange de mica , ce voisinage du quartz, cette violente inclinaison des masses me parait s’accorder avec ce que je viens de dire sur l’origine et le temps de la formation de cette pierre mélangée. 11 faut en effet que ce soit dans le temps où les micas étaient flottants et disséminés sur les lieux où se trouvaient les débris plus ou moins atténués des quartz, et dans des positions où les masses priniitives rompues en différents angles n’offraient comme parois ou comme bases, que de fortes inclinaisons et des pentes roides; ce n’est, dis-je, que dans ces positions où les couches de formation secondaire ont pu prendre les grandes inclinaisons des pentes et des faces contre lesquelles on les voit appliquées. En effet, M. de Saussure nous fournit de ces exemples de roches de corne adossées à des granits **; mais ne se méprend-il pas lorsqu’il dit que des blocs ou ti'anches de granit, qui se rencontrent quelquefois enfermées dans ces roches de corne, s’y sont produits ou introduits postérieurement à la formation de ces mêmes rochers? 11 me semble que c’est lors de leur formation même que ces fragments de granit primitif y ont été renfermés, soit qu’ils y soient tombés en se détachant des sommets plus élevés *** , soit que la force même des flots les y ait entraînés dans le temps que les eaux charriaient la pâte molle des argiles mélangées des poudres calcaires, dont est formée

* Voyage dans les Alpes, lome I, page 453.

** Voyage dans les Alpes, tome I, page 531.

*’* Nota. L’observation même de M. de Saussure aurait pu le convaincre que la matière de CCS tranches de granit a été amenée par le mouvement des eaux, et qu’elle s’est déposée en même temps que la matière de la pierre de corne dans laquelle ce granit est inséré; puisqu’il remarque qu’où elles se présentent les couches de la roche de corne s’interrompent brusquement, et paraissent s’être inégalement all'aissécs. Voyage dans les Alpes, page 533.

la substance des scliistes spathiques : car nous sommes bien éloignés de croire que ces tranches ou prétendus liions de granit se soient produits, comme le dit M. de Saussure, par cristallisation et par l’infiltration des eaux; ce ne serait point alors du véritable granit primitif, mais une concrétion secondaire et formée par l’agglutination des sables graniteux * **. Ces deux formations doivent être soigneusement distinguées, et l’on ne peut pas, comme le fait ici cc savant auteur, donner la même origine et le même temps de formation aux masses primitives et à leurs productions secondaires ou stalactites; ce serait bouleverser toute la généalogie (les substances du règne minéral.

Il y a aussi des schistes spathiques, dans lesquels le (piartz et le feldspath se trouvent en fragments et en grains dispersés, et comme disséminés dans la substance de la pierre : M. de Saussure en a vu de cette espèce dans la vallée de Chamouni La formation de ces pierres ne me paraît pas difficile à expliquer, en se rappelant qu’entre les détriments des quartz, des granits et des autres matières vitreuses priiuiti\ es entraînées par les eaux, la poudre la plus ténue et la plus décomposée forma les argiles, et que les sables plus vifs et non décomposés formèrent le grés : or, il a dù se trouver dans cette destruction des matières l)rimitives, de gros sables, qui bientôt furent saisis et agglutinés par la pâle d’argile pure, ou d’argile déjà mélangée de substances calcaires ***. Ces gros sables, eu égard à leur pesanteur, n’ont point été charriés loin du lieu de leur origine ; et ce sont en effet ces grains de quartz, de feldspath et de schorl, qui se trouvent incorporés et empâtés dans la pierre argileuse spathique, ou pierre de corne, voisine des vrais granits ****.

* M. (le Saussure remarque lui-niênic dans celle pierre de peliles fentes rectilignes... ([ui lui paraissent l'effet d’un commencement de retraite.

** 1 Les rochers des montées (route de Servez « Chamouni, le long de la rive de l’Aine), IC conlicnnent, outre la pierre de corne, d’autres éléments des montagnes primitives, tels que 0 le quartz et le feld-spath : dans quelques endroits, la pierre de corne est dispersée en Ircso petite quantité, sous la forme d’une poudre grise, dans les interstices des grains de quartz (I et de fcld-spath, et là les rochers .sont durs; ailleurs la pierre de corne, de couleur vcrie, « forme des veines suivies et parallèles cnire elles, qui régnent entre les grains de quartz et O de fcld-spath, et là le rocher est plus tendre. " Voyage dans les Alpes, tome I, page ii’ô.

