‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 46 sur 54 · DE L’ARGENT · texte numérisé non relu

DE L’ARGENT

Nous avons dit que dans la nature primitive, l’argent et l’or n’ont fait généralement qu’une masse commune, toujours com|)Osée de l’un et l’aulre de ces métaux, (pii même ne se sont jamais complètement séparés, mais seulement atténués, divisés par les agents extérieurs, et réduits en atomes si petits, que l’or s’est trouvé d’un côté et a laissé de l'autre la plus grande partie de l’argent; mais malgré cette séparation, d’autant plus naturelle qu’elle est plus mécanicpie, nulle part on n’a trouvé de l’or exempt d’argent, ni d’argent qui ne contint un peu d'or. Pour la nature, ces deux métaux sont du même ordre, et elle les a doués de plusieurs attributs communs; car, quoique leur densité soit très-différente*, leurs autres propriétés essentielles sont les mêmes : ils sont ('■gaiement inaltérables, et presque indestructibles; l’un et l’autre peuvent subir l’action de tous les éléments sans en être altérés; tous deux se fondent et se subliment à peu près au même degré de feu**; ils n’y perdent guère plus l’un que l’autre***; ils résistent à toute sa violence, sans se convertir en chaux****; tous deux ont aussi plus de ductilité que tous

’ » Un pied cube d’argent pèse 720 livres : un pied cube d’or, 13^8 livres. Le premier ne U perd dans l’eau qu’un onzième de son poids , et l’autre entre un dix-neuvième et un vingu ticme. Dictionnaire de Chimie, articles de l’Or et de l’Argent. J’observerai que ces proportions ne sont pas exactes , (tar en supposant que l’or perde un dix-neuvième cl demi de son poids , et que l’argent ne perde qu’un onzième , si le pied cube d’or pèse 13i8 livres , le pied cube d’argent doit peser 7CÜ livres seize trentièmes. M. Bomare, dans son Dictionnaire d’Hi.stoire naturelle , dit que le pouce cube d’argent pèse 6 onces S gros 26 grains , ce qui ne ferait qu'un peu plus de 718 livres le pied cube, tandis que dans sa Minéralogie, tome II , page 210, il dit que le pied cube d’argent pèse 11825 onces , ce qui fait 720 livres 3 onces pour le pied cube. Les cstiAiations données par M. Brisson sont plus justes; le pied cube d’or à 2^ carats, fondu et non battu pèse, selon lui, 13'f8 livres 1 once 41 grains, cl le pied cube d’or à 24 carats , fondu et battu , pèse 1588 livres 8 onces 60 grains ; le pied cube d’argent à 12 deniers, fondu et non battu , pèse 733 livres 3 onces 1 gros 82 grains , et le pied cube du même argent à 12 deniers , c’est-à-dire , aussi pur qu’il est possible , pèse , lorsqu’il est forgé ou battu , 785 livres 11 onces 7 gros 43 grains.

** Nota. On est assuré de cette sublimation de l’or et de l’argent , non-seulement par mes expériences au miroir ardent, mais aussi par la quantité ([ue l’on en recueille dans les suies des fourneaux d’aftinage des monnaies.

*** Kunckel ayant tenu do l’or et de l’argent pendant quelques semaines on fusion , assure que l’or n’avait rien perdu de son poids; mais il avoue que l’argent avait perdu quelques grains. Il a mal à propos oublié de dire sur quelle quantité.

L’argent tenu au foyer d’un miroir ardent se couvre comme l’or d’une pellicule vitreuse; mais M. Marquer, qui a fait cette expérience, avoue qu’on n’est pas encore assuré si cette vitrification provient des métaux , ou de la poussière de l’air. Dictionnaire de chimie , nrliclc Argenti

DES .MINÉRAUX. oÜÔ

les autres métaux, seulement l’arsent plus faible en densité et moins compacte (|ue l’or, ne peut prendre autant d’extension* ; et de même, quoiqu’il ne soit pas susceptible d’une véritable rouille par les impressions de l’air et de l’eau, il oppose moins de résislanccà l’actiondes acides, et n’exige pas, comme l’or, la réunion de deux puissances actives pour entrer en dissolution; le foie de soufre le noircit et le rend aigre et cassant : l’argent peut donc être altaciué dans le sein de la terre plus fortement, et bien plus fréquemment que l’or, et c’est par cette raison (jue l'on trouve assez coniinuucment de l’argent minéralisé **, tandis qu il est extréineuient rare do trouver l’or dans cet étal d’altération ou de minéralisation.

