‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 25 sur 54 · DE LA PYRITE MARTIALE · texte numérisé non relu

DE LA PYRITE MARTIALE

Je ne parlerai point ici des pyrites cuivreuses ni des pyrites arsenicales; les premières ne sont qu’un minerai de cuivre; et les secondes, quoique mêlées de fer, diffèrent de la pyrite martiale en ce (|u’clles l'ésistent aux impressions de l’air et de riiumidité, et qu’elles sont même susceptibles de recevoir le plus vif poli. Le nom de mnreassUe, sous lequel ces pyriles arsenicales sont connues, les distingue assez pour (ju’on ne puisse les confondre avec la pyrite qu’on appelle martiale, parce qu’elle contient une plus grande quantité de fer que de tout autre métal ou demi-métal. Cette pyrite, quoique très-dure, ne peut se polir et ne résiste pas à l'impression même légère des éléments humides; elle s’eftleurit à l’air, et bientôt se décom])ose eu entier. La décomposition s’en fait par une effervescence accompagnée <le tant de chaleur, que ces pyrites amoncelées, soit par la main de l’homme, soit par celle de la nature, prennent feu d’ellcs-mêmes dès qu’elles sont humectées; ce qui démontre qu’il y a dans la pyrite une grande quantité de feu fixe; et comme cette matière du feu ne se manifeste sous une forme solide

* Histoire du Japon, par Kœmpfcr, Appendice, tome II, page BO.

Voyez l’article de rAnimal-miisc, et celui de la Civette et du Zibet , dans l’IIisloire des Quadrupèdes,

DES JII>ÉIIAUX.

que quand clic est saisie par l’acide, il faut en conclure que la pyrite renferme également la substance du feu fixe et celle de l’acidc; mais comme la pyrilc elle-même n’a i)as été produite pai 1 action du leu, elle ne contient point de soufre formé, et ce n est que pai la combustion quelle peut en fournir*. Ainsi l’on doit se borner à dire que les pyrites contiennent les principes dont le soufre se forme par le moyen du feu, et non pas aftiriner qu’elles contiennent du soufre tout formé. Ces deux substances. Tune de feu, l’aulre d’acide, sont dans la pyrite inlimeinent réunies et liées à une lerre, souvent calcaire, qui leur sert de base, et qui toujours contient une plus ou moins grande quantité de fer; ce sont là les seules substances dont la pyrite martiale est composée; elles concourent par leur mélange et leur union intime à lui donner un assez grand degré de dureté pour étinceler contre l’acier; et comme la matièio du feu (ixe jjiovicnt des corps organisés, les molécules organiques que cette matière a conserNées tracent dans ce minéral les [ircmieis linéaments de l’organisation en lui donnant une forme régulière, bajucllc, sans être déterminée à telle ou telle figui'e, est néanmoins loujnui's achevée régulièrement, en sphères, en ellipses, en jirismes, en pyramides, en aiguilles, etc.; car il y a des pyrites de toutes ces formes différentes selon que les molécules organiques contenues dans la matière du feu ont, par leur mouvement, tracé la figure et le plan sur lequel les particules brutes ont été forcées de s’arranger.

La pyrite est donc un minéral de figure régulière et de seconde formation, et qui n'a pu exister avant la naissance des animaux et des végétaux; c'est un produit de leurs détriments plus immédiat que le soufre qui, quoi(|u’il tire .sa première origine de ces mêmes détriments des corps organisés, a néanmoins passé par létat de pyiàte, et n est devenu soufre que par reffervescence ou la combustion : or, l’acide, en se mêlant avec les huiles grossières des végétaux, les convertit en bitume, et saisissant de même les parties subtiles du feu fixe que ces huiles lenfermaient, il en compose les pyrites en s’unissant à la matière ferrugineuse qui lui est [)lus analogue qu aucune autre, par 1 allinité qu a le fer avec ces deux principes du soufre; aussi les pyrites se trouvent-elles sur toute la surface de la terre jusqu’à la profondeur où sont parvenus les détriments des corps organisés, et la matière pyrileuse n’e.st nulle part plus abondante que dans les endroits qui en contiennent les déliiments, comme dans les mines de charbon de terre, dans les couebesde bols fossiles, et même dans l’argile, parce qu’elle renferme les débris des

coquillages et tous les premiers détriments de la nature vivante au fond

» On pourra dire que la combusiion n’est pas toujours nécessaire pour produire du soufre, puisque les acides séparent le même soufre , tant des pyrites que des eomiiositions artificielles, dans lesquelles on a fait entrer le soufre tout formé; mais cette action des acides n’estellc pas une sorte de combustion, puisqu’ils n’agissent que par le, feu qu ils contiennent.

HISTOIRE NATURELLE

des mers. On tronvo de même des pyrites sons la terre végétale dans les matières caleaires. et dans tontes celles où l’ean pluviale peut déposer la terre limoneuse et les autres détriments des corps organises.

