‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 28 sur 54 · DES SELS · texte numérisé non relu

DES SELS

Les matières salines sont celles qui oui de la saveur. Mais d’où leur vient cette propriété qui nous est si sensible, et qui affecte les sens du goût, de l’odorat et même celui du toucher? quel est ce principe salin? comment et quand a-t-il été formé? 11 était certainement contenu et

Ce qui se précipite dans le commencement de la fonte du soufre brut no sert plus de rien ; mais ce qui se dépose et s’attache dans le fond et contre les jjarois du vase est du soufre gris ; lorsqu’on on a une quantité suffisante, on le remet dans un chaudron pour le refondre , de là nn le verse dans un vase ou chaudron de enivre, où le tout se refroidit pendant (jne les impuretés SC déposent, ce qui forme des pains de soufre de près de deux cents livres ; le dessous en est encore gris ; mais le soufre jaunâtre qui est par-dessus sc perfectionne par la distillation, et se convertit en soufre jaune.

Il ne faut pas que le fou soit trop violent pendant In purification du .soufre, parce qu’il perdrait su belle couleur jaune et deviendrait gri.s.

On purifie aussi par la distillation le soufre qui n’est que jaunâtre, pour lui donner une plus belle couleur.

Otte distillation sc fait dans un fourneau où il y a huit cueurhites de fer fondu , dans les- (|ucllcs on met huit quintaux de soufre jaunâtre ; on adapte au-devant de ees eucurhifes des tuyaux qui aboutissent à des pots de terre; ces pots sont percés au fond et par devant , afin de lais.scr un passage au soufre qui doit y tomber , pour .sc rendre ensuite dans un ha.ssin ; à mesure que los has.sins sc Icmplissent , on en retire le soufre que l’on met dans un vase ou chaudron de cuivre , on il so rciroidit . comme dans la précédente purification ; en.suile on le coule dans les moules. Lorsque ce vase ou chaudron est |dcin, les cueurhites ne sont plus qu’à moitié pleines; on cesse le feu pendant environ une demi-heure , pendant que l’on coule en moule le soufre déjà purifié; ensuite on recommence le feu pour achever la distillation , et répéter ensuite la même manœuvre que dans la prcmièl e distillation. Il ne faut pas faire un trop grand feu, car on risquerait de faire embraser le soufre : cette distillation dure huit heures. Traité de la Fonte des mines, de Seblulter, tome 11, page 2d2 et suiv.

DES MINÉRÂl-'X.

relégué dans l’atmosphère, avec toutes les autres matières volatiles, dans le temps de rincandescence du glohe; mais après la chute des eaux et la dépuration de ratmosphère, la première combinaison qui s est faite dans cette sphère encore ardente a été celle de 1 union de I air et du l'eu; cette union a produit l’acide primitif : toutes les matières a<iueuses, terreuses ou métalliques avec lesciuelies cet acide primitif a pu se combiner sont devenues des substances salines; et comme cet acide s est formé par la seule union de l’air avec le feu, il me paraît que ce premier acide, le plus simple cl le [lius i)ur de tous, est l’acide aérien, auquel les chimistes récents ont donné le nom d acide 7nÉphitiQue, qui n’est (|ue de l’air fixe, c’est-à-dire de l’air fixé par le feu.

Cet acide primitif est le premier principe salin; il a produit tous les autres acides et alcalis; il n’a pu se combiner d'abord qu’avec les verres primitifs, puisque les autres matières n’existaient pas encore; par son union avec cette terre vitrifiée, il a i)ris plus de masse et acquis plus de jmissance ; il est devenu acide vürioliqtie, qui, étant plus lixe et plus fort, s’est incorporé avec toutes les substances qu’il a pu pénétrer. L’acide aérien, plus volatil, se trouve universellement répandu, et l’acide vitriolique réside principalement dans les argiles et autres détriments des ^ erres primitifs; il s’y manifeste sons la forme d’alun : ce second acide a aussi saisi dans quelques lieux les substances calcaires et a formé les gypses ; il a saisi la plupart des minéraux métalliques, et leur a causé de grandes altérations ; il en a pour ainsi dire con\erti ([uclqucs-uns dans sa propre substance en leur donnant la tonne du \ ilriol.