L’argent, (juoique un peu plus fusible que l’or, est cependant un peu plus dur et i)lus sonore *** : le blanc éclatant de sa surface se ternit, et même se noircit, dés (pi’elle est exposée aux vapeurs des matières inflammables, telles que celles du soufre, du charbon, et à la fumée des substances animales; si même il subit longtemps l’impression de ces vapeurs sulfureuses, il se minéralisé, et devient semblable à la mine que l’on connaît sous le nom d'argent vitré.

Les trois propriétés communes à l’or et à l’argent, qu’on a toujours regardés comme les seuls métaux parfaits, sont la ductilité, la fixité au feu, et l’inaltérabilité à l’air et dans l’eau. Par toutes les autres qualités

* O Un fil d’argent d'un dixième de pouce de di.amctre ne soutient, avant de rompre ,

O qu’un poids de 270 livres, au lieu qu’un fil d’or soutient ;i00 livres On peut réduire un

« grain d’argent en une lame de trois aunes, c’est-à-dire 126 pouces de longueur sur 2 pouces <1 de largeur, ce qui fait une ('tondue de 2ü2 pouces carrés, et dès lors avec une once d’argent, « c’est-à-dire 670 grains, on pourrait couvrir un espace de .lU'l pieds carrés. » Expériences de Miissclienlirock.— Il y a certainement ici une faute d'impression qui tombe sur les mots (hnix pouces de largeur; ce lil d’argent n’avait en effet que 2 lignes et non pas deux pouces, et par conséquent 26 pouces carrés d’étendue, au lieu de 126; d’après quoi l’on voit que 376 grains , ou 1 once d’argent , ne peuvent en effet s’étendre que sur iOi et non pas sur ii04 pieds carrés, et c’est encore beaucoup plus que la densité de ce métal ne paraît l’indiipier, puisqu’une once d'or ne s’étend que sur 106 pieds carrés ; dès lors, en prenant ces deux faits pour vrais, la dnetililé de l’argent est presque aussi grande que celle de l’or, quoique sa densité et sa Ic'nacité soient beaucoup moindres. 11 y a aussi toute apparence qu’Alpbonsc Barba se trompe beaucoup en disant que l’or est cimi fois plus ductile que l’argent; il assure qu’une once d’argent s’étend en un fil de 2iOü aunes de longueur; que cette longueur peut étr# couverte par 6 grains et demi d’or, et qu’on peut dilater l’or an point qu’une once de métal couvrira plus de dix arpents de terre. (Métallui gie d’ Alphonse Barba, tome 1, page 102.)

« On rencontre de l’argent natif eu rameaux entrelacés et comprirats , quelquefois à la 0 superficie des gangues spatliiqucs et quartzenscs : on en trouve de cristallisé en cubes; il « y en a en pointes ou filets qui provient de la décomposition des raines d’argent rougas ou <1 vitreuses , et quelquefois des raines d'argent grises , etc. Il est assez ordinaire de trouver » sous cet argent en filets des portions plus ou moins sensibles de la mine sulfureuse, à la « décomposition de laquelle il doit son origine. » Lettres de M. Demeste à M. Bernard , t. Il, page 430.

