DU BITUME
Quoique les bitumes se présentent sous différentes formes ou plutôt dans des états diiïérents, laid par leur consistance que par les couleurs, ils n’ont cependant ([u une seule et même origine primilive, mais ensuite modifiée par des causes secondaires : le naphlc, le pétrole, rasphalte, la poix de montagne, le succiii, l’ambre gris, le Jayet, le charbon de terre, tous les bitumes, en un mol, jiroviennent originairement des huiles animales ou végétales altérées par le mélange des acides : mais quoique le soufre prov ienne aussi de subslaiices organisées, on ne doit
pas If! mettre au uombre des bitumes, parce (pi’il ne contient point d’Iiuile, et qu’il n’est conqmséque du feu fixe de ces mêmes substances coml)iné avec l’acide vitriolique.
Les matières bitumineuses sont ou solides comme le succin cl lejayet, ou liejuides comme le pétrole et le napbic, ou vis(|ueuses, cesl-a-dire d’une consistance moyenne entre le solide et le liquide, comme I asphalte et la poix de montagne : les autres substances i)lus dures, telles que les schistes bitumineux, les charbons de terre, ne sont cpiedes terres ^égétales ou limoneuses plus ou moins imprégnées de bitume.
Le naphle est le bitume liquide le plus coulant, le plus léger, le plus transparent et le plus inllammable. Le pétrole, quoi(iuc liquide et coulant, est ordinairement coloré et moins limpide que le naphle. Ces deux l)itumes ne se durcissent ni ne se coagulent a l’aii'j ce sont les huiles les plus ténues elles plus \ olaliles du bitume. L’asphalte (|ue l’on recueille sur l’eau ou dans le sein de la terre est gras et visqueux dans ce premier état ; mais bientôt il prend à l’air un certain degré de consistance et de solidité. Il en est de même de la i)oix de montagne, qui ne diffère de l’asphalte qu’en ce qu’elle est plus noire et moins tenace.
Le succin, qu’on appelle aussi karahé, et plus communément ambre jaune, a d’abord été liquide et a pris sa consistance .à l’air, et même à la surface des eaux et dans le sein de la terre : le i)lus beau succin est transparent et de couleur d’or ; mais il y en a de plus ou moins opaque, et de toutes les nuances de couleur du blanc au jaune et jusqu au brun noirâtre : il renferme souvent de petits débris de végétaux et des insectes lerrestix’s, dont la forme est parfaitement conservée il est électrique comme la l'ésine Acgétale, et jiar l’analyse chinii(|ue, on reconnait qu il ne contient d’autres matières solides qu’une petite quantité de fer, etqu’ilest presque uniquement composé d’huile et d'acide * **. Et comme Ion sait d’ailleurs ((u’aucune substance purement minérale ne contient d’huile, on ne peut guère douter (pie le succin ne soit un pur rfisidu des huiles animales ou végétales saisies et pénétrées par les acides; et c’est peutêtre à la petite quantité de fer contenue dans ces huiles, (pi il doit sa consistance et ses couleurs plus ou moins jaunes ou brunes.
* M. Ke)'slcrilil (]u’oii ne voit dans le succin (lUC des empreintes de végelaiix et d animaux terrestres et jamais de poissons, lîibliotlictjue raisonnée, 174-2. \ oyage de Keyslei ... Ccpend.int d’uiilres auteurs assurent qu’il s’y trouve quelquefois des poissons et des œufs de poissons. (Collection académique, partie étiangÈre , tome IV, page 208). On m’a présenté cette année 1778 un morceau d’environ deux pouces de diamètre, dans l’intérieur duquel il y avait un petit poisson d’environ un pouce de longueur ; mais comme la tranclie de ce morceau de succin ct:.it un peu entamé, il m’a paru que c’était de l’amlire ramolli, dans lequel on a eu 1 art de renfermer le petit poisson san.s le déformer.
** De deux livres de succin entièrement bridé, M. Bourdelin n’a obtenu que dix-huit grains d’une leire brune, sans saveur , saline et contenant un peu de fer. Voyez les Mémoires de l’.\cadémic royale des Sciences.
HISTOIRE NATURERLE
Le siiccin se trouve plus fréquemment dans la mer que dans le sein de la terre • **, où il n'y en a que dans quelques endroits et presque toujours en petits morceaux isolés. Parmi ceux que la mer rejette, il y en a de diflércnts degrés de consistance, et même il s’en trouve des morceaux assez mous; mais aucun observateur no dit en avoir vu dans l’état d’entière liquidité, et celui que l’on tire de la terre a toujours un assez grand degré de fermeté.
L’on ne connaît guère d’autre minière de succin que celle de Prusse, dont M. Neumann a donné une courte description, par laquelle il paraît que cetlc matière se trouve à une assez petite profondeur dans une terre dont la première couche est de sable, la seconde d’argile mêlée de petits cailloux, de la grosseur d’un pouce, la troisième de terre noire renqùie de bois fossiles à demi décomposés et bitumineux, et enfin la quatrième d'un minéral ferrugineux; c’est sous cette espèce de mine de fer que se trouve le succin par morceaux séparés et quelquefois accumulés en tas.
On voit que les huiles de la couche de bois ont dû être imprégnées de l’acide contenu dans l’argile de la couche supérieure, et qui en descendait par la filtration des eaux; que ce mélange de l’acide avec l’huile du bois a rendu bitumineuse cette couche végétale ; qu’ensuife les parties les plus ténues et les plus pures de ce bitume sont descendues de mètne sur la couche du minerai ferrugineux, et qu’en la traversant elles se sont chargées de quelques i)arlicules de fer, et qu’enfin c’est du résultat de cette dernière combinaison que s’est formé le succin qui se trouve au-dessous de la mine de fer.
Le jaj^et ditlcre du succin en ce qu’il est opaque et ordinairement très-noir : mais il est de meme nature, quoique ce dernier ait quelquefois la transparence et le beau jaune de la topaze; car, malgré celte différence si frappante, les propriétés de l’un et de l’autre sont les mêmes : tous deux sont électri(iues; ce qui a fait donner au javet le nom à'ambre noir, comme on a donné au succin celui à'ambre jaune :
• On trouve du jayet et do l’ambre jaune dans une montagne près de Dugarach, en Languedoc, à douze ou treize lieues de la mer , et cette montagne en est séparée par plusieurs autres montagnes. On trouve aussi du succin dans les fentes de quelques rochers en l'rovenee.
(Mémoires de i’Académic des Science.s, année 1700 et 1703.)— Il s’en trouve en Sicile le Ion»de.s côtes d’Agrigcnlc , de Calaiic; à Bologne , vers la marche d’Ancône; et dans l’o'mbrie à d’assez grandes distances de la mer ; il en est de meme de celui que M. le marquis de Bonnac a vu tirer dans un endroit du territoire do Danlzick, séparé de la mer par do gr andes hauteurs M. Guettard, do l’.Vcadémie des Sciences, conserve dans son cabinet mi morceau de succin qui a été trouvé dans le sein de la terre en Pologne , à plus de cent lieues de distance de la mer Balli.pic, et un autre morceau trouvé à Nevvburg, à vingt lieues de distance de Dantzjek : il y en a dans les lieu.v encore plus éloignés de la mer, en Podolie, en Volhynie : le lac Lubien de Posnanie en rejette souvent , etc. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1762, page 231 etsuiv. ^
DES MTNÉRAUX. 2TS
tous (]oux brûlent dp nicnip; scnlciuont l’odeur que rend alors le jayct est encore plus forte; et sft fuiuée plus épaisse que celle du succin. Quoique solide et assez dur. le jayct est fort léger, et on a souvent pris pour du jayct certains bois fossiles noirs, dont la cassure est lisse et luisante, et qui paraissent eu effet ne dilféi’cr du vrai jayet que parce qu’ils ne répandent aucune odeur bitumineuse en brûlant.
