‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 54 sur 93 · SUR LA NATURE ET LA QUALITÉ DES TERRAINS DU FOND DE LA MER · texte numérisé non relu

SUR LA NATURE ET LA QUALITÉ DES TERRAINS DU FOND DE LA MER

iVI. I abbé Dicquemare, savant physicien, a fait sur ce sujet des réflexions et quelques observations particulières qui me paraissent s’accorder parfaitement avec ce que j'en ai dit dans ma Théorie de la terre.

« Les entretiens avec des pilotes de toutes langues, la discussion des « cartes et des sondes écrites, anciennes et récentes, l’examen des corps qui « s’attachent à la sonde, l’inspection des rivages, des bancs, celle des cou- « ches qui forment l'intérieur de la terre, jusqu’à une profondeur à peu prés « semblable à la longueur des lignes des sondes les plus ordinaires, quel- « ques réflexions sur ce que la physique, la cosmographie et l’histoire natu- « relie ont de plus analogue avec cet objet, nous ont fait soupçonner.

THÉORIE i)E LA TERRE. 331

« nous onl même persuade, dit M. l’abbé Dicquemare, qu'il doit exister,

« dam bien des •parages, deux fonds différents, dont Vun recouvre souvent « Vautre par intervalles : le fond ancien ou permanent, quon peut nommer « fond général, et le fond accidentel ou particulier. Le premier, qui doit « faire la base d’un tableau général , est le sol même du bassin de « la mer. 11 est composé des mêmes couches que nous trouvons partout « dans le sein de la terre, telles que la marne, la pierre, la glaise, le sable,

« les coquillages, que nous voyons <lisposés horizontalement, d’une épais- « seur égale, sur une fort grande étendue... : ici, ce sera un fond de « marne ; là, un de glaise, de sable, dérochés. Enfin, le nombre des fonds « généraux qu’on peut discerner par la sonde ne va guère qu'à six ou sept « espèces. Les plus étendues et les plus épaisses de ces couches, se trouvant « découvertes ou coupées en biseau, forment dans la mer de grands espaces, « où l’on doit reconnaître le fond général, indépendaniincnt de ce que les « courants et autres circonstances peuvent y déposer d’étranger à sa nature. « Il est encore des fonds permanents dont nous n’avons point parléj ce sont « CCS étendues immenses de madrépores, de coraux, qui recouvrent souvent « un fond de rochers, et ces bancs d’une énorme étendue de coquillages, « que la prompte multiplication ou d’autres causes y a accumulés; ils y sont « comme par peuplades. Une espèce paraît occuper une certaine étendue; « l’espace suivant est occupé par un autre, comme on le remarque à l’égard « des coquilles fossiles, dans une grande partie de l’Europe, et peut-être « partout. Ce sont même ces remarques sur l’intérieur de la terre, et des « lieux où la mer découvre beaucoup, où l’on voit toujours une espèce do- « miner comme par cantons, qui nous ont mis à portée de conclure sur la « prodigieuse quantité des individus, et sur l’épaisseur des bancs du fond « de la mer, dont nous ne pouvons guère connaître par la sonde que la « superficie.

« Le fond accidentel ou particulier... est composé d'une quantité pro- « digieusc de pointes d’oursins de toute espèce, que les marins nomment « pointes d’ alênes; de fragments de coquilles, quelquefois pourries; de crus- « tacés, de madrépores, de plantes marines, de pyrites, de granits arrondis U par le frottement, de particules de nacre, de mica, peut-être meme de « talc, auxquels ils donnent des noms conformes à l’apparence; quelques « cotiuillcs entières, mais en petite quantité, et comme semées dans des « étendues médioci-cs; de petits cailloux, quelques cristaux, des sables co- « lorés, un léger limon, etc. Tous ces corps, disséminés par les courants, « l’agitation de la mer, etc., provenants en partie des fleuves, des éboule- « monts de falaises et autres causes accidentelles, ne recouvrent souvent « qu’iinparfaitcment le fond général, qui se re|)réscntc à chaque instant, « (piand on sonde fréquemment dans les mêmes parages .. J’ai remarqué M que, depuis près d'un siècle, une grande partie des fonds généraux du golfe « de Gascogne et de la Manche n ont presque pas changé, ce qui fonde encore « mon opinion sur les deux fonds. «

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