Cramei’) cité pour ce fait dans le Dictionnaire de cbimicj artisle de l’Argcnti

HISTOIRE NATURELLE

l’argent (lifl'ère de l'or, et peut souffrir des cliangeinenls et des altérations auxquels ce premier métal n’est pas sujet. On trouve à la vérité, de l’argent qui, comme l’or, n’est point minéralisé ; mais c’est proportionnellement en Lieu moindre (piantité; car, dans ses niines primordiales, l’argent, toujours allié d’un peu d’or, est très-souvent mélangé d’autres matières mélalliques, et particulièrement de plomb et de cuivre: on regarde même comme des mines d’argent toutes celles de plomb ou de cuivre <|ui contiennent une ccrlaine quantité de ce métal et dans les mines secondaires produites par la stillation et le dépôt des eaux, l’argent se lrou\ e souvent attaque par les sels de la terre, et se présente dans l’état de minéralisation sous différentes formes, on peut voir par les listes des nomenclateurs en minéralogie, et particulièrement par celle que donne Vallérius, combien ces formes sont variées, puisqu’il en compte dix sortes i)rincipales, et quarante-neuf ^ariétés dans ces. dix sortes ; je dois cei)endant oltserver qu’ici, comme dans tout autre travail des nomenclateurs, il y a toujours beaucoup plus de noms que de choses.

Dans la plupart dos mines secondaires, l’argent se présente en forme de minéral pyriteux, c’est-à-dire, mêlé et pénétré des principes du soufre, ou bien altéré par le foie de soufre, et quelquefois par ^arscnic*^

* La pldpai'l dos mines d’argent de Hongrie ne sont que des mines de cuivre tenant argent, dont les plus rielics ont donné \S nu 20 marcs d’argent par quintal et beaucoup plus de cuivre : O On scjiare ces mélau.v, dit M. tle.Uorveau, (lar les proccdé.s suivants: dans un four construit a exprès pour se rendre maître du degré de feu, on arrange l'un à côté de l’autre les tourteaux a de cuivre noir tenant argent, auxquels on u mêlé environ un quart de plomb, suivant la a quantité d’argent ipie lient la musse de cuivre; on met alors le feu dans le four, on place a lies charbons jusque sur les tourteaux; ces pièces s’alfaisscnt , le plomb qui se fond plus a aisément que le cuivre et qui a plus d’allluité avec l’argent, s’en charge et s'écoule à travers a les porcs du cuivre, tandis qu’il est encore solide ; le plomb et l’argent se réunissent dans U la partie inférieure des plaques de fer; on rassemble tout le plomb riche en argent, au (1 moyen d’un second feu un peu plus fort où l'on fait ressuer la masse de cuivre; il est aisé a après cela de passer cet argent à la coupelle, de refondre le cuivre en lingots , et par là la « mine se trouve épurée de tout ce qu’elle contenait sans aucune perte.

a Lorsque le plomb contient de l’argent, on coupelle en grand le plomb provenant de la Il première fonte, et on le convertit en litbarge sur un foyer fait de cendres lessivées ; on lui « donne un second alUnagc dans de vraies coupelles , et les débris de ces vaisseaux , ainsi que » des fourneaux, et même In litbarge ipii ne serait pas reçue dans le commerce , sont remis au O fourneau pour en rc\ ivilier le plomb. « Éléments de chimie . par M. de Horveau , tome I , pages 230 et 231 .

« La mine d’argent rouge est minéralisée par l’arsenic et le soufre; elle est d’un rouge « plus ou moins vif, tantôt transparente comme un rubis , tantôt opaque et plus ou moins » obscure: elle est cristallisée de plusieurs manières; la plus ordinaire est eu prismes » hexaèdres, terminés par des pyramides obtuses. » Lettres de M. Demestc, tome H, p. 437. — Nota, .l’observerai que c’est à cette mine qu’il faut rapporter la seconde variété que M. Demestc a rapportée à la mine d’argent vitreux, puisqu’il dit lui-même, que ce n’est qu’une modification de la mine d’argent rouge, et que celle mine vilrense contient encore nu peu d’arsenic ; qu’elle s’égrène sous le couteau, loin de s’y couper. Voyez Idem, page fôli.

L’acide nitreux dissout l’argent plus puissaniment qu’aucun autre; l'acide \ itrioliquc le précipite de cette dissolution, et forme avec lui de de très-petits cristaux qu’on pourrait appeler du vitriol d’argent; l’acide marin qui le dissout aussi en fait des cristaux plus gros dont la masse réunie parla fusion se nomme argent corné, parce qu’il est à demi-transparent comme de la corne.

