‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 33 sur 93 · Sable vitrifiable, rougeâtre · texte numérisé non relu

Sable vitrifiable, rougeâtre

Profondeur où l’on a cessé de creuser lOlp. üp.

J’ai dit que j’avais éprouvé toutes ces matières à l'eau-forte, parce que quand l iuspection et la comparaison des matières avec d’autres qu’on connaît ne suffisent pas pour qu’on soit en état de les dénommer et de les ranger dans la classe à laquelle elles appartiennent, et (|u’on a peine à se décider par la sinqile observation, il n’y a pas de moyen plus prompt, et peut-être plus sûr, que d’éprouver avec l’eau-forte les matières terreuses ou lapidiliques : celles que les esprits acides dissolvent sur-le-ehamp avec chaleur et ébullition sont ordinairement caicinables; celles au contraire qui résistent à ces esprits, et sur lesquelles ils ne font aucune im[)ression, sont vitritiables.

On voit jtar cette énumération que le terrain de Marly-la-Villc a été autrefois un fond de mer qui s’est élevé au moins de soixante-quinze pieds, puisqu’on trouve <lcs coquilles à cette profondeur de soixante-quinze pieds. Ces coquilles ont été transportées par le mouvement des eaux en même temps que le sable où on les trouve , et le tout est tombé en forme de sédiments qui se sont arrangés de niveau, et qui ont produit les différentes couches de sable gris, blanc, rayé de blanc et de rouge, etc., dont l’épaisseur totale est de quinze ou dix-huit pieds : toutes les autres couches supérieures jusqu’à la première onl, été de même transportées par le mouvement des eaux de la mer, et déposées en forme de sédiments, comme on ne peut en

doulcr, tant à cause de la silualioii horizontale des couches, qua cause des différents lits de sable mêlé de coquilles, et de ceux de marne, qui ne sont que des débris, ou plutôt des détriments de coquilles; la dernière couche elle-même a été formée presque en entier par le limon dont nous avons parlé, qui s’est mêlé avec une partie de la marne (jui était à la surface.

J’ai choisi cet cxenqtle comme le plus désavantageux à notre ex])lication, parce qu’il parait d'abord fort difficile de concevoir que le limon de l’air et celui des pluies et des rosées aient pu produire une couche de terre franche épaisse de treize pieds : mais on doit observer d’abord qu'il est très-rare de trouver, surtout dans les pays un peu élevés, une épaisseur de terre labourable aussi considérable; ordinairement les terres ont trois ou (piatrc pieds, et souvent elles n’ont pas un pied d'épaisseur. Dans les plaines environnées de collines, cette épaisseur de bonne terre est plus grande , parce que les pluies détachent les terres de ces collines et les entraînent dans les vallées; mais en ne supposant ici rien de tout cela, je vois que les dernières couches formées par les eaux de la mer sont des lits de mai ne fort épais : il est naturel d’imaginer que cette marne avait au commencement une épaisseur encore plus grande, et que, des treize pieds qui composent l'épaisseur delà couche supérieure, il y en avait plusieurs de marne, lorsque la mer a abandonné ce pays et a laissé le terrain à découvert. Cette marne, exposée à l’air, se sera fondue par les pluies; l’action de l’air et de la chaleur du soleil y aura produit des gerçures, de petites fentes, et elle aura été altérée par toutes ces causes extérieures, au point de devenir une matière divisée et réduite en poussière à la surface, comme nous voyons la mai'ne, que nous tirons de la carrière, tomber en poudre lorsqu’on la laisse exposée aux injures de l'air. La mer n’aura pas quitté ce terrain si brusquement qu’elle ne l’ail encore recouvert quelquefois, soit par les alternatives du mouvement des marées, soit par l’élévation cxti aordinaire des eaux dans les gros temps, et elle aura mêlé avec ectlc couche de marne , de la vase , de la boue et d’autres matières limoneuses; lorsque le terrain se sera enfin trouvé tout à fait élevé au-dessus des eaux , les plantes auront commencé à y croître, et c’est alors que le limon des pluies et des rosées aura peu à peu coloré et pénétré cette terre, et lui aura donné un premier degré de fertilité tpie les hommes auront bientôt augmentée par la culture, en travaillant et divisant la surface, et donnant ainsi au limon des rosées et des pluies la facilité de péuétrerplus avant; ce (jui à la fin aura produit cette couche de terre franche de treize pieds d’épaisseur.

Je n’examinerai point ici si la couleur rougeâtre des terres végétales, qui est aussi celle du limon de la rosée et des pluies, ne vient pas du fer qui y est contenu; ce point, qui ne laisse pas que d'ètre important, sera discuté dans notre discours sur les minéraux: il nous sullil d’avoir exposé notre façon de concevoir la formation de la couche superficielle de la terre, et nous allons prouver, par d'autres exemples, que la formation des couches intérieures ne peut être que l'ouvrage des eaux.

ISC) HISTOIRE NATURELLE.

