‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 26 sur 54 · DES MATIÈRES VOLCANIQUES · texte numérisé non relu

DES MATIÈRES VOLCANIQUES

Sous le nom de matières volcaniques, je n’entcuds pas comprendre toutes les matières l'cjetées par l’explosion des volcans, mais seulement celles (pii ont été produites ou dénaturées par raction de leurs feux. Un volcan dans une grande éruption, annoncée par les mouvements convulsifs de la terre, soulève, détache et lance au loin les rochers, les sables, les terres, toutes les masses en un mot, qui s’opposent à l’exercice de ses forces ; rien ne peut résister à l’élément terrible dont il est animé. L’océan de feu qui lui sert de base agite et fait trembler la terre avant de l’entr’ouvrir ; les résistances qu’on croirait invincibles sont forcées de livrer passage à scs flots cnilammes; ils enlèvent avec eux les bancs entiers ou en débris des pierres les plus dures, les plus pesantes, comme les couches de terre les plus légères ; et, projetant le tout sans ordre et .sans distinction, chaque volcan forme au-dessus ou autour de sa montagne des collines de décombres de ces memes matières,<|ui faisaient auparavant la partie la plus solide et lemassil desabase.

On retrouve dans ces amas immenses de maliéres projetées les mêmes sortes de pierres vitreuses ou calcaires, les memes sables et terres dont les unes n’ayant été que déplacc(*s et lancées sont dcnieurces intactes, et n’ont reçu aucune atteinte de l’action du feu; d’autres <pii en ont etc sensiblement altérées, et d’autres enlin «jui ont subi une si forte impression du feu, et souffert un si grand changement, qu’elles ont pour ainsi dire été transformées, et semblent avoir pris une nature nouvelle et différente de celle de toutes les matières qui existaient auparavant.

Aussi avons-nous cru devoir distinguer dans la maliere purement lirute deux états différents, et en faire deux classes séparées : la première, composée des produils immédiats du feu ))rimitil, et la seconde des produils secondaires de ces foyers particuliers de ia nature, dans lesquels elle travaille en petit comme elle opérait en grand dans le foyer général de la vitrilicatiou du globe; el même ses travaux s exercent sui un plus grand nombre de substances, et sont plus varies dans les volcans qu ils ne pou valent l'ètre dans le feu primitif, iiarce que toutes les matièiesdc seconde formation n’exislaient pas encore ; les argiles, la pierre calcaire, la terre végétale n’ayant été produites que postérieurement par 1 intermède

HISTOIRE NATliRELLE

(lo l'oau ; au lieu qiie le feu df's volcans agil sur lonles les siil).slances anciennes ou nouvelles, |»nrcs ou mélangées, sur celles qui ont été produilcs par le feu |)riniilif, comme sur celles qui ont été formées par les eaux, sur les substances organisées et sur les masses brutes ; en sorte que les matières volcaniques se présentent sous des formes bien i)lus diversifiées que celles des matières primitives.

A’ous avons recueilli et i'asscmblé pour let'.abinet du roi une grande quantité de ces productions de volcans; nous avons profite des recherches et des observations de plusieurs physiciens, qui, dans ces derniers temps, ont soigneusement examiné les volcans aciuellement agissant et les volcans éteints : mais avec ces lumières acquises et réunies, je ne me fiatte pas de donner ici la liste entière de toutes les maliércs [moduites par leurs feux, et encore moins de pouvoir présenter le tableau fidèle et complet des opérations qui s’exécutent dans ces fournaises souterraines, tant pour la deslruclion des subslauces anciennes que pour la j)roduction ou la composition des matières nouvelles.

Je crois avoir bien com[)ris, et j’ai tâché de le faire entendre, comment se fait la vitrification des laves dans les monceaux immenses de terres bridées, de cendres et d’autres matières ardentes projetées par explosion dans les éruptions du volcan; comment la lave jaillit en s’ouvrant des issues au bas de ces monceaux; comment elle roule en torrents, ou se répand comme un déluge de feu, portant partout la dévastation et la mort ; comment cette même lave, gonflée parson feu intérieur, éclate à sa surface, et jaillit de nouveau pour former des éminences élevées au-dessus de son niveau; comment enfin, préci|nlant son cours du haut des côtes dans la mer, i^lle fm ine ces colonnes de basalte qui, par leur renflement et leur effort réciproque, prennent une figure prismatique, à plus ou moins de pans, suivant les différentes résistances, etc. Ces phénomènes généraux me (laraissent clairement exjiliqués; et quoique la plupart des eflels plus parliculiei’S en dépendent, combien n’y a-t-il pas encore ih; choses imporlanles à observer sur la différente (jualité de ces mêmes laves et basaltes, sur la nature des malières dont ils sont composés, sur les proiiriétés de celles qui résultent de leur décom|)osilion ! Ces recherches supposent des études pénibles et suivies, à peine sont-elles commencées : c’est pour ainsi dire une cariâère nouvelle trop vaste pouriju’un seul homme puisse la parcourir tout entière, mais dans laquelle on jugera que nous avons fait quelques pas, si l’on réunit ce que j’en ai dit précédemment cà ce que je vais y ajouter *.

Il était déjà difficile de reconnaître dans les premières matières celles qui ont été produites par le feu [irimitif, et celles qui n’ont été formées que par l’iiitcrmède de l’eau; à plus forte raison aurons-nous peine à

* Voyez l’ailicle entier des Volcans, tome I ; Kpoques de la nature et Addilions à la Théorie de la terre.

dislinguer celk^s ()iii étant égalcmciît dos produits du fon, ne diffèrent les unes des autres qu’en ce que les prciuicres n ont été qu une seule fois liquéfiées ou sublimées, et que les dernières ont subi une seconde et peut-être une ll•oisiènle action du feu. En prenant donc en général toutes les matières rejetées par les volcans, il se trouvera dans leur (|uanlité un cerlain nombre de substances qui n’ont pas change de nature : le quartz, les Jaspes et les micas doivent se rencontrer dans les laves, sous leur forme propre ou peu altérée ; le feld-spath, le schorl, les porphyres et granits peuvent s'y Iroiner aussi, mais avec de plus grandes alterations, parce qu’ils sont plus fusibles; les grès et les argiles s’y présenteront converties en poudre et en verres ; on y verra les matières calcaires calcinées; le fer et les autres métaux sublimés en safraii, eu litharge; les acides et les alcalis devenus des sels concrets ; les px rites, converties en soufres vifs; les substances organisées, végétales ou animales, réduites en cendres. Et toutes ces matières mélangées a dillerentes doses ont donné des substances nouvelles et qui paraissent d autant plus éloignées de leur luemiérc origine qu’elles ont perdu jilus de traits de leur ancienne forme.

l'il si nous ajoutons à ces effets de la lorce du feu qui , jiar lui-même, consume disperse et dénature, ceux de la puissance de l’eau qui conserve. raiiproche et rétablit, nous trouverons encore dans les matières xolcanisées des produits de ce second élément : les bancs de basalte ou de laves auront leur stalactites comme les bancs calcaires ou les masses de granits; on y trouvera de même des concrétions, des incrustations, des cristaux, des spaths, etc. Un volcan est à cet égard un petit univers; il nous présentera plus de variétés dans le règne minéral, que n en offre, le reste de la terre dont les parties solides n’ayant soullert que l’action du premier feu, et ensuite le travail des eaux ont conservé plus de simplicité. Les caractères imprimées par ces deux cléments, (pioKiue difficiles à démêler, se présentent néanmoins avec des traits mieux |)roiioncés; au lieu iiuc dans les matières volcanhiues, la substance, la forme, la consistance, tout, jusqu’aux premiers linéaments de la ligure, est enveloppé, ou mêlé, ou détruit; et de là vient l’obscurité prolonde où se trouve jusqu’à ce jour, la minéralogie des x olcans.

Pour en éclaircir les points principaux, il nous parait nécessaire de rechercher d’abord ([uelles sont les matières (pii peuvent iHodiiire et entretenir ce feu, tantôt violent, lantol calme et toujours si grand, si constant, si durable, (pi'il semble <|ue toutes les substances combustibles de la surface de la terre, ne suffiraient pas pour alimenter pendan des siècles une .seule de ces fournaises dévoraides : mais si nous nous rappelons ici que Ions les végétaux produits pendant plusieurs nu tiers d années, ont étéentrainés par les eaux et enfouis dans les protomieurs de la terre, où leurs huiles converties en bitume les ont conserves; que toutes les iiyrites formées en même temps à la surface de la terre ont suivi le même cours et ont été déposées dans les luofondeurs ou les

IIISTUIIIE NATURËLLK

eaux ont ciilrainé la Icri'c végétale; qti’entiii la couche entière de celte terre, qui couvrait dans les premiers temps les sommets des montagnes, est descendue avec ces matières coinhusiibles, pour remplir les cavernes qui servent de voûtes aux éminences du globe, ou ne sera plus étonné de la quantité et du volume, ni de la force ni de la durée de ces feux souterrains. Les pyrites bumcctces par l’eau s’cnllamment d’elics-mèmes ; les charbons de terre, dont la quantité est encore plus grande que celle des pyrites, les limons ])itumin('ux qui les avoisinent, toutes les terres végétales anciennement enfouies, sont autant de dépôts inépuisables de substances couduisfibles don! les feux une fois allumés peuvent diii'er des siècles de siècles , puisque nous avons des exemples de veines de charbon de terre dont les vapeurs s’étant cnilammèes, ont communiqué leur feu à la mine entière de ces charbons (jui brûlent depuis plusieurs centaines d’années, sans interruption et sans une diminution sensible de leur masse.

Et l’on ne peut guère douter que les anciens végétaux et foules les productions résultantes de leur décomposition, n’aient été transportés et déposés par les eaux tie la mei-, à des profondeurs aussi grandes que celles où se trouvent les foyers des volcans. |niisque nous avons des exemples de veines de charbons de terre exploitées à deux mille pieds de profondeur *, et qu’il est plus que probable qu’on trouverait des charbons de teri-e et des pyrites enfouis encore plus profondément.

Or, chacune de ces matières qui servent d’aliment au feu des volcans doit laisser ajirès la comlnislion différents résidus, et quelquefois [)roduire des subslanccs nouvelles ; les bitumes en brûlant donneront un résidu charbonneux, et formeront celle épaisse fumée qui ne parait enllammce que dans l’obscnrilé. Celte fumée envelop|)c constamment la tète du volcan, et se répand sur ses flancs en brouillard ténébreux; et lorsque les bitumes souterrains sont eu trop grande abondance, ils sont projelés au dehors avant d’être brûlés. ÏVous avons donné des exemples de ces torrents de bitume vomis par les volcans, quelquefois purs et souvent mêlés d’eau. I.es [lyrites, dégagées de leurs parties fixes et terreuses, se sublimeront sous la forme de soufre, substance nouvelle qui ne se trouve ni dans les |>roduits du feu primitif ni dans les matières formées par les eaux; car le soufre qu’on dit être formé [lar la voie humide ne se produit (|u’au moyen d’une forte eiferve.scence dont la grande chaleur équivaut à l’action du feu. Le soufre ne pouvait en effet exister avant la décomposition des êtres organisés et la conversion de leurs détriments en pyrites, puisque sa substance ne contient que l’acide et le feu ([ui s’étaient fixés dans les végétaux ou animaux, et (ju’elle se forme l)ar la combustion de ces mêmes pyrites, déjà remplies du feu fixe quelles ont tiré des coips organisés. Le sel ammoniac se formera et se

Voyez dans cc volume l’arücle du Cliarljon de tene.

ÜES MlNÉlîAlJX.

snbliiüora de risènie par le feu du volcan; les matières végétales ou animales contenues dans la terre limoneuse, et particulièrement dans les terreaux, les charbons de (erre, les bois fossiles et les tourbes, fourniront cette cendre qui sert de fondant pour la vilrilication des laves; les matières calcaires, d’abord calcinées et réduites en poussière de chaux, sortiront en tourbillons encore plus épais, et parailront comme des nuages massifs en se réi)andant an loin ; enfin, la terre limoneuse se fondra, les argiles se cuiront, les grès se coaguleront, le fer et les autres métaux couleront, les granits se liquétîeront; et des unes on des autres de ces matières, ou du mélange de toutes, résultera la composition dos laves, (jui dès lors doivent être aussi différentes entre elles que le sont les malièi'es dont elles sont composées.

Et non-seulement ces laves contiendront les matières liquéfiées, fondues , agglutinées et calcinées par le feu , mais aussi les fragments de toutes les autres matières qu’elles auront saisies et l'amassées, en coulant sur la terre, et qui ne seront que peu ou point altérées par le feu ; enlin elles renfermeront encore dans leurs interstices et cavités les nouvelles substances que rintiltraliou et la stillation de l’eau aura |)roduites avec le temps en les décomposant, comme elle décompose toutes les antres matières.

