îo histoire nati^relle
lie SC trouve qu’à douze cent quatre-viniït-liuit pieds liégeois, c’est-àdire à uiille soixante-treize pieds de Paris de profondeur, sui^ant le calcul même des distances rapportées par cet auteur *. Les autres travaux des environs ne sont pas aussi profonds M. Genneté a donc eu tort de faire entendre que les mines du pays de Liège ont été fouillées jusqu’à quatre mille cent vingt-cinq pieds de profondeur; tout ce qu’il aurait pu dire, c’est que si l’on voulait exploiter par le sommet de la mqnlagpe de Saint-Gilles sa soixante et unième veine, il faudrait creuser jusqu’à quatre mille cent vingt-cinq pieds de profondeur perpendiculaire, c’est-à-dire à trois mille quaire cent trente-huit pi^ds de Paris, si toutefois cette veine conserve la même courbure qu’il lui suppose. Rejelant donc comrne conjecturales et |)eut-êlre imaginaires, toutes tps veines supposées par M. Gennetp au delà à vingt-troisième, <|ui est la plus profonde de toutes celles qui ont clé fouillées, et u’en comptant en effclque vingt-trois au lieu de soixante et une, on verra, par la comparaison entre
Distance de la cinquante-troisième à la cinqnante-qnülrièmç veine. . .
Jipai.sseur de celte cinqiianie-qnatrième veine
Elle est (liHieile à exploiter à cause des pierres qui s’y trouvent mêlées.
Distance de la cinquiinle-quatriéme à la einquanlc-ciuquicqio yciiié. .
Epaisseur de celle cinquante-rinquième veine
Cette veine est bonne, facile à exploiter, avec trois pouces de liouage en dessous.
Distance de lii cinqqante-einquièinc à la cinquante-sixième veine. . .
Epaisseur de cette cinquante-sixième veine
Elle est divisée en deux couches ; celle de dessus est la plus épaisse, et poric .sur uu doigt d’épaisseur de liouage ; il y a ici une faille dont
pn a déjà j lé, qui a ijualre cciit vingt pieds d’épaissepr, et qui
sépare la cuiquanle-sixieine veine de lu ciin|uante-septièine.
Distance de la cinquarite-sixicme à la cinquante-septième veine. . .
Epaisseur de celle cmquante-seplièmo veine
Il y U un lit de pierres qui. depuis trois pouces, s’élargit jusqu’à vingt et vingt et un pieds, et divise ainsi la veine eu deux hranelies.
Distance de la cin(|uanle-seplièmè à la çiiiquanlc luiiliome veine. . .
Epaisseur de celte cinquante-huitième yeine . . .
Ilistanee de la cinijuaiitc-huilièmc à la cinquanle-ncpvièrae veiue. . .
Epais-seur de cette tiiuiuantc-uciiviènie veine
Elle est divjsée en deux couches par deux doigts d'épaisseur de liouage, et contient heaucoup de pyrites.
Distance de la cinquunle-neuviènie à la soixantième veine
Epaisseur de celle soixantième veine. . .
Distance de la soixanlièiue à lu soixante et unième yeine
Epai.sseur de celte soixante et unième et dernière veine
Celte veine est d'élite; elle porte sur trois pouces de liouage, et est divisée en deux couches.
Épaisseur
dfs
yeincs.
Dislance entre les Veines.
ü pi. 3 p.
31. Geiiiietc ajoute que le houage se trouve toujours sous les veines ou Iiieii entre elles , et que toutes celles où il y a de celte espèce de terre sont plus faciles à exploiter que les autres, ])aree que l’on y fait entrer aisément les coins de fer pour détacher la houille et l’enlever en niorcpanx. Connai.ssanre des veines de houille, etc., page 47 jusqu'à la page 81 .
^ Voyez la planche III, figure 1, de JI. Genneté.
** Note communiquée par If . lé Camus de Liraarc.
elles, de ces veines de charbon, tontes situées les unes au-dessous des autres, que leur éi)aisseur n’esl pas relative à la profondeur où elles gisent; car, dans le nombre des veines supérieures, de celles du iniljeu et des inférieures, il s’en trouve qui sont à peu près égajenient épai'sscs ou minces, sans aucune règle ni aucun rapport avec leur situation en profondeur.