La force d’aflinilé qui s’exerce entre les parties conslituantesdes pyrites est si grande, (pie clia(|ue jiyrite a sa sphère parliculière d’attraction; elles se forment ordinairement en petits morceaux séparés, et on ne les trouve (pie rarement en grands bancs ni en veines continues *, mais seulement en petits lits, sans être réunies ensemble, qiioiqu’à peu près contiguës, et à peu de distance les unes des autres : el lorsque cette matière pyrileiise se trouve trop mélangée, trop impure pour pouvoir se réunir en masse régulière, elle reste disséminée dans les matières brutes, tell(;s(pie le schiste ou la pierre calcaire, dans lesquels elle semble exercer encore sa grande force d’attraction ; car elle leur donne un d(.-gré de dureté qu’aucun autre mélange ne iiourrait leur communiquer; les grés même qui se trouvent pénétrés de la matière pyriteuse sont communément plus durs que les autres; le charbon jiyriteux est aussi le |)lus dur de tous h's charbons de terre. Mais cidte dureté communiquée par la |»yrile ne subsisic (ju’aufant que ces matières durcies par son mélange sont à l'abri de l’action des éléments humides : car ces pierres calcaires, ces grès et ces schistes si durs, parce qu’ils sont pyriteux, perdent à l’air en assez peu de temps, non-seulement leur dureté, mais même leur consistance.

Le feu fixe, d’abord contenu dans les corps organisés, a été pendant leur déconqiosilion saisi |»ar l'acide, et tous deux réunis à la matière ferrugineuse ont formé des pyrites martiales en très-grande quantité, dès le tcnqis de la naissance et de la première moid des animaux et des végétaux : c’est à cette éimqnc, presque aussi ancienne que celle de la naissance des coipiillages , qu’il faut rapporter le temps de la formation (les couches de la terre végétale et du charbon de terre, et aussi les amas de pyrites qui ont fait , en s'échauffant d’elles-méimîs , le premier foyer des volcans. Toutes ces matières combustibles sont encore aujourd’hui 1 aliment (h; leurs feux, et la matière première du soufre (ju’ils exhalenl. El comme avant rusag(! (pie rhomine a fait du feu, rien ne détruisait les va'gétaux que leur vétusté, la ((iiantité de matière v('gélale accumulée pendant ces piaMiiiers âges est immense : aussi s’est-il formé des pyrites dans tous les lieux de la terre, sans compter les charbons, qui doix enl être r(‘gardés comme les rcsies précieux de celte ancienne matière végétale, (jui s’est conservée dans son baume ou son huile, devenue bitume par le mélange de l’acide.

* Il y a dans le comté d’Alais, en Languedoc, une mass(î de pyrites de (juelqucs lieues d’étendue, sur laciuelle on a établi deux manufactures de vitriol : il y a aussi près de Saint- Dixier, en (lliatn pagne, un banc de pyril(‘s martiales dont on ne ronnait pas retendue , et ces pyrites en masses continues sont posées snr un banc degrés.

I.e bitume et la malière pyriteiise proviennent donc également des corps organisés; le premier en est l'huile, et la seconde la substance du feu lixc , l’un et l’autre saisis par l’acide : la diltérence essentielle entre le bitume et la pyrite martiale, consiste en ce iiuc la pyrite ne contient point d’huile, mais du feu lixc, de l’acide et du fer : or, nous verrons que le fer a la plus grande aflinitc avec le feu fixe et I acide, et nous avons déjà démontré que ce métal contenu en assez grande quantité dans tous les corps organisés, se réunit en grains et se régénère dans la terre végétale dont il fait partie constituante. Ce sont donc ces memes parties ferrugineuses disséminées dans la terre végétale, (|uc la pjiitc s’approprie dans sa formation, eu les dénaturant au point que, quoique contenant une grande quantité de fer, la pyrite ne peut être mise au nondire des mines de fer, dont les plus pauvres donnent plus de métal que les pyrites les plus riches ne peuvent en rendre, surtout dans les travaux eu grand, parce qu’elles brûlent plus qu’elles ne fondent, et c(ue pour en tirer le fer il laudrail les griller plusieurs lois, ce qui sciait aussi long que dispendieux, et ne donnerait pas encore une aussi bonne fonte que les vraies mines de 1er.