La cristallisation, qu’on croyait être le caractère le plus sûr delà formation d'une substance par l'inlermède de l’eau, n’est plus qu’un indice é(juivo<iue depuis qu’on sait qu’elle s’opère par le moyen du feu comme par celui de l’eau. Toute matière liquéfiée par la fusion donnera, comme les autres liquides, des cristallisations; il ne leur faut pour cela ([ue du temps, de l’espace et du repos : les matières volcaniciues pourront donc contenir des cristaux, les uns formés par l’action du feu , et les autres par l'infiltration des eaux; les premiers dans le temps que ces matières étaient encore en fusion, et les seconds longtemps après qu’elles ont été refroidies. Le feld si)alh est un exemple de la cristallisation par le feu l)rimilif, puisqu’on le trouve cristallisé dans les granits qui sont de première formation. Le fer se trouve souvent cristallisé dans les mines pi'imordiales, qui ne sont que des rochers de pierres ferrugineuses atlirablesà l'aimant, et qui ont été formées comme les antres grandes masses ^ itreuses par le feu primitif : ce même fer se cristallise sous nos yeux par un feu lent et tranquille. I! en est de même des antres métaux et de tous les régules métalliques. Les matières volcaniques pourront donc renfermer ou présenter an dehors toutes ces substances cristallisées par le feu : ainsi je ne vois rien dans la nature, de tout ce qui a été foi'iné par le feu ou par l'eau, f[ui ne puisse se trouver dans le produit des volcans ; et je vois en même tenq)S que leurs feux ayant combiné beaucoup plus de substances que le feu primitif, ils ont donné naissance au soufre et à quelques autres minéraux qui n’existent qu’en vertu de cette seconde action du feu. Les volcans ont formé des verres de toutes couleurs, dont quelques-uns sont d'un beau bleu céleste, et ressembleut à

IliSTOllti:

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une scorie i'errugineuse *, d’autres verres aussi fusibles que le feld-spalli; des basalles ressemblant aux porphyres; des lax'es vitreuses presque aussi dures que l’agale, et auxquelles ou a donné, quoique très iinpropreinent, le nom A'iujate noire d'Islande; d’auli'cs laves qui renferment des grenats blancs, des scliorls et des ebrysolithes, etc. On trouve donc un grand nombre de substances anciennes et nouvelles, pures ou dénatni-ées dans les basaltes, dans les laves, et même dans la pouzzolane et dans les cendres des volcans : « Le Berko près de Vicence, dit

<1 1\I. Ferber, est une colline entièrement formée de cendres de volcan « d'un brun noirâtre, dans lesquelles se troine une très-grande quau- « tité de cailloux de calcédoine on 0|)ale; les uns formant des dniscs <1 dont les paiois peuvent a^'oir l’épaisseur d’un brin de paille; les au- « très ayant la ligure de petits cailloux ellipti(|ues creux intéiâcure- « ment, el quelquefois remplis d’eau : la grandeur de ces derniers vai-ic « depuis le diamètre d’un petit pois jusqu’à un demi-ponce... Ces cail- « loux ressemblciil assez aux calcédoines et aux opales. Les boules de .1 calcédoine et de zéolitbe de Féroé et d’Islande se trouvent nichées Il dans une terre d'un brun noirâtre, de la même manière que les cail- « loux dont il est ici question **. »

Jlais, (juoiqu’on trouve dans les produits ou dans les éjections des volcans presque toutes les matières brutes ou minérales du globe, il ne faut pas s’imaginer cpie le feu \ olcanique les ait toutes produites, â beaucoup près, et je crois qu’il est toujours possible de distinguer, soit par un examen exact, soit par le ra])porl des circonstances, une matière produite par le feu secondaire des volcans, de toutes les auti'es (jui ont été précédemment formées par l’action du feu primitif ou par l’intermède de l’eau. De la même manière (juc nous pouvons imiter dans nos fourneaux toutes les pierres précieuses ***, (jue nous faisons des verres de toutes couleurs, et même aussi blancs que le cristal de roche ****, et presque aussi brillants ([ue le diamant *****, (pie dans ces mêmes fourneaux nous voyous se former des crislallisations sur les malières fondues

* Je vis à Venise, clit'2 M Jlorosini, l’uyntc noire d’Islande (Cionstedt, niiiicial. parag. 20K) et un verre bleu céleste (pii rcsscniblail si fort à une c.spi'ce de .scorie de fer bleu, que je ne pouvais me persuader (pie ce fût autre cliosc; mais ditférents connaisseurs dignes de foi m’assnrèrciit unaiiinicmcnt qu'on Iroiivail en abondance de ces verri'S lileiis et noirs parmi les malii'rcs volraniipics du Véronais, du Vicentin et d’A/.ulano , dans l’état vénitien. Lettres de M . Ferber, page 5Ô et 5t. — .Wo. .le dois übscr( er que ces verres bleus, auxquels JI. Ferber et M. le baron de Oietrieb .seinblenl donner nue attention particulière, ne l.i méritent ])as, car rien n’est si coininun iine des verres bleus dans les laitiers de nos fourneaux où l’on fond les mines de fer; ainsi ces niêincs verres se doivent trouver dans les produits des volcans.

*• Lettres de M. Ferber sur la minéralogie, pagi's ii et 2a.

Xbiycz l’ouvrage do Jl. Fontauieu . de l’Académie des Sciences, sur la manière d’imiter tontes les pierres précieuses.

Le verre ou cristal de licliérnc, le flintglass, etc.

Les verres brillants, connus vulgairement squs le nom de sirass.

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lorsqu’elles sont en i-epos, et que le feu est longtemps soutenu; nous ne pouvons douter que la nalurc n’opère les mêmes effets avec bien plus de puissance dans ces foyers immenses, allumés depuis nombre de siècles, entreleiuis sans inici ruption et fournis suivant les circonstances de toutes les matières dont nous nous servons pour nos compositions, n faut donc, en examinant les matiéi'cs volcaniques, ([uc le naturaliste fasse comme le lapidaire, qui rejette au premier coup d’œil et se[)are les .strass et autres verres de composition des vrais diamanis et des piei’res précieuses; mais le naturaliste a ici deuv grands désavanluges : le premier est d’ignorer ce (|ue peut faire cl |)roduire un feu dont la véhémence et la continuité ne peuvent être comparées avec celles de nos feux; le second est l’embarras où il se trouve pour distinguer dans ces mêmes matières volcaniques celles qui , étant vraies substances de nature, ont néanmoins été plus ou moins altérées, déformées ou fondues par raction du feu , sans cependant être entièrement transformées en s erres ou en matières nouvelles. Cependant au moyen d’une inspection attentive , d’une comparaison exacte et de quelques expériences faciles sur la nature de chacune de ces matières, on j)cut espérer de les reconnaitre assez pour les rapporter aux substances naturelles, ou poui’ les en sé-iiarer et les joindre aux compositions artificielles produites par le feu de nos fourneaux.

<^)uclqucs observateurs, émerveillés des prodigieux effets [u-oduils par ces feux souterrains, ayant sous leurs yeux les gouffres et les montagnes formés par leurs éruptions, trouvant dans les matières pi'ojetées des substances de toute espèce, ont trop accordé de puissance et d’elfet aux volcans; ne voyant dans les terrains volcanisés que confusion et bouleversement, ils ont transporté cette idée sur le globe entier, et ont imaginé que toutes les montagnes s’étaient élevées pai' la violente action et la force de ces feux intérieurs dont ils ont voulu remplir la terre jusqu’au centre. On a même attribué à un feu central réellement existant lu température ou chaleur actuelle de l’intérieur du globe. .Je crois avoir suffisamment démontré la faus.seté de ces idées. Quels seraient les aliments d’une telle masse de feu? i)Ourrait-il subsister, exister sans air? et sa force expansive n'aurait-ellc pas fait éclater le globe en mille pièces? et ce feu une fois échappé après cette explosion pourrait-il redescendre et se trouver encore au centre de la terre? Son existence n’est donc qu’une supposition qui ne porte que sur des impossibilités, et dont, en l’admettant, il ne résulterait que dos effets coniraiies aux phénomènes connus et constatés. Les volcans ont à la vérité rompu, bouleversé les premières couches de la terre en plusieurs endroits; ils en ont couvert et brûlé la surface, par leurs (qections enflammées : mais ces terrains vulcanisés, tant anciens que nouveaux, no sont pour ainsi dire ([uc des points sur la surface du globe; et en comptant avec moi dans le passé cent fois plus de volcans (ju’iln’y en a (racluellement agissants, ce n est encore rien en comparaison de rétenduc de la terre solide et dos mers.

nii'FON, lom. III.

502 HISTOIRE NATURELLE

Tâchons donc de n’altcibuer à ces feux souterrains que ce qui leur appartient j ne regardons les volcans que comme des instruments, ou si Ton veut comme des causes secondaires, et conservons au feu primitif et à Teau, comme causes premières, le grand etablissement et la disposition primordiale de la masse entière de la terre.

Pour achever de se faire des idées fixes et nettes sur ces grands objets, il faut se rappeler ce que nous avons dit au sujet des montagnes primitives, et les distinguer en plusieurs ordres : les plus anciennes dont les noyaux et les sommets sont do quartz et de jaspe, ainsi que celles des granits et porpbires qui sont presque contemporaines, ont loules été formées par les boursouflures du globe dans le temps de sa consolidation J les secondes dans Tordre de formation sont les montagnes de schiste ou d’argile qui enveloppent souvent les noyaux des montagnes de quartz ou de granits, et qui n’ont été formées que par les premiers dépôts des eaux après la conversion des sables vitreux en argile; les troisièmes sont les montagnes calcaires, qui généralement surmontent les schistes ou les argiles, et quelquefois les quartz et les granits, et dont l’établissement est, comme Ton voit, encore postérieur à celui des monlagncs argileuses *. Ainsi les petites ou grandes éminences formées par le soulèvement ou l’effort des feux souterrains, et les collines produites par les éjections des volcans, ne doivent être considérées que comme des tas de décombres, provenant de ces premières matières projetées et accumulées confusément.

On se tromperait donc beaucoup si Ton voulait attribuer aux volcans les plus grands bouleversements qui sont arrivés sur le globe : Teau a plus influe que le feu sur les changements qu’il a subis depuis l’établissement des montagnes primitives; c’est Teau qui a rabaissé, diminué ces premières éminences, ou qui les a enveloppées et couvertes de nouvelles matières; c’est Teau qui a miné, percé les voûtes des cavités souterraines qu’elle a fait écrouler, et ce n’est qu’à l’affaissement de ces cavernes (ju’on doit attribuer l’abaissement des mers et l’inclinaison des couches

' U Remarquez encore que dans mon voyage deTltalic, par le Tyrol,j’ai d’aliord traversé O des montagnes calcaires, ensuite des scliistenscs, et enfin de granit; que ces dernières étaient U les plus élevées; (pic je suis redescendu de la partie la plus élevée de la province par des montagnes schisteuses et ensuite calcaires : souvenez-vous de plus ipi’on observe la meme « chose en montant les autres chaînes de montagnes considérables de l’Europe, comme cela

* est incontestahlo dans les montagnes Carpathiques, celles de la Saxe, du Hartz, de la Silésie, a de la Suisse, des Pyrénées, de l’Écossc et de la Laponie, etc.; il paraît qu'un peut en tirer la « juste conséquence, ipio le granit l'orme les montagnes les plus élevées olcn même temps les

• jilus profondes et les plus anciennes que Ton connaisse en Europe, puisque toutes les autres . montagnes sont appuyées et reposent sur le granit; que le schiste argileux, qu’il soit pur ou « mêlé de quartz et de mira, c'c.st-à-dire (pie ce soit du schiste corné ou du grès, a été posé sur « le granit on à côté de lui, et (pie les montagnes calcaires ou autres couches de pierre ou de O terre amenées par les eaux ontcncore été placées [lar-dcssus le schiste.» Lettres sur la Minéralogie, par 11. Ferhcr, etc., pages 4!lü et 4!)(i.

de la terre, telle qu’on la voit dans plusieurs montagnes, qui sans avoir éprouve les violentes secousses du feu, sanss’ètre entr’ou vertes pour lui livrer passage, se sont néanmoins affaissées, rompues, et ont penché en tout ou en partie, par une cause plus simple et bien plus générale, c’esl-à-dire par raffaissement des cavernes dont les voûtes leur servaient de hase ; car, lorsque ces voûtes se sont enfoncées, les terres supérieures ont été forcées de s’alTaisser, et c’est alors que leur continuité s est rompue, que leurs couches horizontales se sont inclinées, etc. C est donc à la rupture et à la chute des cavernes ou boursouflures du globe, qu’il faut rapporter tous les grands changements qui se sont faits dans la succession des temps. Les volcans n’ont produit qu’en petit quelques effets semblables *, et seulement dans les portions de terre où se sont trouv ées ramassées les pyrites et autres matières inflammables et combustibles qui peuvent servir d’aliment à leur feu ; matières qui u ont été produites que longtemps après les premières, puisque toutes proviennent des substances organisées.

