‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 34 sur 93 · SUR UES COUCHES OU LITS DE TERRE EN DIFFÉRENTS ENDROITS · texte numérisé non relu

SUR UES COUCHES OU LITS DE TERRE EN DIFFÉRENTS ENDROITS

Nous avons quelques exemples de fouilles et de puits, dans lesquels on a observe les différentes natures des couches ou lits de terre jusqu’à de certainesprofondeurs; celle du puits d’Amsterdam, qui descendait à deux cent trente deux pieds; celle du puits de 31arly-la-Ville, jusqu’à cent pieds; et nous pourrions en citer plusieurs autres exemples, si les observateurs étaient d’accord dans leur nomenclature ; mais les uns appellent marne ce qui n’est en effet que de l’argile blanche; les autres nomment cailloux des pierres calcaires arrondies; ils donnent le nom de sable à du gravier calcaire : au moyen de quoi l’on ne peut tirer aucun fruit de leurs recherches, ni de leurs longs mémoires sur ces matières, parce ([u’il y a partout incertitude sur la nature des substances dont ils parlent ; nous nous bornerons donc aux exemples suivants.

Un bon observateur a écrit à un de mes amis, dans les termes suivants, sur les couches de terre dans le voisinage de Toulon : « Il existe ici, dit-il, un « immense dépôt pierreux qui occupe toute la pente de la chaîne de mon- « tagnes que nous avons au nord de la ville de Toulon, qui s’étend dans la « vallée au levant et au couchant, dont une partie forme le sol de la vallée et « va se perdre dans la merj cette matière lapidifique est appelée vulgaire- « ment saffre, et c’est proprement ce tuf que les naturalistes appellent marga « toffacea fistulosa. M. Guettard m’a demandé des éclaircissements sur ce « saffre, pour en faire usage dans ses mémoires , et quelques morceaux de « cette matière pour la connaître. Je lui ai envoyé les uns et les autres, et je « crois qu’il en a été content, car il m’en a remercié : il vient même de « marquer qu’il reviendra en Provence et à Toulon au commencement de « mai.... Quoi qu’il en soit, M. Guettard n’aura rien de nouveau à dire sur « ce dépôt ; car M. de Bulfon a tout dit à ce sujet dans son premier volume « de l’Histoire naturelle, à l’article des Preuves de la Théorie de la terre; et « il semble qu’en faisant cet artiele, il avait sous les yeux les montagnes de « Toulon et leur croupe.

« A la naissance de cette croupe, qui est d'un tuf plus ou moins dur, on « trouve, dans de petites cavités du noyau de la montagne, quelques mines « de très-beau sable, qui sont probablement ces pelottes dont parle M. de « Buffon. En cassant en d’autres endroits la superficie du noyau, nous trou- « vous en abondance des coquilles de mer incorporées avec la pierre... J’ai « plusieurs de ces coquilles dont l’émail est assez bien conservé : je les en- « verrai quelque jour à M. do Buffon i .

M. Guettard, qui a fait par lui-même plus d’observations en ce genre qu’aucun autre naturaliste, s’exprime dans les termes suivants, en parlant des montagnes qui environnent Paris :

« Après la terre labourable, qui n’est tout au plus que de deux ou trois pieds, « est placé un banc de sable, qui a depuis quatre et six pieds jusqu’à vingt « pieds , et souvent même jusqu’à trente de hauteur : ce banc est commu- « nément rempli de pierres de la nature de la pierre meulière.... Il y a des « cantons où l’on rencontre dans ce banc sableux des masses de grès isolées.

« Au-dessous de ce sable, on trouve un tuf qui peut avoir depuis dix ou « douze jusqu’à trente, quaranie et même cinquante pieds. Ce tuf n’est ce- « pendant pas communément d’une seule épaisseur ; il est assez souvent « coupé par différents lits défaussé marne, demarneglaiseuse, décos, que les « ouvriers appellent tripoli, ou de bonne marne, et même de petits bancs de « pierres assez dures. .. Sous ce banc de tuf commencent ceux qui donnent la « pierre à bâtir. Ces bancs varient par la hauteur; ils n’ont guère d’abord « qu’un pied. 11 s’en trouve dans des cantons trois ou quatre au-dessus l’un « de l’autre : ils en précèdent un qui peut être d’environ dix pieds, et dont « les surfaces et l’intérieur sont parsemés de noyaux ou d’empreintes de

Lettre de M. de Boissy à M. Guenaud de Montbeillard. Toulon, 16 avril 1775.

« coquilles; il est suivi d’un autre qui peut avoir quatre pieds; il porte sur un « de sept à huit, ou plutôt sur deux de trois ou quatre. Après ces bancs, il « y en a plusieurs autres qui sont petits et qui peuvent former en tout un « massif de trois toises au moins; ce massif est suivi de glaises, avant les- « quelles cependant on perce un lit de sable.

« Ce sable est rougeâtre et terreux : il a d’épaisseur deux, deux et demi et « trois pieds; il est noyé d’eau ; il a après lui un banc de fausse glaise bleuâtre, « c’est-â-dire d’une terre glaiseuse mêlée de sable ; l’épaisseur de ce banc peu* « avoir deux pieds; celui qui suit est au moins de cinq, et d’une glaise noire, « lisse, dont les cassures sont brillantes presque comme du jayet; et enfin « cette glaise noire est suivie de la glaise bleue, qui forme un banc de cinq à « six pieds d’épaisseur. Dans ces différentes glaises, on trouve des pyrites « blanchâtres d’un jaune pâle et de différentes figures... L’eau qui se trouve « au-dessous de toutes ces glaises empêche de pénétrer plus avant....

