‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 62 sur 93 · DES VOLCANS ET DES TREMBLEMENTS DF. TERRE · texte numérisé non relu

DES VOLCANS ET DES TREMBLEMENTS DF. TERRE

Les monlagnes ardentes, qu’on appelle volcans, renferment dans leur sein le soufre, le bitume et les matières qui servent d'aliment à un feu souterrain, dont rclTct, plus violent que celui de la poudre ou du tonnerre, a de tout temps étonné, effrayé les hommes, et désolé la terre. Un volcan est un canon d’un volume immense, dont l’ouverture a souvent plus d’une demi-lieue : cette large bouche à feu vomit des torrents de fumée et de flammes, des fleuves de bitume, de soufre et de métal fondu, des nuées de cendres et des pierres, et quelquefois elle lance à plusieurs lieues de distance des masses de rochers énormes, et que toutes les forces humaines réunies ne pourraient pas mettre en mouvement. L’embrasement est si terrible, et la quantité des matières ardentes, fondues, calcinées, vitrifiées, que la montagne rejette, est si abondante, qu’elles enterrent les villes, les forêts, couvrent les campagnes de cent et de deux cents pieds d’épaisseur, et forment quelquefois des collines et des montagnes, qui ne sont que des monceaux de ces matières entassées. L’action de ce feu est si grande, la force de l’explosion est si violente, qu’elle [iroduit par sa réaction des secousses assez fortes pour ébranler et faire trembler la terre, agiter la mer, renverser les montagnes, détruire les villes et les édifices les plus solides, à des distances meme très-considérables.

Ces effets, quoique naturels, ont été regardés comme des prodiges; et, quoiqu’on voie en petit des effets du feu assez semblables à ceux des volcans, le grand, de quelque nature qu’il soit, a si fort le droit de nous étonner, que je ne suis pas surpris que quelques auteurs aient pris ces montagnes pour les soupiraux d’un feu central, et le peuple pour les bouches de l’enfer. L’étonnement produit la crainte, et la crainte fait naître la superstition : les habitants de l’île d Islande croient que les mugissements de leur volcan sont les cris des damnés, et que leurs éruptions sont les effets de la fureur et du désespoir de ces malheureux.

Tout cela n’est cependant que du bruit, du feu et de la fumée ; il se trouve dans une montagne des veines de soufre, de bitume et d’autres ma-

tières inflammables; il s’y trouve en même temps des minéraux, des pyrites, qui peuvent fermenter et qui fermentent en eftêl toutes les fois qu elles sont exposées à l’air ou à l’humidité, il s’en trouve ensemble une très-grande quantité; le feu s’y met et cause une explosion proportionnée à la quantité des matières enflammées, et dont les effets sont aussi plus ou moins grands dans la même proportion : voilà ce que c’est (lu’un volcan pour un physicien, et il lui est facile d’imiter l'action de ces feux souterrains, en mêlant ensemble une certaine quantité de soufre et de limaille de fer qu’on enterre à une certaine profondeur, et de faire ainsi un petit volcan dont les effets sont les mêmes, proportion gardée, que ceux des grands; car il s’enflamme par la seule fermentation, il jette la terre et les pierres dont il est couvert, et il fait de la fumée, de la flamme et des explosions.

Il y a en Europe trois fameux volcans, le mont Etna en Sicile, le mont Hécla en Islande, et le mont Vésuve en Italie, près de Naples. Le mont Etna brûle depuis un temps immémorial ; ses éruptions sont très-violentes, et les matièies qu’il rejette si abondantes, qu’on peut y creuser jusqu'à soixante-huit pieds de profondeur, où l’on a trouvé des pavés de marbre et des vestiges d’une ancienne ville qui a été couverte et enterrée sous cette épaisseur de terre rejetée, de la même façon que la ville d’IIéraclée a été couverte par les matières rejetées du Vésuve. Il s’est formé de nouvelles bouches de feu dans l'Etna, en 1630, et 1661) et en d’autres temps. On voit les flammes et les fumées de ce volcan depuis Malle, qui en est à soixante lieues ; il s’en élève continuellement de la fumée, et il y a des temps où cette montagne ardente vomit avec impétuosité des flammes et des matières de toute espèce. En Io37, il y eut une éruption de ce volcan qui causa un tremblement de terre dans toute la Sicile pendant douze jours, et qui renversa un très-grand nombre de maisons et d’édifices; il ne cessa que par l’ouverture d’une nouvelle bouche à feu qui brûla tout à cinq lieues aux environs de la montagne; les cendres rejetées par le volcan étaient si abondantes et lancées avec tant de force, qu’elles furent portées jusqu’en Italie; et des vaisseaux, qui étaient éloignés de la Sicile, eu furent incommodés. Eazelli décrit fort au long les embrasements de cette montagne, dont il dit que le pied a cent lieues de circuit.