On verra aussi que l’épaisseur i)lus ou inoins grande des matières étrangères interposées entre les veines du charbon n’influe p<as sur leur épaisseur propre.
Il en est encore de même de la bonne ou inauvaise qualité des charbons ; elle n’a nul rapport ici avec les différentes i)rofondeurs d’où on les tire : car on voit par le tableau que le meilleur charbon de ces vingttrois veines est celui qui s’est trouvé dans les ((uatrième, sei)tième, dixième, onzième, quinzième, dix-septième, dix-huifièmè et vingtdeuxième veines; en sorte que dans les veines les plus basses, ainsi que dans celles du milieu, et dans les plus extérieures, il se trouve cgalenieul du très-bon, du médiocre et du mauvais charbon, delà prouve encore que c’est une même matière amenée et déposée par les mêmes moyens, qui a formé les unes et les autres de ces différent es veines, et qu'un séjour plus ou moins long dans je sein de la terre n’a pas changé leur nature ni même leur qualité, puisque les plus profondes, et p.ar conséqucijl les plus aneiennement déposées, sont absolument de la mèine essence et qualité que les plus modernes; mais cela n'cmpèehe i)as qu'ici, comme ailleurs, la partie du milieu et le fond de la veine ne soient toujours celles où se trouve le meilleur charbon : celui de la partie su()éricure est toujours plus maigre et plus léger, et à mesure (pie les rameaux de la veine apiirochent plus de la surface de la terre, le charbon en est inoins compacte, et il parait avoir été altéré par la stillation des eaux *.
Dans ces vingt-trois veines, il y en a huit de très-bon charbon, dix de mf'diocre cpialité, et cinq qui donnent une très-niauvaise odeur par la grande quantité des pyrites qu’elles contiennent ; et comme l’une de ces veines pyriteuses se trouve être la dernière, c’est-à-dire la vingt-troisième, on voit que les pyrites qui ne se. forment ordinairement ipi’à de médiocres iirofondeurs, ne laissent pas de se trouver à plus eje douze cent quatre-vingts jiieds liégeois dans rintérieur de la terre, ou mille soixante-treize pieds Paris ; ce qui démontre qu’elles y ont été déposées
* • Il y a deux espèces de cliarboii, le premier gras, compaete, luisant et lent à s’enflammer, U mais (|ui,rclant une fuis, donne iin feu vif, une flamme blaiielic, cl jette une Cumée épai.ssc...
n Cetl<! espèce est la meillciire, et est appelée charbun de pierre On ne trouve ce charbon
O que dans la prorondeur, où il conserve une portion plus considérable de bitume, qui le rend O plus ooinpaele et plus onctueux .. La seconde espèce de cbarbon est tendre, friable et sujette « à se dceoiiiposcr à l’air; il s’allume facilcincnl; mais saebaleiir est faible... Sa situation su- « perficielle est cause qu’il a perdu la partie la plus subtile de son bitume. » Mémoire sur le charbon minéral par W. de Tilly, pages 5 et 6.
23^2 HISTOIRE NATURELLE
en même temps que la matière végétale qui fait le fond de la substance du charbon.
On voit encore, en comparant les épaisseurs de ces différentes veines, qu’elles varient depuis sept pouces jusqu’à cinq pieds et demi, et que celle deslits qui les séparent, variedepuis vingt et un pieds jusqu’à quatrevingt-dix-huit, mais sans aucune proportion ni relation des unes aux autres. Les veines les plus épaisses sont les troisième, quatorzième, dixneuvième, vingt-deuxième et la plus mince est la sixième.
Au reste dans une meme monlagne, et souvent dans une contrée tout entière, les veines de charbon ne varient ])as beaucoup par leui* épaisseur, et l’on peut juger dès la premièi-e veine de ce qu’on peut attendre des suivantes; car si cette veine est mince, toutes les autres le seront aussi. Au contraire, si la première veine qu’on découvre se trouve épaisse, on peut présumci’ a\ec fondement que celles qui sont au-dessous ont de même une forte épaisseur.
