DE LA TERRE
La terre purement brute, la terre élémentaire, n’est que le verre primitif d’abord réduit en poudre et ensuite atténué, ramolli et converti en argile par l’impression des éléments humides. Une autre terre un peu moins brute est la matière calcaire produite originairement par les dépouilles des coquillages, et de même réduite en poudre par les frotlements et par le mouvement des eaux. Enfin une troisième terre plus organique (pie brute est la terre végétale, composée des détriments des végétaux et des animaux terrestres.
Et ces trois terres sim|)les, qui, par la décomposition des matières vitreuses, calcaii es et \égétales, avaient d’abord pris la forme d’argile, de ci’aie et de limon, se sont ensuite mêlées les unes avec les autres, et ont subi tous les degrés d’atténualion, <le figuration et de transformation qui étaient nécessaires pour poiuoir entrer dans la com|)Osition des minéraux et dans la structure organique des végétaux et des animaux.
Les chimistes et les minéralogistes ont tous beaucoup parlé des deux premières terres; ils ont travaillé , décrit , analysé les argiles et les matières calcaires; ils en ont fait la base de la plupart des corps mixtes; mais j’avoue que je suis étonné qu’aucun d'eux n’ait traité de la terre
DES MINEKAUX.
végétale ou limoneuse, (iiii mérilait leur attention, du moins autant qne les deux autres terres. On a pris le limon |)our de l’argile; celte erreur capitale a donné lieu à de faux jugements, et a produit une infinité de méprises particulières. Je vais donc tàclicr de démontrer l’origine, et de suivre la formation de la terre limoneuse, comme je l’ai fait pour l’argile; on verra que ces deux terres sont d'une différenle nature, qu’elles n’ont même que très-peu de qualités communes , et qu’enlin ni l’argile, ni la terre calcaire, ne peuvent inlluer autant que la terre végétale sur la production de la plupart des minéraux de seconde formation.
Mais, avant d’exposer en détail le degré ou les i)rogrcs successifs par lesquels les détriments des végétaux et des animaux se convertissent en terre limoneuse , avant de présenter les |)roductions minérales qui en tirent immédiatement leur origine, il ne sera pas inutile de rappeler ici les notions qu’on doit avoir de la terre considérée comme l’un des quaire éléments. Dans ce sens, on peut dire que l’élément de la terre entre comme partie c.ssentielle dans la composition <lc tous les corps; nonseulement elle se trouve toujours dans tous en plus ou moins grande quantité, mais par son union avec les trois autres éléments elle prend toutes les formes possibles; elle se licpiétie, se fixe, se pétrifie, se métallisé, se resserre, s’étend, se sublime, se volatilise et s’organise suivant les dilférents mélanges et les degrés d’activité, de résistance etd’aflinité de ces mêmes |»rincipes élémentaires.
De même , si l'on ne considère la terre en général que par ses caractères les plus aisés à saisir, elle nous paraît l a . comme on la délinit en chimie, une matière sèche, opaque, insipide, friable, (|ui ne s’enllainme point, que l’eau pénètre, étend et rend ductile, qui s'j délaie et ne se dissout que comme le sel. Mais ces caractères généraux sont, ainsi (jue toutes les délinitions, plus abstraits que réels; étant trop absolus, ils ne sont ni relatifs, ni par consécpienl applicables à la chose réelle : aussi ne peuvent-ils appartenir qu’à une leirc qu’on supposerait être parfaitement pure, ou tout au plus mêlée d’une très-petite quantité d’antres substances non comprises dans la définition. Or, cette terre idéale n'existe nulle part; et tout ce que nous pouvons faire pour nous rapprocher de la réalité, c’est de distinguer les terres les moins composées do celles qui sont le plus mélangées. Sous ce point iltr vue plus vrai, plus clairet plus réel qu’aucun autre, nous regarderons l’argile, la craie et le limon, comme les terres les plus simples de la nature, quoique aucune des trois ne soit parfaitement simple ; cl nous comprendi ons dans les terres composées, non-seulement celles qui sont mêlées de ces iircmières matières, mais encore celles qui sont mélangées île subslances hétérogènes, telles que les sables, les sels, les bilumes, etc.; et tonte terre ((ui ne contient qu’une très-petite quantité de ces substances étrangères, conserve à peu près toutes ses qualités spécifiques et ses pro; riétés naturelles : mais si le mélange hétérogène domine, elle perd ces mêmes propriétés, elle en acquierl de nouvelles toujours analogues à la nature du mélange, et
BIFFO.X, lom. 111. 13
HISTOIRE NATURELLE
devient alors terre conibustible ou réfraclaire, terre minérale ou métallique, etc,, suivant les différentes eond>inaisons des substances qui sont entrées dans sa composition.
Ce sont en effet ces différents mélanges qui rendent les terres pesantes ou légères, poreuses ou compactes, molles ou dures, rudes ou douces au loucher : leurs couleurs viennent aussi des parties minérales ou métalliques qu’elles renferment j leur saveur douce, âcre ou astringente, provient des sels, et leur odeur agréable ou félide est duc aux particules aromatiques, huileuses et salines, dont elles sont pénétrées.
De plus, il y a beaucoup de terres qui s’imbibent d’eau facilement : il y en a d’autres sur les([uelles l’eau ne fait que glisser; il y en a de giasscs, de tenaces, de très-ductiles, et d’autres dont les parties n’ont point d’adhésion , et semblent approcher de la nature du sable ou de la cendre. Elles ont chacune dilîércntes propriétés et servent à différents usages ; les ten-es argileuses les plus ductiles, lorsqu’elles sont fort chargées d’acide, servent au dégraissage des laines; les terres bitumineuses et végétales, telles que les tourbes et les charbons de terre, sont d’une utilité presque aussi grande que le bois; les terres calcaires et ferrugineuses s’emploient dans plusieurs arts, et notamment dans la peinture; plusieurs autres terres servent à polir les métaux, etc. Leurs usages sont aussi multipliés que leurs propriétés sont variées; et de même, dans les différentes espèces de nos terres cultivées, nous trouverons que telle terre est plus propre qu’une autre à la production de telles ou telles plantes ; qu’une terre stérile par elle-môme peut fertiliser d’autres terres [)ar son mélange; que celles qui sont les moins propres à la végétation sont ordinairement les plus utiles pour les arts, etc.
Il y a, comme l’on voit, une grande diversité dans les terres coinj)osées; et il se trouve aussi quelques dilïérences dans les trois terres que nous regardons comme simples, l’argile, la ci-aie et la terre végétale. Celle dernière terre se présente même dans deux étals très-différents : le premier sous la forme de terreau, qui est le détriment immédiat des animaux cl des végétaux ; et le second sous la forme de limon, qui est le dernier résidu de leur entière décomposition. Ce limon, comme l’argile et la craie, n’est jamais parfaitement pur; et ces trois terres, quoique les plus simples de toutes, sont presque toujours mêlées de particules liélérogèiK’s, cl du dépôt des poussières de toute nature répandues dans l’air et dans l’eau.
Sur la grande couche d’argile qui enveloppe le globe, et sur les bancs calcaires auxquels cette même argile sert de base, s’étend la couche universelle de la terre végétale, qui recouvre la surface entière des continents t('rreslrcs; et celle même terre n’est peut-être pas en moindre quantité sur le fond de la mer, où les eaux des fleuves la transportent et la déposent de tous les temps et continuellement, sans compter celle qui doit également se former des détriments de tous les animaux et végétaux marins. Mais pour ne parler ici que de ce qui est sous nos yeux,
nous verrons que eelle couche de terre, productrice et Céconde, est toujours plus épaisse dans les lieux abandonnés à la seule nature que dans les pays habités, parce que cette (erre étant le |)roduit des détriments des végétaux et des animaux, sa quantité ne peut qu'augmenter partout où l’homme et le feu, son ministre de destruction, n’anéantissent pas les êtres vivants et végétants. Dansées terres indépendantes de nous et où la nature seule règne, rien n’est détruit ni consommé d’avance; chaque individu vit son âge : les bois, au lieu d’être abattus au bout de quelques années, s’élèvent en futaies et ne tombent de vétusté que dans la suite des siècles, pendant lesquels leurs feuilles, leurs menus branchages, et tous leurs déchets annuels et supcrllus, forment à leur pied des couches de terreau, qui bientôt se convertit en terre végétale, dont la quantité devient ensuite bien plus considérable par la chute de ces mêmes arbres trop âgés. Ainsi, d’année en année, et bien plus encore do siècle en siècle , ces dépôts de terre végétale se sont augmentés partout où rien ne s’opposait à leur accumulation.