La surface du globe, dit Woodward, cette couche extérieure sur laquelle les hommes et les animaux marchent, qui sert de magasin pour la formation des végétaux et des animaux, est, pour la plus grande partie, composée de matière végétale ou animale, qui est dans un mouvement et dans un changement continuel. Tous les animaux et les végétaux, qui ont existé depuis la création du monde, ont toujours tiré successivement de cette couche la matière qui a composé leurs corps, et ils lui ont rendu à leur mort cette matière empruntée ; elle y reste, toujours prête à être reprise de nouveau et à servir pour lormer d’autres corps de la même espèce, successivement sans jamais discontinuer; car la matière qui compose un corps est propre et naturellement disposée pour en former un autre de cette espèce. (Voyez Essai sur l' llisloire naturelle, etc.) Dans les pays inhabités, dans les lieux où on ne coupe pas les bois, où les animaux ne broûtent pas les plantes, cette couche de terre végétale s augmente assez considérablement avec le temps. Dans tous les bois, et même dans ceux qu’on coupe, il y a une couche de terreau de six ou huit pouces d'épaisseur, qui n’a été formée que par les feuilles, les petites branches, et les écorces qui se sont pourries. J’ai souvent observé, sur un ancien grand chemin, fait, dit-on, du temps des Romains, qui traverse la Bourgogne dans une longue étendue de terrain, qu il s’est formé sur les pierres dont ce grand chemin est construit, une couche de terre noire de plus d’un pied d'épaisseur, qui nourrit actuellement des arbres d’une hauteur assez considérable; et cette couche n’est composée que d un terreau noir, formé par les feuilles, les écorces et les bois pourris. Comme les végétaux tirent pour leur nourriture beaucoup plus de substance de l’air et de I eau qu ils n’en tirent de la terre, il arrive qu’en pourrissant ils rendent à la terre plus qu’ils n’en ont tire. D’ailleurs, une forêt détermine les eaux de la pluie en arrêtant les vapeurs : ainsi, dans un bois qu'on conserverait bien longtemps, sans y toucher, la couche de terre qui sert à la végétation augmenterait considérablement. Mais les animaux rendant moins à la terre <iu’ils n’en tirent, et les hommes faisant des consommations énormes de bois et de plantes pour le feu et pour d'autres usages, il s’ensuit que la couche de terre végétale d'un pays habité doit toujours diminuer et devenir enfin comme le terrain de l’Arabie pétrée, et comme celui de tant d’autres provinces de 1 Orient, qui est en effet le climat le plus anciennement habité, où l’on ne trouve (|ue du sel et des sables; car le sel fixe des plantes et des animaux reste, tandis que toutes les autres parties se volatilisent.

Après avoir parlé de cette couche de terre extérieure que nous cultivons, il faut examiner la position ci la formation des couches intérieures. La terre, dit Woodward, parait, en quelque endroit qu’on la creuse, composée de couches placées l’une sur l’autre, comme autant de sédiments qui seraient tombés successivement au fond de l’eau : les couches qui sont les plus enfoncées sont ordinairement les plus épaisses, et celles qui sont sur celles-ci sont les plus minces par degrés jusqu’à la surface. On trouve des coquilles de mer, des dents et des os de poissons dans ces différentes couches; il s’en

trouve non-seulement dans les couches molles, comme dans la craie, l’argile et la marne, mais même dans les couches les plus solides et les plus dures, comme dans celles do pierre, de marbre, etc. Ces productions marines sont incorporées avec la pierre; et lorsqu'on la rompt et (|u'on en sépare la coquille, on observe toujours que la pierre a reçu renipreinte ou la forme de la surface avec tant d'exactitude, qu’on voit que toutes les parties étaient exactement contiguës cl a|)pliquées à la coquille. « Je me suis assuré, dit cet « auteur, qu’en France, en Flandre, en Hollande, en Espagne, en Italie, « en Allemagne, en Danemarck, en A'orwége et en Suède, la pierre et les « autres substances terrestres sont disposées par couches de même qu’en « Angleterre; que ces couches sont divisées par des fentes parallèles; qu’il « y a au dedans des pierres et des autres substances terrestres et compactes « une grande quantité de coquillages, et d'autres productions de la mer, « disposées de la meme manière que dans cette île”. J’ai appris que ces cou- « cbes se trouvaient de même en Barbarie, en Égypte, en Guinée et dans « les autres parties de l’Afrique, dans l’Arabie, la Syrie, la Perse, le .Mala- « bar, la Chine et les autres provinces de l’Asie, à la Jamaïque, aux Bar- « bades, en Virginie, dans la Nouvelle-Angleterre, au Brésil, au Pérou et « dans les autres parties de l’Amérique. » Essai sur V Histoire naturelle de la Terre ^ p. 40, 41, 42, etc.

Cet auteur ne dit pas comment et par qui il a appris que les couches de la terre au Pérou contenaient des coquilles. Cependant, comme en général ses observations sont exactes, je ne doute pas qu’il n’ait été bien informé; et c’est ce qui me persuade qu’on doit trouver des coquilles au Pérou dans les couches de terre, comme on en trouve partout ailleurs. Je fais cette remarque à l’occasion d’un doute qu’on a formé depuis peu sur cela, et dont je parlerai tout à riieure.

Dans une fouille que l’on fil à Amsterdam, pour faire un puits, on creusa jusqu’à deux cent trente-deux pieds de profondeur, et on trouva les couches de terre suivantes : sept pieds de terre végétale ou terre de jardin, neuf pieds de tourbe, neuf pieds de glaise molle, huit pieds d’arène, quatre de terre, dix d’argile, quatre de terre, dix pieds d’arène sur laquelle on a coutume d’appuyer les pilotis (pu soutiennent les maisons d’Amsterdam; ensuite deux pieds d’argile, quatre de sable blanc, cinq de terre sèche, un de terre molle, quatorze d’arène, huit d’argile mêlée d’arène, quatre d’arène mêlée de coquilles, ensuite une épaisseur de cent deux pieds de glaise, et enfin trente et un pieds de sable, où l'on cessa de creuser. Voyez Varenii Geog. general., page 46.