La nature a produiten quelques endroits de l’argent sous cette forme; on en trouve en Hongrie, en Bohème et en Saxe, où il y a des mines qui ollreul à la fois l’argent natif, l’argent rouge, l’argent vitré et l’argent corné *. Lorsque cette dernière mine n’est point altérée, elle est demitransparente et d’un gris jaunâtre; mais si elle a été attaquée par des va])eurs sulfureuses ou ])ar le foie de soufre, elle devient opaque (d d’une couleur brune. L’argent minéralisé i)ar l’acide marin se coupe presque aussi facilement que de la cire : dans cet état il est très-fusible, une partie se volatilise à un certain degré de feu, ainsi que l’argent corné fait artificiellement, et l’autre partie qui ne s’est point volatilisée se revivifie très-promptement **.

Le soufre dissout l'argent par la fusion et le réduit en une masse de couleur grise; et celte masse ressemble beaucoup à la mine d’argent vitré, qui, comme celle de l’argent corné, est moins dure que ce métal, et peut se couper au couteau *”*. L’or ne subit aucun de ces changements: on nedoitdoncpas être étonné qu’on le trouve si rarement sousune forme minéralisée, et qu’au contraire dans toutes les mines de seconde formation, où les eaux et les sels de la terre ont exercé leur action, l’argent se présente dans différents états de minéralisation et sous des formes plus ou moins altérées; il doit même être souvent mêlé de plusieurs matières étrangères métalliques ou terreuses, tandis que dans son état primordial il n’est allié qu’avec l’or, ou mêlé de cuivre et de plomb. Ces trois métaux sont ceux avec lesquels l’argent parait avoir le plus d’affinité; ce sont du moins ceux avec lesquels il se trouve plus souvent uni dans son état de minerai ****. U est bien plus rare de trouver l’argent uni avec le

* Les raines riches de Saliit-Andrcasberg sont composées d’argent natif ou vierge , de mine d’argent rouge, et de mine d’argent vitré : on vend sur le pied de la taxe ou évaluation, ce (|u’on trouve d’argent vierge et sans mélange ; ou bien on le fait imbiber dans le plomb d’un allinage. Comme ces sortes de mines riches se trouvent aussi fort souvent mêlées avec des mines ordinaires , et qu'un quintal de ce mélange contient jusqu’à cinquante marcs d’argent , on se contente de piler ces sortes de mines à sec , et on les fond ensuite crues ou sans les griller... A Joachimstal en Bohême , on trouve de temps en temps parmi les mines , des lamines d’argent rouge et de l'argent vierge. Traité de la fonte des raines de Schlutter, traduit par M. llellot, tome II, in-4“, pages 275 cl 291).

*' Lettres de M. Demeste, tome II, page 452.

Éléments de chimie, par M. de Morveau, tome I, page 264.

U r.a mine d’argent grise ou blanche , n’est , dit M. Demeste , qu’une mine de cuivre “ tenant argent. » Cette assertion est trop générale, puisque dans le nombre des mines d’ar-

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mercure, quoiqu’il ait aussi avec ce fluide mélallique une affinité trèsniai’quée.

Suivant M. Geller, qui a fait un grand travail sur l’alliage des métaux et des demi-mctaux, celui de l’or a\ ec l’argent n’augmente que très-peu en pesanteur spécififjue : il n’y a donc <jue peu ou point de pénétration entre ces deux métaux fondus ensemble : mais dans l’alliage de l’argent avec le cuivre, qu’on peut faire de même en toute proportion, le composé de ces deux métaux devient spécifiquement plus pesant, tandis que l’alliage du cuivre avec l’or l’est sensiblement moins. Ainsi, dans l’alliage de l’argent et du enivre, le volume diminue et la niasse se resserre, au lieu que le volume augmente par l’extension de la masse dans celui de l’or et du cuivre. Au reste, le mélange du cuivre rend également l’argent et l’or plus sonores et plus durs, sans diminuer de beaucoup leur ductilité; on prétend même qu’il peut la leur conserver, lorsqu’on ne le mêle qu’en petite quantité, et qu’il défend ces métaux contre les vapeurs du charbon, qui selon nos chimistes, en attaquent et diminuent la qualité ductile : cependant, comme nous l’avons déjà remarqué à l’article de l’Or, on ne s’aperçoit guère de cette diminution de ductilité causée par la vapeur du charbon; car il est d'usage dans les monnaies, lorsque les creusets de fer, qui contiennent jusqu’à deux mille cinq cents marcs d’argent, sont presque pleins de la matière en fusion, il est, dis-je, d’usage d’enlever les couvercles de ces creusets pour achever de les remplir de charbon, et d’entretenir la chaleur par de nouveau charbon dont le métal est toujours recouvert, sans que l’on remarque aucune diminution de ductilité dans les lames qui résultent de cette fonte *.