Cette couclie de terre végétale est plus mince sur les montagnes que dans les vallons et les plaines, parce que les eaux pluviales dépouillent les sommets et les pentes de ces éminences, et entrainent le limon qu’elles ont délayé; les ruisseaux, les rivières le charrient cl le déposent dans leur lit, ou le transportent jus(iu’à la mer; et malgré cette déperdition continuelle des résidus de la nature vivante, sa force productrice est si grande, que la ([uanlité de ce limon végétal augmenterait partout, si nous n’affamions pas la terre par nos jouissances anticipées et |)res(|ue toujours immodérées. Com|)arez à cet égard les pays très-anciennement habités a\ec les contrées nouvellement découvertes : tout est forêts, terreau, limon dans celles-ci ; tout est sable aride ou pierre nue dans les autres.
Cette couche de terre, la plus extérieui'e du globe, est nou-seulemcjit composée de détriments des végétaux et des animaux, mais encore des poussières de l’air et du sédiment de l’eau des pluies et des rosées; dès lors elle se ti'ouve mêlée des particules calcaires ou vitreuses dont ces deux e/énu'Ut') sont toujours plus ou moins chargés ; elle se trous e aussi plus grossièrement mélangée de sable viti'eux ou de graviers calcaires tlans les contrées cultivées i)ur la main de l’homme; car le soc de la charme mêle avec celte terre les fragments (ju'il délache de la couche inférieure, et loin de prolonger la durée de sa fécondité, souvent la culture amène la stérilité. On le voit dans ces champs en montagnes où la terre est si mêlée, si coinerte de fragments et de débris de pierre, que le laboureur est obligé de les abandonner; on le voit aussi dans ces terres légères qui portent sur le .sable ou la craie, et doid, après quelques années, la fécondité cesse j)ar la trop grande quantité de ces matières stériles (piele labour y mêle : on ne peut leur l’cndre ni leur conserv er de la fei’lilité qu'en y [im'lanl des fumiers et d'autres amendements de matiei es analogues à leur première natui'e. Ainsi cette couche de terre
IIISTÜIKE ÎSATüRELLE
végétale n’cst presque nulle part un limon vierge, ni même une terre simple et pure; elle serait telle si elle ne contenait que les détriments des corps organisés ; mais comme elle recueille en même temps tous les débris de la matière brute, ou doit la regarder comme un composé mipartie de brut et d’organique, qui participe de l’inertie de l’un et de l’activité de l’autre, et qui, pai‘ celte dernière proi)riélé et par le nombre infini de ses combinaisons, sert non-seulement à l’entretien des animaux et des végétaux, mais produit aussi la plus grande partie des minéraux, et particulièrement les minéraux figurés, comme nous le démontrerons dans la suite par différents exenqiles.
Mais auparavant il est bon de suivre de près la marche de la nature dans la production et la formation successive de celte terre végétale. D’abord composée des seuls détriments des animaux et des végétaux, elle n’est encore, après un grand nombre d’années, qu’une jioussièrc noirâtre, sèche, très-légère, sans ductilité, sans cohésion, qui brûle et s’enflamme à peu près comme la tourbe. On peut distinguer encore dans ce terreau les fibres ligneuses et les parties solides des végétaux; mais avec le temps, et par l’action et rinlcrmède de l’air et de l'eau, ces particules arides de terreau acquièi’ent de la ductilité et se convertissent en terre limoneuse ; je me suis assuré de celte réduction ou transformation par mes i)ropres observations.
Je lis sonder en 1734, par plusieurs coups de tarière, un terrain d’environ soixante-dix arpents d’étendue, dont je voulais connailre l'épaisseur de bonne terre, et où j’ai fait une plantation de bois qui a bien réussi : j’avais divisé ce terrain par arpents; et l’ayant fait sondeiaux ((ualrc angles de chacun de ces arpenis, j’ai retenu la note des différentes épaisseurs de terre, dont la moindre était de deux pieds, et la plus forte de trois pieds et demi : j’étais jeune alors, et mon projet était de reconnaître au bout de trente ans la différence que produirait sur mon bois semé l’épaisseur plus ou moins grande de cette terre, qui partout était franche et de bonne qualité. J’observai, j)ar le moyen de ces sondes, que dans toute rétendue de ce terrain, la composition des lits de terre était à très-peu prés la même, et jy reconnus clairement le changement successif du terreau en terre limoneuse. Ce terrain est situé dans une plaine au-dessus de nos ])lus hautes collines de Bourgogne : il était pour la plus grande |)arlie en friche de temps immémorial ; cl comme il n'est dominé par aucune éminence, la terre est sans mélange appai-ent de craie ni d’argile : elle porte pai’tout sur une couche horizontale de pierre calcaire dure.
Sous le gazon, ou plutôt sous la vieille mousse qui couvrait la surface de ce terrain, il y avait partout un petit lit de terre noire et friable, formée du produit des feuilles et des herbes pourries des années précédcnles : la terre du lit suivant n’était que brune et sans adhésion; mais les lits au-dessous de ces deux premiers prenaient par degrés de la consistance et une couleur jaunâtre, et cela d’autant plus qu’ils s’éloi-
gnaieni davantago do la superlioie du lerrain. Le lit le plus bas , qui était à trois pieds ou trois pieds et demi de profondeur , était d iin orangé rougeâtre, et la terre eu était très-grasse, très-ductile, et s’attachait à la langue- comme un véritable bol *.
Je remarquai dans cette terre jaune plusieurs grains de mine de fer; ils étaient noirs et durs dans le lit inférieur, et n’étaient que bruns et encore friables dans les lits supérieurs de cette même terre. Il est donc évident que les détriments des animaux et des végétaux, qui d’abord se réduisent en terreau, forment avec le temps et le secours de l’air et de l’eau la terre jaune ou l ougeàti e, qui est la >Taie terre limoneuse dont il est ici question ; et de même on ne peut douter que le fer contenu dans les végétaux ne se retrouve dans cetle terre et ne s’y réunisse en grains; et comme cette terre végétale contient une grande quantité de substance organique, puisqu’elle n’est produite que par la décomposition des êtres organisés, on ne doit pas être étonné qu’elle ait quelques propriétés communes avec les végétaux : comme eux elle contient des parties volatiles et cond)Ustibles; elle brûle en partie, ou se consume au feu ; elle y diminue de volume , et y pei-d considérablement de son poids; enfin elle se fond et se vitrifie au même degré de feu auquel l’argile ne fait que se durcir **. Uetle lerrc limoneuse a encore la propriété de s’imbiber d’eau plus facilement que l’argile, et d’en absorber une plus grande quantité ; et comme elle s’attache fortement à la langue, il parait que la plupart des bols ne sont (pie cette même terre aussi
* M. Nadaull, ayant l'ait quelques expériences sur cette terre limoneuse la plus grasse, in’a communiqué la note suivanlc : « Cette terre élanl très-ductile et pétrissalilc , j’en ai , dit-il , « forme sans peine de petits gâteaux qui se sont promptement imbibés d’eau et renflés, et qui, » en se desséchant, se sont raccourcis selon leurs dimensions. L’eau-l’ortc avec cette terre n’a « produit ni ébullition , ni clfervcscencc ; elle est tombée au fond de la liqueur sans s’y disa soudre, comme l’argile la plus pure. J’en ai mis dans un creuset à un feu de charbon assca « modéré avec de l’argile : ccllc-ci s’y est durcie à l’ordinaire jusqu’à un certain point; mais a l’autre, au contraire, quoiqu’avec toutes lesqualitcs apparcnlcsde l’argile, s’est extrêmement « raréfiée, et a perdu beaucoup de son poids; elle a ac quis à la véiùté un peu de consistance et « de solidité à sa superficie, mais cependant si peu de dureté qu’elle s’est réduite en poussière « entre mes doigts. J’ai fait ensuite éprouver à cette terre le degré de chaleur nécessaire pour « la parfaite cuisson de la fal)rique ; les gâteaux se sont alors déformés ; ils ont beaucoup di- « minué de volume , se sont durcis au point de résister au burin; et leur superficie devenue « noire , au lieu d’avoir rougi comme l’argile , s'est émaillée , de sorte que cette terre , en cet « état, approchait déjà de la vitrification ; ces memes gâteaux, réunis une seconde fois au four- « neau et au même degré de chaleur , se sont convertis eu un véritable verre d’une couleur « obscure tandis qu’une semblable cuisson a seulement changé en bleu foncé la couleur ronge a de l’argile , en lui procurant un peu pins de dureté; et j’ai en effet éprouvé qu’il n’y avait « qu’un feu de forge qui J)ût vitrifier celle-ci. » Note remise par M. de Nadault à M. BiilTon, en I77i-
La terre limoneuse que l’on nomme communément herbue, parce qu’elle gît sous l’herbe U ou le gazon , étant appliquée sur le fer que l’on chauffe au degré de feu pour le sonder, se » aoufle. et se réduit en un mâche-fer noir, vitreux et sonore. » Remarque de M. de Grignon.
inSTOTRE NATURELLE
pure et aussi atténuée r|u’cllc peut l’être j car on trouve ces Lois en pelotes ou en petits lits dans les fentes et cavités, où l’eau, qui a pénétré la couche de terre limoneuse, s’est en même temps chargée des molécules les plus Unes de cette même terre , et les a déposées sous cette forme de bol.