On trouve quelques minières de jayet en France; op en connaît une dans la province de Roussillon près de Bugarach *. M. de Gensanne fait mention d’une autre dans le Gévaudan, sur le penchant de la mpntagne, près de Yebron**, et d’upe autre près de Rouffiae, diocèse de Nart*onne, oû l’on faisait dans ces derniers temps de joHs oin rages de cette matière ***. On a trouvé dans la glaise, en cremsant la montagne de Saint- Germain-en-Laye , un morceau de bois fossile, dont M. l’ougcroux de Rondaroy a fait une exacte compai’aison a^'ec le jayet. >i On sait, dit ce « savant académicien, que la couleur du jayct est noire, mais que la « superficie de scs lames n’a point ce luisant qu’offre l’intérieur du « morceau dans sa cassure; c’est aqssi ce qu’il est aisé de reconnaitfe « dans le morceau de bois de Saint-Germain. Daps l’intérieur d’une il fente ou d'un morceau rompu, on voit une couleur d’un noir d’ivoire .. bien plus brillant que sur la surface du morceau. La dureté du jayct « et du morceau de bois est à peu près la même; étant polis, ils offrent Il la meme nuance decouleur ; tous deux brûlent et donnent de la llamme
* « J’ullai, dit M. Le Monnicr, visiter une raine de jayet. Elle rcssemlile de loin a un tas dp « charlion de terre appliqué contre un roclier fort élevé, au bas duquel est rentrée d'une petite (I caverne dans laquelle on voit plnsieui’S veines de jayet qui eoni'ent dans une terre Ié;;ere, et « même dans les fentes du rorlier : cette niaticre est dure, sèche, légère, fragile et irrégulière O dans sa figure, si ce n’est qu’on voit plusieurs cercles conccutriipics dans scs fragments; on « en trouve aussi quelques morceaux, mais moins beaux, sur le tas qui est à renirée de la « mine , parmi une terre noire bitumineuse ; cette teri c pourrait être regardée comme une O espèce de jayct impur ; car brûlée sur la pelle , elle répand la même oijeur que le plus beau Il jayct : l’un et l’autre brûlent dilïlcilemenl , pétillent un peu en s’ccboulfant , et la fumée U qu’ils répandent est noire, épaisse et d’une odeur de bitume fort désagréable ; on travaille
<t assez proprement celte matière à lîugaracli ; on en fait des colliers, des cliapelets, etc Eu
« donnant quelques coups de pioche sur ce las pour découvrir quelques moreeau.x de jayet, j’ai « aperçu des morceaux de véritable succin; la couleur en était un peu foncée; mais ils en « avaient parfaitement l’odeur et réleelricité : j’ai trouvé de même, en continuant de fouiller, . des bois pétrifiés avec des circonstances très-favorables pour appuyer la vérité de cette » transmutation... Le jayct paraît s’insinuer non-sculemcnl dans les bois pétrifiés, mais encore . dans les pierres jusque dans les moindres feules; or, si le jayet qui , dans sa plus grande « fluidité , n’est jamais qu’un bitume liquide cl peut-être une espèce de pétrole , s’insinue si « bien cnlro les fibres du bois cl les petites fentes des autres corps solides , n’en doit-on pas « conclure que cette matière que nous voyons aujourd’hui dure cl comiiactc , a cle autrefois « Irès-lluide, cl que ce n’est, pour ainsi dire , qu’une espèce d’huile desséchée et durcie par la Il succession du temps? » Observations d’flisloire naturelle , Paris, 17o9, page 21 à.
* Histoire naturelle du Languedoc, tome II, page 2f^.
Ibidem, page 189.
IITSTOIRE NATURELLE
'1 sur les cliarhons : le jayct répaïul une odeur bitumineuse ou de pé- >• Irole; certains morceaux du bois en (lueslion donnent une pareille » odeur, surtout lorsqu’ils ne contiennent point de pyrites. Ce morceau « de bois est donc cliange en jayet, et il sert à conlirmcr le sentiment « de ceux<|ui croient le jayct produit par des végétaux *. »
On trouve du très-beau jayet en Angleterre, dans le comté d’York et en ])lusieurs endroits de l’Écosse; il y en a aussi en Allemagne et surtout à Wirlemberg. M. Itowles en a ti'ouvé en Espagne, près de Peralerjos, « dans une monlagne où il y a, dit-il, des veines de bois bilumineux, K qui ont jusqu’à un pied d’épaisseur.,.. On voit Irès-bien que c’est du >1 Lois, parce (pie l’on en trouve des morceaux avec leur écorce et leurs ■1 fibres ligneuses, mêlés a^ ec le véritable jayet dur **. »
Il me senibl(! (pie ces faits suffisent pour qu’on puisse prononcer que le succin et le jayet tirent immédiatement leur origine des végétaux, et qu’ils ne sont coin po.sés que d’huiles végétales dexenues bitumineuses par le mélange des acides ; que ces bitumes ont d’abord été liquides , et (pi’ils se sont durcis par leur simple dessèchement, lorsqu’ils ont perdu les parties aqueuses de l’Iiiiile et des acides dont ils sont composés. Le bitume qu’on appelle asphalle nous en fournit une nouvelle preuve; il est d’abord llnide, ensuite mou et visqueux, et enfin il devient dur par la seule dessiccation.
L’asphalte des Ci'ecs est le même que le bitume des Latins; on l’a nommé particulièrement bitume de Judée^ parce que les eaux de la mer Morte et les terrains qui renvironnent en fournissent une grande quantité. Il a beaiiconp de propriétés communes avec le succin et le jayet; il est de la même nature, et il i)arial, ainsi que la poix de montagne, le liéirole et le naphte , ne devoir sa licpiidilé qu’à une distillation des charbons de terre et des buis bitumineux, qui, se trouvant voisins de quelque feu souterrain, laissent écliapper les parties huileuses les plus légères, de la même manière a peu près que ces substances bitumineuses
donnent leurs huiles dans nos vaisseaux de chimie. Le naphte, le pétrole et le succin paraissent être les huiles les plus pures que fournisse cette espèce de distillation; et le jayet, la poix de monlagne et l’asphalte sont
les huiles plus grossières. L’Histoire Sainte nous apprend que la mer Morte, ou le lac Asphaltique de Judée, était autrefois le territoire de deux villes criminelles (pii furent englouties : on peut donc croire qu’il y a des feux souterrains, qui, agissant avec violence, dans ce lieu, ont été les instruments de cet effet; et ces feux ne sont pas encore entièrement éteints *; ils opèrent donc la distillation de toutes les matières
Sur la montagne de Saint-Germain, par M. Fougeroux de Bondaroy. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 176!).
Histoire Xalurelle d’Kspagne, par M. Bowles, pages 206 et 207.
On m’a assuré que le bitume pour lequel ce lac a toujours été fameux s’élève quelquefois du fond en erosses bulles ou bouteilles qui , dès qu’elles parviennent à la surface de l’eau et
des minéraux.
végétales et hitumineiises qui les a\üisinent, et produisent cel asphalte liquide que l’on voit s’élever conliuuelleinent à la surface du lac maudit, dont néanmoins les Arabes et les Egyptiens ont su tirer beaucoup d’utilité, tant pour goudronner leurs bateaux que pour embaumer leurs parents et leurs oiseaux sacrés j ils recueillent sur la surlace de 1 eau cette huile liquide , qui , par sa légèreté , la surmonte comme nos huiles végétales.
L’asphalte se trouve non-seulement en Judée et en plusieurs autres pro\inces du Levant, mais encore en Europe et même en France, J’ai eu occasion d’examiner et meme d’cmplüy<M“ 1 asphalte de Ncufchàtcl; il est de la même nature que celui de Judée : en le mêlant avec une petite quantité de poix, on en compose un mastic avec lequel j’ai fait enduire, il y a trente-six ans, un assez grand bassin au Jardin du Roi, qui depuis a toujours tenu l’eau. On a aussi trouvé de l’aspbalte en Alsace, en Languedoc, sur le tcrritoii'e d’Alais et dans (juelqucs autres endroits. La descrii)tion que nous a donnée 51. l’abbé de Sauvages de cet asphalte d’Alais ajoute encore une preuve à ce que j’ai dit de sa formation par une distillation per ascensum. « On voit, dit-il, régner auprès de Sei'vas,
.. à quelque distance d’Alais, sur une colline d’une grande étendue, un « banc de rocher de marbi-e (pii pose sur la terre et ipii en est coin crt : « il est naturellement blanc; mais cette couleur est si fort altérée par « l’asphalte qui le pénètre , (pi’il est vers sa surlace supérieure d un U brun clair, et ensuite très-foncé à mesure (pie le bitume approche du .. bas du rocher : le terrain du dessous n’est point pénétré de bitume, à « la réserve des endroits où la tranche du banc est exposée au soleil; « il en découle en été du bitume qui a la couleur et la consistance de la « poix noire végétale; il en surnage sur une fontaine voisine, dont les « eaux ont en conséquence un goût désagréable...