Dans les diffèi'ents pays, quoique la direction des veines soit partout assez constante et toujours du levant au couchant, leur situation varie autant que leur inclinaison. On vient de voir que dans celui de Liège elles se trouvent pour ainsi dire à toutes profondeurs. Dans le Ilainaut, aux villages d’x\nzin, de Fresnes, etc., elles sont fort inclinées avant d’arriver à leur platcur, et se trouvent à trente ou trente-quatre toises au-dessous de la surface du terrain ; tandis que dans le Forez elles sont presque horizontales et à fleur de terre, c’est-à-dire à deux ou trois j)ieds au-dessous de sa surface. Il en est à peu près de même en Bourgogne, à Mont-Cenis, Épinac, etc., où les premières v eines ne sont qu’à quelques j)ieds. Dans le Bourbonnais, à Fins, elles se trouvent à deux, trois ou (piatrc toises et sont peu inclinées; tandis qu’en Anjou, à Saint- George, Chàtel-Oison et Concourson, où elles remontent à la surface, c’est-à-dire à deux, trois et quatre pieds, elles ont dans leur commencement une si forte inclinaison qu’elles approchent de la perpendiculaire ; et ces veines pi esque verticales à leur origine, ne font plateur qu’à sept cents i)ieds de profondeur.
Nous avons dit * que les mines d’ardoise et celles de charbon de terre, avaient bien des rapports entre elles par leur situation et leur formation; ceci nous en fournit une nonvclle preuve de fait, puisqu’en Anjou où les ardoises sont posées i)resquc perpendiculairement, les charbons se trouvent souvent de meme dans cette situation perpendiculaire. Dans l'Albigeois, à Carmeaux, la veine de charbon ne se trouve qu’à deux cents pieds, et elle fait son plateur à quatre cents pieds **.
L’éj)aisseur des veines est aussi très-différente dans les différents lieux. Ou vient de voir que toutes celles du pays de Liège sont très-
* époques de la nature, lonic 1.
” SIémoirc sur le charbon minéral, par M. deTilly, page 13 cl suiv. •
minces, puisque les plus plus fortes n’ont que cinq pieds et demi d'épaisseur dans la montagne de Saint-Gilles, et sept pieds dans quelques autres contrées de ce même pays. Mais il y a deux manières dont les charbons ont été déposés : la première en veines étendues sur des terrains en pente, et la seconde en masses sur le fond des vallées; et ces dépôts en masses seront toujours plus épais que les veines en pentes. JI y a de ces masses de charbon qui ont jusqu’à dix toises d épaisseur. Oiy si les veines étaient partout très-minces, on pourrait imaginer avec M. Gcnnclé, qu’elles ne sont en effet produites que par le suintement des bitumes de grosses couches intermédiaires. Mais comment concevoir qu'une masse de dix toises d’épaisseur ait pu se produire par cette voie ? On ne peut donc pas douter que ces masses si épaisses ne soient des dépôts de matière végétale accumulée l’iinc sur l'autre (piclquefois jusqu’à soixante pieds d’épaisseur.
Quoique les veines soient à peu près parallèles les unes au-dessus des autres, cependant il arrive souvent qu’elles s’approchent ou s’éloignent beaucoup, en laissant entre elles de plus ou moins grandes distances en hauteur; et ces intervalles sont toujours remplis de matières étrangères, dont les épaisseurs sont aussi variables et toujours beaucoup plus fortes que celle des couches de charbon : celles-ci sont en général assez minces, et communément elles sont d’un pied, deux jjicds jusqu a six ou sept d’épaisseur; celles qui sont beaucoup plus épaisses, ne sont pas des couches ou veines qui se prolongent regulièrement, mais plutôt, comme nous venons de l’exposer, des amas ou masses en déi)ôts qui ne se trouvent que dans quelques endroits, et dont l’étendue n’est pas considérable.
Les mines de charbon les plus profondes que l’on connaisse en Europe sont celles du comté de Namur, qu’on assure être fouillées jusqu'à deux mille quatre cents pieds du pays”, ce qui revient à peu près à deux mille j)icds de France; celles de Liège, où l’on est descendu à mille soixantetreize i)ieds; celle de M hitehaven près de Moresby, qui |)assc pour être la plus profonde de toute la Grande Bretagne, n’a que cent trente brasses, c’est-à-dire six cent quatre-vingt-treize de nos pieds; on y compte vingt couches ou veines de charbon les unes au-dessous des autres.