En second lieu, l’acide primitif, que je désignerai dorénavant par le nom d'acide aérien, s’est uni a^'ec les matières métalliques, (pii, comme les plus pesantes, sont tombées les premières sur le globe vitrifié, et en agissant sur ces minorais métalliques, il a formé 1 acide arsenical ou 1 arsenic, qui, ayant encore plus do masse c(ue le \ ilrioli(pic, a aussi plus de force, et de tous est le plus carrosif; il se présente dans la plupart

dos mines dont il a minéralisé et corrompu les substances.

Ensuite, mais plusieurs siècles après, cet acide iirimilil, en sunissant à la matièi-e calcaire, a fonné Vacide marin, qui est moins fixe cl plus léger (juc l’acide vitriolique, et (|ui, par celle raison, s’est plus universellement répandu, et se iirésente sous la forme de sel gemme dans e sein do la terre, et sous celle de sel marin dans l’eau de toutes les mers ; cet acide marin n’a pu se former qu’après la naissance des coquillages, puisque la matière calcaire n’existait pas auparavant.

Leu de temps après, ce même acide aérien et primitif est entré dans la composition de tous h's corps organisés; et, se combinant avec leurs principes, il a formé par la fermentation les acides animaux et Vc^gélaux, (‘I l’ar/f/e )iitreiix par la putréfaction de leurs détriments; car il est certain ([ue cet acide aérien existe dans toutes les substances animales ou végétales, puisqu’il s’y manifeste sous sa forme primitive d’air fixe; et

HISTOIRE NATURELLE

comme on ponl le relirer sous celle même forme, lantde l’acide nitreux que des acides vilriolique cl marin, el, même de l'arsenic, on ne peu! douter qu’il ne fasse partie constituante de tous ces acides qui ne sont que secondaires, et qui, comme Ton voit, ne sont pas simples, mais composés de cet acide primitif différemment combiné, tant avec la matière brute qu’avec les substances organisées.

Cet acide primitif réside dans l’atmosplicrc, et y réside en grande quantité sous sa forme active; il est le principe et la cause de toutes les impressions qu’on attribue aux éléments humides; il produit la rouille du fer, le verl-dc-gris de cuivre, la céruse du plomb, etc., par l’action (pi’il donne à Tliumidilé de l’air ; mêlé avec les eaux pures, il les rend acides ou acidulés ; il aigrit les liqueurs fermentées; avec le vin il forme le vinaigre : cnliii, il me parait être le seul et vrai principe, non-seulement de tous les acides, mais de tous les alcalis, tant minéraux que végétaux et animaux.

On peut le retirer du natron ou alcali (ju’on a])pellc ainsi (pie

de l’alcali fixe végétal, et encore i)lus abondamment de l’alcali volatil, en sorte (ju’on doit réduire tous les acides et tous les alcalis à un seul jumicipc salin ; et ce principe est l'acide aérien (jui a é!é le |)rcmier formé, et (jui est le plus simple, le plus juir de fous, et le jdus universellement rêjîandu : cela me juirait d’autant plus vrai que nous |)ouvons |)ar noire art ra|)|)eler à cet acide tous les autres acides, ou du moins les rapprocher de sa nalurc, en les dépouillant par des opérations a|)propriées, de foules les matières étrangères a\'ec les(|nelles il se trouve combiné dans ces sels; et que de même il n’est jtas impossible de ramener les alcalis à l’état d’acide, en les sé|)arant des sid)slances animales et végétales avec lesquelles tout alcali se trouve toujours uni ; car quoique la ebimie ne soit ]>as encore parvenue à faire cette conversion ou ces réductions, elle en a .assez fait j>our qu’on juiisse juger par analogie de leur jmssibililé. Le plus ingénieux des chimistes, le célèbre Stald, a regardé l’acide vilriolique comme l’acide universel, el comme le seul juincijjc salin; c’est la j)remiêre idée d’après laquelle il a voulu établir .sa tlumrie des sels. Il a jugé que, quoi(|ue la chimie n’ai i)as jui jusqu’à ce jour ramener démonslralivcmenl les alcalis à l’acide, c’(»t-à-dire résoudre ce (jiie la nature a combiné, il ne fallait s’en prendre qu’à l impui.ssance de nos moyens. Rien n’csl mieux vu; ce grand chimiste a ici consulté la sim- |)licité de la nalurc : il a senti qu’il n’y avait qu’un principe salin; et comme l’acide vilriolique est le plus puissant des acides, il .s’est cru fondé à le regarder comme l’acide primitif. C’était ce qu’il jiouvait penser de mieux dans un temps où l’on n’avait que des idées confuses de l’acide aérien, qui est non-seulement plus .simple, mais plus universel que l’acide vilriolique ; mais lor.sque cet habile homme a prétendu que son acide universel et primitif n’est composé que de terre et d’eau, il n’a fait que mettre en avant une supposition dénuée de |)reuves et contraire à tous l(^s |)hénomènes, juiistjue de fait, l’air et le feu entrent peut-être

plus (jue la lerre cl l’eau dans la substance de tout acide, cl que ces deux élémeiils constituent seuls l’essence de l’acide priinilif.