M. de Saussure, après avoir parlé d’une pierre composée d’un mélange de quartz cl de spath calcaire, et l’avoir improprement appelé granit, .ajoute (page iW) que colle matière se trouve par filons dans les montagnes de roche de corne ; or, celte stalactite des roches de corne nous fournit une preuve de plus que ces roches .sont coinpo.sécs du mélange des didiris des niasses vitreuses, et des détriments des substances calcaires.

Xnla. C’est à la même origine (|u’ilfaut rapporter celte pierre que 51. de Saussure appelle granit veiné (page 118), dénomination qui ne peut éire plausible que dans le langage d’un naturaliste qui parle sons cesse de couches iierpendiculaires; cc loétemlu granit veiné est composé de lits de graviers graniteux, restés purs et sans mélange, et stratifiés près du lieu de leur origine; voisinage que cet observateur regarde comme tormant un passage très-important pour conduire à la formation des vrais granits (page 1 17) : mais cc passage en apprend

l8ë MlSTOlhK NATtHÈLLE

Enfin, il est évident que la formation des schisles spalliiques et le mélange de substances argileuses et calcaires qui les composent, ainsi que la formation de toutes les autres pierres rnixies, supposent nécessairement la décomposition des matières simples et primitives dont elles sont composées ; et vouloir conclure * de la formation de ces produc.lions secondaires à celle des masses premières, et de ces pierres remplies de sables granitetix aux véritables granits, c’est exactement comme si l’on voulait expliquer la formation des premiers marbres par les brèches, ou celle des jaspes par les poudingues.

Après les pierres dans lesquelles une portion de maliére calcaire s’est combinée avec l’argile , la nature nous on offre d’autres où des portions de matière argileuse se sont mêlées et introduites dans les masses calcaires : tels sont plusieurs marbres, comme le vert-campan des Pju’cuées, dont les zones vertes sont formées d’un vrai scTiiste, intcrjiosé entre les tranches calcaires rouges qui font le fond de ce marbre mixte; telles sont aussi les pierres de Florence, où le fond du tableau est de substance calcaire pure, ou teinte par un peu de fer, mais dont la i)arlie qui représentedes ruines contient une portion considérable de terre schisteuse**, <à laquelle, sui'iant toute apparence, est due celte figuration sous différents angles et diverses coupes, lesquelles sont analogues aux lignes et aux faces angulaires sous lesquelles on sait que les schistes affectent de se diviser, lorsqu’ils sont mêlés de la matière calcaire.

Ces pierres mixies, dans lesquelles les veines schisteuses traversent le fond calcaire, ont moins de solidité et de durée que les marbres purs; les jtortions schisteuses sont plus tendres que le reste de la pierre, et ne résistent pas longtemps aux injures de l’air : c’est par cette i-aison que le marbre Campan employé dans les jardins de 3Iarly et de Trianon s’est dégradé en moins d’un siècle. On devrait donc n’cuiiiloycr pour les monuments que des marbres reconnus pour être sans mélange de schistes ou d’autres matières argileuses qui les rendent susceptibles d’une prompte altération et môme d’une destruction entière **'.

Ihie autre matière mixte, et qui n’est composée que d’argile et de substance calcaire , est celle qu’on appelle à Genève et dans le Lyonnais mollasse, parce qu’elle est fort tendre dans sa carrière. Elle s’y trouve

sur la formation du granit à peu près autant (pie le passage du grès au ijuartz en pourrait apprendre sur l’origine de celte substance primitive.

* « Je ferai voir combien cc genre mixte nous donne de la lumière sur la formation des a granits proprement dits, ou granits eu masses. » Saussure, Voyage dans les Alpes, tome I, pagei27. Nuta. On peut voir d’ici quelle espèce de lumière pourra résulter d’une analogie si peu fondée.

’* Voyez la dissertation que M. Buyen, savant chimiste, a donnée sous le titre d’Éxamen chimique de différentes pierres.

Voyez la dissertation citée.

