‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 35 sur 93 · SUR LA ROCHE INTÉRIEURE DU GLOBE · texte numérisé non relu

SUR LA ROCHE INTÉRIEURE DU GLOBE

.l’ai dit que, dans les collines et dans les autres élévations, on reconnaît facilement la base sur laquelle portent les rochers, mais qu’il nen est pas de même des grandes montagnes ; que non-seulement leur sommet est de roc vif, lie granit, etc., mais que ces rochers portent sur d'autres rochers, à des profondeurs si considérables et dans une si grande étendue de terrain, qu'on ne peut guère s'assurer s’il y a de la terre dessous, et de quelle nature est cette terre : on voit des rochers coupés à pic, qui ont plusieurs centaines de pieds de hauteur; ces rochers portent sur d’autres qui peut-être nen ont pas moins : cependant ne peut-on pas conclure du petit au grand? et, puisque les rochers des petites montagnes dont on voit la base portent sur des terres moins pesantes et moins solides que la pierre, ne peut-on pas croire que la base des hautes montagnes est aussi de terre?

J’avoue que cette conjecture, tirée de l’analogie, n’était pas assez fondée; depuis trente-quatre ans que cela est écrit, j’ai acquis des connaissances et recueilli des faits qui m’ont démontre que les grandes montagnes, composées de matières vitrescibles, et produites par l’action du feu primitif, tiennent immédiatement à la roche intérieure du globe, laquelle est elle-même un roc vitreux de la même nature; ces grandes montagnes en font partie et ne sont que des prolongements ou éminences qui se sont formées à la surface du globe dans le temps de sa consolidation; on doit donc les regarder comme des parties constitutives de la première masse de la terre, au lieu que les collines et les petites montagnes qui portent sur des argiles ou sur des sables vitrescibles, ont été formées par un autre élément, c’est-à-dire par le mouvement et le sédiment des eaux dans un temps bien postérieur à celui de la formation des grandes montagnes produites par le feu primitif t .

* L’intérieur des différentes montagnes primitives, que j’ai pénétrées par les puits et galeries des mines à des profondeurs considérables de douze a quinze cents pieds, est partout composé de roc vif vitreux, dans lequel il se trouve de légères anfractuosités irrégulières, d’où il sort de l’eau, des dissolutions vitrioliques et métalliques: en sorte que l’on peut conclure que tout le noyau de ctS montagnes est un roc vif, adhérant à la masse primitive du globe, quoique l’on voie sur leur flanc, du côté des vallées, des masses de terre argileuse, des bancs de pierres calcaires à des hauteurs assez considérables ; mais ces masses d'argile et ces bancs calcaires sont des résidus du remblai des cavités de la terre, dans lesquelles les eaux ont creusé les vallées, et qui sont de la seconde époque de la nature. ( Note communiquée par M. Grignon à M. de Buffon, le 6 août 1777.)

C’est dans ccs pointes ou parties saillantes qui forment le noyau des montagnes, que se trouvent les liions des métaux ; et ccs montagnes ne sont pas les plus hautes de toutes, quoiqu’il y en ait de fort élevées qui contiennent des mines ; mais la plupart de celles où on les trouve sont d’une hauteur moyenne, et toutes sont arrangées uniformément, c’est-à-dire par des élévations insensibles qui tiennent à une chaîne de montagnes considérable, et qui sont coupées de temps en temps par des vallées.

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