L’argent, allié avec le plomb ainsi qu’avec l’étain, devient spécifiquement plus pesant; mais l’étain enlève à l’argent comme à l’or sa ductilité ; le plomb entraine l’argent dans la fusion et le sépare du cuivre; il a donc i)lus d’affinité avec l’argent (lu’avcc le cuivre. M. Geller, et la plupart des chimistes, après lui, ont dit que le fer s’alliait aussi très-bien à l’argent. Ce fait m’ayant paru douteux, j’ai prié M. de Morveau de le vérifier : il s’est assuré, par l’expérience, qu’il ne se fait aucune union intime, aucun alliage entre le fer et l'argent; et j’ai vu moi-même, en voulant faire de l’acier damassé, que ces deux métaux ne peuvent contracter aucune union.

On sait que tous les métaux imparfaits peuvent se calciner et se convertir en une sorte de chaux, en les tenant longtemps en fusion, et les

geiit grises, il y a peut-être plus de mines de plomb que de cuivre tenant argent, a II y a de ces a mines grises et blanches , continue-t-il , qui sont d’un gris clair et brillant , répandues en a petites masses lamelleuses , rarement bien distinctes dans les gangues bien quartzeuses, a souvent mêlées de pyrites aurifères ; dans les mines de Hongrie, on en tire vingt à vingt-cinq a mares d’argent par quintal. « Lettres de 111. Demeste, tome II, page 412»

* tUiservation cmnmuuiquce par M. Tilict, en avril 1781»

agitant de manière que toutes leurs parties fondues se présentent successivement à l’air; on sait de plus que tous augmentent de volume et de poids en prenant cet état de chaux. Nous avons dit et répété * *•quc cette augmentation de quantité provenait uni(iaement des particules d’air fixées parle feu, et réunies à la substance du métal qu’elles ne foulque masquer, puisqu’on peut toujours lui rendre son premier état, en présentant à cet air fixé quelques matières inllammablcs avec lesquelles il ait plus d’affinité qu’avec le métal : dans la combustion, celle matière inflammable dégage l’air fixe, l’enlève, et laisse par conséquent le métal sous sa première forme. Tous les métaux impai’fails et les demi-métaux peuvent ainsi se convertir en chaux; mais l’or et l’argent se sont toujours refusés à cette espèce de conversion, parce qu’apparemment ils ont moins d’affinité que les autres avec l’air, et que malgré la fusion qui tient leurs parties divisées, ces mêmes parties ont néanmoins entre elles encore trop d’adhérence pour que l’air puisse les séparer et s’y incorporer; et celte résistance de l’oi’ et de l'argent à toute action de l’air donne le moyen de purifier ces deux métaux par la seule force du feu; car il ne faut, pour les dépouiller de toute autre matière, qu’en agiter la fonte, afin de présenter à sa surface toutes les parties des autres matières qui y sont contenues, et qui bientôt par leur calcination ou leur combustion, laisseront l’or ou l’argent seuls en fusion et sous leur forme métallique. Cette manière de purifier l’or et l’argent était anciennement en usage : mais on a trouvé une façon plus expéditive, en employant le plomb qui, dans la fonte de ces métaux, détruit, ou plutôt sépare et réduit en scories toutes les autres matières métalliques dont ils peuvent être mêlés; et le plomb lui-même se scorilianl avec les auties métaux dont il s’est saisi, il les sépare de l’or et de l’argent, les entraine, ou plutôt les emporte et s’élève avec eux à la surface de la fonte, où ils se calcinent, et se scorifient tous ensemble par le contact de l’air, à mesure qu’on remue la matière en fusion, et qu’on en découvre successivement la surface, qui ne se scorilierait ni ne se calcinerait, si elle n’était incessamment exposée à l’action de l'air libre : il faut donc enlever ou faire écouler ces scories à mesure qu’elles se forment ; ce qui se fait aisément, parce qu’elles surnagent et surmontent toujours l’or et l’argent en fusion. Cependant on a encore trouvé une manière plus facile de se débarrasser de ces scories, en se servant de vaisseaux plats et évasés (lu'on appelle coupelles, et qui étant faits d’une matièi-e sèche, poreuse et résistante au feu, absorbe dans ses pores les scories tant du plomb que des autres minéraux mélalliques à mesure qu’elles se