Ce volcan a maintenant deux bouches pi'incipales ; l une est plus étroite que l'autre. Ces deux ouvertures fument toujours, mais on n’y voit jamais de feu que dans le temps des éruptions : on prétend qu’on a trouvé des pierres qu il a lancées jusqu'à soixante mille pas.

En 1683, il arriva un terrible tremblement en Sicile, causé par une violente éruption de cc volcan ; il détruisit entièrement la ville de Catane, et fit périr plus de soixante mille personnes dans cette ville seule, sans compter ceux qui périrent dans les autres villes et villages voisins.

L’Hécla lance ses feux à travers les glaces et les neiges d’une terre gelée; ses éruptions sont cependant aussi violentes que celles de l’Etna et des autres volcans des pays méridionaux. Il jette beaucoup de cendres, des pierres

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ponce-s, et quelquefois, dit-on, de l’eau bouillante ; on ne peut pas habiter à six lieues de distance de ce volcan, et toute l’ile d'Islande est fort abondante en soufre. On peut voir l'histoire des violentes éruptions de l’Hécla dans Dithniar Bleffken.

Le mont Vésuve, à ce que disent les historiens , n’a pas toujours brûlé, et il n’a commencé que du temps du septième consulat de Tite Vespasien et de Flavius Domitien : le sommet s’étant ouvert, ce volcan rejeta d’abord des pierres et des rochers, et ensuite du feu et des flammes en si grande abondance, qu’elles brûlèrent deux villes voisines, et des fumées si épai.sses, qu’elles obscurcissaient la lumière du soleil. Pline, voulant considérer cet incendie de trop près, fut étouffé par la fumée. Voyez l'ÉpUre de Pline le jeune à Tacite. Dion Cassius rapporte que cette éruption du Vésuve fut si violente, qu’il jeta des cendres et des fumées sulfureuses en si grande quantité et avec tant de force, qu’elles furent portées jusqu’à Rome, cl même au delà de la mer Méditerranée en Afrique et en Égypte. L’une des deux villes qui furent couvertes des matières rejetées par ce premier incendie du Vésuve est celle d’Iléracléc, qu’on a retrouvée, dans ces derniers temps, à plus de soixante pieds de profondeur sous ces matières, dont la surface était devenue, par la succession du temps, un terre labourable et cultivée. La relation de la découverte d’Méraelco est entre les mains de tout le monde : il serait seulement à désirer que quehiii'un, versé dans riiistoire naturelle et la physique, prit la peine d’examiner les différentes matières qui composent cette épaisseur de terrain de soixante pieds; qu’il fil en même temps attention à la disposition et à la situation de ces metnes matières, aux altérations qu’elles ont produites ou souffertes elles-mêmes, à la direction qu’elles ont suivie, à la dureté (|u’clles ont acquise, etc.

Il y a apparence que iVaplcs est situé sur un terrain creux et rempli de minéraux brûlants, puisque le Vésuve et la Solfatare semblent avoir des communications intérieures; car, quand le Vésuve brûle, la Solfatare jette des flammes ; et lorsqu’il cesse, la Solfatare cesse aussi, La ville de Vaples est à peu prés à égale distance entre les deux.

Une des dci-nières et des plus violentes éruptions du Vésuve a été celle de l’année 1737 ; la montagne vomissait par plusieurs bouches de gros torrents de matières métallicpies fondues et ardentes, qui se répandaient dans la campagne et s’allaient jeter dans la mer. M. de Montealègre, qui communiqua cette relation à l’Académie des sciences, observa avec horreur un de ces fleuves de feu, et vit que son cours était de six ou sept milles depuis sa source jusqu’à la mer, sa largeur de cinquante ou soixante pas, sa profondeur de vingt-cinq ou trente palmes, et, dans certains fonds ou vallées, de cent vingt; la matière qu’il roulait était semblable à l’écume qui sort du fourneau d’une forge, etc. Voyez l’Histoire de V Académie, année 1737, pages 7 et 8.