Il est rare qu'on fouille aussi profondément sans trouver de l’eau, et ce fait est remarquable en plusieurs choses ; 1 1” il fait voir que l’eau de la mer ne communique pas dans l’intérieur de la terre par voie de filtration ou de stillation, comme on le croit vulgairement; 2" nous voyons qu’on trouve des

En Anglcterrp.

coquilles à cent pieds au-dessous de la surface de la terre, dans un pays extrêmement bas, et que, par conswjuent, le terrain de la Hollande a été élevé de cent pieds par les sédiments de la merj 3" on peut en tirer une induction que cette couche de glaise épaisse de cent deux pieds, et la couche de sable qui est au-dessous, dans laquelle on a fouillé à trente et un pieds, et dont l'épaisseur entière est inconnue, ne sont peut-être pas fort éloignées de la première couche de la vraie terre ancienne et originaire, telle qu’elle était dans le temps de sa première formation, et avant que le mouvement des eaux eût changé sa surface. Nous avons dit, dans rarticle premier, que si l’on voulait trouver la terre ancienne, il faudrait creuser dans les pays du nord plutôt que sous l’équateur, dans les plaines basses plutôt que dans les montagnes ou dans les terres élevées. Ces conditions se trouvent à peu près lassemhlées ici; seulement, il aurait été à souhaiter qu’on eût continué cette fouille à une plus grande profondeur, et que l’auicur nous eût appris s’il n’y' avait pas de coquilles ou d’autres productions marines dans cette couche de terre de cent deux pieds d'épaisseur, et dans celle de sable qui était au-dessous. Cet exemple confirme ce que nous avons dit, savoir, que plus on fouille dans 1 intérieur de la terre, plus on trouve les couches épaisses; ee qui s’explique fort naturellement dans notre théorie.

Non-seulement la terre est composée de couches parallèles et horizontales dans les plaines et dans les collines, mais les montagnes mêmes sont en général eom])osées de la même façon : on peut dire que ces couches y sont plus apparentes que dans les plaines, parce que les plaines sont ordinairement recouvertes d iine quantité assez considérable de sable et de terre que les eaux y ont amenés; et pour trouver les anciennes couches, il faut creuser plus profondément dans les plaines que dans les montagnes.

J ai souvent observé que, lorsqu'une montagne est égale et que son sommet est de niveau, les couches ou lits de pierre qui la composent, sont aussi de niveau; mais si le sommet de la montagne n’est pas posé horizontalement, et s’il penche vers l’orient ou vers tout autre côté, les couches de pierre penchent aussi du meme côté. .l’avais oui dire à plusieurs personnes que pour l’ordinaire les bancs ou lits des carrières penchent un peu du côté du levant : mais ayant observé moi-mème toutes les carrières et toutes les chaînes de rochers qui se sont présentées à mes yeux, j’ai reconnu que cette opinion est fausse, et que les couches ou bancs de pierre ne penchent du côté du levant que lorsque le sommet de la colline penclie de cc même côté; et qu’au contraire, si le sommet s’al>aisse du côté du nord, du midi, du couchant, ou de tout autre côté, les lits de pierres penchent aussi du côté du nord, du midi, du couchant, etc. Lorsqu’on lire les pierres et les marbres des carrières, on a grand soin de les séparer, suivant leur position naturelle, cl on ne pourrait pas même les avoir en grand volume, si on voulait les couper dans un autre sens. Lorscpi’on les emploie, il faut, pour que la maçonnerie soit bonne, et pour que les pierres durent longtemps, les poser sur leur Ul de carrière; c’est ainsi que les ouvriers appellent la couche hori-

TIIÉOHIK DE LA TEIIEE. 189

ïonlale. Si, dans la maçonnerie, les pierres étaient posées sin- un autre sens, elles se fendraient et ne résisteraient pas aussi longtemps au poids dont elles sont chargées. On voit bien que ccei eonlirme que les pierres se sont formées par couches parallèles et horizontales, qui sc sont successivement accumulées les unes sur les autres, et (pie ecs couches ont eomposé des masses dont la résistance est plus grande dans ce sens que dant tout autre.

