‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 3 sur 93 · DE SAINT-LAMBERT · texte numérisé non relu

DE SAINT-LAMBERT

qnelquos pages dune niélaphysi(|ii(“ digne de l.ocke on de Eondillac, ii tombe (luelquefois dans des coiilradielions et des obscurités. Souvenonsnous que, depuis la mort de Socrate, les pliilosoi)bes de la (jrèce se sont enveloppés des ténèbres de la double doctrine, et que celui qui a égalé leur génie a pu imiter leur prudence.

Sül excelle dans la description des animaux, il n est pas moins admirable lorsqu’il peint la surface de la terre. Jamais réloquence descriptive n a été plus loin que dans les deux vues de la nature; c est le spectacle le plus magnilique ([ue l imagination, s'appuyant sur la philosophie, ait présenté a l'esprit humain. Lucrèce et .Milton n’auraient pas fait une plus belle et plus riche description, et ils n'y auraient pas mis autant de philosophie. La, le grand art du peintre nest tpie le choix des circonstances et 1 ordre dans letpiel elles sont placées; ce sont toujours de grandes choses exposi'cs avec sim|)licité : tous les détails sont graïuls, rensemhle <!Sl sidtlimc; I envie a voulu y \oir de la parure, il n’y a (|ue de la heauté.

Echii qui le premier avait jtorté de grandes vues et des idées générales dans riiistoire naturelle, celui qui avait retrouvé le miroir d Archimède, et fait une foule d'heureuses expériences, celui (jui avait fait pltisieurs découvertes (|u'il devait à sa sagacité plus tpi’f» scs études assidues, a été bien excusable d'avoir porté trop loin le talent de généraliser, et d avoir eu quelquefois un sentiment exagéré des forces de l’esprit humaiti. Ce génie actif et puissant devait se trouver trop resserré <lans les bornes que la nature nous a prescrites. 11 fallait un nouveau tnondc à ce nouvel Alexandre. Rapide dans ses idées, prompt dons ses vastes cotidunaisons, impatient de connaître, pouvait-il toujours s'asservir à la marche lente cl sûre de la sage philo- •sophie'.^

Pardonnons-lui de s’èire élancé d'itti vol au sommet de la montagne ver.s . lequel tant d’autres se contentent de gravir. Cest de la que, portant ses regards dans un espace itnmensc, il a vu la nature créer, dévclop|)er, perfectionner, altères, détruire et renoitveler les êtres; il la comparée avec elle-même, il a vu .scs desseins et a cru voir les moyens qu elle emploie. De la hauteur où il s’était ]»lacé, cherchant à découvrir les causes de létat du globe, les propriétés jiremières, et les métamor|)hoscs des substances qui le composent ou qui l'habitent, il s’est précipité dans cet abîme des temps, dont aucune tradition ne révèle les phénomènes, où le génie n’a pour guide que des analogies incertaines et ne peut former que de spécieuses conjectures.

Sans doute la doctrine de la formation des planètes et de la génératioti des êtres animés sera citée au tribunal de la raison; mais elle y sera citée avec les erreurs des grands hommes. Les idées éternelles de Platon, les tourbillons de Descaries, les monades de Leibnitz, tant d'aulrcs moyens d'expliquer toutes les origines, tous les mouvements, toutes les formes, n'ont point altéré le respect (pi'on a conservé pour leurs inventeurs,' parce que leurs brillantes hypolhèses ont prouvé la force de leur imagination et celle de leur rai.sonnement.

HÉ1M)^SE l)i: SMNT-LAAfBKi’iT.

jNoiis pouvons rcliiscT d îitlopicT los sysloiiios do M. <lo Biiirou; mais soyons justes sur la manière dont il les e.\|)ose et dont il les défend ; il ne les enveloppe daucun nuajse; il est impossible de les présenter avec plus de modestie. 11 ne les donne d'abord (|ue comme des sujjpositions. Il commence par les appuyer des preuves les ])lus faibles; de plus spécieuses succéderont bientôt; il en arrivera de plus puissantes, il les environne de vérité : toutes SC lient, se fortilicnt l une par l'autre; la dialeeti(|ue est parfaite, le style est toujours majestueux, clair et facile; c'est celui (pie la raison pourrait cboisir pour parlei- aux liommes avec auloi'ité.