En Asie, surtout dans les îles de l'océan Indien, il y a un grand nombre de volcans ; l’un des plus fameux est le mont Albours auprès du mont

Taurus, à huit lieues de Jlérat : son sommet fume continuellement, et il jette fréquemment des flammes et d’autres matières en si grande abondance, que toute la campagne aux environs est couverte de cendres. Dans l’île de Ternate, il y a un volcan qui rejette beaucoup de matière semblable à la pierre ponce. Quelques voyageurs prétendent que ce volcan est plus enflammé et plus furieux dans le temps des équinoxes que dans les autres saisons de 1 année, parce quil règne alors de certains vents qui contribuent à embraser la matière qui nourrit ce feu depuis tant d'années. Voyez les Voyages d’ArgensoU, tome I, page 21. L’ile de Ternale n’a que sept lieues de tour, et n’est qu’un sommet de montagne; on monte toujours depuis le rivage jusqu'au milieu de l’ile, où le volcan s’élève à une hauteur très-considérable, et à laquelle il est très-dillicile de parvenir. Il coule plusieurs ruisseaux d eau douce qui descendent sur la croupe de cette même montagne, et, lorsque 1 air est calme et que la saison est douce, ce gouffre embrasé est dans une moindre agitation que quand il fait de grands vents et des orages. Voyezle Voyage de Schouten. Ceci confirme ce que j’ai dit dans le discours précédent, et semble prouver évidemment que le feu qui consume les volcans ne vient pas de la profondeur de la montagne, mais du sommet, ou du moins d’une profondeur assez petite, et que le foyer de l’embrasement n’est pas éloigné du sommet du volcan; car, si cela n’était pas ainsi, les grands vents ne pourraient pas contribuer à leur embrasement. 11 y a quelques autres volcans dans les Moluques. Dans l’une des îles Maurices, à soixante-dix lieues des Moliupies, il y a un volcan dont les effets sont aussi violents que ceux de la montagne de Ternate. L île de Sorca, l’une des Moluques, était autrefois habitée; il y avait au milieu de cette ile un volcan, qui était une montagne très-élevée. En 1095, ce volcan vomit du bitume et des matières enflammées en si grande quantité, qu’il se forma un lac ardent qui s’étendit peu à peu, et toute l’île fut abîmée et disparut. Voyez Trans. Phil. Ab. vol. II, page o91. .Au Japon, il y a aussi plusieurs volcans; et dans les îles voisines du Japon, les navigateurs ont remarqué plusieurs montagnes dont les sommets jettent des flammes pendant la nuit et de la fumée pendant le jour. Aux îles Philippines, il y a aussi plusieurs montagnes ardentes. Un des plus fameux volcans des îles de l’océan Indien, et en même temps un des plus nouveaux, est celui qui est près de la ville de Panarucan, dans I ile de Jav'a : il s'est ouvert en lb86 ; on n’av'ait pas mémoire quil eût brûlé auparavant; et à la première éruption, il poussa une énorme quantité de soufre, de bitume et de pierres. La même année, le mont (ïOunapi, dans 1 île de Banda, qui brûlait seulement depuis dix-sept ans, s’ouvrit et vomit, avec un bruit affreux, des rochers et des matières de toute espèce, il y a encore quelques autres volcans dans les Indes , comme à Sumatia et dans le nord de l’Asie, au delà du fleuve Jéniseéa et de la rivière de Pésida : mais ces deux derniers volcans ne sont pas bien reconnus.

En Afrique, il y a une montagne, ou plutôt une caverne appelée Béni

Giiazeval, auprès de Fez, qui jette toujours de la Cuniée, et quelquefois des flammes. L’une de îles du cap Vert, appelée l’île de Fuogue, n’est qu’une grosse montagne qui brûle continuellement : ce volcan rejette, comme les autres, beaucoup de cendres et de pierres; et les Portugais, qui ont plusieurs fois tenté de faire des habitations dans cette ile, ont été contraints d abandonner leur projet, par la crainte des effets du volcan. Aux Canaries, le pic de Ténériffe, autrement appelé la montagne de Tcide, qui passe pour être 1 une des plus hautes montagnes de la terre, jette du feu, des cendres et de grosses pierres : du sommet coulent des ruisseaux de soufre fondu, du côté du sud, a traNers les neiges; ce. soufre se coagule bientôt, et forme des veines dans la neige, qu'on peut distinguer de fort loin.