On a vu , à l’article de l’argile, le détail de la fouille que je fis faire en 1748, pour reconnaitre les différentes couches d’un terrain argileux jusqu’à cinquante pieds de j)rofondeur ; la première couche de ce terrain était d’une terre limoneuse d’environ trois pieds d’épaisseur. En suivant les travaux de cette fouille, et en observant avec soin les différentes matières qui en ont été tirées, j’ai reconnu, à u’en imuvoir douter, que cette terre limoneuse était entrainée par l’infiltration des eaux à de grandes profondeurs dans les joints et les délits des couches inférieures, qui toutes étaient d’argile; j’en ai suivi la trace jusqu'à trentedeux i)ieds : la première couche argileuse la plus voisine de la terre limoneuse était mi-partie d'argile et de limon, marbrée des couleui s de l’un et de l'autre, c’est-à-dire de jaune et de gris d’ardoise; les couches suivantes d’argile étaient moins mélangées, et dans les plus basses, qui étaient aussi les plus compactes et les plus dures, la terre jaune, c’està-dire le limon , ne pénétrait que dans les petites fentes perpendiculaires, et (jHek|uefois aussi dans les délits horizontaux des couches de l’argile. Celte terre limoneuse incrustait la su|»erfieic des glèbes argileuses; et lorsqu’elle avait pu s'introduire dans l’intérieur de la couche, il s'y trouvait ordinairement des concrétions pyritcuses, aplaties et de ligure orbiculaire, qui se joignaient par une espece de cordon cylindrique de même substance pyrileuse, et ce cordon pyriteux aboutissait toujours à un point ou à une feule remplie de terre limoneuse. Je fus dès lors persuadé que cette terre contribuait plus que tout autre à la formation des pyrites martiales, lesquelles, par succession des temps, s’accumulent et forment souvent des lils qu’on peut regarder comme les mines du vitriol ferrugineux.
Mais lorsque les couches de terre végétale se trouvent posées sur des bancs de pierres solides et dures, les stillations des eaux pluv iales chargées des molécules de celte terre, étant alors retenues et ne pouvant descendre en ligne dioite, serpentent entre les joinis et les délits de la pierre, et y déposent cette matière limoneuse; et comme l’eau s’insinue avec le lem|)S dans les matières pierreuses, les parties les plus fines du limon pénètrent avec elle dans tous les pores de la pierre, et la colorent souvent de jaune ou de roux; d’autres fois l’eau chargée de limon ne produit dans la jiierre que des veines ou des taches.
D’après ces observations, je demeurai jvei'suadé que cette terre limoneuse, produite par l’entière décom|)Osilion des animaux et des végétaux, est la première matrice des mines de fer en grains, et qu’elle fournit aussi la plus grande partie des éléments nécessaires à la formation des pyrites. J.es derniers résidus du détriment ultérieur des êtres
DES MINÉRAUX. -lOo
organisés pronnont donc la forme de bol, de fer on grains et do pyrite; mais, lorsqu’au contraire les substances végétales n’ont subi qu’une légère décomjmsition , et qu’au lieu de se convertir en terreau et ensuite en limon à la surface de la terre, elles se sont accumulées sous les eaux, elles ont alors conservé très-longtemps leur essence, et s’étant ensuite biluminisées par le mélange de leurs huiles avec l’acide, elles ont formé les tourbes et les charbons de terre.
Il y a en effet une très-grande différence dans la manière dont s opère la décomposition des végétaux à l’air ou dans l'eau ; tous ceux (pii périssent et sont gisants à la surface de la terre, étant altei’nativemeut humectés et desséchés, fermentent et perdent par une prompte elfervescence la plus grande partie de leurs principes inllammables; la pourriture succède à cette effervescence, et suivant les degrés de la putréfaction, le vc'gélal se désorganise, se dénature, et cesse d’èire combustible d(îs qu’il est enlièrement pourri : aussi le terreau et le limon, quoique provenant des végétaux, ne peuvent pas être mis au nombic des matières vraiment combustibles ; ils se consument ou se fondent au feu plut(jt qu’ils ne bri'dent; la jilus grande iiartie de leurs principes inllammables s’étant dissiiiée jiar la fermentation, il ne leur reste <pie la terre, le fer et les autres parties fixes qui étaient entrées dans la composition du végétal.
Mais lorsque les végétaux, au lieu de pourrir sur la terre, tombent au fond des eaux ou y sont entraînés, comme cela arrive dans les marais et sur le fond des mers, où les fleuves amènent (‘t déposent des arbres par milliers, alors toute cette substance végétale conserie pour ainsi dire à jamais sa première essence; au lieu de perdre ses principes combustibles jiar une promiite et forte effervescence, elle ne subit qu’une fermentation lente, et dont l’effet se borne à la conversion de son huile en bitume; elle prend donc sous l’eau la forme de tourbe ou de charbon de terre, tandis qu’à l’air elle n’aurait formé que du terreau et du limon.
La quantité de fer contenue dans la terre limoneuse est quel(|uefois si considérable, qu’on pourrait lui donner le nom de terre ferrugineuse, et même la regarder comme une mine métallique ; mais quoique cette terre limoneuse produise ou plutôt régénère par sécrétion le fer en grains, et que l’origine primordiale de toutes les mines de celte espèce appartienne à celte terre limoneuse, néanmoins les minières de fer en grains dont nous tirons le fer aujourd’hui ont presque toutes été transportées et amenées par alluvion après avoir été lavées par les eaux de la mer, c’est-à-dire séparées de la terre limoneuse où elles s’étaient anciennement formées.
La matière ferrugineuse, soit en grains, soit en rouille, se trouve presqu’à la superficie de la terre en lits ou couches peu épaisses; il semble donc que ces mines de fer devraient être épuisées dans toutes les contrées habitées par l’extraction continuelle qu’on en fait depuis
HISTOIRE NATURELLE
tant (le .siècles *. Et en ellel le 1er pourra bien devenir moins commun dans la suite des temps ; car la (piantité qui s’en reproduit dans la terre végétale ne peut pas à beaucoup près compenser la consommation qui s’en fait chaque jour.
On observe dans ces mines de fer que les grains sont tous ronds ou un peu oblongs, que leur grosseur (*st la même dans chaque mine, et que cependant celte grosseur varie beaucoup d'une minière à une autre : cette différence dépend de l’épaisseur de la couche de terre végétale, où ces grains de fer se sont anciennement formés ; car on voit que plus l’épaisseur de la terre est grande, plus les grains de mine de fer qui s’y forment sont gros, quoique toujours assez petits.
Nous remarquerons aussi que ces terres dans lesquelles se forment
* » On peut. SC faire nue iilée de la ([uantilé de mines de fer qu'on tire de lu terre dans le « seul royaume de France, par le calcul suivant :
» Les mines
de Dauphiné rendent . .
. . 40 livres.
de Bretagne
de Bourgogne
de Ghampagne
de Normandie
de Franche-Comté . . .
de Berri
de fonte pour cent livres de raine.
• Ce produit e.st le terme moyen dans chacune de ces provinces ; la variété générale est de « 16 à hO pour cent.
« L’on peut regarder pour terme moyen du produit des mines de France, 33 pour cent, qui « est aussi le plus general.
» Le poids commun des mines lavées et préparées pour être fondues est de 113 livres le Il pied euhe.
U II faut sur ce pied 22 '/s pieds cubes de mine pour produire un mille de fonte, qui rend U communément 667 livres de fer forgé.
• Il y a en France environ cinq cents fourneaux de fonderie qui produisent annuellement « 300 millions de fonte, dont i/j passe dans le commerce en fonte moulée ; les s/o restants sont Il convertis en fer, et en produisent 168 millions , qui est le produit annuel , à peu de chose « près, de la fabrication des forges françaises.