Dans toutes les mines de charbon et dans qticlque pa}'s (|ue ce soit, les surfaces du banc de charbon par lesquelles il est appliqué au toit et au sol sont lisses, luisantes et polies, et on trouve souvent de petits lits durs et pierreux dans la veine même de charbon, lesquels la iraversent et la suivent liorizontalement. Le cours des veines est aussi assez fréquemment gêné ou interrompu par des bancs <le pierre qu on a|)j)elle des creins : ils n’ont ordinairement que peu d’étendue; mais ils sont
* Du Cliarlion de terre, etc., par M. llorand, page 153.
HISTOIRË NATUkÈLLE
souvent d’uiib matière si dure, qu’ils résistent à tous les iiisirümcnts. Ces creins partent du toit oü du sol de la veiiie et quelquefois de tous les deux; ils sont de la même nature que le banc inférieur ou supérieur auquel ils sont atlâclics. Les failles dont nous avons parlé sont d’une cteliduc bien plus considérable que les creins, et souvent elles terminent lu veine ou du moins l’interroUipent entièrement et dans une grande longueur; elles parlent de la plus grande |)rofondeur, traversent toutes les veines et aulrcs matières intermédiaires, et montent quel(juefois jusqu’à la surface du terrain. Dàns le pays de Liège, elles ont pour la ijhqiarl quiii/.c ou vingt toises d’épaisseur sans aucune direction ni inclinaison réglées : il y en a de Verticales, d’obliques et d’horizontales en tout sens : elles île sont pas de la même substance dans loute leur étendue; ce ne sont que d’énormes fi-agmcnls de schiste, de roche, de grès ou d’autres matières pierreuses superposées irrégulièrement, qui semblent s’étre éboulées dans les vides de la terre*.
Les schistes qtii couvrent et enveloppent les veines sont souvent inélcs de terre limoneuse et presque toujours imprégnés de bitumes et de matières [)yriteuses; ils contiennent aussi des parties ferrugineuses et deviennent l'ouges par l’action du feu : plusieurs de ces schistes sont èoinbustibles. Ôn a des exemples de bonnes veines dé charbon qui se Sont trouvées au-dessous d’une mine de fer, et dans lesquelles lé schiste qui sert de toit au charbon est jtlus ferrugineux que les autres schistes; il y en a qui sont presque ehlicrémént pyriteüx, et les charbons qü’ils rècOiivreut ont un enduit dore et vairié d’autres couleurs luisàiites. Ces charbons pyritcu.X conservent même ces couleurs après avoir subi l’action du feu ; mais ils les perdent bientôt s’ils demetircnt exposés aux injures de l’air; car ii n’y a pas dé soufre en nature dans les Charbons de terre, mais seulement de la pyrite plus ou moins décomposée; et comme le fer est bien plus abondant que le cuivre dans le sein de la terre, la quantité des pyrites ferrligiiieuses ou martiales étant beaucoup plus grande ((ue celle des pyrites cuivreuses, presque toutes les V eincs de charbon sont mêlées de pyrites martiales, et ce n’est qu’en irès-peu d’endroits où il s’en trouve de mélangées avec les pyrites cuivreuses.
Lors donc qu’il se trouve du soufre en nature dans quelques mines de charbon comme dans celte de fpldtchavcn en Angleterre, où le schiste qui fait l’enveloppe de la veine de charbon est cntièreiuent incrusté de soufre**, cet ell'et ne prov ient ([ue du feu accidentel qui s’est allumé dans ces mines par reffervescencc tics jjyriles et l’inllammation de leurs vapeurs. Les mines de charbon dans lesquelles il ne s’est fait aucun incendie ne contiennent point de soufre naturel, quoique presque toutes
* Du Charbon de tene, etc., M. par Morand, page S9 et suiv.
** Transactions philosophiiiucs, année l75o.
Sbicnl mêlcés d’une plus ou moins gràndé (juantilé db parties pyrileuses.