« Dans le fond de quelques ravines et au-dessous du rocher d’as- ■I phalte, je vis un terrain mêlé alternativement de lits de sable et de « lits de charbon de pierre, tous parallèles à l’horizon *. ■> On voit par
touelient l’air extérieur , crèvent en faisant un grand Inuit accompagné de fumée , comme la poudre fulminante des chimistes, et se dispersent en divers éclats ; mais cela ne .se voit que sur les bords; car vers le milieu l’éruption se manifeste par des colonnes de fumée qui s’élèvent (le temps en (emps sur le lac; c’est peut-être à ces sortes d’éruptions qu’on doit attribuer un grand nombre de trous et de creux qu’on trouve autour de ce lac, et qui ne ressemblent pas mal, comme dit fort bien M. Mauudrellc , à certains endroits qu’on voit en Angleterre , et qui ont servi autrefois de fourneaux à faire de la ebaux : le biluuie en montant ainsi cs( vraisem-
blablement accompaguéde soufre; aussi Irouve-t-on l’un et l’autre pêle-mêle répandus sur les bords. Oc soufre ne diffère en rien du soufre ordinaire, mais le bitume est friable, plus pesant que l’eau, et il rend une mauvaise odeur lorsqu’on le Irotle ou qu’on le inet sur le feu : il n est point violet , comme Vnsphalahis de Dioseoride , mais noir et luisant comme du jayet. A oyage de M. Sahw, traduit de l’anglais La Haye, 17-15, tom. II, pages 73 et 7i.
’ Voyez les Mémoires de l’Académie des Sciences, année 17f6. pages 720 et 721.
HISTOIRE NATURELLE
cet pxposé que l’asplialle ne se trouve pas aii-flcssous, mais au-dessus des couches ou veines bitumeuses de bois et de charbon fossiles, et que J)ar conséquent il n’a pu s’élever au-dessus que par une distillation produite parla clialeur d’un feu souterrain.
Tous les bitumes liquides, c’esl-à-dire l’asphalte, ja poix de montagne, le pétrole et le naphte, coulent souvent avec l’eau des sources qui SC trouvent v'oisines des couclies de bois et de charbon fossiles, A Begrède près d’Anson, en Languedoc, il y a une fonlaine qui jette du bilume que I on recueille à fleur d’eau. Ou en recueille de méiue à Gabian, diocèse de Béziers *, et cette fonlaine de Gabian est fanieuse I)ar la quantité de pélrole qu’elle produit : néanmoins il parait, par un mémoire de .M. Rivière, publié en t717, et par un auti'e mémoire sans nom d’auteur, imju'imé à Béziers en f 752, que cette source bitumineuse a été autrefois beaucoup plus abondante qu’elle ne l’est aujourd’hui j car il est dit qu’elle a donné, avant 1717, pendant plus de quatre-vingts ans, trente-six quintaux de pélrole par an, tandis qu’en 1752 elle n’en donnait plus que trois ou quatre quintaux. Ce pélrole est d’un rouge brun foncé; son odeur est forte et désagréable; il s’enllanimc trèsaisément, et ipème la vapeur qui s’en élève, lorsqu’on |e chauffe, prend feu si loq appi'oche une chandelle ou toute autre lumière à trois pieds de hauleur au-dessus : I eau n’éteint pas ce pétrole allumé; et lors même que I on plonge dans l’eau des mèches bien inibibées de cette huile inflammable, elles continuent de brûler quoique au-dessous de l’eau. Elle ne s’épaissit ni ne se tige par ja gelée, comme le font la plupart des huiles végétales; et cc.sl par cette épreuve qu’on reconnaît si le pétrole est pur, ou s'il est mélangé avec ((iielqu’une de ces huiles. A Gabian, le pétrole ne sort de la source ([u'avec beaiKiouj) d’eau qu’il surnage toujours, car il est beaucoup plus léger, et l’est même plus (jue l’huile d’olive. « Une seule goutte de ce bitume, dit M. Rivière, versée sur .. une eau dorniantc, a occupé dans peu de lemj)s un espace d’une toise « de diamètre tout émaillé des plus vives couleurs; et, en s’étendant « davantage, il blanchit et enfin disparait. Au reste, ajoute-t-il, cette « huile de pétrole naturelle est la meme que celle qui vient du succin « dans la cornue vers le milieu de la distillation **.,»
Cependant ce pelrole de Gabian n’est pas, comme le prétend l’auteur du iBémoirc imprimé à Béziers en 1752, le vrai naphte de Babylone.
A la vérité, beaucoup de gens prennent le naphte cl le pétrole pour une seule et même chose; mais le naphte des Grecs, qui ne porte ce nom que jiarce que c’est la matière inflammable p.ar excellence, est plus pur quel huile de Gabian ou que foute autre huile terrestre que les Latiqs ont appelée jwtroleum, comme huile sortant des rochers avec l’eau
Histoire naturelle de Languedoc, par M. de Gensanne, tome I, pages 201 et 274. ** Mémoire de M* Jlivicre, page 6.
qu’elle surnage. Le vrai naphte est beaucoup plus limpide et plus coulant; il à moins de couleur, et prend feu plus subitemeqt a upe distance assez grande de la flamme ; si l’on en frotte du bois ou d’autres corps combustibles, ils continueront de brûler qqoique plongés dans l’eau * **. Au reste le terrain dans lequel se trouve le pétrole de Gabian est environné et peut-être rempli de matières bitumineuses et de cliarbon de terre
Aune demi-lieuededistancedeClermonten Auvergne^ ilyaunesourcc bitumineuse assez abondante et. qui tarit par intervalles. « L’eau de cette .> source, dit M. Le Monnier, a une amertume insupportable; la sur- >■ face de l’eau est couverte d’une eouebe mince de bitume, qu’on « prendrait pour de riiuilc, et qui, venant à s’épaissir par Iq phaleur « de l’air, ressemble en quelque façon à de la poi.v... En examinnot la « nature des terres qui environnent cette fontaine, et en parcourant « une petite butte qui n’en est pas fort éloignée, j’aj aperçu di| bitume « noir qui découlait d’entre les fentes des rochers : il se sèche à mesure « qu’il reste à l’air; et j’en ai ramassé environ une demi-livre; il est « sec, dur cl cassqnt, et s’cnllaqime aiséu|eiit ; il cxlialc une fumée poire « fort épaisse, et l'odeur qu’il répand ressemble à celle de l'asphalte. Je <f suis persuadé que pqr la dis|ilialipn on en retirerait du pétrole ***.» Ce bitume liquide de Clermont, est comme l’on voit, moins pur que celui de Gabian ; et depuis le napble que je regarde comme le bitume le mieux distillé par la nature, au pétrole, à l’asphalte, à la poix de montagne, au succin, au jayet et au charbon de terre, on trouve foutes les nuances et tous les degrés d’une plus ou moins grande pureté dans ces niqtières qui sont toutes de même nature,
U En Auvergne, djt M, Gnetlard, les monticules qui contiennent le !! plus de bitume sont ceux du Puy dePége (Poix) etdu Puy dcCrouellcs : ■I celui de Pége se divise en deux têtes , dont la plus haute peut
* Boclhaave, Elcmcnlachimiæ, tome I, page 19t.