<1 300 millions de fonte, à raison de 22 '/a pieds cubes de minerai par mille, donnent 7 mil- « lions 080 mille pieds cubes de rainerai, équivalant à .36,868 toises et 120 pieds cubes.
U Or, comme le minerai de fer, surtout celui qui se relire des minières formées par allu- « vion, telles que sont celles de la majeure partie de nos provinces, est mélangé du terre, de a sable, de pierres et de coquilles fossiles, qui sont des matières étrangères que l'on en sépare « par le lavage; que ces matières excèdent deux , trois, et souvent quatre fois le volume du « minerai, qui en est séparé par le lavage, le crible et l’égrapoir, on peut donc tripler la masse » générale du minerai, extrait annuellement en France des minières , et la porter à U 110,-116 toises cubes, qui est le total de l’extraction annuelle des mines, non compris les a déblais qui les recouvrent. » .Note communiquée par JI. de Grignon.
Kn prenant un pied d’épaisseur pour mesure moyenne des mines en grains que l’on exploite en France, on a remué pour cela 662,-196 toises d’étendue sur un pied d’épaisseur, ce qui fait 736 arpents de 900 toises chacun, et 96 toi.ses de plus de terrain qu’on épuise déminerai chaque année, et pendant un siècle, 73,610 arpents.
les grains de la mine de fer paraissent être de la même nature que les autres terres limoneuses ou cette formation n’a pas lieuj les unes et les autres sont d’abord, dans leurs premières couclies, noirâtres, arides et sans cohésion ; mais leur couleur noire se change en brun dans les couches inférieures et ensuite en un jaune foncé : la substance de cette terre devient ductile; elle s’imbibe facilement d’eau et s’attache à la langue. Toutes les proj)riétés de ces terres limoneuses et ferrugineuses sont les mêmes, et la mine de fer en grains, après avoir été broyée et détrempée dans l’eau, semble reprendre les caractères de ces mêmes terres au point de ne pouvoir distinguer la poudre du minerai de celle de la terix* limoneuse. Le fei‘ décomposé et réduit en rouille parait reprendre aussi la forme et les qualités de sa terre matrice. Ainsi la terre ferrugineuse et la terre limoneuse ne different que par la plus ou moins grande quantité de fer qu’elles contiennent, et la mine de fer en grain ii’esl qu’une sécrétion qui se fait dans cette même terre, d’autant plus abondamment qu’elle contient une plus grande ((uantité de fer décomposé. On sait que chaque i)ierre et chaque terre ont leurs stalactites particulières etdifférentcs entre elles, cl que ces stalactites conservent toujours les caractères propres des matières qui les ont produites : la mine de fer en grains est dans ce sens une vraie stalactite de la terre limoneuse; ce n’est d’abord qu’une concrétion terreuse qui peu à peu prend de la dureté par la seule force de l’affinité de ses parties constituantes, et qui n’a encore aucune des propriétés essentielles du fer.
3Iais comment cette matière minérale peut-elle se séparer de la masse de terre limoneuse, pour se former si légulièrement en grains aussi petits, en aussi grande quantité, et d’une manière si achevée, qu’il n’y en a pas un seul qui ne présente à sa surface le brillant métallique? Je crois pouvoir satisfaire à celte question par les simples faits que m’a fournis l’observation. L’eau pluviale s'inlillre dans la terre végétale, et crible d’abord avec facilité à travers les premières couches, qui ne sont encore que la poussière aride des parties de végétauxà demi décomposés ; trouvant ensuite des couches plus deirses, l’eau les pénètre aussi, mais avec plus de lenteur ; et lorsqu’elle est parvenue au banc de pierre qui sert de base à ces couches terreuses, elle devient nécessairement stagnante, et ne peut plus s'écouler ([u’avec beaucoup de temps; elle produit alors, par son séjour dans ces terres grasses, une sorte d’effervescence ; l’air qui y était contenu s’en dégage, et forme dans toute l’étendue de la couche une infinité de bulles qui soulèveul et i)ressent la terre en tous sens, et y produisent un égal nombre de petites cavités dans lesquelles la mine de fer vient se mouler. Ceci n’est point une supposition précaire, mais un fait qu’on peut démontrer par une expérience trèsaisée à répéter : en mettant dans un vase transparent une quantité de terre limoneuse bien détrempée aNCc de l’eau, et la laissant exposée à l'air dans un temps chaud, on vei ra, quelques jours après, celte terre en effervescence se boursouller et produii-e des bulles d’air, tant à sa
partie supérieure quecontre les parois du verre quila contient ; on verra le nombre de ces bulles s’augmenter de jour en jour, au point (|ue la masse entière de la terre parait en être criblée. Et c’est là précisément ce qui doit arriver dans les couches des terres limoneuses; car elles sont alternativement humectées par les eaux pluviales et desséchées selon les saisons. L’eau chargée des molécules ferrugineuses s’insinue par stil Jalion dans toutes ces petites cavités, et en s’écoulant elle y dépo.se la matière ferrugineuse dont elle s’était chargée en parcourant les couches supérieures, et elle en remplit ainsi toutes les petites cavités, dont les parois lisses et polies donnent à chaque grain le brillant ou le luisant que présente leur surface.
Si Ton divise ces grains de mine de fer en deux portions de sphère, on reconnaîtra qu’ils soFit tous coiiqFosés de plusieurs petites couches conccnlrifiues, et (pic dans les plus gros, il y a souvent une cavité sensible, oi’dinairement remplie de la même substance ferrugineuse, mais qui n’a pas encore acquis sa solidité, et qui s’éciase aisément comme les grains de mine eux-mémes qui commencent à se former dans les premières couches de la ferre limoneuse ; ainsi dans chaque grain la couche la plus extérieure qui a le brillant métalliipie est la plus solide de toutes et la plus métallisée, parce (pTayant été formée la première, elle a reçu par infiltration et retenu les molé'cules ferrugineuses les plus pures, et a laissé passer celles qui l’étaient moins jiour former la seconde couche du grain ; et il en est de même de la troisième et de la quatrième coucluxs, Jusipi’au centre qui ne contient que la matière la |)lus teri’euse et ta moins métallique. Les aétites ou géodes feiTugineuses ne sont que de très-gros grains de mine de fer, dans lesquels ou peut voir et suivre plus aisément ce procédé de la nature.
Au reste, celte formation de la mine de fer en grains, qui se fait par sécrétion dans la lei re limoneuse, ne doit pas nous induire à penser qu’on puisse attribuer à celte cause la première origine de ce fer, car il existait dans le végétal et l’animal avant leur décomposition; Teau ne fait que rassembler les molécules du métal et les réunir sous la forme de grains : on sait que les cendres contiennent une grande quantité de particules de fer; c’est ce même fer contenu dans les végétaux que nous retrouvons en forme de grains dans les couches de la terre limoneuse. Le màche-fer qui, comme je l’ai prouvé, n’csl que le résidu des végétaux bridés, se convertit presque entièrement en rouille ferrugineuse : ainsi les végétaux, soit qu’ils soient consumés par le feu ou consommés parla pourriture, rendent également à la terre une quantité de fer jieut-être beaucoup plus grande que celle qu’ils en ont tirée par leurs racines, puisqu’ils reçoivent autant et plus de nourriture de l’air et de Teau que de la terre.
Les observations rapportées ci-dessus, démontrent en effet que les grains de la mine de fer se forment dans la terre végétale par la réunion de toutes les particules ferrugineuses, que l’on sait être contenues dans
DES MTNÉRAT'X.
les détriments des végétaux et des animaux dont cette terre est composée ; mais il faut encore y ajouter tons les débris et toutes les poudres des fers usés par les frotleinents dont la (|uantité est immense; elles se trouvent disséminées dans celte terre végétale et s’y réunissent de même en grains; et comme rien n’est perdu dans la nature, ce fer, ([ui se régénère pour ainsi dire sous nos yeux, semblerait devoir augmenter la quantité de celui que nous consommons; mais ces grains de fer qui sont nouvellement formés dans nos terres végétales y sont l arement en assez grande quantité pour qu’on puisse les recueillir avec prolit; il faudrait pour cela que la nature, par une seconde opération, eût séparé ces grains de for du reste de la terre où ils ont été produits, comme elle l’a fait pour l’établissement de nos mines de fer en grains, qui presque toutes ont jadis été amenées et déposées par alluvion sur les terrains où nous les trouvons aujourd’hui.