Au reste, chaque couche, soit qu’elle soit horizontale ou inclinée, a dans toute son étendue une épaisseur égale; c’est-à-dire, chaque lit d’une matière quelconque, pris à part, a une épaisseur égale dans toute son étendue ; par exemple, lorsque dans une carrière le lit de pierre dure a trois pieds d’épaisseur en un endroit, il a ses trois pieds d’épaisseur partout; s'il a six pieds d'épaisseur en un endroit, il en a six partout. Dans les carrières autom de Paris, le lit de bonne pierre n’est pas épais, et il ri’a guère que dix-huit à vingt pouces d’épaisseur partout; dans d’autres carrières, comme en Bourgogne, la pierre a beaucoup plus d'épaisseur. 11 en est de même des marbres : ceux dont le lit est le plus épais sont les marbres blancs et noirs; ceux de couleur sont ordinairement plus minces; et je connais des lits d’une pierre fort dure, et dont les paysans sc servent en Bourgogne pour couvrir leurs maisons, qui n’ont qu’un pouce d’épaisseur. Les épaisseurs des différents lits sont donc différentes; mais chaque lit conserve la même épaisseur dans toute son étendue. En général, on peut dire (pie l’épaisseur des couches horizontales est tellement variée, qu’elle va depuis une ligne et moins encore, jusqu’à un, dix, vingt, trente et cent pieds d’épaisseur. Les carrières anciennes et nouvelles qui sont creusées horizontalement, les boyaux des mines, et les coupes à plomb, en long et en travers, de plusieurs montagnes, prouvent qu’il y a des couches qui ont beaucoup d’étendue en tous sens. « 11 est bien prouvé, dit l’historien de l’Académie, que toutes les pierres « ont été une pâte molle; et comme il y a des carrières presque partout, la « surface de la terre a donc été dans tous ces lieux, du moins jusqu à une « certaine profondeur, une vase et une bourbe. Les coquillages qui sc trou- M vent dans presque toutes les carrières prouvent que eette vase était une « terre détrempée par l’eau de la mer ; et, par conséquent, la mer a couvert « tous ces lieux-là, et elle n’a pu les couvrir .sans couvrir aussi tout ce qui « était de niveau ou plus bas, et elle n’a pu couvrir tous les lieux où il y a « des carrières et tous ceux qui sont de niveau ou plus bas, sans couvrir « toute la surface du globe terrestre. Ici l'on ne considère point encore « les montagnes que la mer aurait du couvrir aussi, puisqu'il s’y trouve « toujours des carrières et souvent des coquillages. Si on les supposait for- « mées, le raisonnement que nous faisons en deviendrait beaucoup plus « fort. »

« La mer, continue-t-il, couvrait donc toute la terre; et delà vient que « tous les bancs ou lits de pierre, qui sont dans les plaines, sont horizon- « taux et parallèles entre eux : les poissons auront été les plus anciens habi- « tants du globe, qui ne pouvait encore avoir ni animaux terrestres, ni

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« oiseaux. Mais comment la rncr s est-elle retirée dans les grands creux, dans « les vastes bassins quelle occupe présentement? Ce qui se présente le plus « naturellement à Tesprit, c’est que le globe de la terre, du moins jusqu’à « une certaine profondeur, n’était pas solide partout, mais entremêlé de « quelques grands creux dont les voûtes se sont soutenues pendant un temps, « mais enfin sont venues à fondre subitement; alors les eaux seront tom- « bées dans ces creux, les auront remplis, et auront laissé à découvert une « partie de la surface de la terre, *qui sera devenue une habitation conve- « nable aux animaux terrestres et aux oiseaux. Les coquillages des carrières « s’accordent fort avec cette idée; car, outre qu'il n’a pu se conserver jus- « qu’à présent dans les terres que des parties pierreuses des poissons, on « sait qu'ordinairement les coquillages s’amassent en grand nombre dans « certains endroits de la mer, où ils sont comme immobiles et forment des « espèces de rochers, et ils n’auront pu suivre les eaux qui les auront subite- « tentent abandonnés : c’est par celte dernière raison que l'on trouve infi- « niment plus de coquillages que d’arètes ou d’empreintes d’autres poissons; « et cela même prouve une chute soudaine de la mer dans ses bassins. Dans « le même temps que les voûtes que nous supposons ont fondu, il est fort « possible que d'autres parties de la surface du globe se soient élevées ; et « par la même cause, ce seront là les montagnes qui se seront placées sur « cette surface avec des carrières déjà toutes formées. Mais les lits de ces « carrières n’ont pas pu conserver la direction horizontale qu’ils avaient au- « paravanl, a moins que les masses des montagnes ne se fussent élevées « précisément selon un axe perpendiculaire à la surface de la terre; ce qui « n’a pu être que très-rare : aussi, comme nous l’avons déjà observé en 1708 « (page 30 et suiv.), les lits des carrières des montagnes sont tottjours in- « clinésà l'horizon, mais parallèles entre eux; car ils n’ont pas changé de « position les uns à l’égard des autres, mais seulement à l’égard de la sur- « face de la terre. » (Voy. les Mém. de VAcad., 1710, page 14 et suiv. de i Histoire.

Ces couches parallèles, ces lits <le terre ou de pierre, qui ont été formés par les sédiments des eaux de la mer, s’étendent souvent à des distances très-considérables, et même on trouve dans les collines séparées par un vallon les mêmes lits, les mêmes matières, au même niveau. Celte observation (pie j’ai faite s'accorde parfaitement avec celle de l’égalité de la hauteur des collines opposées, dont je parlerai tout à l’heure. On pourra s’assurer aisément de la vérité de ces faits; car, dans tous les vallons étroits où l’on découvre des rochers, on verra que les mômes lits de pierre ou de marbre se trouvent des deux côtés à la même hauteur. Dans une campagne que j’habite souvent, et où j’ai beaucoup e.xaminc les rochers cl les carrières, j’ai trouvé une carrière de marbre qui s’étend à plus de douze lieues en longueur, et dont la largeur est fort considérable, quoique je n'aie pas pu m’assurer précisément de celle étendue en largeur. J’ai souvent observé cpie ce lit de marbre a la même épaisseur partout; et dans des collines séparées de cette

carrière pai’ un vallon de cent pieds do profondeur et d Un (juart de lieue de largeur, j’ai trouvé le même lit de marbre à la même hauteur. Je suis persuadé qu’il en est de même de toutes les carrières de pierre ou de marbre où l’on trouve des coquilles j car cette observation n’a pas lieu dans les carrières de grès. Nous donnerons dans la suite les raisons de cette différence, et nous dirons pourquoi le grès n’est pas disposé, comme les autres matières, par lits horizontaux, et qu’il est en blocs irréguliers pour la forme et pour la position.