Des quatre éléments qui sont les vrais [n'incipes de tous les corps, le feu seul est actif; et lorsque l’air, la terre et l’eau exercent quelque impression, ils n’agissent que par le feu qu’ils renferment, et qui seul peut leur donner une i)uissance active : l’air surtout, dont 1 essence est plus ^oisine de celle du feu que celle des deu.x dei'uiers éléments, est aussi plus actif. L’atmosphèi'O est le réceptacle général de toutes les matières volatiles; c’est aussi le grand magasin de l’acide priinilil; et d ailleurs, tout acide considéré en lui-ménie, sui'tout lorscpi il est concentré, cestà-dire séparé autant qu’il est possible de l’eau et de la terre, nous présente les propriétés du feu animé par l’air : la corrosion ])ar les acides minéraux n’est-elle pas une (îspéce de briilure? la saveur acide, amère ou acre de tous les sels n’est-elle pas un indice certain de la présence et de l’action d’un feu (|ui se développe dés ([u’il peid, avec l’air, se dégager de la base aqueuse ou terreuse à laquelle il est uni? Et cette saveur, qui n’est que la mise en liberté de l’air et du leu, ne s’opéi'e-t-elle [)as par leconlactde l'eau et de toute matière acineuse, telle ([ue la salive, et même par l’humidité de la peau? Les sels ne sont donc corrosifs et même sapides que par le feu et l’air (pi’ils contiennent. Cette ^ érité peut SC démontrer encore par la grande chaleur que produisent tous les acides minéi'aux dans leur mélange avec l’eau, ainsi (pie parleur résistance à raction de la foi'te gelée. La ))i‘ésence du feu et de I air dans le princiice salin me [caraît donc ti'és-évidcmmcnt démontrée par les ellids, quand mémo on regarderait a\'ec Stahl l’acide vitrioliciuecomme 1 acide primitif et le premier principe salin ; car l’air s’en dégage en même temps cpie le feu par l’intermède de l’eau comme dans la pyrite, et celte action lie riiumidilé produit non-seulement de la chaleur, mais une csiiéee de llamme intérieure et de feu réellement actif, (pii brûle en corrodant toutes les substances auxquelles l’acide peut s’unir; et ce n’est cpic par le moyen de l’air cpie le feu contracte cette union avec l’eau.

L’acide aérien altère aussi tous les sucs extraits des végclaux; il produit le \ inaigre et le tartre; il forme dans les aninuuix l’aeide aiujuel on a donné le nom (ïncidu pli,osplioi'i<iue. Ces acides des i egétaux et des ani maux, ainsi (pic tous ceux (pi’on pouri'ait regardei' comme intiirmédiaires, tels que l’acide des citrons, des grenades, de I os(;ille, et ceux des fourmis, de la moutarde, etc,, tirent également leur origine de laiide aéi ii'ii modilié dans chacune de ces substances [lar la lermenlalion, ou par le mélange d’une plus ou moins grande quanlilé d huile ; et même les substances dont la saveur est douce, telle ipie le sucre, le miel, le lait, etc., ne diffèrent de celles <pii sont aigres et piquantes, comme les citrons, le vinaigre, etc., que par la ipiantité el la ipialité du mucilage etde l’huile qui envelop|)e l’acide; car leur princiiie salin est le même; et toutes leurs saveurs, (pioicpie si différentes, doixent se rapporter à 1 acide primitif, et à .son union axec l’eau, l’huile el la lerre mucilagineuse des substances animales el végétales.

oU illSTOlUt: iS,VlLllELJi.