Le fer en lui-même et dans sa première origine est une matière qui, comme les autres substances primitives, a été produite par le teu, et se trouve en grandes masses et en roches dans plusieurs parties du globe, et particulièrement dans les pays du Nord *. (]’est du détriment et des exfolialions de ces premières masses ferrugineuses que proviennent originairement toutes les particules de fer répandues à la surface de la terre, et qui sont enti’ées dans la conqjosition des végétaux et des animaux. C’est de même j)ar les exsudations de ces grandes roches de fer que se sont formées, pai‘ l’intermède de l’eau, toutes les mines spathique de ce métal, qui ne sont que des stalactites de ces masses primordiales, tous les dèbiâs des roclies primitives ont été, dès les premiers temps, transportés et déposés avec ceux des malières vitreuses dans toute rélendue de la surface et des couches extérieures du globe.
Ia‘S premières terres limoneuses ayant été délayées et entraînées par les eaux, ce grand lavage aura fait la séparation de tous les grains de fer contenus dans celte terre; le mouvement de la mer aura ensuite Iransporlé ces grains avec les malièi’es (jui se sont trouvées d’un poids et d’un volume à peu près égal, en sorte qu’après avoir séparé les grains de fer de la terre où ils s’étaient formés, ce même mouvement des eaux les aura mêlés avec d’autres matières qui n’ont aucun rapport à leur formation : aussi ces mines d'alluvion offrent-elles de grandes différences, non-seulement dans leur mélange, mais même dans leur gisement et leur accumulation.
On appelle mines dilatées ou mines en nappes les minières de fer en grains qui sont étendues sur une grande surface plane, et qui souvent forment des couches qu’on peut suivre très-loin. Ces mines sont ordi-
* On connaît les granJes roches de fer qui se trouvent en Suède, en Russie et eu Sibérie, et quelques voyageurs ndont assuré que la plus grande partie du haut terrain de la Laponie n’est, pour ainsi dire, qu’une masse ferrugineuse.
ïlfSTOIRE NATURELLE
nairemonlen frès-pelits grains, el presque toujours mélangées les unes de sable vitreux ou d’argile, les autres de petits graviers calcaires et de débris de coquilles. On nomme mines en nids ou eu sacs celles qui sont accumulées dans les fentes et dans les intervalles qui se trouvent entre les rochers ou les bancs de pierre ; el ces mines en nids sont communément plus pures et en grains j)lus gros que les mines en nappes; elles sont souvent mêlées de sables vitreux et de petits cailloux ; et, quoique situées dans les fentes des rochers calcaires, elles ne contiennent ni sable calcaire ni coquilles : leurs grains étant spécitiquemenl ])lus pesants que ces matières, n’ont été transportés qu’avec des substances d’egale pesanteur, tels que les petits cailloux, les calcédoines, etc.
Toutes ces mines de fer en grains ont également été dé[)osées par les eaux de la mer : on les trouve plus souvent et on les découvre plus aisément au-dessus des collines que dans le fond des vallons, parce que l'épaisseur de la terre qui les couvre n’est pas aussi grande; souvent même les grains de fer se présentent à la surface du terrain, ou se montrent |)ar le labour à quel(|ues pouces de profondeur.
Il résulte de nos observations que la terre végétale ou limoneuse est la |)remicre matrice de toutes les mines de fer en grains, et il me semble qu’il en est de même de la pyrite martiale; ce minéral, (luoique de formes variées et différentes, est néanmoins toujours régulièrement figuré : or, je crois pouvoir a\ancer que c’est du détriment des substances organisées que la pyrite tire en partie son origine; car elle se forme ou dans la couche même de la terre végétale, ou dans les dépôts de celte même terre, entre les joints des pierres calcaires et les délits des argiles, où l’eau, chargée de particules limoneuses, s’est insinuée par infiltration, el a déposé avec ces |)arliculcs les éléments nécessaires à la composition de la pyrite.
Car quels sont en effet les éléments de sa composition? Du feu fixe, de l'acide el île la terre ferrugineuse, tous trois intimement réunis par leur affinité. Or celte matière du feu fixe ne vient-elle pas du détriment des cor()S organisés et des substances inflammables qu’ils contiennent? Le fer se trouve également dans ces mêmes détriments, puisque tous les animaux et végétaux en recèlent, même de leur \ ivanl, une assez considérable quantité; et comme l’acide vitriolique abonde dans l’argile, on ne doit pas être étonné de voir des pyrites partout où la terre végétale s’est insinuée dans les argiles, puisque tous les principes de leur composition se trouvent alors réunis. 11 est vrai qu’on trouve aussi des pyrites, et quelquefois en grande quantité dans les masses d’argile, où il ne parait pas que la terre limoneuse ait pénétré; mais ces mêmes argiles contenant un nombre immense de coquilles et de débris de végétaux el d’animaux, les pyrites s’y seront formées de même par l’union des principes renfermés dans tous ces corps organisés.
La mine de fer en grains et la pyrite sont donc des produits de la terre végétale. Plusieurs sels se forment de même dans celte terre, par
les acides et les alcalis qui pciivciil y saisir des l)ases différentes, et enfin les ])itumcs s’y produisent aussi par le mélange de l’acide avec les huiles végétales ou les graisses animales; et comme cette couche extérieure du globe reçoit encore les déchets de tout ce qui sert à l’usage de l’homme, les particules de l’or et de l’argent et de tous les autres métaux et matières de toute nature qui s’usent par lés frottements, on doit par conséquent y trouver une petite quantité d’or ou de tout autre mêlai.
C’est donc de celle terre, de cette poussière que nous foulons aux pieds, que la nature sait tirer ou régénérer la plui)art de ses productions en tous genres; et cela serait-il possible si cette même terre n’était pas mélangée de tous les |)rincipes organicpies et actifs <|ui doivent enirer dans la composition des êtres organisés et des corps figurés?
La terre limoneuse ayant été entrainée par les eaux courantes, et déposée au fond des mers, accompagne souvent les matières végétales qui se sont converties en charbon de terre ; elle indique par sa couleur les aflleurcmenls extérieurs des veines de ce charbon, u Nous observe- « TOUS, dit M, de Gensanne, que dans tous les endroits où il se trouve Il des charbons de terre ou d’autres substances bitumineuses, ou aper- « çoit des terres /attï;es plus ou moins foncées, (|ui, dans les Céveunes « surtout, forment un indice certain du voisinage de ces charbons. Ces « terres bien examinées ne sont autre chose que des roches calcaires, « dissoutes par un acide qui leur fait contracter une (|ualité ferrugic neuse, et conséquemment cette couleur ocreuse. Ijorsque la dissolu- « lion de ces pierres est en quelque sorte [larfaite, les terres rouges qui « en proviennent prennent une consistance argileuse, et forment de K véritables bols ou des ocres naturelles *. « J’avoue que je ne puis cire ici du sentiment de cet habile minéralogiste. Ces terres fauves, qui se trouvent toujours dans le voisinage des charbons de terre, ne sont que des couches de terre limoneuse : elles peuvent être mêlées de matière calcaire, mais elles sont en elles-mêmes le produit de la décomposition des végétaux : le fer ({u’elles contenaient se change en rouille j)ar rhumidité, et le bol, comme je l’ai dit, n’est que la partie la plus fine et la jilus atténuée de celle terre limoneuse, qui n’a de commun avec l’argile que d’étre, comme elle, ductile et grasse.
De la même manière que la matière végétale plus ou moins décomjiosée a été anciennement transportée i)ar les eaux et a formé les veines de charbon, de même la matière ferrugineuse contenue dans la terre limoneuse a été transportée, soit dans son état de mine en grains, soit dans celui de rouille. Nous venons de parler de ces mines de fer en grains, transportées jjar alluvion et déposées dans les fentes des rochers calcaires: les rouilles de fer et les ocres ont été lransj)ortées et déposées
• Ilisloirc naturelle du Languedoc, tome I, page 189.