En Amérique, il y a un très-grand nombre de volcans, et surtout dans les montagnes du Pérou et du Mexique : celui d’Aréquipa est un des plus fameux; il cause souvent des tremblements de terre [ilus communs dans le Pérou que dans aucun antre jiays du monde. Le volcan de Carrapa et celui de Malahallo sont, au rapport des voyageurs, les plus considérables après celui d’Aréquipa; mais il y en a beaucoup d’autres dont on na pas une connaissance exacte. M. Rouguer, dans la relation qu'il a donnée de son voyage au Pérou, dans le volume des Mémoires de l’Académie de l’année 1744, fait mention de deux volcans, l’un appelé Cotopaxi, et l’autre Piehincha; le premier est à quelque distance, et l'autre très-voisin de la ville de Quito : il a même été témoin d'un incendie du Cotopaxi, en 1742, et de 1 ouverture qui se fit dans cette montagne d'une nouvelle bouche à feu; cette éruption ne lit cependant d’autre mal que celui de fondre les neiges de la montagne, et de produire ainsi des torrents d’eau si abondants qu’en moins de trois heures ils inondèrent un pays de dix-huit lieues d’étendue, et renversèrent tout ce ([ui se trouva sur leur passage.

Au Mexique, il y a plusieurs volcans dont les plus considérables sont Popochampèche et Popoeatepec : ce fut aujirès de ce dernier volcan que Cortès passa pour aller au IMexique; et il y eut des Espagnols qui montèrent jusqu’au sommet, où ils virent la bouche du volcan, qui a environ une demilieue de tour. On trouve aussi de ces montagnes de soufre à la (Guadeloupe, à lercère et dans les autres îles des y\eoros; et si on voulait mettre au nombre des volcans toutes les montagnes qui fument, nu desquelles il s’élève même des llammes, on pourrait en compter plus de soixante : mais nous n’avons parlé que de ces volcans redoutables, auprès desquels on n'ose habitci , et qui rejettent des pierres et des matières minérales à une grande distance.

Ces volcans, qui sont en si graml nombre dans les Cordillères, causent, comme je 1 ai dit, des tremblements de terre presque continuels; ce qui empêche quoi! ny bâtisse avec de la pierre au-dessus du premier étage; et, pour ne pas risquer d’être écrasés, les habitants de ces parties du Pérou ne construisent les étages supérieurs de leurs maisons qu’avec des roseaux et du bois léger. Il y a aussi dans ces montagnes plusieurs précipices et de larges

ouvertures dont les parois sont noires et briilees, comme dans le précipice du mont Ararat en Arménie, qu'on appelle X Abîme; ces abîmes sont les bouches des anciens volcans qui se sont éteints.

11 y a eu dernièrement un tremblement de terre à Lima, dont les effets ont été terribles ; la ville de Lima et le port de Callao ont été presque entièrement abîmés, mais le mal a encore été plus considérable au Callao. La mer a couvert de ses eaux tous les édifices, et, par conséquent, noyé tous les babilantsj il n’est resté qu’une tour. De vingt-cinq vaisseaux qu’il y avait dans ce port, il y en a eu quatre qui ont été portés à une lieue dans les terres, et le reste a été englouti par la mer. A Lima, qui est une très-grande ville, il n’est resté que vingt-sept maisons sur pied ; il y a eu un grand nombre de personnes qui ont été écrasées, svirtout des moines et des religieuses, parce que leurs édifices sont plus exhaussés, et qu'ils sont construits de matières plus solides que les autres maisons. Ce malheur est arrivé dans le mois d’octobre 174(), pendant la nuit : la secousse a duré quinze minutes.

11 y avait autrefois près du port de Pisco, au Pérou, une ville célèbre située sur le rivage de la mer ; mais elle fut presque entièrement ruinée et désolée par le tremblement de terre qui arriva le 19 octobre 1682; car la mer, ayant quitté scs bornes ordinaires, engloutit cette ville malheureuse, qu on a tâché de rétablir un peu plus loin à un bon quart de lieue de la mer.