On aJoucil loub les acides cl nièuio l’acide xilcîoliqiie, en les mèlani, aux substances huileuses, et particulièrement à l’esprit-de-vin; et c’est dans cet état huileux, niucüagineux et doux, que l'acide aéi-ien se trouve dans plusieurs substances végétales, et dans les fruits dont l’acidité ou la saveur plus douce ncdé|)end que de la quantité d’eau, d’huile et de terre atténuée et mucilagineuse dans lesquelles cet acide se trouve combiné. L’acide animal appartient aux végétaux comme aux animaux; car on le tire de la moutarde et de plusieurs autres plantes, aussi bien que des insectes et autres animaux; on doit donc en inférer que les acides animaux et les acides végélaux sont les mêmes, et qu’ils ne différent que par la (pianlité ou la qualité des matières avec lesquelles ils sont mêlés; et en les examinant en particulier, on verra bien (pie le vinaigre, j)ar exemple, et le tartre étant tous deux des produits du vin, leurs acides ne peuvent différer essentiellement; la fermentation a seulement plus développé celui du vinaigre, et l’a même rendu volatil et presque spiritueux. Ainsi tous les acides des animaux ou des vi-gétaux, et même les acerbes, qui ne sont que des acides mêlés d’une huile aniêre, tirent leur première origine de l’acide aérien.

Les acides minéraux sont beaucoup plus forts (pie les acides animaux et végétaux : « Ces derniers acides, dit M.Macquer, retiennent toujours « de l’huile, au Heu que les acides minéraux n’en contiennent, point du tout*.» 11 me semble que cette dernière assertion doitêlre interprétée: car il faut reconnaitre que si les acides miiuîraux dans leur étal de pureté ne contiennent aucune huile, ils peuvent en passant à l’élat de sel, par leur union avec diverses terres, se charger en même temps de parties huileuses; et en effet, la matière grasse des sels, dans les eawae-m ères, paraît être une substance huileuse, puisqu’elle se réduit à l’état charbonneux par la combuslion**. Les sels minéraux contiennent donc une huile qui paraît leur être essentielle ; et celle qui se trouve de plus dans les acides tirés des animaux et des v égélaux ne leur est qu’accessoire. C’est probablement jiar l’affinité de celte malière grasse a\ ec les huiles v('gélales et les graisses animales que l’acide minéral peut se combiner dans les végélaux et dans les animaux.

Les acides et les alcalis sont des principes salins, mais ne sont pas des sels : on ne les trouv e nulle part dans leur état pur et simjde, et ce n’est que quand ils sont unis à quehiue matiêi e qui puisse leur serv ir de base qu’ils jirennenl la forme de sel, et qu’ils doivent en porter le nom ; cependant les chimistes les ont appelés sels simples, et ils ont nommé sels neutres les vrais sels. Je n’ai pas cru devoir employer celte dénomination, parce qu’elle n’est ni nécessaire ni précise; car si l’on appelle sel neutre tout sel dont la base est une et simple, il faudra donner le nom

* Dictionriaii'o do Chimie, par M. Macquer, article Sel.

" Lettres de M. Deniestc, tome I, page SI.

bliS MINËUAUX. o-il

d’tæpai' i\u\ sels doul la basse u’esl pas simple, mais composée de deux matières dilï'érentes, et donner un troisième, quatrième, cinquième nom, etc., à ceux dont la base est composée de deux, tiois, quatre, etc., matières différentes. C’est là le défaut de toutes les nomenclatures méthodiques ; elles sont forcées de disparaitre dés que Ion veut les a|)pliqiier aux objets réels de la nature.

Nous donnerons donc le nom de sel à toutes les matières daus Ics- (iuelles le principe salin est entré, et qui ont une saveur sensible, et nous ne i)réscnterons d’aboi'd tjue les sels qui sont formés par la natuie, soit en masses solides dans le sein de la terre, .soit en dissolution dans lair et dans l’eau. On i)eul ai)peler sels fossiles ceux qu’on tire de la terre : les \itriols, l’alun, la sélènite,lc nalron, l’alcali fixe végétal , le sel marin, le nitre, le sel ammoniac, le borax, et même le soufre et l’arsenic, sont tons des sels formés par la nature. Nous tâcherons de reconnaitre leur origine et d’expliquer leur formation, en nous aidant des lumières (jue la chimie a répandues sur cet objet plus que sur aucun autre, et les réunissant aux faits deriiistoire naturellcqu’on ne doit jamais en séparer.