Ces charbons pyriteux sont donc imprégnés de l’acide viUdoliqué et des terres minérales et végétales c|iii servent de base a l’acide pour la composition de la pyrite. Ces charbons se décomposent à l’air, et trèssouvent il se produit à leur surface dés filets d’alun par leur efflorescence; par e.\cnlple, les eaux qui sortent des mines de Monl-Cenis en Bourgogne sont très-alumineuses, et il n’est i)as même rare de trouver des terres alumineuses prés des cbai'bons de terre. On tiré aussi quelquefois de l’alun de la substance même du charbon ; on eh a des exemples dans la mine de Laval en i’rance*, dans celle de Nordliausen én Allemagne**, et dans celle du pays de Liège, où .M. Morand*** a trouvé une grande quantité d’alun formé en cristaux sur les pierres schisteuses du toit des veines de charbon : « Le territoire de ce j)ays, dit-il, ouvert « I)Our les mines de houille, l’est également pour des terres d’alun doiit « les mines sont appelées alunièrcs. »
L’alun n’est pas le seul sel qui se trouve dans les charbons de terre; il y a cerlaines minés de charbon, comme celle de iMcolaï en Silésie, (jui contiennent du sel marin, et dont on tire des pierres quehiuefois recouvertes d’une grande quantité de sel gemme. En général tout ce (|ui entre dans là composition dés pyrites et de la terre végétale doit Sé trouver dans lés charbons de terre; car la décompositioii de ces substances végétales et pyriteuses y répand tous lés sels fôi'hiés de l’iinion des acidésavec les terres végétales et ferrugineuses.
Quoique nous ayons dit que les veines de charboit élaieht ordinairement coin ertes et enveloppées par un schiste plus ou iiibins inèlé dé terre végétale ou limoneuse , ce n’est cependant pas une règle sanS exception; car il y a quelques mines où le toit él le sol de la véiné de charbon sont de grès, et même de pierre calcaii e plus où ihoiiis dni'c; on en a des exemples dans les mines des territoires de Mous, de .Juliers, et dans certains endroits de l’Allemagne, cités pai- le savant cliimiste 31. Lehmann. On peut S oir dans le troisième volume de ses Esmis sur [ïlistoire mlurvlle des couches de la terre tous les lits (|ui sùriuontenl et accompagnent les veines de charbon de terre en 3Iisnie, près de p^etlin et de Loéberjin; ch Thuringe dans le comte de Ilbhcnsléin, dans tout le terrain qui eiivironne le Hartz jusqù’auprès du comié de Mansfeld; et encore les mines du duché de Brunswick près de Hclmstadt. On voit dans le tableau que 31. Lehmann donne de ces difféi ents lits, que les veines de charbon se trouvent également sous le schiste, sur une matière spatheuse, sous des pierres feuilletées composées d’argile et d’un peu de pierre calcaire, etc. ; et l’on peut observer que dans les lits qui séparent
* Essai sur les mmes, par M. Hellot, de r.'tcadémie des Sciences.
** Bruckmann, Epist. itinera, cap. XX, n° 13.
*** Pu charbon de terre, etc., parM. Morand, page 23.
les différentes veines de cliarbon, il n’y a ni ordre de matières, ni suite régulière, cl que ces lits sont, dans tous les autres terrains à charbon, comme jetés au hasard, l’argile sur la marne, la pierre calcaire sui' le chiste, les substances spatliiques sur les sables argileux, etc.