Si l’on consulte les historiens et les voyageurs, on y trouvera des relations de plusieurs tremblements de terre et d’éruptions de volcans, dont les effets ont été aussi terribles que ceux que nous venons de rapporter. Posidonius, cité par Strabon dans son premier livre, rapporte qu’il y avait une ville en Phénicie, située auprès de Sidon, qui fut engloutie par un tremblement de terre, et avec elle le territoire voisin et les deux tiers même de la ville de Sidon, et que cet effet ne se fit pas subitement, de sorte qu’il donna le temps à la plupart des habitants de fuir; que ce tremblement s’étendit presque par toute la Syrie et jusqu’aux îles Cycladcs, et en Eubée, où les fontaines d Arcthuse tarirent tout à coup et ne reparurent que plusieurs jours après par de nouvelles sources éloignées des anciennes; et ce tremblement ne cessa pas d’agiter l’ile, tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre, jusqu’à ce que la terre se fût ouvertedans la campagne de Lépante, et qu’elle eût rejeté une grande quantité de terres et de matières enllammées. Pline, dans son premier livre, chap. 84, rapporte que, sous le règne de Tibère, il arriva un tremblement de terre qui renversa douze villes d’Asie ; et dans son second livre, cbap. 85, il fait mention dans les termes suivants d'un prodige causé par un trcndtlcmcnt de terre : Factum est seinel (quod equidem in Etrusae discipUnœ voluminibus inveni) ingens terrarum portentum Lucio Marcio, Sex Julio Coss, in agro Mutinensi. Namque montes duo inter se concurrerunt crepitu maximo adsultantes, recedentesque, inter eos flammâ fumoque in cœlum exeunte interdiù, spectante è via Æmdia magna equitum rotuanorum, familiarumque et viatorum multitudine. Eo concursu villœ omnes elisce; animalia permulta quee intrà fuerant , exanimata sunt, etc. Saint Au-

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gustin, lib. 2, de MiracuM^, cap. ô, dit que, par un très-grand tremblement de terre, il y eut cent villes renversées dans la Lybie. Du temps de Trajan, la ville d’Antioebe et une grande partie du pays adjacent furent abîmés par un tremblement de terra; et du temps de Justinien, en S28, cette ville fut une seconde fois détruite par la même cause avec plus de quarante mille de scs habitants; et soixante ans après, du temps de saint Grégoire, elle essuya un troisième tremblement avec perte de soixante mille de scs habitants.

Du temps de Saladin, en 1182, la plupart des villes de Syrie et du royaume de Jérusalem furent détruites par la même cause. Dans la Fouille et dans la Calabre, il est arrivé plus de tremblements de terre qu'en aucune autre partie de l’Europe : du temps du pape Pie II, toutes les églises et les palais de Naples furent renversés; il y eut près de trente mille personnes de tuées, et tous les habitants qui restèrent furent obligés de demeurer sous des tentes jusqu’à ce qu’ils eussent rétabli leurs maisons. En 1629, il y eut des tremblements de terre dans la Pouille, qui firent périr sept mille personnes; et en 1638, la ville de Sainte-Euphémie fut engloutie, et il n’est resté en sa place qu’un lac de fort mauvaise odeur; Raguse et Smyrne furent aussi presque entièrement détruites. Il y eut en 1692, un tremblement de terre qui s’étendit en Angleterre, en Hollande, en Flandre, eu Allemagne, en France, et qui se fit sentir principalement sur les côtes de la mer et auprès des grandes rivières; il ébranla au moins deux mille six cents lieues carrées, il ne dura que deux minutes : le mouvement était plus considérable dans les montagnes que dans les vallées. (Voyez Ma?/’s Disconrses, i)age 272.) En 1688, le 10 juillet, il y eut un tremblement de terre à Smyrne, qui commença par un mouvement d’occident en orient. Le château fut renversé d’abord, scs quatre murs s’étant entr’ouverts et eidbncés de six pieds dans la mer. Ce château, qui était un isthme, est à présent une véritable ile éloignée de la terre d'environ cent pas, dans l'endroit où la langue de terre a manqué ; les murs (pii étaient du couchant au levant sont tombés; ceux qui allaient du nord au sud sont restés sur pied. La ville, qui est à dix milles du château, fut renversée presque aussitôt; ou vit en plusieurs endroits des ouvertures à la terre, on entendit divers bruits souterrains : il y eut de cette manière cinq ou six secousses jusqu’à la nuit; la première dura environ une demi-minute; les vaisseaux qui étaient à la rade furent agités; le terrain de la ville a baissé de deux pieds; il n’est resté qu’environ le quart de la ville, et principalement les maisons qui étaient sur des rochers : on a compté quinze ou vingt mille personnes accablées par ce tremblement de terre. (V'oyez YUist. deVAcad. des sciences, année 1683.) En 1693, dans un tremblement de terre qui se fit sentir à Bologne en Italie, on remarqua, comme une chose particulière, que les eaux devinrent troubles un jour auparavant. (Voyez. VHist. de C Acad., année 1696.)