* Voyez le Discours qui sert d’introduction à l’Histoire des Minéraux.

*• Nota. 11 n’y a que le fer qui, comme nous l’avons dit à l’article de l’Or, ne se sépare pas en entier par le moyen du plomb; il faut, suivant M. Poërncr , y ajouter du bismuth pour arliever d« scnt’i(>er le feri

fornienl; en sorte que les coupelles ne retiennent et ne conservent dans leur capacité extérieure, que le métal d’or ou d’argent, qui, par la forte attraction de leurs parlies constituantes, se forme et se présente toujours en une masse globuleuse appelée bouton de fin. Il faut une plus forte chaleur pour tenir ce métal fin en fusion que lorsqu’il était encore mêlé de plomb; car le bouton de fin se consolide presque subitement au moment que l’or ou l’argent qu’il contient sont entièrement purifiés : on le voit donc tout à coup briller de l’éclat métallique; et ce coup de lumière s’appelle coruscation dans Tart de l’affineur dont nous abrégeons ici les procédés, comme ne tenant pas directement à notre objet.

On a regardé comme argent natif tout celui qu’on trouve dans le sein de la terre sous sa forme de mêlai ; mais dans ce sens il faut en distinguer de deux sortes, comme nous l’avons fait pour l’or : la première sorte d’argent natif, est celle qui provient de la fusion par le feu primitif, et qui se trouve quelquefois en grands morceaux *, mais bien plus souvent en filets ou en petites masses feuilletées et ramifiées dans le quartz et autres matières vitreuses;’ la seconde sorte d’argent natif, est en grains, en paillettes ou en poudre, c’est-à-dire, en débris (jui proviennent de ces mines |)rimordialcs, et qui ont été détachés par les agents extérieurs et enlrainés au loin par le mouvement de eaux. Ce sont ces mêmes débris rassemblés, qui, dans certains lieux, ont formé des mines secondaires d’argent, où souvent il a changé de forme en se minéralisant.

L’argent de première formation est ordinairement incrusté dans le quartz ; souvent il est accompagné d'autres métaux et de matières étrangères en quantité si considérable, que les premières fontes, même a^ ec le secours du plomb, ne suffisent pas pour le purifier.

Après les mines d’argent natif, les plus riches sont celles d’argent corné et d’argent vitré : ces mines sont brunes, noirâtres ou grises; elles sont llexibles, et même celle d’argent corné est extensible sous le marteau, à peu près comme le plomb : les mines d’argent rouge au contraire, ne sont pas extensibles, mais cassantes; ces dernières mines sont comme les premières, fort riches en métal.

Nous allons suivre le même ordre que dans l’article de l’Or, pour l’indication des lieux où se trouvent les principales mines d’où l’on tire l’argent. En France, on connaissait assez anciennement celles des montagnes

* « Il y a dans le Cabinet du roi de Danemarck , deux très-grands moreeaux de mine d’aru gent, tous deux dans une pierre blancbe, plus dure que le marbre (c’est-à-dire dans du » quarlz ). Le plus grand de ces morceaux a cinq pieds six pouces de longueur, et le second « quatre pieds; tous deux en forme de solives ; on estime qu’il y a trois quarts d’argent , sur O un quart de pierre , et le premier morceau pèse o60 livres. « Journal étranger , mois de juin 1738. — Ou assure que dans le Ilarlz , on a trouve un morceau d’aigcnt si considérable , qn étant battu on en fit une table autour de laquelle pouvaient sc tenir vingt-quatre personnes. Dictionnaire d’ilistoirc naturelle, par M. de Bomarc, article Argent.

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