Dans rimmensc quantité de décombres et de débris de toute espèce qui surmontent et accompagnent les veines de charbon de terre, il se trouve quelquefois des mélauv, des demi-métaux, ou minéraux métalliques; le fer y est abondamment répandu sous la forme d’ocre, et quelquefois en grains de mine*; le cuivre et l’argent s’y trouvent plus rarement, cl l’on doit regarder comme cliose extraordinaire ce que l’on raconte de la mine de charbon de Chemnitz en Saxe qui contient un Irès-bcau vert-de-gris, et produit dans certains essais trente livres de bon cuivre de rosette et cinq onces et demie d’argent par quintal : il me parait évident que cette quanlilé de cuivre et d’argent ne se trouve pas dans un quintal de charbon, et qu’on doit regarder celte mine de cuivre comme isolée et séparée de celle du charbon. II en est à peu près de même des mines de calamine, (jiii sont assez fréquentes dans le pays de Jj'ége. Toutes les mines mélalliques de seconde formation peuvent se trouver comme celles de charbon dans les couches de la terre qui sont elles-mêmes d’une formation secondaire. Il peut, par celte même raison, se trouver quelques lilels ou grains de métal charriés et déposés par la stillation des eaux dans le charbon de terre, qui se seront formés dans cette matière de la même manière qu’ils se forment dans toutes les autres couches de la terre. Ces mines mélalliques secondaires et parasites tirent leur origine des anciens filons et n’en sont que des particules détachées par l’eau ou déposées dans le sein de la terre par la décomposition des anciens filons mélalli(|ucs; et ce n’est que par ce moyen qu’il peut se trouver (jiielqucfois dans le charbon de terre, comme dans toute autre malière, de petites portions de métaux. M. Kurella en donne quelques exemples; il cite un morceau de charbon de terre (|ui laissait apercevoir une mine d’argent pur**, et ce morceau venait apparamment des mines de Hesse, dans le charbon desquelles on trouve en effet un peu d'argent assez pur; celle de Richenffein en Silésie contient de l’or; une de celles du comté de Buckingham dans la Grande-Bretagne donne du plomb, et IM. Morand dit que l’étain se trouve aussi quelquefois dans le charbon de terre***. Tous les métaux
* Il Eu Anglolcrrc, à Bilston et à Brosley sur la Savcriip, le toit des veines de eliarlion est « rempli de cailloux arrondis [dus ou moins gros, ipii sont de la vraie mine de fer ; c’est une I. pierre compacte fort dure, sans (.•eiicndanl faire feu avec l’acier, et de couleur d’ardoise plus « ou moins foncée; elle est quelquefois mêlée de petites veines de cristallisations calcaires : il « faut la griller une et deux fois à l’air libre, avant de la fondre avec du coak dans les liants » fourneaux ordinaires. » Note communiquée par M. le Camus de Limarc.
** Essais et expériences ebimiques, in-S".
l)u Cliarbon de terre, etc., par M. 3lorand, pagcf.âü.
DES MINEUAUX. -237
peiivenl donc s’y trouver, mais en parcelles et en débris, coiniiic (ouïes les autres matières qui sont de formation secondaire.
i\ous devons encore observer au sujet des veines, des couches et des masses de charbon, qu’il s’en trouve lrès-sou\'ent de grands amas (pii ne SC prolongent pas au loin en veines rf'gulièi'es, et qui néanmoins occupent des espaces assez grands. Ces amas ont dû se former toutes les fois que les arbres et autres matières végétales se sont trouvés amoncelés sur des fonds creux environnés d’éminences : ainsi ces amas n’ont point de communication entre eux, et ne sont jiasdisposès jiar v eines dirigées du levant au couchant. (X's mines en masses sont* bien plus faciles à exjiloiter que les mines en veines; elles sont ordinairement plus épaisses et situées moins iirofondémcnt. J)ans le Bouibonnais, rAuvergiie, le Forez et la Bourgogne, et dans plusieurs autres ])rovinces de Fi'anee, les mines dont on tire le plus de charbon sont en amas et non jias en veines prolongées ; elles ont ordinairement huit et dix pieds d’épaisseur de charbon et souvent beaucoup plus.