Nous avons déjà dit que les minéralogistes semblent avoir oublié, dans leur énumération des matières minérales, tout ce qui a rapport à la terre végétale ; ils ne font pas même mention de sa conversion en terre limoneuse ni d’aucune de scs productions minérales ; cependant cette terre est à nos pieds, sous nos yeu.\, et ses anciennes couches sont enfouies dans le sein de la terre, à toutes les profondeurs où se trouvent aujourd’hui les foyers des volcans, avec toutes les autres malièies qui entretiennent leur feu, c’est-à-dire les amas de pyrites, les veines de charbon de terre, les dépôts de bitume et de toutes les substances combustibles, Quelques-uns de ces observateurs ont bien remarqué que la plupart des volcans semblaient avoir leur foyer dans les schistes , et

* « La vue des crevasses obliques remplies d’une lave couleur de rouille, et qui sont dans « le schiste de Rcconro, fournit une des preuves les plus convaincantes que le foyer des vol- « cans existe à la plus grande profondeur dans le schiste et mdmc au-dessous : les fissures qu on • voit ici dans le schiste doivent encore leur origine au dessèchement des parties prcccdein- « ment imprégnées d’eau, aux violentes commotions et tremblements de terre, enfin auxeflorts « prodigieux que fait de bas en haut la matière enflammée d’un volcan; de là les couches cal- . caircs, dont la position primitive était horizontale, sont devenues obliques , telles que sont . les couches calcaires supérieures de la Scaglia, a.losséos aux côtes des monts Ënganéens : de .. là les fissures des roches calcaires ont été remplies de laves, qui ont meme pénétre entre O leurs dilTércntcs couches et les ont séparées, comme il se voit dans la vallée de Polisclla,dans « le Véronais et en beaucoup d’autres endroits.

« Les flots et les inondations ont déposé des couches accidentelles (slrala teriiar») qui ont

« couvert tout le désordre causé par les volcans; de nouvelles éruptions sont survenues, et il

« est facile d’entrevoir que, dans peut-être plusieurs milliers d’années, ces évéïicmculs peuvent « s’étre réitérés un grand nombre de fois : cette succession de révolutions dues alternative- « ment au feu et à l’eau, doit avoir occasionné une grande confusion et un mélangé surpre- « liant des produits de ces deux éléments. » Lettres sur la Minéralogie, par M. Ferbcr, etc., pagt's 63 et 66.

Lettres sur la Minéralogie, par M. Ferbcr, pages 70 et suiv .

lllSTUlUE NATURELLE

que leur l'eu s’élail ouvert une issue, iion-seuleiuent dans les eouclies de CCS scliisles, niais encore dans les bancs et les rochers calcaires t[ui d’ordinaire les siirinontent ; mais ils n’ont pas pensé que ces scliistes et ces pierres calcaires avaient pour base commune des voûtes de cavernes dont la cavité était en tout ou en partie remplie de terre végétale, de pyrites, de bitume, de charbon et de toutes les substances nécessaires à l’entretien du feu ; que par conséquent, ces foyers de volcan ne peuvent pas être à de plus grandes |)rofondcurs (jue celle où les eaux de la mer ont enirainé et déposé les matières végétales des premiers âges, et que jjar la même conséquence les schistes et jiierres calcaires qui surmontent le foyer du volcan n’ont d’autre rapjiort avec son feu que de lui servir de cheminée; que de même la plupart des substances, telles que les soufres, les bitumes et nombre d’autres minéraux sublimés ou projetés par le feu du volcan, ne doivent leur origine (|u’aux matières végétales et aux pyrites qui lui servent d’aliment; qu’entin la terre végétale étant la vraie matrice de la plupart des minéraux ligurés qui se trouvent à la surface et dans les premières couches du globe, elle est aussi la base de presque tous les produits immédiats de ce feu des volcans.

Suivons ces produits en détail d’après le rapport de nos meilleurs observateurs, et donnons des exemples de leur mélange avec les matières anciennes. On voit au Monte Ronca et en [ilusieurs autres endroits du Vicentin, des couches entières d’un mélange de laves et de marbre, ou de pierres calcaires réunies en une sorte de brèche, à laquelle on peut donner le nom de brèche volcanique. On trouve un autre marbre-lave dans une grande fente perpendiculaire d’un rocher calcaire, laquelle descend jusqu’à VJstico, torrent impétueux; et ce marbre, qui ressemble à la brèche africame, est composé de lave noire et de morceaux de marbre blanc dont le grain est très-tin, et qui prend parfaitement le poli. Cette lave en brocatelle ou en brèche n'est point rare : on en trouve de semblables dans la vallée d’Eriofredo, au-dessus de Tonne.m *, et dans nombre d’autres endroits des terrains volcanisés de cette contrée. Ces marbreslaves varient tant par les couleurs de la lave que par les matières calcaires qui sont entrées dans leur composition.

Les laves du pays de Tresto sont noires et remplies , comme presque toutes les laves , de cristallisations blanches à beaucoup de facettes de la nature du schorl, auxipielles on pourrait donner le nom de grenats blancs : ces pciits cristaux de grenats ou schorls blancs ne peuvent avoir été saisis que par la la\ e en fusion, et n’ont pas été produits dans celte lave même par cristallisation, comme semble l’insinuer M. Ferber, en disant « qu’ils sont d’une nature et d’une figure qui ne s’est vue jusqu’ici U dans aucun terrain de notre glol)e, sinon dans la lave, et que leur « nombre y est prodigieux, On trouve, ajoute-t-il, au milieu de la lave,

Lctlres île M. KerLci', jiayo ()7.

DES MINEHAEX.

Il (lirrOrenlcs espèces de cailloux (lui foui, feu avec l'aeiet’, (elles que des IC pierres à fusil, dos jaspes, des agates rouges , noires, blanclies, verte dâtres cl de plusieurs autres couleurs; des hyacinthes, des chrysoliic thés, des cailloux de la nature des calcédoines, et des opales qui Il contiennent de l’eau *. » Ces derniers faits confirment ce que nous venons de dire au sujet des cristaux de schorl qui , comme les pierres précédentes, ont été cnvelop])és dans la lave.

Toutes les laves sont plus ou moins mêlées de particules de fer ; mais il est rare d’y voir d’autres métaux, et aucun métal ne s'y trouve en filons réguliers et qui aient de la suite : cependant le plomb et le mercure en cinabre, le cuivre et même l’argent, se rencontrent (juclquefois en petite quantité dans certaines laves; il y en aussi qui renferment des pyrites, de la manganèse, de la blende et de longues et brillantes aiguilles d’antimoine **.

Les matières fondues par le feu des volcans ont donc cnvelo|)pé des substances solides et des minéraux de toutes sortes; les jjoudi'es calcinées qui s'élèvent de ces gouffres embrasés se durcissent avec le tcnqis et se convertissent en une espece de tuffeau assez solide jtour servir à bâtir. Près du Vésuve, ces cendres terreuses rejetées se sont (('llement unies et endurcies par le laps de temps ; qu'elles lorment aujourd’hui une pierre ferme et compacte dont ces collines volcani(|ues .sont entièrement composées ***.

* Lettres de M. Ferber, pages 70, 75 et 80. — Ün aehete souvent à X'aples des verres artificiels, au lieu de pierres précieuses du Vésuve, qui sont des variétés de scliorl de diverses couleurs, qui sorlcnt de ce volcan. Idem, ibidem, p.agc I4().

*' Lettres sur la .Minéralogie, par M. Ferber, pages 8ii et 80.

» Puinpéia llcrculanum étaient bâties de ce tuf et île laves ; ces villes ont été eouvcrles de « cendres qui se sont converties en tuf ; sous les jardins de Portiei on a découvert trois dilTei> rents lits de laves les uns sur les autre.s, et on ignore le nombre des courbes voleaniipies « qu’on trouverait encore aii-do.ssous ; c’est de ce tuf qu’on se sert encore aujourd’bui pour la « construction des maisons de Naples ... Les catacombes ont été creusées par les anciens dans « ce même tuf.... On trouve de temps eu temps dans ce tuf et dans les cendres, des cristaux a de seborl blanc en forme de grenats arrondis à beaucoup de facettes; ils sont à demi-trans- « parents et vitrcu.x, ou bien ils sont changés eu une farine argileuse... Il y a mémo de ces « cristaux dans les pierres ponces rouges que renferme la cendre qui a enseveli Pompéia... La Il mer détache une quantité de pierres ponces des collines de tul contre lesquelles elle se brise ; a tout le rivage depuis Naples Jusqu’à Pouizole en est couvert ; les flots y déposent aussi un Il sable brillant ferrugineux, attirabic à l’aimant, que les eaux ont arraché et lavé hors des Il cendres contenues dans les collines de Inf... Dilférenlcs collines des environs do Naples len- « ferment encore des cendres non endurcies et Iriables de diverses couleurs, quon nomme U pimzzolane. » M. le baron de Dietrieb remai'ipie avec raison que la vraie pouzzolane n est pas précisément de la cendre endurcie et friable, comme le dit W. Fcrbci, mais plutôt de la pierre ponce réduite en très-petits fragments ; et je puis observer que la bonne pouzzobine, c’est-à-dire celle qui, mêlée avec la chaux, fait les mortiers les plus durables et les plus impénétrables à l’eau, n’est ni la cendre fine on grossière pure, ni les graviers de ponces blanclies, et qu’il n’y a que la pouzzolane mélangée de beaneoup de parties ferrugineuses qui soit supé-

HISTOIRE NATURELLE

On trouve aussi dans les laves différentes cristallisations qui peuvent provenir de leur propre substance, et s’être formées pendant la condensation et le refroidissement qui a suivi la fusion des laves : alors, comme le pense M. Ferber * , les molécules de matières homogènes se sont séparées du reste du mélange et se sont léunics eu petites masses, et quand il s’en est trouvé une jjlus grande quantité , il en a résulté des cristaux plus grands. Ce naturaliste dit avec raison, qu’en général les minéraux sont disposés à adopter des figures déterminées dans la fluidité de fusion par le feu, comme dans la fluidité humide; et nous ne dev ons pas être étonnés qu’il se forme des cristaux dans les laves, tandis (lu’il ne s’en voit aucun dans nos verres factices; caria lave coulant lentement et formant de grandes masses très-épaisses, conserve à l’intérieur

rieure aux mortiers ordinaires : c’est comme nous le dirons (à l’article dos Ciments de nature), le ciment ferrugineux qui donne la dureté à presque toutes les terres, et même à plusieurs pierres; au reste la meilleure pouzzolane, qui vient des environs dePouzzole, est grise; celle des provinces de l'Êlat ecclésiastique est jaune, et il y en a do noife sur le Vésuve. M. le baron de biclrich ajoute que la meilleure pouzzolane des environs de Home se tire d’une colline qui est à la droite de la Via Appia, hors do la porte do Saint-Sébastien, et que les grains de cette pouzzolane sont rougeâtres. Lettres de M. Ferber, page 181.

* U 11 y a de ces cristraux, dit M. Ferber, depuis la grandeur d’une tète d’épingle jusqu’à » un pouce de diamètre; ils se trouvent dans la plupart des laves des volcans anciens et « modernes ; ils sont serrés les uns contre les autres ; on peut en frappant sur les laves les en » détacher, et lorsqu’ils sont tondiés, il re.ste dans la lave une cavité qui conserve l’empreinte « des cristaux, et qui est aussi régulière que les cristaux mêmes ; il y a communément au « centre un petit grain de scborl noir... 11 se trouve aussi dans quelques laves du Vésuve de « petites colonnes dcschorl blanc transparent, avec ou sans pyramides à leur Sommet; et aussi « des rayons de schorl noir, minces et eu aiguilles, ou plus épais et plus gros, arrondis en 1» hexagones...

« On trouve dans ces mêmes laves du mica de schorl feuilleté noir, en feuilles plus ou « moins grandes, quelquefois hexagones très-brillantes ; il parait que ce ne sont que de petites « particules qui ont été détachées par la grande chaleur du schorl noir en colonnes; peut-être U ce schorl était-il feuilleté dans son origine.

a On y trouve du schorl noir disséminé par petits points dahs les laves.

B Des cristaux de schorl noir fort brillants, hexagones, oblongs, si petits qu’on ne peut déa couvrir leur figure qu’au moyen de la loupe; la pluie les laVe hors des collines de cendres : » ils sont attirablcs par l’aimant, .soit qu’ils aient cu.\-Luèmcs cette propriété, Soit qu’ils la » doivent au sable ferrugineux avec lequel ils sont moles.

» Du schorl vert foncé et noirâtre ou clair, couleur de clirysolithe et d’émeraude; il est « renfermé dans une lave noire compacte ; il y en a de la grandeur d’un poücé ; il a la dUreté « d’uii vrai schorl, ou tout au plus celle d’un cristal ilc quartz coloré, avec la ligure duquel « il a du rapport; néanmoins les Napolitains le qualifient de pierre précieuse, ainsi que l’espèce B sui\ aille.