On a de même observé que les lits de terre sont les mêmes des deux côtés des détroits de la mer : et cette observation, qui est importante, peut nous eonduire à reconnaître les terres et les îles qui ont été séparées du continent; elle prouve, par exemple, que l’Angleterre a été séparée de la France, l’Espagne de l'i^^frique, la Sicile de l ltalie : et il .serait à souhaiter qu'on eût fait la même observation dans tous les détroits; je suis persuadé qu’on la trouverait vraie presque partout ; et pour commencer par le plus long détroit que nous connaissions, qui est celui de Magellan, nous ne savons pas si les mêmes lits de pierre se trouvent à la même hauteur des deux côtés : mais notts voyons, à l’inspection des cartes particulières de ce détroit, que les deux côtes élevées qui le bornent forment à peu près, comme les montagnes de la terre, des angles corre.spondants, et que les angles saillants sont opposés aux angles rentrants dans les détours de cc détroit; ce qui prouve que la Terre de Feu doit être regardée comme une partie du continent de l'Amérique. Il en est de meme du détroit de Forbisher ; l’île de Frislaude parait avoir été séparée du continent de Groenland.

Les îles Maldives ne sont séparées les unes des autres que par de petits trajets de mer, de chaque côté desquels se trouvent des bancs et des rochers composés de la même matière ; toutes ees iles, qui, prises ensemble, ont près de deux eents lieues de longueur, ne formaient autrefois qu'une même terre; elles sont rlivisées en treize provinces, que l’on appelle atoUuns. Chaque atollon contient un grand nombre de petites iles, dont la plupart sont tantôt submergées et tantôt à découvert; mais ce qu’il y a de remarquable, c'est que ces treize atollons sont chacun environnés d’une chaîne de rochers de même nature de pierre, et qu’il n’y a que trois ou quatre ouvertures dangereuses par où l'on peut entrer dans chaque atollon : ils sont tous posés de suite et bout à bout; et il parait évidemment que ces îles étaient autrefois une longue montagne couronnée de rochers. (Voy. les Voilages de Franc. Pgrard, vol. 1, Paris, 1719, page 107, etc.)

Plusieurs auteurs, comme Verstegan, Twine, Sommer, et surtout Campbell dans sa description de l’Angleterre, au chapitre de la province de Kent, donnent des raisons très-fortes pour prouver que l’Angleterre était autrefois jointe à la France, et qu’elle en a été séparée par un coup de mer, qui, s’étant ouvert cette porte, a laissé à découvert une grande quantité de (erres basses et marécageuses tout le long des côtes méi idionales de l’Angleterre. Le docteur Wallis fait valoir, comntc une preuve de ce fait, la conformité

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de l’ancien langage des Gallois et des Bretons ; et il ajoute plusieurs observations que nous rapporterons dans les artieles suivants.

Si l’on considère en voyageant la forme des terrains, la position des montagnes et les sinuosités des rivières, on s’apercevra qu’ordinairement les collines opposées sont non-sculcment composées des mêmes matières, au même niveau, mais môme qu’elles sont à peu près également élevées. ,J’ai observé cette égalité de hauteur dans les endroits où j’ai vovagé, et je l’ai toujours trouvée la même, a très-peu près, des deux côtés, surtout dans les vallons serrés, et qui n’ont tout au plus qu’un quart ou un tiers de lieue de largeur; car, dans les grandes vallées qui ont beaucoup plus de largeur, il est assez dillicile de juger exactement de la iiauteur des collines et de leur égalité, parce qu’il y a erreur d’optique et erreur de jugement. En regardant une plaine ou tout autre terrain de niveau, qui s’étend fort au loin, il parait s’élever; et, au contraire, en voyant de loin des collines, elles paraissent s’abaisser. Ce n est pas ici le lieu de donner la raison mathématique de cette différence. D'autre côté, il est fort difficile de juger par le simple coup d’œil où se trouve le milieu d’une grande vallée, à moins qu'il n’y ait une rivière; au lieu que, dans les vallons serrés, le rapport des yeux est moins équivoque et le jugement [)lus certain. Cette partie de la Bourgogne, qui est compris entre Auxerre, Dijon, Autun et Bar-sur-Seine, et dont une étendue considérable s’appelle le Bailliage de la Montagne, est un des endroits les plus clevcs de la b rance : dun côte de la plupart de ces morttagnes qui ne sont que du second ordre, et qu'on ne doit regarder que comme des collines elevees, les eaux coulent vers 1 Océan, et de l autre vers la Méditerranée. 11 y a des points de partage, comme à Sombernon, Bouilli en Auxois, etc., où l’on peut tourner les eaux indifféremment vers l'Océan ou vers la Méditerranée. (ic pays élevé est entrecoupé de plusieurs petits vallons assez serrés, et presque tous arrosés de gros ruisseaux ou de [tetites rivières. J’ai mille et mille fois observé la correspondance des angles de ees collines et leur égaliié do hauteur, et je puis assurer ([uc j’ai trouvé partout les angles saillants opposes aux angles rentrants et les hauteurs à peu près égales des deux côtés. Blus on avance dans le pays élevé où sont les points de partage dont nous venons de parler, plus les montagnes ont de hauteur; mais cette hauteur est toujours la même des deux côtés des vallons, et les collines s'élèvent ou s’abaissent également. En se plaçant à rextrèmité des vallons dans le milieu de la largeur, j’ai toujours vu que le bassin du vallon était environné et surmonté de collines, dont la hauteur était égale. J’ai fait la même observation dans plusieurs autres provinces de France. C'est cette égalité de hauteur dans les collines qui fait les plaines en montagnes; ces plaines forment, pour ainsi dire, des pays élevés au-dessus d'autres pays : mais les hautes montagnes ne paraissent pas être si égales en hauteur; elles se terminent la plupart en pointes et en pics irréguliers, et j’ai vu, en traversant plusieurs fois les .Alpes et r.Apennin, que les angles sont en effet correspondants, mais qu’il est prc.sque impossible déjuger à l'œil de l’égalité ou de