DËS MINÉIUUX. ï»1

en gl-ariiles masses *, et on ne laisse pas de l*eniplo} ci‘ poue les bàliinents , parce qu’elle se durcit à l’air : mais, comme l’eau des pluies cl même l’humidité de l’air la pénètrent et la décomposent peu à peu , on ne doit remi)lo3^er qu’à couvert; et c’est en effet pour éviter la destruction de ces pierres mollasses qu’on est dans l’usage, le long du Rhéne et à Genève de faire a^ ancer les toits de cinq à six pieds au delà des niui s extérieurs, afin de les défendre de la pluie’"*. Au reste, cette pierre ejui ne peut résister à l’eau résiste très-bien au feu , et ou l'emploie avantageusement à la construclion des fourneaux de forge et des foyers de cheminées.

Pour résumer ce que nous venons de dire sur les pierres composées de matières vitreuses et de substance calcaire en grandes masses, et dont nous ne donnerons (|ue ces trois exemples, nous dirons : i" que les schisteti spalhiques ou roches de corne représentent le grand mélange et la combinaison intime qui s’est faite des matières calcaires avec les argiles, lorsqu’elles étaient toutes deux réduites en poudre, et que ni les unes ni les autres n’avaient encore aucune solidité; 2" que les mélanges moins intimes, formés par les transports subsé([iients des eaux, et dans lesquels chacune des matières vitreuses et calcaires ne sont que mêlées et moins intimement liées, nous sont re|)résentés par ces marbres mixtes et ces pieri-es dessinées, dans lesquelles la matière schiteuse se reconnait à des caractères non équivo(iues, et parait avoir été ou déposée par entassements successifs, et alternativement avec la matière calcaire, ou introduite en j)elite quantité dans les scissures et les fentes de ces memes matières calcaires; .a" que les mélanges les plus grossiers et les moins intimes de l’argile et de la matière calcaire nous sont représentés par la pierre mollasse et même par la marne, et nous pouvons aisément concevoir dans combien de circonstances ces mélanges de schiste ou d’argile et de substance calcaire, plus ou moins grossiers, ou plus ou moins intimes, ont dû avoir lieu, puisque les eaux n’ont cessé, tant qu’elles ont

* O En 1779, on ouvrit un cliemîn près de Lyon , au bord du Rhône , dans une campagne « presque toute de motlasse; la coupe perpendiculuire de cette montagne présentait uiiC « infinité de couehes successives légèrement ondées, d’épaisseurs différcnles , dout le tissu « plus ou moins serré et les nuances diversifiées annonçaient bien des dépôts formés à dilleu rentes éjioques : j’ai remarqué des lits de gravier dont l’interposition était visiblement « l’effet de quelques inondations qui avaient interrompu de temps à autre la stratification île « la mollasse. » Note communiquée par M. de Morveau.

O Le pont de Bellegarde, sur la Voisine, à peu de distance de son confluent avec le Rhône, « est assis sur un banc de mollasse que les eaux avaient creusé de plus de quatre-vingts pieds « à ré|ioque de l’année 1778 ; la comiuinutiou lente des deux talus avait tellement travaillé U sous les culées de ce pont , qu’elles se trouvaient en l’air ; il a fallu les reconstruire et les Il ingénieurs ont eu la précaution de jeter l’arc beaucoup au delà des deux bords , laissant « pour ainsi dire la part du temps hors du point de fondation , et calculant la durée de cet U édifice sur la progression de cette coinminution. » Suite de la note communiquée par M. de Morveau.

lïLSTOlKE NATURELLE

couveiT le globe, comme elles ne cessent encore an fond des mers, de travailler, porter et transporter ces matières, et par conséquent de les mélanger dans tous les lieux où les lits d’argile se sont trouvés voisins des couches calcaires, et où ces dernières n’auraient pas encore recouvert les premières.

Cependant ces éléments ne sont pas les seuls que la nature emploie pour le mélange et l’union de la plupart des mixtes ; indépendamment des détriments vitreux et calcaires, elle eitq)loie aussi la terre végétale qu’on doit distinguer des terres calcaires ou vitreuses, puisqu’elle est produite en grande jiaitic par la décomposition des végétaux et des animaux terrestres, dont les détriments contiennent non-seulement les éléments vitreux et calcaires qui forment la hase des parties solides de leurs corps, mais encore tous les pi-incipes actifs des êtres organisés, et surtout une portion de ce fen (pii les rendait vivants ou végétants. Ces molécules actives tendent sans cesse à former des combinaisons nouvelles dans la terre végétale; et nous ferons voir dans la suite que les plus brillantes comme les i)lus utiles des productions du règne minéral ai)partiennent à cette teire qu’on n’a pas jusqu’ici considérée d’assez près.

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