B Du schorl hexagone jaunâtre, couleur de hyacinthe ou de topaze...

a Qu’on examine avec la loupe la lave noire la plus ferme et la plus compacte, on n’y dé- B couvrira que de petits points ou cristaux de schorl blanc ; ce qui prouve qu’ils sont uiie B partie intégrante, et même essentielle de la lave, aLelIrcs sur laMinéralogie,par M. Ferber, page 200 jusqu’à 250.

son état de fusion assez lonslf^mps pour que la crislallisation so])cre. Il ne faut dans le verre, dans le fer et dans toute autre matière londue, que du repos et du temps pour quelle se cristallise; et je suis persuadé qu’en tenant longtemps on fonte celle de nos verres factices, il pourrait s’y former des cristaux fort semblables à ceux qui peuvent se trouver dans les laves des volcans

* J’avais deviné juste, iniisquc je viens de voir dans le Journal de M. l'abbé Itozier, du mois de septembre 177!), que M. James Keir a observé cette cristallisation dans du verre qui s’était solidifié très-lentement ; « La iorme, dit-il, la régularité et la grandeur des cristaux « ont varié selon les circonstances... Les écbaiilillons n" 1 ont été pris au fond d’un grand pot,

» qui avait resté dans un fourneau de verrerie, pendant qu’on laissait éteindre lentement le « feu; la masse de la matière cbaulTée était si grande, que la cbaleur dura longtemps sans « ajouter du chauffage, et que la concrétion du verre fut très-longue. Je trouvai la partie . supérieure du verre changée en une matière blanche, opaque, ou plutôt demi-opaque, dont « la couleur et le tissu ressemblaient à une espèce de verre de Moscovie ; sous cette croiile,

U qui avait un pouce d'épaisseur ou davantage, le verre était transparent, quobiue fort « obscurci, et devenu d'un gros bleu, d’un vert foncé qu'il était : on trouvait sur cc verre a plusieurs cristaux blancs opaques, qui avaient généralement la forme d’un solide vu de 0 côté Leur surface se termine par des lignes plutôt elliptiques que circulaires, disposées . de manière qu’une section transversale du cristal est un hexagone... On voit au milieu de „ chaque base du cr istal une cavité conique. . La grandeur des cristaux contigus ou voisins „ les uns des autres ne différait pas beaucoup, quoique celle do ceux qui se trouvaient .0 d.lléa rentes profondeurs du meme pot le fît considérablement : leur plus grand diamètre était « d’environ un vingtième de pouce... Ils ne sont pas tous exactement configurés; mais la plu- „ part ont une régularité si frappante, qu’on no peut douter que la cristallisation ne soit

« parfaite. , ,

. Le verre marqué n° 2 offre une autre espèce de cristallisation ; je l’ai pris au fond d un

« pot qui avait été tiré du fourneau pendant que le verre était rouge. 11 y a deux sortes de cristaux : les uns sont des colonnes hautes d’environ un huitième de pouce, larges d’un cin- « quième de leur hauteur, et irrégulièrement cannelées ou sillonnées de rainures; les autres...

« ont leurs bases presque du même diamètre que les précédents; mais leur hauteur est beau- « coup moindre, et ne fait qu’environ un sixième do leur largeur. Leurs bases se terminent « par des lignes qui paraissent déchirées et irrégulières; mais plusieurs tendent à une forme . hexagone dont la régularité peut avoir été troublée par le mouvement du verre fondu, qui,

« eu tirant le pot du fourneau, aura forcé et plié ces cristaux très-minces pendant qu’ils « étaient chauds et flexibles.

« Les échantillons n* 5 sortent d’un pot de verrerie sur le côté duquel avait coulé un peu de « verre fondu, qui y adhéra assez longtemps pour former différentes sortes de cristaux : l’m- « lérieurde ces échantillons est aussi couvert d’un verre différemment cristallisé. Quelques « cristaux scnihlcut des dcmi-colonnes... d’autres paraissent composés de plusieurs demi-co- » lonncs réunies sur uil même plan, autour du centre commun, comme les rayons d’une roue. U Plusieurs de ens rayons semblent s’étrécir eu tqiprocliant du centre de la roue , et resscni- « hlent par conséquent plus à des segments de morceaux de cônes coupés suivant leur axe , « qu’à des cylindres...

I. L’échantillon de verre n" i avait coulé par la fente d’un pot, cl adhéra assez ong emps aux » barres de la grille du fourneau pour cristalliser. Quelques cristaux paraissent oblongs comme « des aiguilles, d’autres globulaires ou d’une ligure approchante : plusieurs de ceux qui sont , en aiguilles se joignent à un centre eomiiiiin ; et quoique le trop prompt refroidissement du

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Les laves, coniiiie les aulres malières \i!i’eiises ou calvaires, doivent avoir leurs slalacliles pi'opia'S et produili^s par rinloriuède de l’eau : il il ne faut pas confondre ces slalacliles avec les cristaux que le feu peut avoir foriucs il on est de même de la lave noire scori forme qui se

<1 verre les ait prohalilcment empêcliés cio s’unir en assez granJ nombre pour former des « cristaux globulaires complets, ils montrent assez comment ceux cjui le sont ont pu le devenir.

U Toutes les crislalli.sniimts ciuc je viens de décrire ont été observées sur un verre à vitre « d’un verre noir (|ui se roule à Stourbridgo. 11 est compo.sé de sable, de teire ealciiirc et de « cendres de végétaux lessivées.

» Il y a encore souvent des cristallisations dans le verre des bouteilles ordinaires , dont les U matériaux sont |ues(iuo les mêmes que ceux dont je viens de parler, sauf des scories de fer « qu’on y ajoute quelquefois. .le mets ici réchanlillou n“ ÿ ; les cristaux n’y .sont pas enfouis U dans un verre transparent non cristallisé , mais saillant ii la sur face de lu masse qui en est s tout opaijuc et crislallisrte. Ils semblent une lame J’éprm à derux faces, tronqurte par la pointe.

O .le n’ai pas vu de cristaux si parfaits (|ue dans ces deux sortes de verre ; c’est rpt’étant plus a fluides et moins tenaces riue tout autre quand ou les fond, bîs particules qui constituent les Il cristaux .se joignent [ilus aisémerrt, cl s’a|ipliquent les unes aux autres avec moins de résisu tairce de la part du milieu...

Il La cristallisation cliaugn considérablement quelques pr’opriétés du verre; elle détruit sa Il transparence et lui donne une blanebcur opaque ou demi-opaque ; elle augmente sa densité; Il car celle d’un morceau de verre cristallisé était à celle de l’eau comme 2670 à I0(K) ; au lieu Il que la densité d’un raorrreau non cristallisé, pris à côté du premier, conséquemment fait des « mêmes maléi-ianx et exposé à la même cbaleur et aux aulres cii'constauces, était à celle de U l’eau comme 2662 à 1000 : la cristallisation iliminue encoi’e la fr.agilité du verre, car celui qui « est cristallisé ne sc fêle pas silêl en passant du cbaud au froid.

» La cristallisation est toujours accompagnée ou préciidéc de l’évajroratiou des parties les « plus légères et les plus fluides ilu verre ; un morceau transparent, exposé jusi|u’ir ce qu’il fijt « cnlièrcmcnl cristallisé, perdit nu cinquante-huitième de son |)oids , et d’autres expériences Il me donnent à croire que le verre trop chargé de flux salins se cristallise |)lus diflicilemcnt Il que les aulres verres [dus durs jusqu’à co qu’il en ait perdu le superflu par l’ér aporalion... Il La description de mes cristaux vitreux montre des cristallisations fort variées dans la même Il espèce de matière soumise à différentes circonstances; elles varient même souvent dans le Il même morceau do verre, comme je l’ai lait voir, quoique les circonstances n’aient pas changé.» .lournal de Physique, .septembre 177!), page 167 et suiv.

*11 Dans l’intérieur de quelques morceaux de lave qu’on avait rompue , il y avait des petites « cavités de la grandeur d’une noix, dont les parois étaient revêtues de cristaux blancs, demi- II transparents, en rayons allongés , pyramidaux, pointus ou plats ; quelques-uns avaient une Il légère teinte d’améthyste ; c’est justement de la même manière que les boules d’agalc et les O géodes sont garnies intérieurement de cristaux de quartz : il était impossible ilc découvrir sur Il toute la circonférence intérieure la plus petite fente dans la lave.

Il Ces cristaux étaient de la nature du sehori, mais très-durs; je leur donnerais aussi volon- 0 tiers le nom de quarti; il y avait un peu de terre brune, flne et légère comme de la cendre, <1 qui leur était attenante.

Il J’ai conservé un de ces morceaux, parce (|u’il me parait une preuve très-convaincante de Il la possibilité de la cristallisation produite par le feu, et je pense que c’est pendant le refroii. dissement que so forme le grand nombre de cristaux de schorl blanc en forme de grenats. Il qu’on voit en si grand nombre dans les laves d’Italie. » I.etlres sur la Minéralogie , par M. Ferber. pages 286 et 287.

Irotivo dans la lioiulip du Vésuve en i;i-appes Lranchucs coiunie des coraux, et cpie M. Ferbcr dit être une stalactite de lave, jniisqu’il convient lui-inèine rjue ces prétendues stalactites sont des portions de la inèine matière qui ont souffert un feu plus violent ou i)lus long que le reste de la lave *. Et quant au.\ véritables stalactites produites dans les laves par rintiltration de l’eau, le même M. Ferber nous en fournit des exemples dans ces cristallisations en aiguilles qu’il a vues attachées à la surface intérieure des cavités de la lave, et cjui s’y forment comme les cristaux de roche dans les cailloux creux. La grande dureté de ces cristallisations concourt encore à prouver ((u’elles ont été produites par l’eau ; car les cristaux du genre vitreux, tels que le cristal de roche, qui sont formés par la voie des éléments humides, sont plus durs que ceux qui sont produits par le feu.

Dans rénumération détaillée et très-nombreuse {[ue cet habile minéralogiste fait de toutes les laves du Vésuve, il observe que les micas (|ui se trouvent dans quelques laves pourraient bien n’étre que les exfoliations des schorls, contenus dans ces laves, dette idée semble être d’autant plusjuste, que c’est de cette manière et par exfoliation que se forment tous les micas des verres artiliciels et naturels, et les i)remiers micas ne sont, comme nous l’avons dit, ([ue les exfoliations en lames minces qui se sont séparées de la surface des verres primitifs. Il peut donc exister des micas volcaniques comme des micas de nature, parce qu’en effet le feu des volcans a fait des verres comme le feu i)rimitif. Dès lors on doit trouver parmi les laves des masses mêlées de mica : aussi jM. Ferber fait mention d’une lave grise compacte avec quantité de lames de mica et de schorl en ])etits points dis|)ersés, qui i-essemble si tort a quelques espèces de granits gris à petits grains, (pda la vue il serait trèsfacile de les confondre.

Le soufre se sublime en flocons et s’attache en grande quantité aux cavités et aux faites de la bouche des volcans. La plus grande partie du soufre du Vésuve est en foi-me irrégulière et en petits grains. On voit aussi de l’arsenic mêlé de soufre dans les ouvertures intérieures de ce volcan, mais l’arsenic se disperse irrégulièrement sur la lave et en petite quantité. Il y a de même dans les crevasses et cavités de certaines laves une j)lus ou moins grande quantité de set ammoniac blanc ; ce sel se sublime quelque temps après l’écoulement de la lave, et Ion en xoit beaucoup dans le cratère de la plupart des volcans**. Dans quelques

* Letlrcs sur la Minériilogie, par JI. Ferber, page 239.

Nolti. M. le baron de Uietrich observe, avec sa sagarité ordinaire, que la foi mation du sel ainuioniiic est une preuve de plus de la communication de la mer avec le Vésuve, et que I acide marin qui le compose ne provient que du sel contenu dans les eaux do la mer qui pénétrent dans les entrailles de ce volcan. Lettres sur la Minéralogie, par JI . Ferber. ISote de la (lage 2t7 . — Nous ajouterons que la production du sel ammoniac, supposant la sublimation de l’alcali volatil, est une preuve incontestable de la pré.-îeitce des matières animales et végétales enfouies

HISTOIRE NATURELLE

morceaux de lave de l’Elna il se trouve quantité de matière cliarbonneuse végétale mêlée d’une substance saline j ce qui prouve que c’est un véritable natron, une espèce de soude formée par les feux volcaniques, et que c’est à la combustion des végétaux que cette substance saline est due*; et à l’égard du vitriol, de l’alun et des autres sels qu’on rencontre aussi dans les matières volcaniques, nous ne les regarderons pas comme des produits immédiats du feu, parce que leur production varie suivant les circonstances, et que leur formation dépend |)lus de l’eau que du feu.