Mais, comme nous l’avons dit, toutes les mini's de charbon, soit eu veines ou en amas, ne se trouvent que dans les couches de seconele formation, dont les matières ont été amenées et déposées par les eaux de la mer; on n’en a jamais trouvé dans les grandes masses vitreuses de première formation, telles que les quariz, les jaspes cl les granits ; c’est toujours dans les collines et montagnes du s(‘coml ordre, et surtout dans celles dont la construction par bancs est la plus irrégulière, ipie gisent ces amas et ces veines de charbon; et la plus grande partie de la masse de ces montagnes est d’ordinaire un schiste ou une argile différemment modifiée, souvamt aussi ce sont ou des grès plus décomposés, ou des pierres calcaii'cs plus ou moins dures, ou des terres |»res(|uc toujours imprégnées de matières pyriteuses qui leur donnent plus de [lesanteuret une grandcdureté.M. Lehmann dit avecquclque raison que le schislecpii sert presijue toujours d'assise et de plancher au charJion de terre n’est qu’une argile durcie, feuilletée, sulfureuse, alumineuse cl bitumineuse. Maisjene vois |)as comment on peut en conclure av ce. lui f(ue ce schisie est bitumineux, lorsque sa portion argileuse a clé imjua'gnée d’acide vitrioli- ((ue, et qu’il est fétide, lorsque cette meme portion argileuse a été imprégnée d’acide marin *. Far le bitume ne se forme pas par le mélange de la terre argileuse avec l’acide vitrioliquo ; mais par celui de ce mèaic acide avec l’huile des végétaux, à moins (|ue cet habile chimiste n’ail, comme M. de Gensanne, pris le limon ou la terre limoneuse pour de l’argile. Il ajoute (|ue des observations réitérées ont fait connaitre (pie CCS schistes, ardoises ou pierres fcuiilelées, occupent la parliedu milidi du terrain sur lequel les mines de charbon sont portées, et que ces mines occupent toujours la partie la plus basse : ce (jui n’est pas encore
* Voyez l’oiivi'oge do Jl. Lclimaiiii, suc les Couclios de la locco, toiuo lit, page 287. PcFFO.v, loin. ni. t()
IIISTÜIKE îiÂHjHËLLE
(jxaclciucnt vrai, pnisque l’on trouve souvent des couches de schiste audessous des veines de charbon.
Les mines de charbon les plus aisées à exploiter ne sont pas celles qui sont dans les plaines on dans le fond des vallons ; ce sont au contraire celles qui gisent en inonlagne, et desquelles on peut tirer leseaux par des galeries latérales, tandis que dans les |)laines il tant des poiupes ou d’autres machines i>onr élever les eaux, qui sont quelquefois en telle abondance, ((u’on est obligé d'abandonnei- les tra\aux et de renoncer à l’exploitation de ces mines noyées; et ces eaux, lorsqu’elles ont croupi, prennent souvent une qualité funeste; l’air s’y corrompt aussi dès qu’il n’a pas une libre circulation. Les accidents causés par les vapeurs (jni s’élèvent de ces mines sont peut-être aussi fréquents que dans les mines métalliques. Le docteur Lister est le premier qui ait observé la nature de ces vapeurs; il en distingue (pialre sortes. La première, qu’il nomme exhalaison pmrs-de-poiSf parce (lu’ello a l’odeur de cette Heur, n’est |)as mortelle, et ne se fait guère sentir qu’en été. La seconde, qu’il appelle exhalaàon fulminanle, produit en effet un éclair cl une forte détonation, en prenant feu à l’approche d’une chandelle; et l’on a remarqué ([u’elle ne s’entlammait pas par les étincelles du briquet, en sorte que, pour éclail’er les ouvrici s dans ces profondeurs entièrement obscures, on s’est quelquefois servi d'un meule, qui, frottée continuellement contre des morceaux d’acier, produisait assez, d’étincelles pour leur donner de la lumière sans courir le ris(|ue d’enllammcr la vapeur. La troisième, (ju’il regarde comme l’exhalaison commune etordinaire dans toutes ces mines, est un mauvais air qu’on a peine à respirer ; on rcconnail la présence de celte exhalaison à la flamme d’une chandelle qui commence par tourner et diminuer jusqu’à cxlinction ; il en serait de même de la vie, si l’on s’obstinait à demeurer dans cet air qui parait avoir lærdu partie de son élasticité. Enfin la quatrième vapeur est celle que Lister nomme exhalalion globuleuse : c’est un amas de ce même mauvais air qui s’attache à la Vüiite de la mine en forme d’un ballon, dont reuveloppc n’est pas plus épaisse qu’un toile d’araignée; lorsque ce ballon vient à s’ouvrir, la vapeur «jui en sort suffoque, étouffe ceux qui la respirent. Je crois, avec M. Morand, qu’on peut réduire ces quatre sortes de vapeurs à deux. L’une n’est qu’un simple brouillard de mauvais air, auquel nous donnerons le nom de mouffette ou pousse *; cet air, (jui éteint les lumières et fait périr les hommes, est l’acide aérien ou air fixe, aujourd’hui bien connu, qui existe plus ou moins dans tout air, et qui n’a pu être encore ni composé ni décomposé par l’art ; les ventilateurs et le feu lui-même
* L’action c!c la nioullette ou pousse esl telle, qu’elle éteiiil la cliaiidelle, et qu’eusuito cette cliandelle éteinte ne donne pas la moindre l'umce, et qu’un eliarlioii ardent qui a été soumis à la mouirette revient sans aucun vestige de chaleur. Du Charbon de terre, par M. Morand, pages ôi et |î>7.