l’inégalité de hauteur des montagnes opposées, parce que leur sommet se perd dans les brouillards et dans les nues.

Les différentes couches dont la terre est composée ne sont pas disposées suivant l’ordre de leur pesanteur spécifique; souvent on trouve des couches de matières pesantes posées sur des couches de matières plus légères : pour s’en assurer, il ne faut qu’examiner la nature des terres sur lesquelles portent les rochers, et on verra que c’est ordinairement sur des glaises ou sur des sables qui sont spécifiquement moins pesants que la matière du rocher. Dans les collines et dans les autres petites élévations, on reconnaît facilement la base sur laquelle portent les rochers ; mais il n’en est pas de même des grandes montagnes : non-seulement le sommet est de rocher, mais ces rochers portent sur d’autres rochers; il y a montagnes sur montagnes et rochers sur rochers, à des hauteurs si considérables et dans une si grande étendue de terrain, qu’on ne peut guère s’assurer s’il y a de la terre dessous, et de quelle nature est cette terre. On voit des rochers coupés à pic, qui ont plusieurs centaines de pieds de hauteur; ces rochers portent sur d’autres qui peut-être n’en ont pas moins. Cependant ne peut-on pas conclure du petit au grand? et, puisque les rochers des petites montagnes, dont on voit la base, portent sur des terres moins pesantes et moins solides que la pierre, ne peut-on pas croire que la base des hautes montagnes est aussi de terre? Au reste, tout ce que j’ai à prouver iei, c’est qu’il a pu arriver naturellement, par le mouvement des eaux, qu’il se soit accumulé des matières plus pesantes au-dessus des plus légères, et que si cela se trouve en effet dans la plupart des collines, il est probable que cela est arrivé comme je l’explique dans le texte. Mais, quand même on voudrait se refuser à mes raisons, en m’objectant que je ne suis pas bien fondé à supposer qu’avant la formation des montagnes, les matières les plus pesantes étaient au-dessous des moins pesantes, je répondrais que je n’assure rien de général à cet égard, parce qu’il y a plusieurs manières dont cet effet a pu se produire, soit que les matières pesantes fussent au-dessous ou au-dessus, ou placées indifféremment, comme nous les voyons aujourd'liui : ear, pour concevoir comment la mer ayant d’abord formé une montagne de glaise, l’a ensuite couronnée de rochers, il suffît de faire attention que les sédiments peuvent venir successivement de différents endroits, et qu’ils peuvent être de matières différentes; en sorte que, dans un endroit de la mer où les eaux auront déposé d’abord plusieurs sédiments de glaise, il peut très-bien arriver que tout d’un coup, au lieu de glaise, les eaux apportent des sédiments pierreux, et cela, parce qu’elles auront enlevé du fond, ou détaché des côtes toute la glaise, et qu’ensuite elles auront attaqué les rochers, ou bien parce que les premiers sédiments venaient d’un endroit, et les seconds d’un autre. Au reste, cela s’accorde parfaitement avec les observations par lesquelles on reconnaît que les lits de terre, de pierre, de gravier, de sable, etc., ne suivent aucune règle dans leur arrangement, ou du moins se trouvent placés indifféremment et comme au hasard les uns au-dessus des autres.