** Mémoire sur le Pétrole; Béziers, 17o2.
*** Parrpi les charbons de terre, il en est (pii, à l’odepr près, ressemblent fort à l’asphalte, quant à la pureté et au coup d’reil, comme il en est qui diirèreiU pou du jayet; rumine aussi on voit du jayet qu’on pourrait confondre ai-sé-ment avec l’a.spbalte et quelques charbons de terre : la matière hitumincuse qui se tire dans le voisinage de Wirtemlierg, fort rc'ssendilnntc à du surcin qui n’ipirail passé que légèrement au feu. et qu’on appelle siieem, paraît tenir un milieu entre le charbon de terre et le javel. Du Charbon de terre et de ses luincs, par M. Morand...— Le charbon ijuc les Anglais appellent /ienne/ cou/, est très-pur et ressemble au jayet, et l’on peut croire que la diHcreiiec qu’il y a entre les bitumes et les charbons de Icpre provient de ce que ceux-ci sont mêlés de parties terreuses qui en divisent le bitume cl cmpeel.ient qu’ils lie puissent, comme les autres bitumes, -SC liquélicr i)u feu et s’iillunier si prompleinent; mais aussi le charbon de terre est de toutes les matières de ce genre bitumineux celle qui conserve le feu plus longleiiips et plus fortement... Mais au reste, ces matières terreuses qui allèrent le bitume des charbons de terre, ne sont pas celles qui s y trouvent en p|us grande •piaiitité. Pu Charbon de terre, etc., par M, Morand, page 18i
ITTSTOIRE NATURELLE
<1 avoir douze oii rjiiinze pieds; le Lilunie y coule en deux ou (rois en- '■ droils... A côlé de ce monticule se trouve une petite élévation d’cn- « viron trois pieds de cette hauteur sur quinze de diamètre; selon « M. Ozy, celte élévation n’est que de bitume qui se dessèche à mesure « qu’il sort de la (erre : la source est au milieu de cette élévation. Si « l’on creuse en dillércnts endroits autour et dessus cette masse de hi- « tume on ne troux c aucune apparence de rocher. Le Piiy de Crouel- 0 les, peu éloigné du précédent, peut avoir trente ou ([iiarante pieds <1 de hauteur : le bitume est solide; on en voit des morceaux durs ■< entre les crevasses des pierres. Il en est de même de la partie la plus K élevée du Puy de Pége «
En Italie, dans les duchés de Modène, Parme et Plaisance, le pétrole est commun ; le village de iMiano, situé à douze milles de Parme, est un des lieux d’où on le lire dans certains puits construits de manière que cette huile vienne se rassembler dans le fond **.
‘ Mémoire sur la minéralogie d’Auvergne, dans ceux de l’Académie des Sciences, année 1789.. . Les pierres hitiimineiises de l’.Vuvcrgne se trouvent dans les endroits qui forment une suite de monticules posés dans le même alignement; peut-être y a-t-il ailleurs de semldnblcs pierres; car je sais qu’oii a trouvé du liitume sur le l‘uy-de-Pclon, à Cliamalière près de Clermont, et au pied des montagnes à l’ouest... Dans le fond des caves des Bénédictins de Clei’iiiont, où l’on trouve du bitume, on ramasse une terre argileuse d’un brun foncé, et recouverte d’une jioussière jaune soufrée ; In pierre du roc où les caves sont creusées est brune, ou brun jaunâtre, ou lavée de blanc; le bitume recouvre ces pierres en partie : il est sec, noir et brillant; enliii il y a encore à Macbaut, bauteur qui est à un quart de lieue de Uiom, sur la route de Clermont, une source do poix dont les paysans se servent pour graisser les essieux des voitures ; imlcpeudtimmcnl du bitume de Pont-du-Châteaii, le roc sur lequel est construite l’écluse de cet endroit est d’une pierre argileuse, gris verdâtre, et parsemée de taebos noires ctrondes qui paraissent bitumineuses. Ibidem.
Il On rencontre à Miano, dit M. Fougeroux de Bondaroy, plusieurs de ces puits anciens « abandonnés; mais on n’y compte maintenant que trois puits qui fournissent du pétrole « blanc, et a quelque distance de ce village, deux autres qui donnent le pétrole roux... On Il creuse les puits au hasard et sans y être conduit par aucun indice, à cent quatre-vingts « pieds environ do profondeur... L’indice le plus sûr de la présence du pétrole est l’odeur 0 qui s élève du fond de la luuille, et qui se fait sentir d’autant plus vivement qu’oii parvient « à une plus grande profondeur, et qui vers la fin de l’ouvrage devient si forte que les ouvriers, « en creusant et faisant les murs du puits, ne peuvent pas rester une demi-heure, ou même Il un quart d’bcurc, sans être remplacés par d’antres, et souvent ou les retire évanouis : on Il creuse donc les puits jusqu’à ce qu’on voie sortir le pétrole qui sc filtre à travers les terres. Il et qui quelquefois sort avec force et par jets; c’est ordinairement lorsqu’on est parvenu « à cent quatre-vingts pieds ou environ de profondeur qu’on obtient le pétrole ; souvent eu I. creusant les puits, on aperçoit (|uclques filets de pétrole qui sc perdent en continuant l’ou- 11 vrage...Les puits sont abandonnés l’Iiivcr et dès la fin de l’automne; mais au printemps les « propriétaires envoient tous les deux ou trois jours tirer le pétrole avec des seaux, comme (I 1 on tire de 1 eau... L un des trois puits de Miano donne le pétrole joint avec l’eau sur Il laquelle il surnage; celte eau est claire et limpide et un peu salée... Le pétrole, au sortir Il du puits, est un peu trouble, parce qu’il est mêlé d’une terre légère, et il ne devient clair Il que lorsqu’il a déposé cette substance étrangère au fond des vases dans lesquels on les
DES MINEDADX.
l.es sources do naphtc et de pétrole sont encore plus communes dans le Levant qu’en Italie; quelques \oyagcurs assurent qu’on lu'ùle plus d’huile de naphte que de chandelles à Bagdad. {Voywjv. de Thévenot; Paris, 16o4, t. II, p. 118.) « Sur la route de Schiras à Bender-Congo ,
« à quelques milles de Benaron, vers l’orient, on Aoit, dit Gemelli Car- « reri , la montagne de Darap toute de pierre noire , d où distille le « fameux haumc-moniie , qui, s’é|)aississant a l’air, prend aussi une « couleur noirâtre. Quoi((u’il y ait beaucoup d’autres baumes en Perse, .. celui-ci a la plus grande réputation ; la montagne est gai'dée par ordre .. du roi; tous les ans les visirs de Geaxoux, de Schiras et dcLar,vont « ensemble ramasser la momie qui coule et tombe dans une conque où « elle SC coagule; ils l’envoient au roi sous leur cachet pour éviter toute tromperie, [larcc que ce baume est éprouvé et trcs-eslimc en Arabie ■■ et en Europe, et qu’on n’en lire pas plus de <iuaranle onces par cha- « <1110 année *.» Je ne cite ce passage tout au long (pic pour rapporter à un bitume ce prélcndu baume des momies. INous as uns au Cabinet du Iloi les deux boites d’or remiilie de ce baume-momie ou vmmia , que
l’ambassadeur de Perse apporta et présenla à Louis XIV; ce haume n’est que du bitume, et le présent n av^ait de mérité que dans Icspi it de
(. conserve... Los environs de Wiauo,où l’on tire le pétrole, ne founiissont point de vraie pierre;
Il la inoiilagne voisine ii’cst même composée que d’iiiie terre vcrdalre, compacte et argileuse...