IIISTOIKE NATÜUEI.LE
de iiiciiic par les eaux de la mer. M. le Moiinier, premier mcdeciu ordinaire du roi, décrit une mine d’ocre qui se trouve dans le Berri, prés de Vierzon, entre deux lits de sable*. M. Guetlard en a observé une autre à Bitry, lieu qui n’est i)as éloigné de Donzy en Aivernois; elle est à trente pieds de profondeur, et porte, comme celle de Vierzon, sur un lit de sable qui n’est point mélé d’ocre** : un autre à Saint-George-sur-
* O Les lierboi'i.sations que j’ai failes. dit-il, dans la forêt do Vierzon, m’ont conduit si près . d’une mine d’oerc, (pic je n’ai pu me dispenser d’aller rexaminer; on u’en voit pas beaucoup . de cette espece, et j’ai même ouï dire que c'ctail la seule qui fut ou France j elle .appartient « à un marchand de Tours qui la fait expluilerj elle est .située dans la seigneurie de la Beu- 0 vrière, paroisse de Saint-George, à deux !icuc.s de Vierzon, sur les bords du Cher. Lorsque
0 j’y suis arrivé, les puits étaicut remplis d’eau, h l'e.-iception d’un .seul dans lequel je suis « descendu ; il e.st au milieu d’un champ dont la superficie est un pou saI>lonncuse, blancbâtro,
1 .sans que lu terre soit cependant tro]! maigre; l’onverture dccc puits est un carré dont rbacun O de scs côtés peut avoir une toise et demie, sa profondeur est de dix-huit ou vingt toises; ce a ne sont d’abord que dilférents lits de terre eoinmiine et d’un sable rougeâtre : on traverse « ensuite un massif de grès fort Iciulre, dont le grain est fin et se durcit beaucoup à l’air; « celle masse est épaisse d'environ vingl-qnatrc pieds; suivent ensuite différents lits de terre » argileuse et de cailloutage; enfin vient un bancdesablon très-fin, blanc et de Tcpaisscur d’im « pied ; c’est immédiatement au-dessous de cc banc de sable, que se trouve la proinicre veine • d’ocrc. Colle veine a la même épaisseur que le banc de sablon; elle est horizontale autant O que j’en ai pu juger; cl comme on l’aperçoit tont autour du puits, je n’ai pu décider si elle « court du midi an nord, ou si elle suit une autre direction.
« Cc lit d’ocrc est suivi par un antre banc de sablon, et celui-ci par une autre veine d’oere, « et le mineur iri’a assuré qu’en creusant davantage on voit aussi dilférents lits d’oero et de » sable SC succéder les uns aux autres; je n’eu ai vu que deux lits de cbacuu, parce que le <1 puits où j’ai descendu était tout nouvellement fait. T.’ocre est molle, gr.isse et parfaitement « hornogene : c’est une chose assez singulière que la nature ait ainsi réuni les deux contraires, « le sable et Tocrc, savoir la malière la moins liante avec celle qui paraît avoir le plus de O duclililé, et cela sans le moindre mélange; car la séparation des veines de sable et d’ocrc O est parfaite, et n’est, pour ainsi dire, qu’une ligne géométrique; quand je dis que les veines « d’ocre sont si pures, j’eutcmls qu’il n’y a aucun mélange de sable, et je ne parle pas de quelti ques noyaux durs, ferj'Ugincox e.l de la grosseur du poing, <pii sont do véritables pierre, « aélites, car on en trouve assez frcipiemmcnt dans l’ocre; leur surface est ii peu près ronde « et I épaisseur de la croûte d’environ deux lignes : elles contiennent un peu d’oere mêlée n d’une terre fcrj uginciiso cl Iriablo.. On ii’emploie point d’autre machine pour tirer l’ocre de « lu carrière que le tourniquet simple dont se servent nos potiers de terre des environs de » Paris ; elle est pâle cl presque blanche dans la veine, et jaunit à mesure qu’elle sèche, mais O elle devient ronge quand on la calcine : lo sablon qui renviromic n’a de parliciilier que qucl- « qiics brillants lab|iicu.v ilont il est semé, et son goût vilriolique assez eoiisidérable. Tonte « celle raine est fort liuinidc; cl, malgré la largeur de rouverlure, l’eau qui dislill.ait des côtes (. formait au bas une pluie fort incommode : celte eau sentait aussi le vitriol, et rougissait avec U l’infusion de noix de galles. » Observations d’bisloire natmellc; Paris, 17ôî), page H8.
**Les trous que l'on ouvre pour liicr Tocrc ii’ont au plus que trente pieds de piol'ondcur.... Les matières qui précèdent Tocro sont ; 1° un banc de sable terreux ; 2° un banc de glaise qui cstd’uii blanc cendre ou d’un bleuâtre tirant sur le iioii’, (pii sert à faire de la poterie; ce banc est füit épais: 5" un aiitie banc de glaise de couleur liruiil sur le violet; il est tantôt plus violet que rouge, tantôt plus rouge que violet; un petit banc, ou plutôt un lit d’une espece
DES MliNÉUAUX.
la-Prcc dans le Béni, qui est à cinquante ou soixante pieds de profondeur*, la veine d’ocrc portant égaleinenl sur le sable; une troisième à Tanay en Brie, qui n’est qu’à dix-sept à dix-huit pieds de profondeur, et appuyée de même sur un banc de sable**. » L’ocre, dit très-bien Il M. Guellard, est douce au loucher, s’attache à la langue, devient « rouge au b u, s’y durcit, y devient un mauvais A'erre si le feu est Il violent, donne beaucoup de fer avec le phlogisticjue, et ne se dis- II sont pas aux acides minéraux, mais à l’eau commune. » Et il ajoute avec raisoi» que toutes les leri-es qui ont ces (lualités peuvent être regardées comme de véritables ocres ; mais je ne puis m’empêcher de m’écarter de son sentiment, en ce qu’il pense que les ocres sont des glaises; car je ci’ois avoir prouvé ci-devant (jiie ce sont des terres terrugineuses qui ne proviennent j)ar des glaises ou argiles, mais de la terre végétale ou limoneuse, laquelle contient beaucoup de fer, taudis que les glaises n’en contiennent que très-peu.
On trouve aussi des mines de fer en ocre ou rouille dans le fond des marécages et des autres eaux stagnantes. Le limon des eaux des pluies et des rosées est une sorte de terre végétale qui contient du fer, dont les molécules peuvent se rassembler dans cette terre limoneuse au-des-
dc grès jaune ou d’un brun jaunâtre; S'’ le banc d'ocrc dont l’cpiiissour fait au moins le tiers de la hauteur de l’excavation; et 6° un banc de sable qui est sous l’ocre et qu’on ne perce jamais.... L'ocre est très-jaune lorsqu’on la tire do la terre ; elle est toujours alors un peu nioiiillëe; elle prend à la superficie, eu se desséchant, une couleur légèrement ceiidrce. Pour la tirer, on la détache du banc en assez gros i[uartiors avec des coins de bois coniques, que l’on fiapped’uu maillet de bois. Mémoires de l’.Vcadémie des Sciences, année I7C2, page Ilia et siiiv.
* On trouve au-dessus de cette mine d’ocre : 1" (pialre à cinq pieds de terre commune ; 2" quinze ,’i seize pieds d’une lerre argileuse mêlée do cailloutage; â" trois et quatre pieds de gros sable rouge ; cinq à six pieds d’un grès gris et luisant, quelquefois si dur qu’on est obligé d’employer la poudre pour le rompre ; 5“ dix .à vingt pieds d’une terre brune plus ferme et jdus solide que l’argile; (i" deux ou trois pieds d’une terre, jaunâtre aussi fort dure; 7“ le banc d’ocrc qui n’a tout au plus que huit à neuf pouces d’épaisseur; 8" un sable passahlcmeiil lin dont on ne connaît pas la profondeur.... Ici l’oerc ne sc trouve point par quartiers sépares; elle forme un lit eoiitiini dans toute sa longueur, et conserve presque partout sou épaisseur; elle est tendre dans la mine, et on la coupe ai.sément avec la bêche; elle est originairement d'un jaune fonce, mais elle pâlit un peu, et durcit en se séchant. L’ocre n’est point mclaiigéc de glaise d’aucune couleur.... et elle ne renferme aucun caillou dans son intérieur ; seulement il y a par-dessous une espèce de gravier de l’épaisseur do deux a trois doigts. Mémoires de rAcademie des Sciences, année 1762, page lo.â et suiv.
*■' Cetle carrière est ouverte ; 1" dans nue terre labourable ; cette terre est maigre, blanehâtre cl a peu de consistance; clic peut avoir environ trois pieds d’épaisseur; 2“ cinq à six pieds d’une terre grise propre à faire de la poterie; iï” huit à neuf pieds d’une autre terre (l’auteur n’en dit pas la nature, mais il est à présumer que c’est aussi une espère de glaise) ; 4° environ un pouce d’une terre couleur de lie de vin; a° environ un pouce d’une matière pyrilcuse qui ressemble à du potin ; 6" le banc d’ocrc, qui a huit ou neuf pouces, et quelquefois un pied d’épaisseur; 7“ un sable verdâtre qu’on ne perce pas. Idem, ibidem.