La nature nous offre en stalactites les vitriols du fer, du cui\ re et du zinc, l’alun en filets cristallisés, la sélénile en gypse aussi cristallisé, le nalron en masse solide et pure, ou simplement mêlé de terre, le sel marin en cristaux cubiques et en masses immenses, le nitre en efflorescences crislalliséss, le sel ammoniac en poudre sublimée par les feux souterrains, le borax en eau gélatineuse, et l’arsenic en terre métallique. Elle a d’abord formé l’acide aérien par la seule et simple combinaison de l’air et du feu : cet acide primitif s’étant ensuite combiné a\ec toutes les matières terreuses et métalliques, a produit l'acide vitriolique avec la terre vilriliable, l’arsenic avec les matières métalliques, l'acide marin avec les substances calcaires, l’acide nitreux avec les détriments putréfiés des corps organisés : il a de même produit les alcalis par la végétation, l’acide du tartre et du vinaigre par la fermentation j enfin, il est entré sous sa propre forme dans tous les corps organisés. L’air fixe que l’on tire des matières calcaires, celui qui s'élève par la première fermentation de tous les végétaux, ou qui se forme par la respiration des animaux, n’est que ce même acide aérien qui sc manifeste aussi i)ar sa saveur dans les eaux acidulés, dans les fruits, les légumeset les herbes: il a donc produit toutes les substances salines, il s’est étendu sur tous les règnes de la nature; il est le premier principe de toute saveur, et relativement à nous, il est pour l’organe du goût ce que la lumière et les couleurs sont pour le sens de la vue.

Et les odeurs qui ne sont que des saveurs plus fines, et qui agissent sur l’odorat qui n’est qu’un sens de goût plus délicat, proviennent aussi de ce premier principe salin, qui s’exhale en parfums agréables dans la plupart des végétaux, et en mauvaises odeurs dans certaines plantes et dans presque tous les animaux; il s’y combine avec leurs huiles grossières ou V olaliles ; il s’unit à leur graisse, à leurs mucilages; il s élabore

HISTOIHE iNATlJllELLE

avec leur sève cl leur sang; il se trausforme en acides aigres, acerbes ou doux, en alcalis lixes ou volatils, par le travail de l’organisation auquel il a grande part j car c’est, après le feu, le seul agent de la nature, puisque c’est par ce principe salin que (ous les corps acquièrent leurs propriétés actives , non-seulement sur nos sens vivants dugoiitet de l’odorat, mais encore sur les malières brutes et mortes, qui ne peuvent être al laquées el dissoutes (pie par le l'eu on par ce principe salin. C’est le ministre secondaire de ce grand et premier agent qui, par sa puissance sans bornes, brûle, fond ou vÜrilie toutes les substances passives, (pie le principe salin, plus faible et moins puissant, ne peut qu’attaquer, entamer et dissoudre , et cela parce que le feu y est tempéré par l'air ampiel il est uni, el que quand il produit de la chaleur ou d’autres effels semblables à ceux du feu, c’est ([u’on sépare cet élément de la base passive dans bupielle il était renfermé.

Tous les sels dissous dans l’eau se cristallisent en forme assez régulière,jiar une évaporation lente el tranquille: mais loi'sque rc\ aporation de l’eau se fait trop promiitemeut, ou (pi’elle est troublée par quelque mouvement cxlérieiir, les crislaux salins ne se forment qu’imparfailement el se groupent confusément. Les différents sels donnent des cristaux de ligures différentes; ils se produisent principalement à la surface du li(piide, à mesure ipi’il s’évapore; ce (pii prouve que l’air contribue à leur formation, el (pi’elle ne dépend pas uniquement du rapproebemenl des parties salines qni s’unissent, à la vérité, par leur attraction mutuelle, mais (pii ont besoin pour cela d’étre mises en libeidé parfaite; or, elles n’oblieniient celle libindé entière qu’à la surface du liiiuide, pai’ce (pie sa résistance augnienle av ec sa densilé par révaporalion, eu sorte (jue les parties saliiuîs se trouvent, à la vérité, plus voisines |)ar la diminution du volume du liipiide, mais elles ont en même temps plus de peine à vaincre sa résistance qui augmente dans la même proportion (pie ce Nolume diminue; et. c’est par celle raison que toutes les cristallisations des sels s’opèrent plus efficacement et plus abondamment à la surface qu’à rinlèrieur du liquide en évaporation.

Lorsque l’on a tiré par ce moyen tout le sel en cristaux que le liquide chargé de sel |)eul fournir, il en reste encore dans Veau-mère; mais ce sel y est si fort engagé avec la matière grasse qu’il n’est [ilus susceptible de rapprocbenient do eristallisalion ; et même si celle matière grasse (;sl en très-grande quantité, l’eau ne peut plus en dissoudre le sel; cela prouve <pie la solubilité dans l'eau n’est jias une propriété inhérente et essentiidle aux substances salines.