U Celle terre, appelée dans le pays me», mise sur des cliarlmus, ne donne point de llammes;
0 elle se cuit au feu, et de verdâtre elle devient rougeâtre ; elle se fond et s'amollit dans 1 eau » et y devient maniable; elle ii’a point un goût décidé sur la langue , elle ne neurit point à U l’air; clic fait une vive effervescence, avec l’acide nilrcux. • Celte dernière propriété me paraît indiijuer que le cocco n’est pas une lerrc argileuse, mais plulôt une terre limoneuse, mêlée de matière calcaire. « Dans le lieu apiielé Salsa-Maygiorc, continue M. de Uondaroy, et i. aux environs, à dix lieues de l’arme, il y a des puits d’eau salée qui donnent aussi du » pétrole d’une couleur rousse très-foncée... La lerrc de Salso-îlaggiore est semblable au « cocco de Miano, mais d’une couleur plus plombée. Elle devient beaucoup plus verdâtre dans « les lits inférieurs, et c’est de ces derniers lits que sort l’eau salée avec le pétrole, depuis « qualrc-viiigts jusqu’à cent cinquante brasses en profondeur. » E.xtrait du Mémoire do M. Fougeroux de lîoiidaroy, sur le pétrole, dans ceux de l’Académie des Sciences, année 17/0. « A douze mille de Modèiie , dit lîcrnardino Uamazziui, du côté de l’Apennin, ou voit un « rocher escarpé et stérile au milieu d’un vallon , et qui donne naissance à plusieurs sources « d’buile de pétrole : ou descend dans ce rocher par un escalier de vingt-quatre marebes, au i. bas duquel on trouve un petit bassin rempli d’une eau blancbâire qui .sort du roclier, et sur Il laquelle Pbiiile de pétiole surnage; il se répand à cent toises à la ronde une odcui désagica Il ble, ce qui ferait croire que celte source n subi queb|ue altéiv.liüii, puisque François . '
.. qui l’a décrite il y a trois siècles, la vante surtout pour sa bonne odeur. On amasse liude « de pétrole deux fois par semaine sur le bassin priuripal, environ six livres a cliaiiuc ois : Il le terrain est rempli de feux souterrains qui s’écliappciit de temps en temps avec violence ; Il quelques jours avant ces éruptions, les bestiaux fuient des pâturages des environs. » Cüllccii tion académiipie, pai tic étrangère, tome VI, page ^7^.
” Voyage autour du inonde; Paris, 1719, tome 11, pige 27i.
HlSTOmE NATURELLE
coüx qui Tout offert *. Chardin parle de ce haume-nioniie **, et il le reconnait pour un hitunie. Il dit qu’outre les momies ou corps desséchés qu’on trouve en Perse dans la province de Corassan , il y a une autre solde de momie ou hitume précieux (|ui distille des rochers, et qu’il y a deux mines ou deux sources de ce hiiume : l’une dans la Cararnanie désci de, au pays de Lar, et que c’est le meilleur ])our les fractures, blessures, etc. 5 I autre dans le pai's de Corassan. Il ajoute que ces mines sont gai-dées et fermées, qu’on ne les oin re qu’une fois l’an en présence d’ofliciers de la province, et que la jilus grande partie de ce bitume précieux est envoyée au trésor du roi. Il me iiaraît jdiis que vraisemblable que ces propriétés spécifiques attribuées par les Persans à leur baumemomie sont communes à tous les bitumes de même consistance, et particiiliércmcnt à celui (pie nous a[ipelons po/x de wontapne; et comme on \ ienldc le voir, ce n’est pas seulement en Perse que l’on trouve des bitumes de cette sorte, mais dans plusieurs endroits de l’Europe et même en France, et j)eut-être dans tous les pays du monde ***, de la même maniéi e que I asphalte ou bitume de .ludée s’est trouvé non-seulement siu la mer Morte, mais sur d autres lacs et dans d’autres terres trèséloignées de la Judée. On voit en quelques endroits de la mer de Marmara, et particulièrement prés d’iléraclée, une matière bitumineuse qui Hotte sur 1 eau en tonne de filets que les naulonniers grecs ramassent avec soin , et que bien des gens prennent |)our une sorte de pétrole : cependant elle n’en a ni l’odeur, ni le goût, ni la consistance; scs filets sont fermes et solides, et approchent plus en odeur et en Consistance du bitume de Judée ****.
Dans la Thèbaïde, du coté de Test, on trouve une montagne appelée Gebd-el-Moël ou Montagne-de-l’Iluile , k cause qu’elle fournit beaucoup d’huile de pétrole’^****. Olearius et Tavernier font mention du pétrole qui
Sa majeslé Louis XIV fit demander à l’ambassadeur du roi de Perse : t“ le nom de cette drogue; 2» à quoi elle est propre; 5» si elle guérit les maladies tant internes qu’externes; si c’est une drogue simple ou composée. L’ambassadeur répondit : l» que celte drogue se nomme en persan qu’elle est spécifique pour les fractures des os, et généralement pour
toutes les blessures ; ô» qu’elle est employée pour les maladies internes cl externes, et fait sortir le for qui pourrait être resté dans les blessures ; 4" que celle drogue esl simple et naturelle • qu’elle distille d’un roelier dans la province de bezar, qui est une des plus méridionales de la Perse; enfin qu’on peut s’en servir en l’appliquant sur les blessures, ou en la faisant fondre dans le bourre ou dans l’huile. — Cette notice était jointe aux deux boîtes qui renferment cette drogue.
’* Le nom de momie ou momia en persan, vient de momum , qui signifie cire, gomme, onguent.
MM. Pering et Browal donnent la description d’une substance grasse, que l’on tire d’un lac de la Finlande près de Maskotcr,quo ces physiciens n’hésitaient pas à mettre dans le genre des bitumes. Mémoires de l’Académie de Suède, tome III, année 174.3.
Description de l’Archipel, par Dapper; Am.sterdum, 1703, page 497.
•***» Voyage en Égypte, par Oranger; Paris, 1743, page 202.
DËS MINÉRAUX. 383
se trouve aux envirous de la mer Casi)ienne. Ce dernier voyageur dit « qu’au couchant de cette mer un peu au-dessus de Chaniaek, il y a « une roche qui s’avance sur le rivage, de laquelle distille une huile « claire comme de l’eau, jusque-là que des gens s’y sont trompés et ont « cru d'en pouvoir boire ; elle s’épaissit peu a peu, cl au bout do neuf <1 ou dix jours elle devient grasse comme de l’huile d olives, gardant « toujours sa blancheur... Il y a trois ou quatre grandes roclies lort « haules assez pi’ès de là qui distillent aussi la même li(jueui', mais elle « est plus épaisse et lire sur le noir. On lrans])Oi'te cette dernière hui!e « dans plusieurs provinces de la Perse, où le menu peuple ne brûle « aulre chose *. ■> Léon l’Africain parle de la poix tpii se trouve dans quelques rochers du mont Atlas et des souixes qui sont infectées de ce bitume; il donne même la manière dont les Maui'cs recueillent celte poix de montagne qu'ils rendent liquide par le moyen du feu **. On troin e à Madagascar celte môme matière queFlaccour appelle de la poix de Icrre ou bitume judaïque ***. lîufin jusqu’au Japon les bitumes sont non-sculenicnt connus, mais très-communs, cl Kœmpfcr assure qu’en quelques endroits de ces îles, l’on ne se seid que d’huile bitumineuse au lieu de chandelle ****.
En Amérique, ces mêmes subslances bitumineuses ne sont pas rares. Dampier a vu de la poix de montagne en blocs, de quatre 11\ res pesant, sur la côte de Carthagène : la mer jette Ce bitume sur les grèves sablonneuses de celte côte où il demeure à sec; il dit que cette poix tond au soleil , et est plus noire, plus aigre au toucher et plus forte d odeur que la poix végétale *****. Garcilasso, qui a écrit l’histoire du Pérou, et cjui y était né, l'apporte ([u’ancieimement les Péruviens se servaient de bitume pour embaumer leurs morts. Ainsi le bilume et même ses usages ont été connus de tous les tenqrs, et presque de tous les peuples policés.
Je n’ai rassemblé tous ces exemples que pour faire voir que, quoitpie les bitumes se trouvent sous différentes formes dans plusieurs contrées, néanmoins les bitumes purs sont infiniment plus rares que les matières dont ils tirent leur origine; ce n’est que par une seconde opération de la nature qu’ils peuvent s’en séparer et prendre de la liiiuidité : les charbons de terre, les schistes bitumineux, doivent èti'e regardés comme les grandes masses de matières que les feux souterrains incitent en distillalioh pour former les bitumes liquides qui nagent sur les eaux ou coulent des rochers. Comme le bitume, par sa nature onctueuse, s attac he
* Les six Voyages de Taveniicr; Rouen, 1713, tome II, page 307.