La matière pyritcuse, contenue dans la couche universelle de la terre végétale, est qiiehiuefois divisée en parties si ténues, qu’elle pénétre avec l’eau, non-seulement dans les joints des pierres calcaires, mais même à travers leur masse, et que se rassemblant ensuite dans ciuelque cavité, elle y forme des pyrites massives, .M. de Lassonc en cite un exemple dans les carrières de Compiègne *, et je puis coutii'iuer ce tait par plusieurs autres semblables. J’ai vu dans les derniers bancs de plusieurs carrières de pierre et de marbre, des jiyritcs en petites masses et en grand nombre, la plupart plates et arrondies, d’autres anguleuses, d’autres à peu près siihêriques, etc. ; j’ai vu (pi’au-dessous de ce dernier banc de pierre calcaire, qui était situé sous les autres à plus de cinquante pieds de profondeur, et qui jiorlait immédiatement sur la glaise, il s’était formé un petit lit de pyrites aplaties, entre la pierre et la glaise; j’en ai vu de même dans l’argile à d’assez grandes ivrofondeurs, et j’ai suivi dans celte argile la trace de la terre végétale avec laquelle la malière pyritcuse était descendue par la filtration des eaux. L’origine des pyrites martiales en quelque lieu qu’elles se trouvent me parait donc bien constatée; elles proviennent, dans la terre végétale, des détriments des corps organisés lorsviu’ils se reneoutrent avec l’acide, et elles se

* Les rocs de pierre qui se trouvent foi l avant dans la terre, aux environs de Compiegne, avaient, pour la plupart , dos cavités dont quelques-unes avaient jusqu’à un denn-pied de diamètre et plus. Dans ces cavités, on remarquait de petits mamelons ou protulicranees adhérentes aux jiarois , qui s’étaient formés en manière de stalactites ; mais ce (pi il y a de plus singulier, c’est une pyrite qui s’élait formée dans une de ces cavités par un gulir pyriteux, filtré à travers le tissu même du bloc de pierre. Mémoires de l’Académie dos Sciences, année 1771, page .S6.

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Irouvent partout où ces détriments ont été transportés anciennement |)ar les eaux de la mer, ou infiltrés dans des temps plus modernes par les eaux pluviales *.

Comme les pyrites ont un poids presque égal à celui d’un métal, qu’elles ont aussi le luisant métallique, qu’cnfin elles se trouvent quelquefois dans les terrains voisins des mines de fer, on les a souvent prises pour de vraies mines. Cependanl il est très-aisé de ne s’y pas iné[)rcndre, même à la première inspection; car elles sont toutes d’une figure décidée, quoique irrégulière et souvent différente : d’ailleurs, on ne les trouve guère mêlées en quantité avec la mine de fer en grains; s’il s’en rencontre dans les mines de fer en grandes masses, elles s'y sont formées comme dans les bancs de pierre, par la filtration des eaux : elles sont aussi plus dures que les mines de fer, et lorsqu’on les mêle au fourneau, elles les dénaturent et les brûlent an lieu de les faire fondre. Elles ne sont pas disposées comme les mines de fer en amas ou en couches, mais loujours dispersées, ou du moins séparées les unes des autres, même dans les petits lits où elles sont le plus contiguës.

Lorsqu’elles se trouvent amoncelées dans le sein de la terre, et que riuimidité peut arriver à leur amas, elles produisent les feux souterrains dont les grands effets nous sont représentés par les volcans, et les moindres effets par la chaleur des eaux thermales, et par les sources de bitume fluide que cette chaleur élève par distillation.

La pyrite, (pii parait n’étre qu’une matière ingrate et mémo nuisible, est néanmoins l'un des principaux iustruments dont se sert la nature, pour reproduire le plus noble de tous ses éléments; elle a renfermé dans cette matière vile le plus précieux des trésors, ce feu fixe, ce feu sacré (pi’ellc avait départi aux êtres organisés, tant par l’émission de la lumière du soleil que par la chaleur douce dont jouit en propre le globe de la terre.

Je renvoie aux articles suivants ce que nous avons à dire, tant au

* Dans la cliainp des collines d’Alais , W. l’abhc de Sauvages a observé une grande quantilc de j)yrites. » Klles sonl, dit-il , principalement composées d’une matière inllammable, d’un » acide vitrioliquc,et d’une terre vitrifiable et métallique, qui leur donne une si grande dureté U qu’on en tire des étincelles avec le fusil lorsque la terre métallique est ferrugineuse.

U Cette matière dis.soutequi forme les pyrites a suivi dans nos locbers des routes pareilles O à celles des sues pierreux ordinaires :

« f" Kllca pénétré intimement les pores do la pierre, et (pioiqu’on ne l’y distingue pas tou- « jours dans les cassures, ou ne peut pas douter de sa pré.sencc par l’odeur que donnent les « pierres qu’on a fait calciner à demi.

» 2“ Elle s’est épanchée et cristallisée dans des veines qu’on prendrait pour de petits sillons « métalliques.

O Lorsque le suc pyriteux a été plus abondant et qu’il a rencontré des cavités ou des fentes Il assez larges pour n’y point être gêné, il s’est répandu comme les sucs pierreux dans ces « fentes, il s’y est cristallisé d’une façon régulière. » Voyez les Mémoires do l’Académie des ■Sciences, année 174’6, pages 752 jusqu’à 740.

DES MINEHAUX.

sujet des niarcassites, que sur les pyrites jaunes cuivreuses, les blanches arsenicales, les galènes de plomb, et en général sur les minerais métalliques, dont la plupart ne sont que des pyrites plus ou moins mclccs de métal.

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