« Le terrain des carrières du canton de Moxouris au haut du faubourg « Saint-Marceau, est disposé de la manière suivante :

<1 1" La terre labourable , d’un pied d’épaisseur 10

« 2° Le tuf, deux toises 12 0

« Le sable, deux à trois toises 18 0

<c 4“ Des terres jaunâtres, deux toises 12 0

« 5° Le tripoli, c’est-à-dire des terres blanches, grasses, fermes, qui se durcissent au soleil et qui marquent comme la craie ,

de quatre à cinq toises 80 0

« 6” Du cailloutage ou mélange de sable gras, de deux toises. . . 12 0

« 7“ Delà roche ou rochette, depuis un pied jusqu’à deux. ... 20

Il 8° Une espèce de bas appareil ou quia peu de hauteur, d’un pied

jusqu’à deux 20

« 9“ Deux moies de banc blanc, de chacune six, sept à huit pouces, I 0

« 10® Lesouchet, de dix-huit pouces jusqu’à vingt, en y comprenant

son bunsin 16

«11® Le banc franc, depuis quinze, dix huit, jusqu’à trente pouces. 1 6

U 12° Le liais férault, de dix à douze pouces 16

« 13° Le banc vert, d’un pied jusqu’à vingt pouces t O

« 14° Les lambourdes, qui forment deux bancs : un de dix pouces,

et l’autre de deux pieds 3 6

Il 1 S“ Plusieurs petits bancs delambourdes bâtardes, ou moins bonnes

que les lambourdes ci-dessus; ils précèdent la nappe d’eau ordinaire du puits : cette nappe est celle que ceux qui fouillent la terre à pots sont obligés de passer pour tirer cette terre ou glaise à poterie, laquelle est entre deux eaux, c’est-à-dire entre cette nappe dont je viens de parler et une autre

beaucoup plus considérable qui est au-dessous, h

En tout 99 0*

Mémoires de l’Académie des sciences, année 1760.

Au reste, je tie rapporte cet exemple que faute d’autres; car on voit combien il laisse d’incertitudes sur la nature des dilTércntes terres. On ne peut donc trop exhorter les observateurs à désigner plus exactement la nature des matières dont ils parlent, et à distinguer au moins celles qui sont vitrescibles ou calcaires comme dans l’exemple suivant.

Le sol de la Lorraine est partagé en deux grandes zones toutes différentes et bien distinctes : l’orientale, que couvre la chaîne des Vosges, montagnes primitives, toutes composées de matières vitrifiables et cristallisées , granits, porphyres, jaspes et quartz, jetés par blocs et par groupes, et non par lits et par couches. Dans toute cette chaîne on ne trouve pas le moindre vestige de productions marines, et les collines qui en dérivent sont de sable vitrifiable. Quand elles finissent, et sur une lisière suivie dans toute la ligne de leur chute, commence l’autre zone toute calcaire, toute en couches horizontales ; toute remplie ou plutôt formée de corps marins. Note communiquée à M, de Buffbnpar M. l'abbé Bexon, le Ib mars 1777.

Les bancs et les lits de terre du Pérou sont parfaitement horizontaux, et se répondent quelquefois de fort loin dans les différentes montagnes : la plupart de ces montagnes ont deux ou trois cents toises de hauteur, et elle sont presque toujours inaccessibles; elles sont souvent escarpées comme des murailles, et c’est ce qui permet de voir leurs lits horizontaux, dont ces escarpements présentent l’extrémité. Lorsque le hasard a voulu que quelqu’une fût ronde, et qu’elle se trouve absolument détachée des autres, chacun de ces lits est devenu comme un cylindre très-plat et comme un cône tronqué, qui n’a que très-peu de hauteur; et ces différents lits placés les uns au-dessous des autres, et distingués par leurcouleur et par les divers talus de leur contour, ont souvent donné au tout la forme d’un ouvrage artificiel et fait avec la plus grande régularité. On voit dans ces pays-là les montagnes y prendre continuellement l’aspect d'anciens et somptueux édifices, de chapelles, de châteaux, de dômes. Ce sontquelquefois des fortifications formées de longues courtines munies de boulevards. 11 est difficile, en distinguant tous ces objets, et la manière dont leurs couches se répondent, de douter que le terrain ne se soit abaissé tout autour; il paraît que ces montagnes, dont la base était plus solidement appuyée, sont restées comme des espèces de témoins et de monuments qui indiquent la hauteur qu’avait anciennement le sol de ces contrées.

La montagne des Oiseaux, appelée en arabe Gebeüeir, est si égale du haut en bas l’espace d’une demi-lieue, qu’elle semble plutôt un mur régulier bâti par la main des hommes, que non pas un rocher fait ainsi par la nature. Le Nil la touche pai- un très-long espace, et elle est éloignée de quatre journées et demie du Caire, dans l’Égypte supérieure.

Je puis ajouter à ces observations une remarque faite par la plupart des voyageurs : c’est que dans les Arables le terrain est d’une nature très-différente; la partie la plus voisine du mont Liban n’offre que des rochers tranchés et culbutés, et c’est ce qu’on appelle l’Arabie pétrée. C’est de cette

contrée, dont les sables ont été enlevés par le mouvement des eaux, que s’est formé le terrain stérile de l’ Arabie déserte ; tandis que les limons plus légers et toutes les bonnes terres ont été portés plus loin dans la partie que Ton appelle l’Arabie heureuse. Au reste, les revers dans l’Arabie heureuse sont, comme partout ailleurs, plus escarpés vers la mer d’Afrique, c’est-àdire vers l'occident, que vers la mer Rouge, qui est à l’orient.

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