M 11 se fit un si grand tremblement de terre à Tercère, le 4 mai 1614, « qu il renversa en la ville d’Angra onze églises et neuf chapelles sans les « maisons particulières, et en la ville de Fraya il fut si effroyable qu’il n’y

« demeura presque pas une maison debout; et le 16 juin 1628, il y eut un « si horrible tremblement dans l'île de Saint-Michel, que proche de là la « mer s’ouvrit et fit sortir de son sein, en un lieu où il y avait plus de cent « cinquante toises d’eau, une île qui avait plus d’une lieue et demie de long « et plus de soixante toises de haut. » (Voyez les Voyages de Mandelslo.) « 11 s’en était fait un autre en la91, qui commença le 26 de juillet, et dura « dans File de Saint-Michel jusqu’au 12 du mois suivant; Tercère et « Fayal furent agitées le lendemain avec tant de violence, qu’elles parais- « saient tourner; mais ces affreuses secousses n’y recommencèrent que qua « tre fois, au lieu qu’à Saint-Michel elles ne cessèrent point un moment pen- « dant plus de quinze jours; les insulaires, ayant abandonné leurs maisons, « qui tombaient d’elles-mémes à leurs yeux, passèrent tout ce temps exposés « aux injures de lair. Une ville entière, nommée Villa-Franca, fut renver- « sée jusqu’aux fondements, et la plupart de ses habitants écrasés sous les « ruines. Dans plusieurs endroits les plaines s’élevèrent en collines, et dans « d’autres quelques montagnes s’aplanirent ou changèrent de situation; il « sortit de la terre une source d’eau vive qui coula pendant quatre jours, et « qui parut ensuite sécher tout à coup; l’air et la mer, encore plus agités, « retentissaient d’un bruit qu’on aurait pris pour le mugissement de quantité « de bétes féroces; plusieurs personnes mouraient d’elTroi; il n’y eut point « de vaisseaux dans les ports mêmes qui ne soufl'rissent des atteintes dange- « reuses, et ceux qui étaient à l’ancre ou à la voile, à vingt lieues aux envi- « rons des îles, furent encore plus maltraités. Les tremblements de terre « sont fréquents aux Açores; vingt ans auparavant il en était arrivé un dans « l’ile de Saint-Michel, qui avait renversé une montagne fort haute. » (Voyez Hist. gén. des Voyag., tom. I, page 325.) « 11 s’en fit un à Manille au mois « de septembre 1627, qui aplanit une des deux montagnes qu’on appelle « Carvallos, dans la province de Cagayan. En 1645, la troisième partie de « la ville fut ruinée par un pareil accident, et trois cents personnes y péri- « rent; l’année suivante elle en souffrit encore un autre. Les vieux Indiens « disent qu'ils étaient autrefois plus terribles, et qu'à cause de cela on ne « bâtissait les maisons que de bois, ce que font aussi les Espagnols, depuis « le premier étage.

« La quantité des volcans qui se trouvent dans l'île confirme ce qu’on a dit « jusqu’à présent, parce qu en certains temps ils vomissent des flammes, « ébranlent la terre, et font tous ces effets que Pline attribue à ceux de 11- « talie, c’est-à-dire de faire changer le lit aux rivières, et retirer les mers « voisines, de remplir de cendres tous les environs , et d’envoyer des « pierres fort loin avec un bruit semblable à celui du canon. » (Voyez le Voyage de Geoielli Carreri, page 129.)

« L’an 1646, la montagne de l’ile de Machian se fendit avec des bruits « et un fracas épouvantable, par un terrible tremblementde terre, accident « qui est fort ordinaire en ce pays-là : il sortit tant de feux par cette fente, «qu’ils consumèrent plusieurs négreries avec les habitants et tout ce qui }

TriÉORIE DE LA TERRE.