” Leon l’Africain, Description; Liig. Batav., pars secunda, page 771.
Voyage à Madagascar; Paris, ICül, page 162.
Histoire du Japon, par Kecinpfer; La Haye, 1729, tome I, page 96.
Voyage de Dampier; Rouen, 1713, tome III, page 491.
HISÏÜIRE NATURELLE
à toute matière et souvent la pénètre, il faut la circonstance particulière du voisinage d'un feu souterrain pour qu’il se manifeste dans toute sa pureté; car il me semble (|ue la nature n’a pas d’autre moyen pour cet effel. Aucun bilume ne se dissout ni ne se délaie dans l'eau : ainsi ces eaux qui sourdissent avec du bitume n’ont pu enlever par leur action propre ces particules bilumineiises ; et dès lors n’csi-il pas nécessaire d’attribuer à l’action du feu l’origine de ce bitume coulant, et meme à l’action d’un vrai feu cl non pas de la température ordinaire de l'intérieur de la terre? car il faut une assez grande chaleur pour que les bilumesse fondent, et il en faut encore une plus grande pour qu’ils se résolvent en na])hle et en pétrole; et lant qu’ils n’éprouvent que la température ordinaire, ils restent durs, soit à l'air, soit dans la terre. Ainsi tous les bitumes coulants doivent leur liquidité à des feux souterrains, et ils ne se trouvent (pie dans les lieux où les couches de terres bitumineuses elles v'eincs de charbon sont voisines de ces feux, qui non-seulement en liquéfient le bitume, mais le distillent et en font élever les parties les plus ténues jiour former le naphte et les pétroles, les- (jiiels, se mêlant ensuite avec des matières moins jiurcs, produisent l'asphalte et la poix de montagne, ou se coagulent en jayet et en suecin.
Nous avons déjà dit que le suecin a certainement été li(|uidc, puisqu’on voit dans son intérieur des insectes dont quelques-uns y sont profondément enfoncés ; il faut cependant avouer que jusqu’à présciit aucun observateur n’a ti'ouvc le suecin dans cet état de Ihpiidité; et c’est probablement parce qu’il ne faut (pi’un lr(\s petit temps pour le consolider. (>es insectes s’y cmjictrent peut-être loesspi’il distille des rochers et lorsqu'il surnage sur l’eau de la mer, où la chaleur de quehjue feu souterrain le sublime en li(|neur, comme l’huile de jiélrole, l’asphalte et les autres bilumes coulants.
Quoiqu’on trouve en Prusse et en quelques autres endroits des mines de suecin dans le sein de la terre, cette matière est néanmoins plus abondante dans ccrlaincs plages de la mer : en Prusse et en Poméranie, la mer Ralticpie jette sur les cotes une grande quantité de suecin, presque toujours en petits morceaux de toutes les nuances tle blanc, de jaune, de brun et de différents degrés de pureté : et à la vue encore plus qu’à l'odeur, on serait tenté de croire que le suecin n’est qu'une résine comme la copale, à laquelle il ressemble. >fais le suecin est également imj)énélrable à l’eau, aux huiles, et à l'espril-dc-vin, taudis que les résines (jui résistent à l’action de l'eau se dissolvent en entier par les huiles, et surtout pai' l’esprit de-vin. Celle différence suppose donc dans le suecin une autre matière que celle des rf'sines, ou du moins une combinaison différente de la même matière : or on sait que tonies les huiles végétales concrètes sont, ou des gommes (pii ne se dissolvent (jue dans l’eau, ou des résines qui ne se dissolvent que dans l’espril-de-vin, ou enlin des gommes-résines (jui ne se dissolvent qu’imparfaitement par rime et par l’autre; dés lors ne pourrait-on pas présumer, par la grande
ressembla lice qui sc Irouve d’ailleurs enlre le suceiii el les lésiues, que ce n’esl en effet qu’une goinmc-résinc dans laquelle le niélaiige des parties goiunicuses el résineuses est si intime et en telle proportion, que ni l’eau ni l’esprit-de-vin ne peuvent l’attaiiucr? L’exenqile des autres gommes-résines, que ces deux menstrues n’attaquent qu imparfaitement, semble nous l’indiquer.
En général, on ne peut i)as douter que le succin, ainsi (|ue tous les autres bitumes licpiides ou eonerels, ne doi^ent leur origine aux liuiles animales el végétales inq)régnées d’acide : mais, comme indépendamment des Imiles, les animaux et végétaux contiennent des substances gélatineuses et mucilagineuses en grande quantité, il doit se trouver des bitumes uniquement composés d’huile, et d’autres mélés d huile et de maliei’e gélatineuse ou mucilagincuse ; des bitumes produits par les seules résines, d’auli'es par les gommes-résines mélées de plus ou moins d acides, et c’est à ces diverses combinaisons des différents résidus des substances animales ou végétales que sont dues les variétés qui sc trouvent dans les qualités des bitumes.
Par exenq)le, l’ambre gris parait être un bitume (jui a conservé les parties les plus odorantes des résines dont le parfum est aromatiiiue j il est dans un élal de mollesse et de viscosité dans le fond de la mer auquel il est attaché, el il a une odeur lrés-désagréal)lc el Irés-foiie dans cet étal de mollesse avant son dessèchement. L’avidité avec laquelle les oiseaux, les poissons et la plupart des animaux lerrcsli’cs le recherchent el l’avalent semble indiipier que ce bitume contient aussi une grande quantité de matière gélatineuse et nutritive. Il ne se li ouve pas dans le sein de la terre; c’est dans celui de la mer, el surtout dans les mers méridionales cpi’il est en plus grande quantité : il ne sc détache du fond que dans le temps des |)lus grandes tempêtes, el c’est alors ((u’il estjete sur les rivages. Il durcit en séchant; mais une chaleur médiocre le ramollit plus aisément (pie les aulres bitumes : il se coagule par le froid, el n’acquiert jamais autant de fermeté que le succin : cependant, par l’analyse chimique, il donne les mêmes résultats el laisse les mêmes résidus. Enfin il ne resterait aucun doute sur la conformité do nature entre cet ambre jaune ou succin el l’ambre gris, si ce dernier sc trouvait également dans le sein de la terre et dans la mer; mais jiistiu’à ce jour il n’y a (ju’un seul homme * qui ail dit quou a trouvé de 1 ambre giis dans la terre en Russie ; néanmoins, comme l’on n’a lias d’autres exemples qui puissent confirmer ce lait, el «lue tout lambi'e gris ((ue nous connaissons a été ou tiré de la mer, ou rejeté par ses (lots, on doit
* .l’ajoulcrai sans liésitcr, dil l’aiUcur, que la foi-malioii de l’amlire gris est la meme que celle de l’andirc jaune ou succin, parce ipie je sais qu’il n’y a pas longtemps qn on a trouvé en Kussiede l’amin c gris en (buillanlla terre. Collection académique partie élningcre, tome IV, page 297.
utf’Fo.N, tome ni.
l|[STOIIl!î NATl'JVELLt:
présumer que c’est dans !a mer seulement qUe l’IiuÜe et la matière gélatineuse dont il est composé se trouve dans l’état nécessaire <à sa formaliou. En elïet, le fond de la mer doit cire revêtu d’une très-grande quantité de substance gélatineuse animale, par la dissolution de tous les corps des animaux qui y vivent et périssent * ; et celle matière gélatineuse doit y être tenue dans un état de mollesse et de fi-aîcheur, tandis que celle même matière gélatineuse des animaux terrestres, une fois enfouie dans les couches delà leri'C, s’est ])ienlôl entièrement dénaturée par le dessèchement ou le mélange (pi’elle a subi. Ainsi ce n’esl que dans le fond de la mer (pie doit se trouver celle matière dans son état de fraiclieiir : elle y est mêlée avec un bitume liquide ; et comme, la liipiidité des bitumes n’esl pi-oduilc que par la chaleur des feux souterrains, c’est aussi dans les mers dont le fond est chaud, comme celles de la Chine cl du Japon, qu’on trouve l’ambre gris en plus grande quantité j et il parait encore (pic c’est à la matière gélatineuse, molle dans l’eau et qui prend de la consistance par le dessèchement, que l’ambre gris doit la mollesse (pi’on lui remai-que tant qu’il est dans la mer, et la propriété de se durcir proiniitcment en se desséciiant à l’air; tout comme on peut croire cpie c’est par rintermède de. la partie gommeuse de sa gomme-résine que le succin peut avoir dans les eaux de la mer une demi-fluidité.