HISTOIRE NATURELLE
sous do l’eau connue au-dessous de la surface de la (erre ; c’est cette cs- I)èce de mine de fer r|ue les minéralogistes ont aj)|)elée vena palustris : elle a les mêmes jjropriétés et sert au même usage que les autres mines de fer en grains, et son origine primordiale est la meme ; ce sont les roseaux, les joncs et les autres végétaux aqualiipies, dont les débris accumulés an fond des marais y forment les couebesde cette terre limoneuse dans laquelle le fer se ti-ouve sous la forme de rouille. Souvent ces mines de marais sont plus é|)aisscs et plus abondantes que les mines terrestres, parce que les couebesde (erres limoneuses y sont elles-mêmes plus épaisses, par la raison que toutes les plantes qui croissent dans ces eaux y retombent en pourriture, et qu’il ne s’en fait aucune consommation, au lieu que sur la terre, l’homme et le feu en détruisent plus que la j)ourrilure.
Je ne puis répéter assez (|ue celte couche de terre végétale quicouvre la surface du globe est non-seulementle trésor des richesses de la nature vivante, le dépôt des molécules organiques qui servent à l’entretien des animaux et des végétaux, mais encore le magasin universel des éléments qui entrent dans la composilion de la ])lHpart des minéraux. On vient de voir que les bitumes, les charbons de terre, les bols, les ocres, les mines de fer en grains et les pyrites en tirent leur première origine, et nous prou\ erons de même que le diamant et plusieurs autres minéraux régulièrement ligurés se forment dans cette même terre matrice de tous les êtres.
Comme celle dernière assertion pourrait paraître hasardée, je dois rappeler ici ce que j’ai écrit en 1772 sur la nature du diamant, quelques années avant qu’on eût fait les cxi)ériences par lesquelles on a démontré que c’était une substance iutlammable : je l’avais présumé par l’analogie de sa puissance de réfraction qui, comme celle de loutes les huiles et autres substances inllammables, est proportionnellement beaucoup plus grande que leur densité. Cet indice, comme l’on voit, ne m’avait pas trompé, puisque, deux ou trois ans après, on a vu des diamants s’enllammer et brûler au foyer du miroir ardenl. Or, je prétends que le diamant, qui prend une tigure régulière et .se cristallise en odaedre, est un produit immédiat de la terre végétale; et voici la raison que je puis en donner d’avance, en attendant les |)rcuves plus particulières que je ré.serve pour l’article où je traiterai de cette brillante production de la terre. On sait tpie les diamants, ainsi que plusieurs autres pierres précieuses, ne se trouvent (jue dans les climats du IMidi, et cpCon n’a jamais trouvé de diamants dans le Noixl, ni même dans les terres des zones tempérées ; leur formation dépend donc évidemment de l’inlluence du soleil sur les premières couches de la terre; car la chaleur propre du glole esta très-peu près la même à une petite profondeur dans tous les climats froids ou chauds. Ainsi ce ne peut être que par celte plus grande intluencede soleil sur les terres des climats méridionaux (pie le diamant s’y forme à l’exclusion de tous les autres climats; et comme
celte inllucnce agit principalcnient sur la eouclie la plus extérieure du globe, c’est à-dirc sur celle de la terre végétale, et (|u’elle n’a nulle action sur les couches intérieures, on ne peut attribuer qu’à cette inéinc terre végétale la formation du diamant et des autres pierres précieuses ipii ne se trouvent que dans les contrées du midi : d’ailleurs rins[)eclion nous a démontré ((ue la gangue du diamant est une terre rouge semblable à la terre limoneuse. (les considérations seules suniraient pour |)rou\ eien général que tous les minéraux qui ne sc trouvent que sous les climats les plus chauds, et le diamant en particulier, ne sont formés que par les éléments contenus dans la terre végétale, et combinés avec la lumière et la chaleur que le soleil y verse en plus grande quantité que partout ailleurs.
Nous avons dit qu’il n’y a rien de combustible dans la nature (|ue ce qui provient des êtres organisés; nous pouvons a^ancer de même (|u’il n’y a rien de régulièrement liguré dans la matière, (pie ce qui a été travaillé par les molécules organiques, soit avant, soit après la naissance de CCS mêmes êtres organisés : c’est jiar la grande (juanlilé de ces .molécules organicpies contenues dans la terre végétale (jue sc fait la production de tous les végétaux et rentretien des animaux; leur dévelo]!pement, leur accroissement ne s’opèrent (pie par la susceplion de ces mêmes molécules qui pénètrent aisément toutes les substances ductiles : mais lorsipic ces molécules actives ne rencontrent que des matières dures et trop résistantes, elles ne peuvent les pénétrer, et tracent seulement à leur superficie les premiers linéaments de l’organisation qui forment les traits de leur figuration.
.Alais revenons à la terre végétale prise en masse , et considérée comme la première couche qui enveloppe le globe. 11 n’y a que trèsjieu d’endroits sur la terre ([ui ne soient pas couveids de cette terre; les sables brûlants de l’Afrique et de l’Arabie, les sommets nus des montagnes composées de quartz ou de granit, k's icgions jwlaires, telles que Spitzberg et Sandwich, sont les seules terres où la végétation ne peut exercer sa puissance, les seules qui soient dénuées de cette couche de terre végétale (|ui fait la couverture et [iroduit la parure du globe. « Les roches pelées et stériles de la terre de Sandwich, dit M. Forster, « ne paraissent pas couvertes du moindre grain de terreau , et on n’y >! rematapie aucune trace de végétation... Dans la baie de Possession, « nous avons vu deux rochers où la nature commence son grand Ira- « vail de la végétation *, elle a déjà formé une légère enveloppe de sol « au sommet des rochers; mais son ouvrage avance si lentement, (pi'il « n’y a encore que deux plantes, un (jramen et une csjjècc de pimpre- « nelle... A la Terre-de-Feu, vers l’ouest, et à la Terre-des-Etats, dans
* C’est plutôt (]iie le tcavail de la nature C-\pii'0 sur ces extreinilcs pedaircs ensevelies déjà par les progrès du rcl'roidissemcnt, et qui sont à jamais peidues pour la nature vivante. aiFPOx, tom. Ht.
ilIS'l'OlUli NATURELLE
U les cavités et les crevasses des piles énormes de rochers <iui coinpo- « sent ces terres, il se conserve un peu dTuiinidité, et le frottement « continuel des morceaux de roc détaches, précipités le long des flancs « de ces masses grossières, produisent de petites particules d'une espece " de sable : là, dans une eau stagnante, croissent peu à peu quelques « plantes du genre des algues, dont les graines y ont etc portées par « les oiseaux, (les plantes créent à la tin de chaque saison des atomes <c de terreau qui s’accroît d’une année à l’autre; les oiseaux, la mer et « le vent, apportent d’une ile voisine sur ce commencement de terreau CI les graines de quehjucs-uncs des plantes à mousse qui y végètent duce rant la helle saison; i(uoi(jue ces plantes ne soient pas vcritahlement cc des mousses, elles leur ressemblent beaucoup... Toutes, ou du moins <c la plus grande partie, croissent d’une manière analogue à ces régions, et cl propi e à former du terreau et <lu sol sur les rochers stériles. A
U mesure que ces plantes s'élèvent, elles se ré|)andenl en tiges et en
CI branches qui se tiennent aussi près l’une de l’autre que cela est jiosic sihle; elles dispersent ainsi de nouvelles graines, et enfin elles couic vrent un large canton : les libres, les racines, les tuyaux et les ce feuilles les plus inférieures tombent peu à peu en pulréfaction , proie dnisent une espèce de tourbe ou de gazon, qui insensiblement se
et convertit en terreau et en sol. Le tissu serré de ces plantes empêche
ce l'humidité qui est au-dessous de s’évapoi'cr, fournil ainsi à la nutri- II tion de la partie supérieure, et revêt à la longue fout l’espace d’une Il verdure constanle... .le ne puis pas oublier, ajoute ce naluraliste- II vo}ageur, la manière parliculière dont croit une espèce de grameii « dans l’ile du Nouvel-An, près de la Terre-des- Etats et de la Géorgie Il australe. Ce gramen est peiqiétiud , et il affronte les hivers les plus n froids. 11 vient toujours en touffes ou panaches à quelque distance Il l’un de l’aulie; chaque année les bourgeons prennent une nouvelle U tète, et élargissent le panache jusqu’à cc qu'il ait quatre ou ciinj Il pieds de haut, et qu’il soit deux ou trois fois plus large au sommet Il qu’au pied. FjCS feuilles et les liges de ce gramen sont fortes et sou- « vent de trois à quatre jtieds de long. Les phoques et les pingouins se « réfugient sous ces toufl'es; et, comme ils sortent souvent de la mer « tout mouillés, ils rendent si sales et si boueux les sentiers entre les Il panaches, qu’un homme ne peut y marcher qu’en sautant de la cime Il d’une touffe à l’autre. Ailleurs les oiseaux appelés nigauds s’emparent Il de ces touffes et y font leurs nids. Ce gramen et les éjections des pho- « ques, des |)ingouins et des nigauds, donnent peu à peu une élévation Il plus considérable au sol du pays, n On v(»il, par ce récit, que la nature se sert de tous les moyens possibles pour donner à la terre les germes de sa fécondité , et pour la couvrir de ce terreau ou terre végétale , qui est la base et la matrice de toutes ses productions. Nous avons déjà exposé, à l’article des Volcans, comment les laves et toutes les autres matières volcaniques se conver-
DES AIINÉKAUX.