Il en est du caractère de la cristallisation comme de celui de la solubilité ; la propriété de se cristalliser n’est jias plus essentielle aux sels (]ue celle de se dissoudre dans l’eau; et l’iin de nos plus judicieux jdiysiciens, .M. de Morveau, a eu raison de dire ; <i Que la saveur est le seul <1 caractère distinctif des sels, el (pie les autres propriétés qu’on a voulu <1 ajouter à celle-ci pour [(erfectionner leur délinitioii, n’ont servi qu’à

DES MFNEDÂÜX.

ôit)

>1 rendre plus incertaines les limites que l’on voulait tlxer..., la solubi- « lité par l’eau ne convenant pas plus aux sels (|u’à la gomme et à d’au- “ très matières. Il en est de même de la cristallisation, puisque tous “ les corps sont susceptibles de se cristalliser en passant de l’élat liipiide « à l’état solide; et il en est encore de mémo, ajoute-t-il, de la qualilé « qu’on suppose aux sels de n’ctre point combustibles par eux-mêmes;

« car, dans ce cas, le nitre ammoniacal ne serait plus un sel . »

Nos définitions, qui pèchent si souvent par défaut, pècliciit aussi, comme l’on voit, quebjuefois par excès; l’un nuit au complcmeiil, et l’autre à la précision de l’idée (pii représente la ebose ; et les énumérations (ju’on se permet de faire en cousi'quence de celte extension des définitions nuisent encore plus à la netteté de nos vues, et s opposent au libre exercice de l’esprit eu le sui'cbai'gcant de petites idées particulières, souvent prixaires, en lui présentant des méthodes arbitraires (|ui l’éloignent de l’ordre réel des choses, et enfin, en l’empècliant de s’élever au point de pouvoir généraliser les rapports <pie l’on doit en tirer. Quoi([u’on [misse donc réduire tous les sels de la nature a un seul principe salin, et que ce princijie primitif soit, selon moi, l’acide aérien, la nombreuse énumération qu’on a laite des s(ils sous différents noms ne pouvait manquer de s’opposer à cette vue generale; ou a cru jusqu’au temps de Stahl, et plusieurs chimistes croient encore, que les priucip{;s salins, dans l’acide nitreux et dans l’acide marin, sont très-différents de celui de l’acide a ilrioli(|ue, et que ces mêmes principes sont non-seulcnienl différents, mais opposes et contraires dans les acides et dans les alcalis; or n’cst-ce pas admettre autant de causes qu’il y a d’effets dans Un même ordre de choses? c’est donner la nomenclature pour la science, et subslifuer la méthode au génie.

De la même manière ([u’on a fait et compté trois sortes d’acides relativement aux trois règnes, les acides minéraux, végétaux et animaux, on conqitc aussi trois sortes d’alcalis, le minerai, le végétal et l’animal; et néanmoins ces trois alcalis doivent se réduire à un seul, et même l’alcali peut aussi se ramener à l’acide, (pioiqu’ils paraissent opposiés, et qu’ils agissent violemment l’un contre l’autre.

Nous ne suivrons donc pas, en traitant des sels, I énumération Irésuombreuse (ju’on en a faite en chimie, d autant (jiie chrujue jour ce nombre peut augmenter, et ([UC les condjiuaisons qui n ont j(as encore el(‘ tentées pourraient donner do nouveaux résullats salins dont la loiination, comme celle de la plupart des aulres sels, ne serait due qu a noire art; nous nous contenterons de présenter les divisions générales, en nous attachant particulièrement aux sels que nous offre la nature, •soit dans le sein et à la surface de la terre, soit au sommet de ses volcans **.

* Eloinents de Oliimic, loitie I, ]ioge 127.

’* Si l’on veul se satislaiic à tel égai’d, on peut tonsuller la Table ci-jointe, que mou illustre BtFro.N, tom. ni. 1^3

HISTOmE NATURELLE

Nous venons de voir que la première division des acides et des alcalis en minéraux, végétaux et animaux est plutôt une partition nominale qu’une division réelle, puisque tous ne sont au fond que la piême sub-

?mi , M. de Morvcau , vient de publier. Cette nomenclature , quoique très-abrçgde , paraîtra neanmoins encore assez nombreuse.

TABLEAU DE LA PiOMEXCLATURE CHIMIQUE,

Contonanl les j^rinci/ aies démoninalions analogiques, et des exemples de fornuUion des noms

composés.

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