« était. On voyait encore, l'an 1685, cette prodigieuse fente, etapparemment « elle subsiste toujours; on la nommait rornière de Machian, parce qu’elle « descendait du haut au bas de la montagne, eomme un chemin qui y au- •< rait été creusé, mais qui de loin ne paraissait être qu’une ornière » (Voyez V Histoire de la conquête des Moluques, tome III, page 318.)

L Histoire de 1 Academie fait mention, dans les termes suivants, des tremblements de terre qui se sont faits en Italie en 1702 et en 1703 ; « Les « tremblements commencèrent en Italie au mois d’octobre 1702, et conti- « nuèrent jusqu au mois de juillet 1703 ; les pays qui en ont le plus souf- « fert, et qui sont aussi ceux par où ils commencèrent, sont la ville de Nor- « cia avec ses dépendances dans les États ecclésiastiques, et la province de « lAbruzze. Ces pays sont contigus, et situés aux pied de l’Appennin, du « côté du midi.

« Souvent les tremblements ont été aecompagnés de bruits épouvantables « dans l’air, et souvent aussi on a entendu ces bruits sans qu’il y ait eu de « tremblements, le ciel étant même fort serein. Le tremblement du 2 fé- « vrier 1703, qui fut le plus violent de tous, fut accompagné, d’une grande « sérénité du ciel et d’un grand calme dans l’air : il dura à Rome une demi- « minute, et à Aquila, capitale de l’Abruzze, trois heures. Il ruina toute la « ville d Aquila, ensevelit cinq mille personnes sous les ruines, et fit un grand « ravage dans les environs.

« Communément les balancements de la terre ont été du nord au sud, ou « à peu près; ce qui a été remarqué par le mouvement des lampes des « églises.

« Il s est fait dans un champ deux ouvertures, d’où il sortit avec violence « une grande quantité de pierres qui l’ont entièrement couvert et rendu sté- « rile ; après les pierres, il s’élança de ces ouvertures deux jets d’eau qui « surpassaient beaucoup en hauteur les arbres de cette campagne, qui du- « rèrent un quart d’heure et inondèrent jusqu’aux campagnes voisines. Cette « eau est blanchâtre, semblable à de l’eau de savon et n’a aucun goût.

« Lne montagne, qui est près de Sigillo, bourg éloigné d’Aquila de vingt- « deux milles, avait sur son sommet une plaine assez grande, environnée de « rochers qui lui servaient comme de murailles. Depuis le tremblement du « 2 février, il s’est fait, à la place de cette plaine, un gouffre de largeur « inégale, dont le plus grand diamètre est de vingt-cinq toises, et le moin- « dre de vingt : on n’a pu en trouver le fond, quoiqu’on ait été jusqu’à trois « cents toises. Dans le temps que se fit cette ouverture, on en vit sortir des « flammes, et ensuite une très-grosse fumée qui dura trois jours avec quel- « ques interruptions,

« A Gênes, lel"' et le 2 juillet 1703, il y eut deux petits tremblements ; « le dernier ne fut senti que par des gens qui travaillaient sur le môle : en « môme temps la mer dans le port s’abai ssa de six pieds, en sorte que les « galères touchèrent le fond, et cette basse mer dura près d’un quart d’heure.

« L’eau soufrée qui est dans le chemin de Rome à Tivoli s’est diminuée

« de deux pieds et. demi de hauteur, tant dans le bassin que dans le fossé. « En plusieurs endroits de la plaine appelée le Testine, il y avait des sources (I et des ruisseaux d’eau qui formaient des marais impraticables; tout s’est « séché. L’eau du lac appelé l’Enfer a diminué aussi de trois pieds en haute teur ; à la place des anciennes sources qui ont tari, il en est sorti de nou- « velles environ à une lieue des premières ; en sorte qu’il y a encore appa- « rence que se sont les mêmes eaux qui ont changé de route. » ( Page 10, année 1704.)

Le même tremblement de terre, qui, en 1838, forma le Monte di Cenere auprès de Pouzzole, remplit en meme temps le lac Lucrin de pierres, de terres et de cendres ; de sorte qu’actuellement ce lac est un terrain marécageux. (Voyez Raÿ’s Discourses, page 12.)