Cependant ce hasard même doit avoir des règles qu on ne peut connaître qu’en estimant la valeur des probabilités et la vraisemblance des conjectures. Nous avons vu qu’cn suivant notre hypothèse sur la formation du globe, l’intérieur de la terre doit être d’une matière vitrifiée, semblable à nos sables vitriliables, qui ne sont que des fragments de verre, et dont les glaises sont peut-être les scories ou les parties décomposées. Dans celte supposition, la terre doit être composée dans le centre, et presque jusqu’à la circonférence extérieure, de verre ou d’une matière vitrifiée qui en occupe presque tout l’intérieur; et au-dessus de cette matière, on doit trouver les sables, les glaises et les autres scories de cette matière vitrifiée. Ainsi, en considérant la terre dans son premier état, c’était d abord un noyau de verre ou de matière vitrifiée, qui est, ou massive comme le verre, ou divisée comme le sable, parce que cela dépend du degré de l’activité du feu qu elle aura éprouvé; au-dessus de cette matière étaient les sables, et enfin les glaises : le limon des eaux cl de l’air a produit 1 enveloppe extérieure, qui est plus ou moins épaisse, suivant la situation du terrain, plus ou moins colorée suivant les différents mélanges de limon, des sables et des parties d’animaux ou de végétaux détruits, et plus ou moins féconde suivant l’abondance ou la disette de ces mêmes parties. Pour faire voir que cette supposition, au sujet de la formation des sables et des glaises, n’est pas aussi gratuite qu’on pourrait l’imaginer, nous avons cru devoir ajouter à ce que nous venons de dire quelques remarques particulières.

Je conçois donc que la terre, dans le premier état, était un globe, ou plutôt un sphéroïde de matière vitrifiée, de verre, si l’on veut, très-compacte, couvert d’une croûte légère et friable, formée par les scories de la matière en fusion , d’une véritable pierre ponce : le mouvement et l’agitation des eaux et de l’air brisèrent bientôt cl réduisirent en poussière cette croûte de verre spongieuse, cette pierre ponce qui était à la surface; de là les sables qui, en s’unissant, produisirent ensuite les grès et le roc vif, ou, ce qui est la même chose, les cailloux en grande masse, qui doivent, aussi bien que les cailloux en petite masse, leur dureté, leur couleur ou leur transparence et la variété de leurs accidents, aux différents degrés de pureté et à la finesse du grain des sables qui sont entrés dans leur composition.

Ces mêmes sables, dont les parties constituantes s’unissent par le moyen du feu, s’assimilent et deviennent un corps dur très-dense, et d autant plus transparent que le sable est plus homogène; exposés, au contraire, depuis longtemps à l’air, se décomposent par la désunion et l'exfoliation des petites lames dont ils sont formés; ils commencent à devenir terre, et c'est ainsi qu’ils ont pu former les glaises et les argiles. Celte poussière, tantôt d'un jaune brillant, tantôt semblable à des paillettes d’argent dont on se sert pour sécher l’écriture, n’est autre chose qu’un sable très-pur, en quelque façon pourri, presque réduit à ses principes, et qui tend à une décomposition parfaite; avec le temps ces paillettes se seraient atténuées et divisées au point qu’elles n’auraient plus eu assez d’épaisseur et de surface pour réfié-

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chir la lumière, et elles auraient acquis toutes les propriétés des glaises. Qu’on regarde au grand jour un morceau d’argile, on y apercevra une grande quantité de ces paillettes talqueuses , qui n’ont pas encore entièrement perdu leur forme. Le sable peut donc avec le temps produire l’argile, et celle-ci, en se divisant, acquiert de même les propriétés d’un véritable limon, matière vilrifiable comme l’argile et (|ui est du même genre.

Cette théorie est conforme à ce qui se pa.sse tous les jours sous nos yeux. Qu on lave du sable sortant de sa minière , l’eau se chargera d’une assez grande quantité de terre noire, ductile, grasse, de véritable argile. Dans les villes où les rues sont pavées de grès, les boues sont toujours noires et trèsgrasses; et desséchées, elles forment une terre de la même nature que l'argile. Qu’on détrempe et qu’on lave de même de i’argilc prise dans un terrain où il n’y a ni grès ni cailloux, il se précipitera toujours au fond de l’eau une assez grande quantité de sable vitrifiablc.

Mais ce qui prouve parfaitement que le sable, et même le caillou et le verre, existent dans l’argile et n’y sont que déguisés, c’est que le feu en réunissant les parties de celle-ci, que l’action de l’air et les autres éléments avaient peut-être divisées, lui rend sa première forme. Qu’on mette de l’argile dans un fourneau de réverbère échauffé au degré de la calcination, elle se couvrira au dehors d’un émail très-dur : si à l’intérieur elle n’est pas encore vitriliée, elle aura cependant acquis une très-grande dureté, elle résistera à la lime et au burin, elle étincellera sous le marteau, elle aura enfin toutes les propriétés du caillou; un degré de chaleur de i)liis la fera couler et la convertira en un véritable verre.

L’argile et le sable sont donc des matières parfaitement analogues et du même genre : si l’argile en se condensant peut devenir du caillou, du verre, pourquoi le sable en se divisant ne pourrait-il pas devenir de l'argile? Le verre paraît être la véritable terre élémentaire, et tous les mixtes un verre déguisé; les métaux, les minéraux, les sels, etc., ne sont qu’une terre vitrescible : la pierre ordinaire, les autres matières qui lui sont analogues , et les coquilles des testacées, des crustacés, etc., sont les seules substances qu’aucun agent connu n’a pu jusqu’à présent vitrifier, et les seules qui semblent faire une classe à part. Le feu, en réunissant les parties divisées les premières, en fait une matière homogène, dure et transparente à un certain degré, sans aucune diminution de pesanteur, et à laquelle il n’est plus capable de causer aucune altération; celles-ci au contraire, dans lesquelles il entre une plus grande quantité de principes actifs et volatils, et qui se calcinent, perdent au feu plus du tiers de leur poids, et reprennent simplement la forme de terre, sans autre altération que la désunion de leurs principes : ces matières exceptées, qui ne sont pas en giand nombre, et dont les combinaisons ne produisent pas de grandes variétés dans la nature, toutes les autres substances, et particulièrement l’argile, peuvent être converties en verre, et ne sont essentiellement, par conséquent, qu'un verre décomposé. Si le feu fait changer promptement de forme ces substances en les vitrifiant,

le verve lui-méme, soit (ju’il ait sa nature de verre, ou bien celle de sable ou de caillou, se change naturellement en argile, mais par un progrès lent et insensible.