Mais avant de terminer cette énumération des matières j)roduites par le feu des volcans, il faut rapporter, comme nous l’avons promis, les observations qui prouvent qu’il se forme, par les feux volcaniques, des substances assez semblables au granit cl au poi pbyre, d’oii résulte une nouvelle preuve de la formation des grands et porphyres de nature par le feu primitif : il faut seulement nous défier des noms qui font ici, comme partout ailleurs, plus d’etnbarras que les choses. M. Ferber a quelque raison de dire « qu’en général il y a très-peu de différence essen- « ticllc entre leschorl, le spath dur (feld-spath), le quartz et les grenats Il des laves i> Cela est vrai pour le schorl cl le feld-spath ; et je suis comme lui |)erauadé qu’originairement ces deux malièies n’en font (pi’une, à laquelle on pourrait encore réunir, sans sC méprendre, les cristaux volcaniques en forme de grenats ; mais le quartz diffère de tous trois par son infusibililé cl par ces autres qualités primordiales, tandis que le feld-spath, le schorl, soit en feuilles, soit en grains ou grenats, sont des verres également fusibles, cl qui peuvent aussi avoir été produits également par le feu primitif et par celui des volcans. Les exemples suivants contirmeront celte idée, que je crois bien fondée.

Les schorls noirs en petits rayons que l’on aperçoit quelquefois dans le porphyre rouge et prevStjue loujoui's dans les porphyres verts sont de la même nalure (pie le feld-spath, à la couleur près.

Une lave noire de la Toscane, dans laquelle le schorl est en grandes taches blanches et parallélipipèdes, a quehpie ressemblance avec le por- [»hyre appelé serppentiiw noire antique : le \ erre de la lave remplace ici la matière du jaspe, et le schorl celle du feld-spath.

La lave rouge des montagnes de Bcrgame contenant de petits grenats blancs ressemble au vrai porphyre rouge ***.

sons les soupiraux des volcans; et quant à la communicalinn de la mer à leurs foyers, s’il fallait un fait de plus pour le prouver, l’éruption du Vésuve de lüâl nous le fouruiiait au rapport de Bracciui; (Descriz. dell. Erutt. del Vesiivio, page 100), le volcan , dans cette éruption, vomit, avec son eau, des coquilles marines. Itemarqucs de M. l’abbé Bc.von.

* Recherches sur les volcans éteints, par M. Faujas de Saint-Fond, in-fol., page 70 et suiv.

’’’ Lettres sur la Minéralogie, page 338.

« On trouve le long de l’.\<lige, sur la chaussée de Vérone à Ncumark, grand nombre de <i pierres roulées, trlle.s : 1» ((ue du poiphyre rouge, tacheté de blanc, pareil à cehti que j’ai vu

Los î^ranits gris à pelils grains, ot. qu’on appelle grcmitelli, conliennenl moins de feld spath que les granits rouges; et ee leld-spath, au lien d’y être en gros cristaux rhoinboïdaux, n’y paraît ordinairement qu’en petites niolécides sans forme déterminée. Néanmoins on connaitune espèce de granit giàs à grandes taches blanches parallelipipèdes ; et la matière de ces taches, dit M. Ferber *, lient le milieu entre le schorl et le spath dur (feld-spath). Il y a aussi des granits gris qui renferment au lieu de mica ordinaire du mica de schorl.

« en morceaux détaches entre Bergame , Brescia et Vérone, qui forme dans le Bergamasque (. des montagnes entières, et qu’on y nomme mrrh ; je ne puis prendre cette ])ieri e que pour » une lave rouge qui ressemble au porphyre; 2“ une espèce de porphyre noir avec des taches « blanches ohlongues, semblable , à lu couleur près , au serpentine verd’autieo ; 3“ du granit <i gris granitdtn; 4» entre San-Michele et Ncumark, il y a beaucoup de morceaux détaeliés « d'un porphyre qui compose les montagnes qui sont au-delà de Ncumark , et que je vais déu crire.

« Immédiatement après Neumark, il y a à main droite des montagnes de porphyre conli- « gués, (pli occupent une étendue considérable ; elles sont formées ; b de jiorphyre noir avec « des taches blanches, transparentes, rondos, do la nature du schorl; 2» de porphyre avec des * taches de spath dur rougeâtre; 3" du porphyre rouge avec des taches hlanehes ; il y en a « d’un rouge clair, d’un rouge foncé et de couleur de foie ; le rouge est tout à fait pareil à

la [lierre qu’on nomme ja/v'ès dans le Bergamasque, avec la diftérence seulement qtie, dans . les morceaux détachés du sarrès, les taches de spath dur sont devenues opaques et couleur « de lait par l’action de l’air , tandis que dans les montagnes de [lorphyre rouge , ces taches « Sont en partie du spath dur couleur de chair, et en pai'tie une espèce de schorl vitreux,

» transparent, pareil à celui des cristaux en forme de grenats des laves du Vésuve, mais le « schorl du [lorphyre n’a point adopté de figure régulière ; même les taches transparentes » hlanehes, qui sont dans le porphyre noir du n“ 1, sont un schoi'l vitreux , et leur forme est n ou ohlonguc ou iudélcrminéc ; en général , la ressemblance de ces espèces de por|)hyre avec « les differentes laves du Vésuve, etc., est si grande, que l’ecil le plus habitué ne saurait les « distinguer, et je n’hésite plus d’avancer que les montagnes de porphyre qui sont derrière « N'eumark sont de vraies laves, sans cependant vouloir tirer de là une conclusion generale « sur la formation des porphyres ; une circonstance que j’aurais presque oubliée m’eu donne « de nouvelles preuves. Toutes ces montagnes de |ior[)liyre sont composées de colonnes t]ua- « drangulaires pour la plupart rhomboïdules, délaehées, ou encore attenantes les unes aux « autres : ce porphyre a donc la ([ualite d ado[iler celte figure eu se fendant et se lompant, » comme différentes laves ont la propriété de se cristalliser en colonnes de basalte ; cos hantes . montagnes de porphyre de différente couleur s’étendent jusqu’à Baiidrol, d’abord à main U droite seulement, ensuite des deux côtés du chemin. Ce porphyre s’est partout séparé eu « grandes ou petites colonnes quadraiigulaires, à sommet tronqué et uni; les faces qui touchent « d’autres colonnes sont lisses; leur ligure enfin est si régulière et si exacte, que personne ne « saurait la regarder comme accidentelle, il faut nécessairement convenir que ces colonnes a sont dues à une cristallisation : les angles des sommets tronqués sont pour la plupart incli- “ nés, ou le diamètre des colonnes est communément rhomboidal; mais quelques-unes ont la « figure de vrais parallélipipèdes rectangles, de la longueur d’un doigt jusqu à celle d une a aune et demie de Suède, et d’un quart d’aune et plus de diamètre. 11 y a hcauconp de ces “ grandes colonnes plantées sur la chaussée, comme la lave en colonne ou le basalte 1 est aux « enviFoiis de BulzDiio. » Lettres de M. Fcrbcr, p. 487 etsiiiv.

* Lettres sur la Winéralojçie, pages 546 et 481.

HISTOIRE NATUr.EEEE

ÎNoiis (l(!vons ohsorvor ici (jiic le granit noir rt lilanr, qui n’a qiu* peu on point de particules de feld-sj)al.li, mais de grandes taches noires ohlongues de la nature du scliori, ne serait pas un véritable granit, si le feld-spalh y manque, et si, comme le croit M. Ferber, ces taches de schoi‘1 noir l’cmplacent le mica; d’autant que les laiyons du schorl noir '1 y sont, dit-il, en telle abondance, si grands, si serrés... qu’ils parais- « sent l'aire le fond de la pierre. » Et à l’égard du granit vert de i\f . Ferber, dont le fond est blanc verdàlre avec de grandes taches noires ohlongues, et qu’il dit être de la même nature du schorl, et des prétendus porphyres à fond vert de la nature du trupp dont nous avons pai'lé d’après lui * : nous présumons qu’on doit |)lut6t les regaider comme des productions volcaniques, que comme de vrais granits ou de vrais porphyres de nature.

Les basaltes qu’on appelle anliqucs et les basaltes modernes ont également été produits par le feu des volcans, puisqu’on trouve dans les basaltes égyptiens les mêmes cristaux de schorl en grenals blancs, et le schorl noir en rayons et leuillels, (|ue dans les laves ou basaltes modernes el récents; que de |)lus. h; basalte noir, qu’on nomme mal à propos basalte oriental, est mêlé de petites écailles blanches de la nature du schorl, et que sa fracture est absolument pareille à celle de la lave du Monte rt/iano; qu’un autre basalte noir antique, dont on a des statues, est remi)li de petits cristaux en forme de gi enals, et présente quelques feuilles brillantes de schorl noir; qu’un autre basalte noir anthjue est mêlé de petites jiarties de quartz, de feld spath et de mica, et serait par conséquent un granit si ces trois substances y étaient réunies comme dans le granit de nature, et non pas nichées sé|)arément comme elles le sont dans ce basalte; qn’entin on trouve dans un autre basalte antique brun ou noirâtre des bandes ou larges raies de granit rouge à petits grains **. Ainsi le vrai basalte antique n’est jmint une pierre jiarticulière, ni dillérente des antres basaltes, et tous ont été produits, comme les laves, par le feu des volcans, hit à l’égard des bandes de gi'anit observées dans le dernier basalte, comme (illes paraissent être de vrai granit, on doit présumer qu’elles ont été enveloppées par la lave en fusion et incrustées dans sou épaisseur.

* Voyez l’arliclc du Porphyre.

** <1 Ces bandes, dit M. l'crhcr, sont unies à la pierre .sans aucune séparation, non comme « les cailloux dans les brèclics, ni comme si e’ctail d’anciennes fentes refermées par du granit, « mais exactement comme si le lia.salte et le granit avaient été mous en môme teinp.s.et s’étaient a incorporés ainsi l’un dans l’autre en s’endurcissant... Ce basalte diffère du précédent en ce a que les particules (|ui constituent le granit y .sont réunies, et que par là elles forment un » véritable granit; .au lieu que dans l’espèce précédente, ces |.urtics du granit sont di.spersées U et placées cliaeune .séparément dans le basalte.... Plusieurs savants italiens sont dans l’opi- « nion que le granit même peut aussi être formé par le feu. » Lettres sur la iMiuéralogie, page •’ïSO.

Piiis<nic lel'cii pi-iinitif a formé une si grande (|uanli(c de granits, on ne doit pas être élonné que le feu des volcans produise quelquefois des matières qui leur ressemblent; mais comme au contraire il me parait certain (pic c’est par la voie humide que les cristaux de roche et toutes les pierres précieuses ont été formées, je pense qu on doit regarder comme des corps élrangers toutes les chrysolilhes, hyacinllies, topazes, calcédoines, opales, etc., qui se trouvent dans les différentes matières fondues jiar le feu des volcans, et que toutes ces (lierres ou cristaux ont été saisis et cnvclop|)és par les laves et basaltes lorsqu’ils coulaient en fusion sur la surface des rochers vitreux, dont ces cristaux ne .sont que des stalactites, que l’ardeur du feu n’a pas dénaturées. Et quant aux autres cristallisations qui se trouvent formées dans les cavités des laves, elles ont été produites par l’inlillration de l’eau après le refroidissement de ces mêmes laves.

Aux observations de xM. Ferber et de !\I. le baron de Dietricli, sur les malières \ olcaniques et vulcanisées, nous ajouterons celles de 3IM. Desmarest, Faujas de Saint-Fond et de Gensanne, qui ont examiné les volcans éteints de l’Auvergne, du Vélay, du Vivarais et du Languedoc; et quoique j’aie déjà fait mention de la plupart de ces volcans éteints *, il est bon de recueillir et de présenter ici les différentes substances que ces observateurs ont reconnues aux environs de ces memes v'oicans, et qu'ils ont jugé av'oir été jiroduitcs par leurs anciennes éruptions.

M. de Gensanne parle d’un volcan dont la bouche se trouve au sommet de la montagne qui est entre Lunas et Lodève, qui a dû être considérable à en juger par la quantité des laves qu’on peut observer dans tout le terrain circonvoisin **. Il a reconnu trois volcans dans le voisinage du fort Brcscoii, sur l’un desquels M. l’évêque d’Agde(Saint-Simon- Sandricourt) a fail en prélat citoyen, des défrichements de bons vins. Gc vieux volcan, stérile jusqu’alors, est couvert d’une si grande épaisseur de laves, que le fond du puits que M. l’évaique d’Agde a fail faire dans sa vigne est à cent quatre pieds de profondeur, et entièrement taillé dans ce banc de laves, sans qu’on ait pu en trouver la dernière couche ***, (juoique le fond du puits soit à trois pieds au-dessous du niveau de la mer’*'**’^. M. de Gensanne ajoute qu’il a compté dans le seul Ba.s-Languedoc, dix volcans élcints, dont les bouches sont encore très-visibles.

IM. Uesmarest prétend distinguer deux sortes de basaltes ***** : il dit

* Voyez Histoire Naturelle, Théorie de la terre, tome 1.