tissent avec le (einps en (eri’c féconde; nous avons déuioniré la con\ ecsion du verre jjriniitif en argile i)ar rinteriiiédc de l’eau. Cette argile mêlée des détriments des animaux marins n’a pas été longtemps stérile; elle a bientôt produit et nourri des plantes , dont la décomposition a commencé de former les couches de terre végétale, qui n’ont pu qu’augmenter partout où ce (ra\ail successif de la nature n’a point trouve d’obstacle ou souffert de déchet.
On a vu ci-devant que l’argile et le limon, ou si l’on vent la terre argileuse et la teri'c limoneuse, sont deux matières fort différentes, surtout si l’on compare l’argile pure au limon j)uiq runc ne provenant que du .verre primitif décomposé par des éléments hunudes , et l’autre n’étant au contraire que le résidu ou produit ultérieur de la décomposition des corps organisés : mais dès que les couches extérieures de l’argile ont reçu les bénignes impressions du soleil, elles ont acquis peu à peu fous les principes de la fécondité ])ar le mélange des poussières de l’air et du sédiment des itlines; et bientôt les argiles couvertes ou mêlées de ces limons terreux sont devenues pres<iuc aussi fécondes (|ue la terre limoneuse ; toutes deux sont également spongieuses , grasses , ilouces au loucher, et susceptibles de concourir à la végétation par leur ductilité. Ces caractères communs sont cause que ni les ininéralogisiUîs, ni même les ebimistes, ne les ont pas assez distinguées, et ([uc Ion trouve en plusieurs endroits de leurs écrits le nom de terre argileuse, au lieu de celui de terre limoneuse. Cependant il est très-essentiel de ne les pas confondre et de convenir avec nous que les terres primitives et sHiq)les peuvent sc réduire à trois, l’argile, la craie et la terre limoneuse, qui toutes trois diffèrent par leur essence autant que par leur origine.
t'ff quoique la craie ou la terre calcaire puisse êire regardée comme une terre animale, ])nisqu’ellc n’a été produite ([ue par les détriments (les coquilles, elle (vst néanmoins plus éloignée que l’argile de la nature de la lerrc végétale : car cette terre calcaire ne devient jamais aussi ductile; elle sc refuse longtemps à tonie féîcondation ; la sécheresse de ces molécnles est si grande, et les principes organiques qu elle contient sont en si petite quantité, que par elle-même elle demeurerait stérile à jamais, si le mélange de la terre végétale ou de l’argile ne lui communiquait pas les éléments de la fécondation. Nous avons déjà eu occasion d’observer que les pays de craie et de pierre calcaire sont beaucou|) moins ferliles que ceux d’argile cl de cailloux vitreux; ces mêmes cailloux, loin (le nuire à la fécondité, y conti'ibuenl en se décomposant; leur surface blancliit à l’aii' , cl s’exfolie avec le temi)s en |)0ussière douce et ductile; et, (“omiiu! celte |)Oiissiére se Irouve eu même temps imprégnée du limon dos rosées et des pluies, elle forme bientôt une excellente terre végélalc, au lieu que la pierre calcaire, quoique réduite en poudre, ne devienl pas ductile, mais demeure aride , et n’acquiert jamais autant d’affinité que l’argile avec la terre végétale; il lui faut
lllSTOIUE NATURELLE
donc beaucoup plus de temps qu’à l’argile pour s’atténuer au point de devenir féconde. Au reste, toute terre purement calcaire, et tout sable encore aigre et purement \ itreux, sont à peu près également impropres à la végétation, parce que le sable vitreux et la craie ne sont pas encore assez décomposés, et n’ont pas acquis le degré de ductilité nécessaire pour entrer seuls dans la composition des êtres organisés.
Et comme l'air et l’eau conliibuent beaucoup plus que la terre à l’accroissement des végétaux, et que des expériences bien faites nous ont démontré que dans un arbre, quelque solide qu’il soit, la quantité de terre qu’il a consommée pour son accroissement ne fait qu'une trèspetite portion de son poids et de son volume, il est nécessaire que la majeure et Ires-majeure partie de sa masse entière ait été formée i)ar les trois autres éléments, l’air, l’eau et le feu : les particules de la lumière et de la cbalcur se sont fixées a\ ec les jjarlies aériennes et aqueuses pendant tout le tc.mps du développement de toutes les parties du végétal. J.c terreau et le limon sont donc produits originairement jnir ces trois premiers éléments combinés avec une très-petite portion de terre : aussi la terre végétale contient-elle très-almndamment et trèsévidemment tous les principes des quatre éléments réunis aux molécules organiques j cl c’est par celle raison qu’elle de\ ienl la mère de tous les êtres oi-ganisés, et la matrice de tous les corps figurés.
.l’ai rapporté des essais sur différentes terres dont j’avais fait reuqjlir de grandes caisses, et dans lesquelles j’ai semé des graines de plusieurs arbres. Ces épreuves sufliscnl pour démontrer que ni les sables calcaires, ni les argiles, ni les terreaux trop nouveaux, ni les fumiers, tous pris séparément, ne sont propres à la végétation ; (]ue les graines les j)lus fortes, telles que les glands, ne poussent que de très-faibles racines dans toutes ces matières où ils ne font que languir et périssent bientôt ; la terre végétale cllc-méme, lorsqu’elle est réduite en parfait limon et en bol, est alors trop compacte pour que les racines des plantes délicates puissent y pénétrer. La meilleure terre, après la terre des jardins, est celle qu’on ap|)elle terre franche, qui n'est ni trop massive, ni trop légère, ni trop grasse, ni trop maigre, qui peut admettre l'eau des pluies, sans la laisser trop promptement cribler, cl qui néanmoins ne la retient pas assez j)OHr qu’elle y croupisse. iMais c’est au grand art de l’agriculture, que l’iiistoire naturelle doit renvoyer l’examen particulier des propriétés et (jualités des différentes terres soumises <à la culture : l’expérience du laboureur donnera souvent des résultats que la vue du naturaliste n’aura pas a])erçus.
Dans les pays habités, et surtout dans ceux où la population est nombreuse, et où prescpie toutes les terres sont en culture, la (juantilé de terre végétale diminue de siècle en siècle non-seulement parce que les engrais qu’on fournit à la terre ne peuvent équivaloir à la quantité des productions qu’on en tire, et ([u’ordinairemcnl le fermier avide ou le propriétaire passager, plus pressés de jouii-quede conserver, effruitent.
affament leurs terres en les faisant porter au-delà de leurs forces ; mais encore parce (|ue cette culture donnant d’autant plus de produit que la terre est plus travaillée, plus divisée, elle fait qu’en même temps la terre est plus aisément entraînée par les eaux : ses parties les plus fines et les plus substantielles dissoutes ou délayées descendent par les ruisseaux dans les rivières, et des rivières dans la mer : chaque orage en été, chaque grande pluie d’hiver, charge loiiles les eaux courantes d’un limon jaune, dont la quantité est trop considérable pour que toutes les forces et tous les soins de l’homme puissent jamais en réparer la perte par de nouveaux amendements. Cette déperdition est si grande et SC renouvelle si souvent, qu’on ne peut même s'empêcher d’être étonné que la stérilité n’arrive pas plus tôt, surtout dans les tcri'ains qui sont en pente sur les coleaux. Les terres qui les couvraient étaient autrefois grasses, et sont déjà devenues maigres à force de culture ; elles le deviendront toujours de plus en plus jusqu’à ce qu’étant abandonnées à cause de leur stérilité, elles puissent reprendre, sous la forme de friche, les poussières de l’air et des eaux, le limon des rosées et des pluies, et les autres secours de la nature bienfaisante, qui toujours travaille à rétablir ce que l’homme ne cesse de détruire.