Dans les terrains où le caillou ordinaire est la pierre dominante, les campagnes en sont ordinairement jonchées; et si le lieu est inculte, et que ces cailloux aient été longtemps exposés à l’air sans avoir été remués, leur superficie supérieure est toujours très-blanche, tandis que le côté opposé, qui touche immédiatement à la ferre, est très-brun, et conserve sa couleur naturelle. Si on casse plusieurs de ces cailloux, on reconnaîtra que la blancheur n’est pas seulement au dehors, mais qu’elle pénètre dans l’intérieur plus ou moins profondément, et y forme une espèce de bande, qui n’a dans de certains cailloux que très-peu d’épaisseur, mais qui dans d’autres occupe presque toute celle du caillou; cette partie blanche est un peu grenue, entièrement opaque, aussi tendre que la pierre, et elle s’attache à la langue comme les bols, tandis que le reste du caillou est lisse et poli , qu’il n’a ni fil ni grain , et qu’il a conservé sa couleur naturelle, sa transparence et sa même dureté. Si on met dans un fourneau ce même caillou à moitié décomposé, sa partie blanche deviendra d’un rouge couleur de tuile, et sa partie brune d’un très-beau blanc. Qu’on ne dise point, avec un de nos plus célèbres naturalistes, que ces pierres sont des cailloux imparfaits de différents âges , qui n’ont pas encore acquis leur perfection ; car , pourquoi seraient-ils tous imparfaits? pourquoi le seraient-ils tous du mémo côté, et du côté qui est exposé à l’air? Il me semble qu’il est aisé de se convaincre que ce sont au contraire des cailloux altérés, décomposés, qui tendent à reprendre la forme et les propriétés de l’argile et du bol dont ils ont été formés. Si c’est conjecturer que de raisonner ainsi , qu’on expose en plein air le caillou le plus caillou (comme parle ce fameux naturaliste), le plus dur et le plus noir, en moins d’une année il changera de couleur à la surface; et si on a la patience de suivue cette expérience, on lui verra perdre insensiblement et par degrés sa dureté, sa transparence et ses autres caractères spécifiques, et approcher de plus en plus chaque jour de la nature de l’argile.

Ce qui arrive au caillou arrive au sable : chaque grain de sable peut être considéré comme un petit caillou , et chaque caillou comme un amas de grains de sable extrêmement fins et exactentent engrenés. L’exemple du premier degré de décomposition du sable se trouve dans cette poudre brillante, mais opaque, 'iiiica, dont nous venons de parler , et dont l’argile et l’ardoise sont toujours parsemées. Les cailloux entièrement transparents, les quartz, produisent, en sc décomposant, des talcs gras et doux au toucher, aussi pétrissables et ductiles (pic la glaise, et vitriliables comme elle, tels que ceux de Venise et de Moscovie; il me paraît que le talc est un terme moyen entre le verre ou le caillou transparent et l’argile, au lieu que le caillou grossier et impur, en se décomposant, passe à l’argile sans intermède.

Notre verre factice éprouve aussi la même altération : il se décompose à l’air, et se pourrit en quelque façon en séjournant dans les terres; d’abord

sa superficie s’irise, s’écaille, s’exfolie, et en le maniant on s’aperçoit qu’il s’en détache des paillettes brillantes; mais, lorsque sa décomposition est plus avancée, il s’écrase entre les doigts et se réduit en poudre talqueuse trèsblanche et très-fine; l’art a meme imité la nature pour la décomposition du verre et du caillou. Est etiam certa methodus solins aquœ communis ope silices et arenamin liquorem viscosum, eumdenique in sal viride convertendi , et hoc in oleuw. rubicundim, etc. Solms ignis et aquœ ope speciali experimento durissimos quoque lapides in mucorum résolve, qui distillatus subtilem spiritum exhibet et oleumnullis laudibus prœdicabile. Voyez Bcchcr. Phys, subter.

Nous traiterons ces matières encore plus i> fond dans notre discours sur les minéraux, et nous nous contenterons d'ajouter ici que les différentes couches qui couvrent le globe terrestre , étant encore actuellement ou de matières que nous pouvons considérer comme vitrifiées, ou de matières analogues au verre, qui en ont les propriétés les plus essentielles, et qui toutes sont vitrescibles, et que d’ailleurs, comme il est évident que de la décomposition du caillou et du verre, qui se fait chaque jour sous nos yeux, il résulte une véritable terre argileuse, ce n’est donc pas une supposition précaire ou gratuite, que d’avancer, comme je l’ai fait, que les glaises, les argiles et les sables ont été formés par les scories et les écumes vitrifiées du globe terrestre, surtout lorsqu’on y joint les preuves à priori, que nous avons données pour faire voir qu’il a été dans un état de liquéfaction causée par le feu.

ADDITIONS

A l’article qoi a pour titre ;

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