L’ambre gris, quoique plus précieux que l’ambre jaune, est néanmoins plus abondant; la quantité que la nature en produit est très-considérable, et on le trouve prcs(pie toujours en morceaux bien plus gros ipie ceux du succin **, et il serait beaucoup moins rare s’il ne servaitpas de pâture aux animaux. Les endroits où la mer le rejette en plus grande quantité dans l’ancien continent sont les côtes des Indes méridionales ***,
’ II. de Motilbcillai-d a (>l)si;rvé, en trnvaillaiil à l’histüirc des insccles, (iii’il y a plusieurs classes d’aiiiiuau.v cl insectes marins, tels (jne les polypes el autres, dont la chair est parl'unuie, et il est tout naturel que cette matière soit entrée dans la composition de l’amhro gris.
Le capitaine W illiam Kecliing dit que les ^taures lui avaient appris (|u'ün avait trouvé sur les côtes de .Monhassa, de Madagoxa, de Pata et de Itrava, de prodigieuses masses d’anilire gris, dont quelques-unes pesaient jusqu’à vingt quintaux, et si grosses enfin, qu’uue seule pouvait cacher plusieurs lioiumcs. Histoire générale ries Voyages, tome I, page dtifi. — Plusieurs voyageurs parlent de morceaux de cinquante el de cent livres pe.sant. Voyez Linscot, les anciennes relations des Indes, l’IIistoirc d'Éthiopie, par Gaëtan Cliarpy, etc.
La mer jette à Jolo beaucoup d’ambre; ou as.sure à .Manille, qu’a\ant que les Espagnols eussent pris posse.s.sioii do cette île, les naturels ne faisaient pus de cas de l’ambre, et que les pêelienrs s’en servaient pour faire des torches Oti llambeau.x, avec lesquels ils allaient pêcher pendant la nuit; mais qu’eux E.spagnols en relcvèient bientôt le prix...
La mer apporte l’ambre sur les côlos de Jolo, vers la lin des vents d’ouest ou d’uval ; on y en a quelquefois trouvé de liquide comme en fusion, lequel ayant été ramassé et bénéficié s’est trouvé très-fin et de bonne qualité : je ne rapporte point en detail ce que pensent les naturels de Jolo sur la nature de l’ambre... Ce qui est très-singidicr, c’est la quantité qui s’en trouve sur les côtes occidentales de eette île, quoique très-petilc, puisqu’elle ii’a que quatre à cinq lieues du nord au sud, pendaiil ([u’oii n’en trouve point, ou presque point à Mindanao, qui
DËS MINEUAëX.
el parliciilièrenieat des lies Philippines el du Japon, el sur les cèles du Pégu et de Bengale *; celles de l' Afrique, entre Mozambique et la mer Bouge el entre le cap Vert*** et le royaume de Maroc
En Améri(iuc, il s’en trouve dans la baie de Honduras, dans le golfe de la Floride, sur les cèles de l'ile de Maragnon au Brésil, et tous les voyageurs s'accordent à dire que si les chats sauvages, les sangliers, les renards, les oiseaux cl même les poissons el les crabes n étaient pas foi t friands de celte drogue précieuse, elle serait bien plus commune Comme elle est d'une odeur très-forte au moment que la mer vient de la rejeler, les Indiens, les Nègres et les Américains la cherclient par l’odorat plus que par les yeux; el les oiseaux, avertis de loin par celle odeur, arrivent en nombre jioiir s'en rcpailre, el souvent indiquent aux hommes les lieux où ils doivent la chercher ******. Celte odeur désagréable
est une île Ircs-consitlérablc en comparaison de Jolo. On pourrait pcut-elre ajiportcr de ccUc différence la raison suivante : Jolo se trouve comme au milieu de toutes les autres îles de ces mers, el dans le canal de ces violents et furieux courants (|u’on y ressent, et qui sont occasionnés par le resserrement des mers en ces parages, cl ec qui semblerait appuyer ces raisons est que l’ambre ne vient sur les côles de Jolo que sur la lin des vents d’aval ou d’ouest. Voyage dans les mers de l’Inde, par W, le Gentil; Paris, 1781, tome II, in-<t», pages 84 et 8Si.
” On en reeuoillc aussi sur les côles du Pegu et du Bengale, etc. Voyage do Mandeslo, suite d’Olearius, tome II, page lâü.
♦* Quand le gouverneur de Mozambique revient à Goa, au bout de trois ans que son gouverncmeiit est fini, il eiiiiiorle environ d’ortlinaire avec lui pour trois cent mille paidos d ambre gris, cl le pardüs est de vingt sous de notre monnaie; il s’en trouve quelquefois des morceaux d’une grosseur considérable. Voyages de Taveriiier, tome IV, page 7.1. Il vient de l’ambre gris en abondance de Mozamîiiqne et de Sofala, Holalion de Paris, Histoire genéiale des voyages, tome II, page 18S.
On trouve quelquefois de l’ambre gris aux îles du cap Vert, et particulièrement a 1 île de Sal; cl l’on prétend que si les chats sauvages, et même les tortues vertes, ne inaiigeaieiit pas cette précieuse gomme, ou y eu trouverait beaucoup davantage. Ilobcrlz dans l’Ilistoice générale des Voyages, tome II, page 325.
Sur le bord de l’Océan, dans la province de Sui, au royaume de Maroc, on rencontre beauconp d’ambre gris, que ceux du pays donnent à bon marché aux Kuropéens qui y trafiquent. L’.\friquc de Marmol; Paris, I()(i7,lomc II, pagetiO.-On lire des riviêresde Gambie, de Calsiao cl de San-Doraingo, de très-bons ambres gris ; dans le temps <|nc j’étais sur la meiq elle en jeta sur le rivage une pièce d’eiiviroii Iroiite livres; j’en achetai quatre livres, dont une partie fut vendue en Europe, au prix de huit cents llorins la livre. Voyage de Vaden de Broeck, tome IV, page 508.
• wn Voyez rriisloire générale des Voyages, tome II, pages 187,3113 et 3(17; tome V, page 21 , et tome XIV, page 247. — l.’ambre gris est assez commun sur quelques rôles de Madagascar et de l’ile Sainte-Marie : après qu’il y a eu une grande tournieiite, on le trouve sur le iivagc delà mer; c’est un bitume (jui provient du fond de l’eau, se coagule par sueeessioii de temps, et devient ferme ; les poi.ssous, les oiseaux, les crabes, les cochons, Paimcnl tant, qu’ils le ebercheut incessaminent pour le dévorer. Voyage de Flaecour, pages -J et l.iO.
Histoire des Aventuriers, etc ; Paiis, 1(580, lomc I, pages 507 et aÜ8.— Le nomme Barker a trouve et ramassé lui même un morceau d’ambre gris dans la baie de Honduras, sur une gl'ève sablouiieusc, qui pesait plus de ecnl livres; sa couleur tirait sur le noir, el il était dur
HISTOIRE NATURELLE
et forte s’adoucit peu à peu à mesure que l'aiubrc gris se sèche et se durcit à l’air. Il y eu a de diflèrenis degrés de cousistance et de couleur dilTércntc, du gris, du brun, du noir et luême du blanc : mais le meilleur et le [iliis dur parait èlrc le gris cendré. Comme les poissons, les oiseaux et tous les animaux qui fré<picntcnt les eaux ou les bords de la mer avalent ce bitume avec avidité, ils le rendent mêlé de la matière de leurs excréments ; et celle matière élant d’un blanc de craie dans les oiseaux, cet ambre blanc, qui est le plus mauvais de Ions, pourrait bien èlrc celui qu'ils rendent avec leurs excréments ; et de même l’ambre noir serait celui que rendent les cétacés et les grands poissons dont les déjections sont communément noires.