ne le puiilicnt pas et ne font que le déplacer : il faut donc entretenir une libre circidalion dans les mines. Cette vapeur devient plus abondante lorsque les travaux ont été interrompus pendant quelques jours, et dans les grandes chaleurs de l’été, le brouillard est quelquefois si fort, qu’on est obligé de cesser les ouvrages : il se condense souvent en filets qui voltigent; et ce sont apparemment ces lilets réunis qui forment les globes dont parle Lisler. La seconde exhalaison est la vapeur qui s’enllamme et qu’on appelle /éw grieiix *; c’est vraiment de l’air inllammable tout pareil à celui qui sort des marais et de toutes les eaux croupies ; cet air siffle et pétille dans certains charbons, surtout lors«|u’ils sont amoncelés; ils s’enflamment quelquefois d’eux-mémes comme le feraient des p}Tiles entassées. Les ouvriers savent reconnailrc qu’ils sont menacés de cette exhalaison, et qu’elle va s’allumer par l’elïet très-naturel qu’elle produit de repousser l’air de l’endroit d’où elle vieid; aussi dès qu’ils s’eu aperçoivent, ils se hâtent d’éteindre leurs chandelles : ils sont encore avertis par les étincelles bleuâtres que la flamme de ces chandelles jette alors en assez grande (piantité **.
Les mauvais effets de toutes ces exhalaisons peuvent être prévenus en purifiant l’air j)ar le feu, et surtout en lui donnant une grande et libre circulation. Souvent les ventilateurs et les puits d’air ne suflisent |)as; il faut établir dans les mines des fourneaux d’aspiration. Au reste, ce n’est guère que dans les mines où le charbon est très-pyriteux que ce feu grieux s’allume; et l’on a observé qu’il est plus fréquent dans celles où les eaux croupissent : mais, dans les mines de chaiLon purement bitumineux ou peu mélangé de parties pyritcuscs, cotte vapeur inflammable ne SC manifeste point et n’existe peut-être pas.
(lomme il y a plusieurs charbons de terre qui sont extrêmement pyriteux, les embrasements spontanés sont assez fréquents dans leur mines; et quand une fois le feu s’est allumé, il est non seulement durable, mais perpétuel; on en a plusieurs exemples, et l’on a vainement tenté d’arrêter le progrès de cet incendie souterrain, dont l’clTet peu violent n’est pas acconq)agné de fortes explosions, et n’est nuisible que par la perte du charbon qu’il consume. Souvent ces mines ont été enflammées par les vapeurs mêmes qu’elles exhalent, et qui prennent feu à l’approche des chandelles allumées pour éclairer les ouvriers. ***.
* On connaît plusieurs mines dans Icsqiicitcs le feu grieux se conserve depuis longtemps.... Dans la mine de Muliicin (à une lieue de Cologne)... L’odeur qui accompagne ce feu ressemble à celle de lu poudre à canon enflammée. Du Charbon de terre, par M. Morand, p.age 9ô0.
Idem, ibidem, page et suiv.
’•* La vapeur sulfureuse qui s’élève de certaines mines de charbon, loin do concentrer la flamme des chandelles et de l’éteindre, l’.augmente et l’étend à une hauteur marquée; la flamme de cette chandelle fait alors l’elîet d’une mèche qui allume toute la partie de la mine où cette vapeur était rassemblée : à Pcnsncth-Chascn le fou a pris de cette mauière par une cbandclle dans une carrière de charbon, et depuis ce temps on en voit sortir la flamme et la fumée.