** Histoire Naturelle du Languedoc, tome II, page l(i.

*" Idem, tome II, pages 138 et t B!L

***' Dans l’ile d’Iscliia, autrefois Ænaria, et Tune des anciennes Pythecuscs, il y a des laves qui ont jusqu’à deux cents pieds d’épaisseur. Note de M. le baron de Dictrich. Lettres de M. Fci'ber, page S27î(.

. La première, dit-il, est le basalte noir ou le scborl en grandes masses, et composé x' de petites lames que quelques naturalistes italiens appellent aussi ijnbbro ; la seconde est le

IIISÏOIRE NATURELLE

avoir comparé le basalte noir dont on voit plusieurs nionuuienls antiques à Rome, avec ce qu’il appelle le basalte noir des environs de Tulle en Limousin ; il assure avoir vu dans celte pierre des environs de Tulle, les memes lames, les mêmes taches et bandes de quartz ou de feld-spath et de zcolitbc que dans le basalte noir antique : néanmoins, ce prétendu basalte de Tulle n’eu est point un; c’est une pierre argileuse, mêlée de mica noir et de schorl, (jui n’a pas à beaucoup prés la dureté de la lave compacte ou du basalte, cl (jui ne porte, d’ailleurs, aucun caractère ni aucun indice d’un produit de volcan; au contraire, les basaltes gris, noirs et verdâtres des anciens sont, de l’aveu même de cet académicien, composés de petits grains assez semblables à ceux d’une lave compacte et d’un tissu serré, et ces basaltes ressemblent entièrement au basalte d’Antrim en Irlande et à celui d’Auvergne*.

U basalte gris et même un peu verdâtre Assez souvent les blocs un peu considérables de

« ce basalte offrent des tacbes , et mêmes des sortes de bandes assez suivies , ou de quartz ou Il de feld-spalli rosace, ou même de zéolitbe qui les traversent en différents sens.... Le basalte

« noir a une grande affinité avec le granit Cette pioiTc est d’une dureté fort grande, et vu

O son mélange avec le granit, il est difficile qu’on en trouve des blocs un peu considérables.... « La collection des antiquilés du Capitole offre un grand nombre de statues de basalte noir.... a Elles sont de la plus grande dureté, d’un beau noir foncé, et la pierre rend un son clair.... » Les statues du palais Barberin sont de cette même matière, quoique moins pure , car on y « voit des points blancs quarizeux et des taches de granit. « Nota. Ces points blancs quartzeux ne sont-ils pas le sehorl en grenats blancs, qui se trouvent dans prc.squc tontes les laves et basaltes? Voyez les Mémoires do l’Ac.adémic des Sciences, année 1775, page 599 et suiv.

* « ün distinguo trois substances qui sont renfermées dans les laves; les points quartzeux Il et même les granits entiers, le schorl ou gabbro, les matières calcaires, celles qui sont de la « nature de la zéniithe ou do la base de l’alun : ces deux dernières substances présentent dans a les laves toutes les matières du travail de l’cau , depuis la stalactite simple jusqu’à l’agate et U la calcédoine. Ces substances étrangères existaient au|)aravant dans le terrain où la lave a « coulé, elle les a entraînées et enveloppées : car j’ai observé que dans certains cantons, couverts M de laves compactes ou d’autres productions du feu, on n’y trouve pas un seul vestige de ces » cristaux du gabbro, si les substances qui coniposent l’ancien sol n’en contiennent point ellesa mêmes. »

Mais nous devons observer qu’imlépcndainmcut de ces matières viti'cuscs ou calcaires, saisies dans leur état de nature, et qui sont plus ou moins altérées par le feu, on trouve au.5si dans les laves des matières qui, comme nous l’avons dit, s'y sont introduites depuis iiar le travail successif des eaux : « Elles sont , comme le dit M. Desmarest , le résultat de l’infiltration lente a d'un lliiidc ebargé de ces matières épurées, et (jui a même souvent pénétré des masses d’un Il tissu assez serré; elles ne s’y trouvent alors que dans un état cristallin et spatbique... Elles « ont pris la forme de stalactites eu gouttes rondes ou allongées , en filets déliés , en tuyaux O ereii.x : et toutes ces formes se retrouvent nu milieu des laves compactes comme dans les Il vides de terres cuites. » Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1773, page üS-t.

A ce fait, i|ui ne m'a jamais paru douteux, M. Desmarest en ajoute d’autres qui mériteraient une plus amjde explication « Les matériaux, dit-il, quo le feu a fondus pour produire le bail salte sont les granits. » {iXota.) Les granits ne sont pas les seuls matériaux i[ui entrent dans la composition des basaltes, puisqu’ils contiennent peut-être plus de fer, on d’autres substances que de matières graniteuses ; « Les granits, continue cet académicien, ont éprouvé par le feu

M. Faujasdc Saint-Fond a très-bien observe toutes les matières produites par les volcans; scs recherches assidues et suivies j»endant plusieurs années, et pour lesquelles il n’a épargné ni soins, ni dépenses, l’ont mis en état de publier un grand et bel ouvrage sur les volcans éteints, dans lequel nous puiserons le reste des faits que nous avons à rapporter, en les comparant avec les précédents.

11 a découvert dans les volcans éteints du V ivarais les mêmes pouzzolanes grises, jaunes, brunes et roussàtres, qui se trouv'cntau Vésuve, et dans les autres terrains volcanisés de l’Ilalie : les expériences laites dans les bassins du jardin des Tuileries, et vériliées publiquement, ont conlirmé l’identité de nature de ces pouzzolanes de France et d’Italie, et on peut présumer qu’il en est de meme des pouzzolanes de tous les autres volcans.

Cet habile naturaliste a remarqué dans une lave grise, pesante et très-dure, des ci'istaux assez gros, mais confus, lesquels réduits eu poudre ne faisaient aucune effervescence avec l’acide nitreux, mais se convertissaient, au bout de quehiues heures, en une gelée épaisse; ce qui annonce, dit-il, que cette matière est une espèce de zéolithe : mais je dois observer que ce caractère par lequel on a voulu désigner la zéolithe est équivoque ; car toute matière mélangée de v'itreux et de calcaire se réduira de même en gelée; cl d ailleurs cette réduction en gelée n’est pas un indice certain, puisqii en augmentant la quantité de l’acide on parvient aisément à dissoudre la matière en entier.

Le même M. de Saint-Fond a observé que le fer est très-abomlant dans toutes les laves, et que souvent il s’y présente dans 1 état de rouille, d’ocre ou de chaux. On voit en effet des laves dont les surlaccs sont revêtues d’une couche ocrcuse i)roduite par la décomposition du fer qu’elles contenaient , et où d’autres couches ocreuses encore plus

« différents degrés d’altération qui se terminent au liasaltc ; on y voit le spath fusible (feld- « spath )) qui dans quelques-uns est grisâtre, et qui dans d'autres forme un fond noir d’un » grain serré; et an milieu de ces échantillons , on démêle aisément le qnarüs qui reste en « cristaux ou intacts, ou éclatés par lames, ou réduits à une couleur d’un blanc terne, comme « le quartz blanc rougi nu feu et refroidi subitement. » ho ([uartz n’est point en cris-

taux dans les granits de nature, c’est le feld-spath qui seul y est en cristaux rhomboïdaux; ainsi le quartz ne peut pas rester en cristaux intacts , etc., dans les basaltes : cette immc le marque doit s’étendre sur ce qui suit : » J'ai deux morceaux de granit , dit cet académicien ,

» dont une partie est totalement fondue , pendant que l'antre n’c.st que faiblement altérée

>■ On y suit des bandes alleriialivcs et distinctes de (iiiartz qui est cuit à blanc , et du spath " fusible (feld-spalb) qui est fondu cl noir, h’exaiucn des granits fondus à moitié, donne lien de i reconnailie que plusieurs especes de pierres dures , (|uclqucs pierres de rérolc, cci laines '■ opbitcs, ne sont que des granits dont la base, qui est le spath fusible (feld-spatli), a reçu un » degré de fusion assez complet, ce qui en fait le fond, et dont les taches ne sont produites (|uc » par les cristaux quarizeux du granit non altéré. » Jléinoires do I Acadcniic des Sciences, année 1773, page 703 jusqu’à 730.

31 (i HISTOlliE NATURELLE

décomposées sc convciTissent ultérieurement en une terre ai gileuse (jui happe à la langue*.

Ce même naturaliste rapporte, d’après M. Pazumot, qu'on a d’abord li'ouvé des zéolitlies dans les laves d’Islande, qu’ensuite on en a reconnu dans dilTérenls basaltes en Auvergne, dans ceux du Vieux-Brisacli en Alsace, dans les laves envoyées des iles de France et de Bourbon, et dans celles de l’ile deFeroë. M. Pazumot est en eiïet le premier (|ui ait écrit sur la zéolitbe trouvée dans les laves, et son opinion est que celte substance n’est pas un produit immédiat du feu, mais une re]>roduclion formée par l’intermède de l’eau et par la décomposition de la terre \olcanisée. C’est aussi le sentiment de M. de Saint-Fond : cependant il avoue qu’il a trouvé de la zéolitbe dans rinléricui’ du basalte le plus compacte et le |)lus dur. Il n’est donc guèi'C possible de sup|)Oser que la zéolitbe se soit formée dans ces basaltes par la décomposition de leur propre substance, cl M. de Saint-Fond pense (jne ces dernières zéolitbes étaient formées auparavant, et qu’elles ont seulement été saisies et enveloppées par la lave lorsciu’clle était en fusion. Mais alors comment cst-il possible que la violence du feu ne les ail pas dénaturées, puisqu’elles sont enfermées dans la plus grande é])aisseur de la lave où la cbaleur était la plus forte? Aussi notre observateur convient-il (]u’il y a des circonstances où le feu et l’eau ont pu produire des zéolitlies**, et il en donne des raisons assez plausibles.

* /Vote. II ni’a remis , pour le Cabinet du Roi , une Irès-bellc collection en ce genre, dans laquelle on peut voir tous les passages du basalle noir le plus dur à l’élal argileux. Les differents morceaux de cette collection présentent toutes les nuances de sa décomposition ; l’on y reconnaît de la manière la plus évidente, non-sculcment tontes les modifications du fer , qui , en se décomposant, a produit les teintes les plus variées , mais l’on y voit jusqu’à des prismes bien confoi més, entièrement convertis en substance argileuse, de manière à pouvoir être coupés avec un couteau, aussi facilement que la terre à foulon, taudis que IcscborI noir, renfermé dans les prismes , n’a éprouvé aucune altération.

Dn fait digne de la plus grande attention , c’est que dans certaines circonstances les eaux s’infiltrant à travers ces laves à dcmi-décomposées ont entrainé leurs molécules ferrugineuses, elles ont déposées et réunies sous la forme d’bémaliles dans les cavités adjacentes; alors les laves terreuses , dépouillées de leur fer, ont perdu leur couleur, et ne se présentent plus que comme une terre argileuse et blanche, sur laquelle l’aimant n’a plus d’action.

« II y a, dit-il, lieu de croire ; 1° que la zéolitbe est une pierre mixte et de seconde forma- « tion, produite par l’union intime de la matière calcaire avec la terre vitriliable;

« 2“ Que la voie humide est en général celle que la nature emploie ordinairement pour la « formation de cette pierre, et que la plupart des zéolitlies ([u’on trouve dans les laves et dans « les basaltes y sont étrangères , et y ont été prises accidcnlellcmeiit pendant que la matière « était en fusion;

« 3° Que les eaux ont pn et peuvent encore attaquer la zéolitbe engagée dans les laves, la « déplacer et la déposer en lames , quelquefois meme en petits cristaux dans les fissures du i< basalte;

« i° Que les feux souleirains doivent aussi former des combinaisons do la matière calcaire '< avec de la terre vitriliable, ou de lu terre vitriliable avec certaines substances salines, propres

Il (lit, après l’avoir éprouvé par comparaison, que le basalte noir du Vivarais est plus dur que le basalte anli(|ue ou égjq)lien*. Il a trouvé sur le plus grand sommet de la monlagnc du Mézin en Vélay, un basaile gris blanc un peu \ erdàtrc, dur et sonore, (|ui se rapproche par la couleur et par le grain du basalte gris verdâtre d’Égypte, et dans lequel ou remarque quelques lames d’un feld-spalb blanc vitreux qui a le coup d’œil et le brillant d’une eau glacée. Ces lames sont souvent formées en parallélogrammes, et il y a des morceaux ou le feld-si)ath renferme luimême de petites aiguilles de schorl noir".

Enfin, il remarque aussi très-bien (jue les dendrilcs (pion voit a la superlicie de queUpies basaltes sont produites par le fer ((ue l’eau dissout et dépose en forme de ramilicatious.