Et, comme l’on a trouve de l’ambre gris dans rcstomac et les inlcslins de quelques célacés *, ce seul indice a suffi pour faire naitre l'opinion (|ue c’était une matière animale qui se produisait particuliérement dans le corps des baleines **, et (|ue pcnl-êlrc c’clail leur sperme, etc. ; d’autres ont imaginé (|uc l’ambre gris était de la cire et du miel tombés des côtes dans les eaux de la mer, et ensuite avalés par les grands poissons, dans l’estomac desquels ils se convertissaient en ambre, ou devenaient tels par le senl mélange de l’eau marine; d’autres ont avancé que c’était une plaide comme les champignons ou les truffes, ou bien une racine qui croissait dans le terrain du fond de la mer; mais toutes ces opinions ne sont fondées que sur de petits rapports ou de fausses analogies. L’ambre gris, qui n’a pas été connu des (Irccs ni des anciens Arabes, a été dans ce siècle reconnu pour un véritable bitume jiar
à pou près comme un fromage, et de bonne odeur après qu’il fut scellé. Voyage de Dampici-, tome r, page 20.
* « Kœmpfer dit qu’on le lire prinripalement dos intestins d’une baleine assez commune « dans la mer du Japon, et nommée /ïo/i-rro; il est mêlé avec les e.xeréuicnts de l’animal, qui » sont comme de la ebaux, et presque aussi durs qu’une pierre ; c’est par leur dureté qu’oii « juge s’il s’y Irouvci a de l'ambi e gris; mais ce n’est pas do là qu’il lire son origine. De qucl- « que manière qu’il croi.sse au fond de la mer ou sur les eûtes, il parait qu’il sert de nonrriu turc à ces baleines, et (ju’il ne fait que se perfectionner dans leurs entrailles; avant qu’elles » l’aient avalé, ce n’est qu’une substance assez dilTorme , plate, gluante, semblable à la bouse » de vache, et d’une odeur Irès-désagréablc ; ceux ipii le tronveni dans cet état, flottant sur « l’eau ou jeté sur le rivage, le divisent en petits morceaux qu’ils |iresscnl, pour lui donner la « forme de boule : à mesure qu’il durcit il devient plus solide et plus pe.sant : d’autres le mé- « lent et le jiétrissent avec de la farine de cosses do riz , qui en augmente la (|uantité et relè\ e n la eoiileur. Il y a d’antres manières de le fulsitier; mais si l’on en fait brûler un morceau, le Il mélange se découvic aussilôl par la couleur , l’edcur cl les autres qualités de la fumée : les U Cliiiiois, pour le metire à l’épreuve, en raclent un peu dans de l’eau de Ibé bouillante; s’il 1' est véritable, il sc dissout cl se répand avec égalité, ce que ne ferait pas celui qui est sopbis- « tiqué. Les Japonais n’ont ai)pris (pie des Cbinois et des Hollandais la valeur de l’ambre grés; » à l’exemple de la plupart des nalions orientales de l’.Isic, ils lui préfèrent l’ambre jaune. » Histoire générale des Voyages, tome X, ])agc()o7.
*’ Voyez les Tiansaclions pbilosopbiipics, luiii éros 58o et 3ü7, et lu réfutation décrite opinion dans les numéi os Loü, iûicliô'i.
toutes ses propriétés; seulcnienl il <‘sl proltalile, eoiiime je lai insinue, f|nc ce bitume, qui (lilfère de tous les autres par la consistance et l’odeur, est mêlé de quelques parties gélatineuses ou mncilaginenses des animaux et des végétaux qui lui donnent celte qualité particulière : mais l’on ne peut douter que le fond et meme la majeure partie de sa substance ne soit un v rai bitume.
Il parait que l’ambre gris mou et visqueux tient ferme sur le tond de la mei", puisqu’il ne s’en détache que par foi’cc dans le temps de la I)lus grande agitation des eaux; la (luantité jetée sur les rivages, et qui reste" après la déprédation ciu’cn font les animaux, démontre que, c’est une production abondante de la nature et non pas le sperme de la baleine, ou le miel des abeilles, ou la gomme de quel(|ue arbre particulier. Ce bitume rejeté, ballotté par la mer, remplit (|uelquefüis les fentes des rochers contre lesquels les flots viennent se l)riser. Robert Ladc décrit l’espèce de pèche qu’il en a vu faire sur les côt('s des des Lucayes; il dit que l’ambre gris se trouve toujours en l)eaucoup plus grande quantité dans la saison où les vents régnent avec le plus de violence, et que les plus grandes lichesses en ce genre se trouvaient entre la petite ilc d'Éleulhère et celle de llarbour, et que l’on ne doutait pas que les Bermudes n’en continssent encore plus ; >i Nous com- « mençàmes, dit-il, noirt! recherche par l de d Ivleulhère dans un jour « fort calme, le 14 de mars, cl nous rai)porlàmes ce même jour douze « liv res d'ambre gris. Cette pèche ne nous coula que la peine de plonger 'i nos crochets do fer dans les lieux que noti'e guide nous indiquait, et « nous eussions encore mieux fait si nous eussions eu des filets... « L’ambre mousse pliait de lui-même, et embrassait le crochet de for, « avec lequel il se laissait tirer jus(iue dans la barque : mais faute de « (ilets nous eûmes le l■egret de perdre deux des plus belles masses
d’ambre (jue j’aie vues de ma vie; leur forme étant ovale, elles ne « furent pas plus tôt détachées que, glissant sur le crochet, elles se per- « dirent dans la mer... Nous admirâmes avec quelle promptitude ce « qid n'était qu'une gomme mollasse dans le .sein de la mer prenait assez *• de consistance en un quai'l d'heure pour résister à la pression de nos
doigis : le lendemain noire ambre gris était aussi ferme et aussi beau .. que celui (pi’on vante le plus dans les magasins de rEnro|)e... Quinze •' jours (|ue nous employâmes à la i*èche de l’ambre gris ne nous en rap- " portèrent qu’environ cent livres. Notre guide nous reprocha d èli e « venus trop têt; il nous j)ressait de faire le voyage des Bermudes, assurant qu’il y en avait encore en plus grande (|uantilé... qu’on en « avait tiré une masse de quatic-vingts livres pesant; ce qui cessa de ■< m’étonner lorsque j'a|)pris, dit ce voyageur, (ju’ou en avait trouve^sur « les côtes de la Jama'ûiue une masse de cent quatre vingts livres . n
’ Voyage <le UoPort t.oilo ; l'aris, MU, tome Tl, pa^e iS, 51 , 72, !»S, 9!) et m.
HISTOIRE NATURELLE
Les Chinois, les Japonais, et plusieurs autres peuples de l’Asie ne font pas de l’ambre gris autant de cas que les Européens; ils esliinent beaucoup plus l’ambre jaune ou succin, qu’ils brûlent en quantité par magnificence, tant à cause de la bonne odeur que sa fumée répand, que parce qu’ils croient cette vapeur très-salubre, et même spécifique pour les maux de tête et les affections nerveuses
L’appétit véhément de presque tous les animaux pour Tambre gris n’est pas le seul indice par lequel je juge qu’il contient des parties nutritives, mucilagineuses, provenant des végétaux, ou meme des parties gélatineuses des animaux ; et sa propriété analogue avec le musc et la civette semble confirmer mon opinion. Le musc et la civette sont, comme nous l’avons dit * **, de pures substances animales; l’ambre gris ne développe sa bonne odeur et ne rend un excellent parfum que quand il est mêlé de musc et de civette en dose convenable : il y a donc un rapport très-voisin entre les parties odorantes des animaux et celles de l’ambre gris, et peut être toutes deux sont-elles de même nature.