Quelque degré de vraisemblance (pic le génie de M. de Ibiffon ait pu prêter ’à ses systèmes, gardons-nous de croire (pi'ils insiiircnt aujourd'bui une aveugle confiance; nous ne sommes jilns au Kmips où les erreurs se propageaient sous les auspices d'un grand bomme. TouUis les opinions sont discutées; on distingue dans un système ce qu i! y a de vrai ou de faux; si l'expéi'ienco ne le soutient pas, sa faiblesse est reconnue, et on a pu la reconuaitre sans aeipiéiâr de nouvelles lumières, lîendons grâce aux bommes de génie qui ont imprimé du mouvement à leur siècle; pardonnons-leur di's illusions, lorsque en s'écartant de la vérité ils ont augmenté le dt^sir de s'occuper d elle. 31. de Bu (Ton a inspiré une nouvelle ardeur pour toutes les .sciences qui tiennent a 1 étude de la nature; il a rendu plus commun le plaisir de la contempler et celui d en jouir; il nous a fait partager son entbousiasme pour elle : nous la regardons aujourd'bui avec les yeux attentifs ou cbarmés du philosophe ou de poêle; nous lui découvrons de nouvelles beautés, quel(]ue chose de plus majestueux; nous lui arrachons tous les jours quelques scerets, dont nous nous dations de faire usage.

31. de Bud'on a été comblé des faveurs de la renommée; on peut le compter dans le petit nombre des bommes qui ont re('-u de leur siècle le tribut d'estime et de reconnaissance qu'ils avaient mérité. S'il eût cultivé un autre gtmre de philosophie, peut-être aurait, -il été moins heureux. On aime à se délivrer de l'ignorance de la nature, qui ne peut être utile à personne, tandis qu'il y a encore des bommes qui veulent maintenir l'ignorance morale, l.e physicien a des admirateurs, et scs eriii(pies ne relèvent (pic scs fautes. Le philosophe, dont les études ont pour objet les droits de riiomme et les règles (le la vie, reçoit de son siècle plus de censure que d'éloges; quand le temps comnK'uce à rendre |)üpulaires ses maximes (pii combattent l'injustice, il a moins de détracteurs, mais il conserve des ennemis.

31. de Bull'on, dans .«es jardins de Montbard, eberebaut des vérités ou de grandes beauté-s, rencontrant les unes et les autres, aimé de (pichpu-s amis (pii devenaient ses disciples, cher à sa famille et à ses vassaux, goûtait tous les plaisirs d'une v ieillesse oceiquT, ipii suecé-de à de beaux jours qu'ont remplis des travaux illustri's.

S'il quittait sa retraite délicieuse, c'était pour revoir ce jardin roval, ce. (iabinct d'bistoirc naturelle, qui lui doivent ce qu'ils possèdent de plus pireieiiv. Les bâtiments qui renferment une partie de ces In’-sors avaient été

ÉLor.R niSTORioui- Di: DinjivNTox.

cnihcllis l'i aiirniitlis par scs soins cl nièinc par ses avances. Les nior\cilles tics trois règnes v sonl iléposces dans iin ordre qui sendde être celui que la nature indiquerait elle-même. Ce Jardin, ee Cabinet sont devenus une bibliollièque immense, qui nous instruit toujours et ne ]»eul jamais nous tromper. Cà, iM. de Bud'on, jetant un coup d'œil sur tout ce <pii renvironnait, |)ouvait jouir, comme le czar Pierre, du |)laisir d'avoir repeuplé et enriclii son empire. Il y recevait les visites et les hommages des savants, des voyageurs, des hommes illustres dans tous les genres, et même des têtes eouronnées. Plusieurs lui apportaient ou lui envoyaient des animaux, des plantes, des fossiles, des coquillages de toutes les parties de la terre, des rivages de toutes les mers. Aristote, ])our rasscmhler sous scs yeux les productions de la nature, avait eu besoin ((u’Alexandre fit la conquête de l'Asie; pour rassembler un plus grand nomlvre des memes productions, que fallait-il à iM. de Butron? Sa gloire.

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