A l’égard de la ligure primastique que prennent les basaltes, noti e observateur m’en a remis, pour le Cabinet du Roi, des triangulaires, c’est-à-dire à trois i)ans, qu’il dit être les jilus rares, des quadrangulaires, des pentagones, des hexagones, des heptagones et des octogones, tous en prismes bien formés; et après une inlinité de recherches, il

« à servir de base aux zéolitlics; mais (lu’il faul toujours ejuc l’eau vienne perfectionner ce « que le feu ne fait qu’ébaucher. »

M. de Saint-Fond donne ensuite une très-bonne délinitiou du basalte dans les termes suivants ; » J'entends , dit-il , par le mot basalte , une substance volcanique noire , quelquefois

grise ou un peu verdâtre, inatlatjuable aux acides, fusible sans adilition, donnant, quand elle • est pure, et non altérée, quelques étincelles lorsqu’on la frappe avec de l’acier trempé , sus- « ceplibic du poli , et devenant alors une des meilleures pierres de loucbe. Cette substance « doit être regardée comme la matière la plus homogène, la plus fondue, et en meme temps la U plus compacte que rejettent lc.s volcans. •Uccbcrcbcs sur IcsVolcaus éteints, etc., pages 153 et iôi.

’ Il observe quel<|ucs dillércnees dans la pâte de ce. basalte égyptien , d’apiès les belles Statues de cette matière que M. le duc de Cbaulncs a rapportées de son voyage d’Égypte; elles présentent les variétés suivantes : 1° un basalte noir, dur et compacte, dont la pâte offre un grain serré, mais sc« et âpre au toucher dans les cassures , et néanmoins susceptible d’un beau poli ; 2» un basalte d’un grain semblable, mais d’une teinte verdâtre; 3" un basalte d’un gris lavé tirant au vert. Au reste, M. Faujas de Suint-Fond ne regarde pas comme un basalte, n; même comme un produit des volcans, la matière de quelques statues égyptiennes qui, quoique d’une belle couleur noire, n’est qu’une pierre argileuse mêlée de mica et de scliori noii' en trèspetits grains, et cette pierre est bien moins dure que le basalte. Notre observateur recommande enfin de ne pas confondre avec le basalte, la matière de quelques statues égyptiennes d un gris noirâtre, qui n’csl qu’un granit à grain fin, ou une sorte de granitello.

” « Ce basalte, frappé avec l’acier trempé, jette beaucoup d’étincelles Sa croûte se déiia-

« turc quelquefois et devient d’un rouge jaunâtre; mais au lieu de se rendre friable on argi- “ Icuse , cette espèce d’ccorcc semble se transmuer en une antre substance, et perdant sa « couleur noire, elle ressemble alors a uu granit rougeâtre : on peut meme dire que ce basalte. “ lui ressemble tellement qu’on y distingue le même grain, et qu'on y voit une multitude de » points de schorl noir; il n’y manquerait que du mica pour en faire du granit complet... “ Cette espèce de granit incomplet n'est point un vrai granit adhérent accidentellement à la ” lave, mais une lave réellement cliangce en granit par le temps, et dont la surface s est dc- “ composée. » Hccbcrcbcs sur les Volcans éteints, par JI. faujas de Sainl-l'ond, page lü.

Kl'FFON, tom. ni. 1^1

ITISTOIUE NATURELLE

avoue n’avoir jamais (rouvé du basalte à neuf pans, quoique iMoliueux dise en avoir vu dans le comté d’Antrini.

Dans certaines laves que M. de Saint-Fond appelle basaltes irréguliers, il a reconnu de la zéolitlie en noyau, avec du sebori noir. Dans un autre basalte du Vivarais, il a vu un gros noyau de feld-spalli blanc à demi-transparent, luisant et ressemblant à du spath calcaire; et ce feldspath renfermait lui-même une belle aiguille prismalicpie de scliorl noir. 'I II y a de ces basaltes, dil-il, qui conliennerd des noyaux de « pierre calcaire et de pierre vitrifiable de la nature de la pierre à t< rasoir, et d’autres noyaux qui ressemblent à du tripoli. « Il a vu dans d’autres blocs de la chrysolitbe veidfdrc; dans d'autres du s|)ath calcaire blanc, cristallisé et <à demi-transparent. D’autres morceaux sont entremêlés de couches de basalte et de petites couches de pierre calcaire. D’autres renferment des fragments de granit blanc mêlés de scluti l noir : il y en a même dont le granit est eu plaques si intimement jointes et liées au basalte que, malgré le poli, la ligne de jonction n'est pas sensible; enfin, dans la cavité d’un autre morceau de basalte, il a reconnu un dépôt ferrugineux sous la forme d’hématite (pii en tapisse tout l’intérieur et qui est de couleur gorge-de-pigeon, li és-chatoyante. Du ^oit sur celte hématite q>ichjues gros grains d’une espèce de calcédoine blanche et dcmi-lransparenle ; une des faces de ce même morceau est recouverte des dcndrilcs ferrugineuses *, et parmi les laves proprement dites, il en a remarqué i)lusicurs (jtii sont tendres, friables et prennent peu à peu la nalure d’une terre argileuse

• Recherdics sur les Volcans clciiils, etc., page tCO.

«C’est ici un des plus inlércssaiits passages des laves poreuses à l’élal d’argile blanche, et O l'on peut suivre par roliservatioii tous les degrés de celle décomposition ! il faut pour cela O que la lave se soit dépouillée de toutes ses parties ferrugineuses. <’.e fer dcladié des laves « par l’impression des éléments humides a été déposé par l’eau sur les laves bloncbcs, et elles O ont formé des couches de plusieurs pouces d’épaisseur adhéreulcs à leur su|>crficic; ce fer « est tantôt en forme de véritable hématite brune, dure, dont la siirlacc est luisante; d’autres « fois il a fait des couebes de fer linioticux, tendre, friable et affectant une espèce d’organisa- 0 tion assez constante ; enliu, le fer des laves s’agglutinant à la matière argileuse, a formé une <1 multitude de géodes ferrugineuses de difi'éicnlcs formes et grosseurs ; et si l’on suit tous les « degrés de la décomiiosition des laves, on les verra se ramollir et finir par se convertir en » terre ferrugineuse et en argile. »

Voici, selon le même M. de Saint-Fond, l’ordre dans lequel on observe les laves dans une montagne non loin du château de l’oiignac :

1° Basalte gris noirâtre; 2° laves poreuses noires, dont on trouve des masses immédiatement apres le ba.salle; 5» laves grises et jaunâtres, poreuses, tendres et friables; première altération de cette lave qui perd sa couleur et son adhésion... 4» lave très-blanche, poreuse, légère, qui s’est dépouillée <lc son fer, et qui a passé à l'étal d'argile blanche, friable et farineuse. On y voit quelques petits morceaux moins dénaturés , qui ont conservé une teinte presque imperceptible de noir ; b" comme le fer qui a abuudonué ces laves ne s’est point perdu, les eaux l’ont déposé après ces laves blanches, et en ont formé des espèces de couches do plusieurs pouces d’épaisseur, adhérentes aux laves .■ te fer est tantôt eu farine de véritable

Il rciiiarqiie, in ec raison, que la jmrre de fjaUinacc (jii’oii a noiiimrc ariale noire d’Islande, n’a aucun raiiport avec les agates, et que ce n’est qu’un verre demi-transparent, une sorte d’émail qui se forme dans les A olcans, et que nous pouvons même imiter en tenant de la lave à un feu violent et longtemps continué. On trouve de celte pierre de gallinace non-seulement en Islande, mais dans les montagnes volcaniques du Pérou. Les anciens Péruviens la lra\aillaicnt pour en faire des miroirs qu’on a trouvés dans leurs tombeaux. Mais il ne faut pas confondre cette pierre de gallinace avec la pierre d’incas qui est une marcassile dont ils faisaient aussi des miroirs*. On rencontre de même sur l’Etna et sur le Vé.suve quelques morceaux de gallinace, mais en petite quantité, et M. de Saint-Fond n’en a trouvé qu’en un seul endroit du Vi> arais, dans les environs de Itochemaure. Ce morceau est tout à fait semblable à la gallinace d’Islande; il est de même très-noir et d’une substance

liémalite brune, dure, dont la surface est luisaiile et globuleuse, d’autres fois il fait des couches de fer limoneux tendre, friable et affectant une espèce d’organisation assez constante, qui iniitc la contexture de certains madrépores de res|«';ce des cérébrites; enfin, le fer des laves s’agglutinant à la matière argileuse, a formé une multitude d’aëlites ou de géodes ferrugineuses de différentes formes cl grosseurs, pleines d’une substance terreuse, martiale, qui résonnent cl font du bruit lorsqu’on les agite. Plusieurs de ces géodes ont une organisation intérieure très-singulière, qui est l’ouvrage de l’eau; ti» après ces géodes qui sont dispersées dans les laves décomposées, on trouve une argile blancbc, solide et peu liante, formée [lar l’eau qui a réuni les molécules des laves poreuses décom|iosécs ,■ ou c’est peut-être ici une lave compacte, lolalemcnl changée en argile; 7» la couebe qui vient après cette dernière est une argile verdâtre qui devient savonneuse et peut se pétrir ; elle doit peut-être sa couleur aux couches d’hématite qui se décomposent à leur tour, et viennent colorer en vert ce dernier banc d’argile qui est le plus considérable, et qui n’offre aucune régularité dans sa position et dans son site. Uecherches sur les volcans éteints, etc., page 171 et suiv.

* Ou distingue dans les giiaqucs ou tombeaux de.s Péruviens deux sortes de miroirs de pierre ; les uns de pierres d’ineas, les autres d’une pierre nommée gatliiiaee : la première ii’cst pas transparente : clic est molle, de la couleur du plomb. Les miroirs de celte pierre sont ordinairement ronds avec une de leurs surface plate, aussi lisse que le plus lin cristal ; l’autre est ovale ou du moins un peu sphérique, mais moins unie: quoiqu’ils soient de différentes grandeurs, la plupart ont trois ou quatre pouces de diamètre. W. d’ülloa en vit un qui n’avait pas moins d’un pied et demi, dont la principale superficie était concave, grossissait beaucoup les objets, aussi polie qu’une pierre pourrait le devenir entre les mains de nos plus habdes ouvriers. Le défaut de la pierre d’Iueas est d’avoir des veines et des paillettes qui la rendent facile à briser, et qui giilcnt la superficie; ou soupçonne qu’elle n’est qu’une composiijon : a la vérité, il se trouve encore dans les coulées des pierres de cette espèce; mais rien n’cmpechc de croire qu’on a pu les fondre, pour en perfectionner la figure cl la qualité.

La pierre de gallinace est exirêmement dure, mais aussi cassante que la pierre a feu : son nom vient de sa couleur, aussi noire que celle du gnllinaso. Les miroirs de celte pierre sont travaillés des doux côtés et fort bien arrondis ; leur poli ne le cède en rien a celui de la pierre d’Inciis: entre ces derniers miroirs, il s’en trouve de plats, de concaves et de convc.xcs, et fort bien travaillés. On connaît encore des carrières de cette pierre; mais les Espagnols n eu font aucun cas, parce qu’avec de la transparence et de la dureté, celte pierre a des ]iailles. Histoire générale des Voyages, tome XIII, pages ÿ77 et 1)711.

HISTOIRE NATURELLE

dure, donnant des étincelles avec l’acier ; mais on y voit des bulles de la grosseur de la tète d’une épingle, toutes d’une rondeur exacte *, ce qui paraît être une démonstration de plus de sa formation par le feu.

Indépendamment de toutes les variétés dont nous venons de faire mention, il se trouve très-fréquemment dans les terrains volcanisés des brèches et des poudingues que 31. de Saint-Fond distingue avec raison ** par la dilférence des matières dont ils sont composés.

La pouzzolane n’est que le détriment des matières volcaniques; vue à la loupe elle présente une multitude «le grains irrc^ulicrs : on y voit aussi des points de scliorl noii' détacliés, et très-souvent de petites portions de basalte pur ou altéré. On trouve de la pouzzolane dans presque tous les cardons volcanisés, et particulièrement dans les envii-ons des cratères; il y en a plusieurs espèces et de différentes couleurs dans le Vivai-ais et en plus grande abondance dans le Vélay

’ Heclierches sur Irs Volc.ins élcints, cIc., page 182.

** » Les brèches volcaniques sont remaniées par le feu, cl amalgamées avec des laves plus « modernes qui s’eu emparent pour en former un seul et même corps.... Ces brèches imitent O certains marbres, certains porphyres com|)osés de morceaux irrcgulieis de diverses ma- « tières... Lorsque les fragments de lave encastrés dans ces brèches ont été primitivement « roulés et arrondis, ou par les eaux, ou par d’autres circonstances, celte brèche doit prendre U à cause de rarrondissement des pierres, le nom de jxmdimjue. volcaniqne, jiour la distinguer a de la véritable breebe volcanique, dont les fragments sont irréguliers. » Idem, ibidem, page 173.

Ces dernières brèches se trouvent souvent eu li ès-grandes masses ; l’église cathédrale et la plupart des maisons de la vdlle du Pny-eii-Vélay sont construites d’une, brèche voleaniiiue, dont il y a de très-grands roebers à la montagne de Danis : cette brèche est quelquefois en masses irrégulières; mais imiir l’ordinaire elle est posée par couches fort épaisses, qui ont été produites par les éruptions de l’anelcn volcan de Danis. Il y a près du château de lîochemaure des masses énormes d’une autre brèche volcanique formée par une multitude de très-petits éclats irréguliers de basalte noir, dur et sain, de (juciques grains de sebori noir vitreux, le tout confondu et mêlé de fragments d’une pierre blancbâtre et tirant un peu sur la couleur de rose tendre. » Cette pierre, ajoute M. de Sainl-Foud, a le grain tin et serré, et paraît avoir » été vivement calcinée; mais elle ne fait aucune efl'crveseencc avec les acides; et c’est peut- » être une pierre argileuse qui a perdu une partie de son gluten et de son éclat ; elle est aussi a tachetée de très-petits points noirs qui pourraient cire du seborI altéré, ou des points fer- « rugineux; il y a aussi dans ces brèches volcaniques dos zones de spath calcaire blanc, et » meme de grandes bandes qui paraissent cire l’ouvrage de l’eau... D’autres brèches conticnu lient des fragments de quartz roulés cl arrondis, du ja.spe un peu bridé ; et le reste de la « niasse est un peu composé d’éclats de halsatc de dilférenles grandeurs, parmi lesipiels il se a trouve aussi du .spath calcaire, des points de .sebori, des agates rouges en fragments de la « nature des cornalines, des pierres calcaires, le tout agglutiné par une pâte, jaunâtre qui « ressemble à une espèce de matière sablonneuse.... Une autre est composée de fragments de a basalte noir encastré dans une pâte de spath calcaire blanc et en masse... Un de ces pou- 0 dingues volcaniques est cotiipo.sé de morceaux de basalte noir, durs et arrondis, et il coua tient de même des cailloux de gratiit roulés, cl des noyaux de feld spath arrondis, le tout U lié par une pâte graniteitse, composée de fcld-spatb, de mica et de quelques points de sebori U noir, a lleehcrcbcs sur les Volcans élcints, etc., page 170 cl suiv. llcchcrchcs sur les Volcans éteints, page 181.

E( je crois qu’on pourrait mettre encore au nombre des pouzzolanes, cette matière d’un rouge ferrugineux qui se trouve souvent entre les couches des basaltes, quoiqu’elle se présente comme une terre bolaire qui happe à la langue et qui est grasse au toucher. En la regardant attentivement, on y voit beaucoup de paillettes de schorl noir, et souvent même des portions de lave qui n’ont pas encore été dénaturées et qui conservent tous les caractères de la lave; mais ce qui prouve sa conformité de nature avec la pouzzolane, c’est qu’en prenant dans cette matière rouge, celle qui est la plus liante, la j)lus pâteuse, on en fait un ciment avec de la chaux vive, et que dans ce ciment le liant de la terre s’évanouit, et qu’il prend consistance dans l’eau comme la plus excellente pouzzolane *.

Les pouzzolanes ne sont donc pas des cendres, comme quelques auteurs l'ont écrit, mais de vrais délrimcnts des laves et des autres matières volcanisées. Au reste il me parait (|ue noti'c savant observateur assure trop généralement qu’il n'y a point de véritables cendres dans tes volcans, et qu’il n’j' existe absolument que la matière de la lave cuite, recuite, calcinée, réduite ou en scories graveleuses, ou en poudre fine. D’abord il me semble que dans tout le cours de son ouvrage, l’auteur est dans l’idée que la lave se forme dans le gouffre ou foyer meme du volcan, et qu’elle est projetée hors du cratère sous sa forme liquide et coulante; tandis qu’au contraire la lave ne se forme que dans les éminences ou monceaux de matières ardentes rejetées et accumulées, soit au-dessus du cratère’'’*, comme dans le Vésuve, soit à quelque dislance des bouches d’éruption, comme dans l’Etna. La lave ne se forme donc que par une vilrilication postérieure à l’éjection, et celle vilrification ne SC fait (|ue dans les monceaux de matières rejetées; elle ne sort que du pied de ces éminences ou monceaux, et dès lors celte matière vitrifiée ne contient en effet point de cendres; mais les monceaux euxmêmes en contenaient en très-grande quantité, et ce sont ces cendres qui ont servi de fondant pour former le verre de toutes les laves. Ces cendres sont lancées hors du gouffre des volcans, et proviennent des subslances combustibles qui servent d’aliment à leur feu; les pyrites, les bitumes et les charbons de terre, tous les résidus des végétaux et animaux étant les seules matières qui puissent entretenir le feu, il est de toute nécessité qu’elles se réduisent en cendres dans le foyer même du volcan, et qu’elles suivent le torrent de ses projections : aussi plusieurs observateurs, témoins oculaires des éruptions des volcans, ont très-bien reconnu les cendres projetées, et quelquefois emportées fort loin par les vents; et si, comme le dit M. de Saint-Fond, l’on ne trouve

Recherches sur les Volcans éteints, 180.

** Voyez , dans le volume des Époques de la Nature, rarlicle qui a rapport aux basalles et aux laves.

HISTOIRE NATURELLE

pas de cendres autour des anciens volcans éteints, c’est uniquement parce qu’elles ont changé de nature par le laps de temps, et par l’action des éléments humides.

Nous ajouterons encore ici quelques observations deM. de Saint-Fond, au sujet de la formation des pouzzolanes. Les laves poreuses se réduisent en sable et en poussière; les matières qui ont subi une forte calcination sans se fondre deviennent friables et forment une excellente pouzzolane. La couleur en est jaunâtre, grise, noire ou rougeâtre, en raison des différentes altérations qu’a éprouvées la matière ferrugineuse qu’elles contiennent *; et il ajoute que c’est uniquement à la quantité du fer contenu dans les laves et basaltes qu’on doit attribuer leur fusibilité. Cette dernière assertion me parait trop exclusive : ce n’est pas en effet au fer, du moins au fer seul, qu’on doit attribuer la fusibilité des laves : c’est au salin contenu dans les cendres rejetées par le volcan , qu’elles ont du leur première vitrification; et c’est au mélange des matières vitreuses, calcaires et salines, autant et plus qu’aux parties ferrugineuses qu’elles doivent la facilité de se fondre une seconde fois. Les laves se fondent comme nos verres factices et comme toute autre matière vitreuse mélangée de i)arties calcaires ou salines ; et en général tout mélange et toute composition produit la fusibilité, car l’on sait que plus les matières sont pures et plus elles sont réfractaires au feu ; le quartz, le jaspe, l’argile et la craie pures y résistent également, tandis que toutes les matières mixtes s’y fondent aisément ; et cette épreuve serait le meilleur

" « L’air et l’humidité attaquent la surface des laves les plus dures ; les fumées acides sul- « furciises , qui s’élèvent dans les terrains volcanisés , les pénètrent , les attendrissent , et O changent leur couleur noire en rouge, cl les convertissent en pouzzolane ocreuse... Le basalte a lui-même le plus compacte et le plus dur se convertit eu une pouzzolane rouge ou grise, « douce au toucher , et d’une très-bonne qualité ; j’ai observé , dit-il , dans le Vivarais , des U bancs entiers de basalte converti en pouzzolane rougej ces bancs, ainsi décomposés, étaient « recouverts par d’autres bancs intacts et sains, d’un basalte dur et noir... On trouve dans la « montagne de Cbenavasi , en Vivarais , le basalte décomposé attenant encore au basalte sain, « et on peut y suivre la dégradation de sa décomposition. » Recherches sur les Volcans éteints, etc., page 200.

A l’égard de la substance même des laves en général, 31. de Saint-Fond pense » qu’elles ont « pour base une matière qnartzeuse ou vitrifiable unie avec beaucoup de for, cl que leur fusi- « bililé n’est due qu’à ce mime fer : il dit que le basalte est de toutes les matières volcaniques « celle qui est la plus intimement liée et combinée avec les éléments ferrugineux ; que le fer y « est très-voisin de l’état métallique, et que c’est à cette cause qu’on peut attribuer la facilité • « qu’a le basalte de se fondre j que les laves se trouvent plus ou moins altérées , en raison des

a différentes impressions et modifications qu’a éprouvées le principe ferrugineux Que la

« pouzzolane , le tuffeau , les laves tendres , ronges, jaunâtres ou de différentes couleurs , les » laves poreuses, les laves compactes sont toutes les mêmes quant à leur essence, et ne diffèrent Il que par les modifications que le feu ou les vapeurs y ont occasionnées... Qu’enfin la pouzzo- » lane rouge ou d’un brun rougeâtre étant une des productions volcaniques , non-seulement » la plus riche en fer, mais celle où ce minéral se trouve atténué et le plus à découvert, doit “ former un ciment de la plus grande dureté. " Idem, page 207.

DES MINÉUÂEX.

moyen de disUiigucr les subslünces simples des matières composées, si la fusibilité ne dépendait pas encore plus de la force du feu que du mélange des matières; car, selon moi, les substances les plus simples elles plus réfractaires ne résisteraient pas a celle acliou du leu si 1 on pouvait l’augmcnler à un degré convenable.

En comparant tonies les observations que je viens de rapporter, et donnant même aux différentes oirinions des observateurs loule la valeur qu’elles peuvent av oir, il me parait que le feu des volcans peut pioduire des matières assez semblables aux porphyres et granits, cl dans les- (pielles le fcld si)alh, le mica et le scliorl se reconnaissent sous leur forme propre; et ce fait seul une fois constaté suffirait pour qu’on dût regarder comme plus que vraisemblable la formation du [lorphyre et du granit par le feu pidmilif, et à plus forte raison celle des matières premières dont ils sont composés.

Mais, dira-t-on, quelque sensibles que soient ces rapports, quelque plausibles que paraissent les conséquences que vous en tirez, n avez-vous pas annoncé que la figuration <le tous les minéraux n est duo qu au travail des molécules organiques, qui ne pouvant en pénétrer le fond, par la trop grande résistance de leur substance dure , ont sculenjent tracé sur la superficie les premiers linéaments de l’organisation, c’est-à-dire les trails de la figuration? Or, il n’y avait point de corps organises dans ce premier temps où le feu primitif a réduit le globe en verie; et inême est-il croyable que dans ces feux de nos fourneaux ardents, ou nous voyons se former des cristaux , il y ait des molécules organiques qui concourent à la forme régulière (ju’ils prennent? ne suffit-il pas d admettre la puissance de l’attraction et l’exercice de sa force par les lois de l’affinité, pour concevoir que toutes les parties homogènes se réunissant, elles doivent prendre en conséquence des figures régulières, et se présenter sous différentes formes relatives à leur différente nature , telles que nous les voyons dans ces cristallisations?

Ma réponse à celle importante question est que, pour produire une forme régulière dans un solide, la puissance de l’attraclion seule ne suffit pas, et que l'affinité n’étant que la même puissance d’attraction, ses lois ne peuvent varier que par la diversité de figure des particules sur lesquelles elle agit pour les réunir*; sans cela toute matière réduite à l’homogénéité prendrait la forme sphérique , comme la prennent les gouttes d’eau, de mercure et de tout autre liquide, et comme 1 ont prise la terre et les planètes dans le temps de leur liquéfaction. Il faut donc nécessairement que tous les corps qui ont des formes régulières avec des faces et des angles, reçoivent cette impression de figure de quelque autre cause que de l’affinité; il faut que chaque atome soit déjà figure avant d’ètre attiré et réuni par l'affinité ; et comme la figuration est le premier

“ Voyeï l’article qui a pour titre : De la Nature, seconde Vue,

HISTOIRE NATURELLE

Irait de l’organisation, et qu’après l’attraction, il n’y a d’autre puissance active dans la nature, que celle de la chaleur et des molécules organiques qu’elle produit, il me semble qu’on ne peut attribuer qu’à ces mêmes éléments actifs le tra^ ail de la figuration.

L’existence des molécules organiques a précédé celle des êtres organisés; elles sont aussi anciennes que l’élément du feu; un atome de lumière ou do chaleur est par lui-même une molécule active, qui devient organique dés qu’elle a pénétré un autre atome de matière. Ces molécules organiques une fois formées ne peuvent être détruites; le feu le plus violent ne fait que les disperser sans les anéantir : nous avons prouvé que leur essence était inaltérable, leur existence perpétuelle, leur nombre infini ; et qu’étant aussi uni versellement répandues que les atomes de la lumière, tout concourt à démontrer qu’elles servent également à l’organisation des animaux , des végétaux et à la figuration des minéraux ; puisque a])rés avoir pris à la surface de la terre leur organisme tout entier, dans l’animal et le végétal, retombant ensuite dans la masse minérale, elles réunissent tous les êtres sous la même loi, et ne font qu’un seul empire do tous les règnes de la nature.

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