Il y des tremblements de terre qui se font sentir au loin dans la mer, M. Shaw rapporte qu’en 1744, étant à bord de la Gazelle, vaisseau algérien de cinquante canons, on sentit trois violentes secousses l’une après l’autre, comme si à chaque fois on avait jeté d’un endroit fort élevé un poids de vingt ou trente tonneaux sur le lest : cela arriva dans un endroit de la Méditerranée où il y avait plus de deux cents brasses d’eau. 11 rapporte aussi que d’autres avaient senti des tremblements de terre bien plus considérables en d’autres endroits, et entre autres à quarante lieues ouest de Lisbonne .(Voyez les Voyages de Shaw, vol. I, page 303.)

Schouten, en parlant d’un tremblement de terre qui se fit aux iles Moluques, dit que les montagnes furent ébranlées, et que les vaisseaux qui étaient à l’ancre sur trente et quarante brasses se tourmentèrent comme s’ils se fussent donné des culées sur le rivage et sur les rochers ou sur des bancs. « L’expérience, continue-t-il, nous apprend tous les jours que la même chose « arrive en pleine mer où l’on ne trouve point de fond, et que, quand la terre « tremble, les vaisseaux viennent tout d’un coup à se tourmenter jusque « dans les endroits ou la mer était traruiuille. » (Voyez tome VI, page 103.) Le Gentil, dans son Voyage autour du monde, parle des tremblements de terre dont il a été témoin, dans les termes suivants : « .l’ai, dit-il, fait quel- « ques remarques sur ces tremblements de terre. La première est qu’une « demi-heure avant que la terre s’agite, tous les animaux paraissent sai- « sis de frayeur ; les chevaux hennissent, rompent leurs licous, et fuient de « l’écurie; les chiens aboient; les oiseaux, épouvantés et presque étourdis, « entrent dans les maisons; les rats et les souris sortent de leurs trous, etc.

« La seconde est que les vaisseaux (pii sont à l’ancre sont agités si violem- « ment, qu’il semble que tontes les parties dont ils sont composés vont se dc- « sunir; les canons sautent sur leurs affûts, et les mâts, par cette agitation,

« rompent leurs haubans ; c’est ce que j’aurais eu de la peine à croire, si plu- « sieurs témoignages unanimes ne m’en avaient convaincu. -Je conçois bien « que le fond de la mer est une continuation de la terre; que, si cette terre « est agitée, elle communique son agitation aux eaux qu elle porte : mais « ce que je ne conçois pas, c’est ce mouvement irrégulier du vaisseau, dont

« tous les membres et les parues prises séparément participent à cette agitais tion, comme si tout le vaisseau faisait partie de la terre, et qu’il ne na- « geàt pas clans une matière fluide 5 son mouvement devrait être tout au « plus semblable à celui qu’il éprouverait dans une tempête. D’ailleurs, « dans l’occasion où je parle, la surface de la mer était unie, et ses flots « n’étaient point élevés; toute l’agitation était intérieure, parce que le vent « ne se mêla point au tremblement de terre. La troisième remarque est que « si la caverne de la terre où le feu souterrain est renfermé va du septen- « trion au midi, et si la ville est pareillement située dans sa longueur du « septentrion au raidi, toutes les maisons sont renversées, au lieu que|si « cette veine ou caverne fait son efTct en prenant la ville par sa largeur, le « tremblement de terre fait moins de ravage, etc.» (Voyez leiVoMeeaM Voyage « autour du monde deM. Le Gentil, tome I, page 172 et suiv.)

11 arrive que, dans les pays sujets aux tremblements de terre, lorsqu’il se fait un nouveau volcan, les tremblements de terre finissent et ne se font sentir que dans les éruptions violentes du volçan, comme ou l’a observé dans l’ile Saint-Christophe. (Voyez Phil. Tram. Abr., vol. 11, pag. 302.)

Ces énormes ravages, produits par les tremblements de terre, ont fait croire à quekiucs naturalistes que les montagnes et les inégalités de la surface du globe n’étaient que le résultat des effets de l’action des leux souterrains, et que toutes les irrégularités que nous remar(|uons sur la terre devaient être attribuées à ces secousses violentes et aux bouleversements quelles ont produits. C'est, par exemple, le sentiment de Ray; il croit que toutes les montagnes ont été formées par des tremblements de terre ou par l’explosion des volcans, comme le mont di 6’ewerc, file nouvelle près deSantorin, etc. : mais il n’a |)as pris garde que ces petites élévations, formées par l’éruption d’un volcan ou par l’action d’un tremblement de terre, ne sont pas intérieurement composées de couches horizontales, comme le sont toutes les autres montagnes; car en fouillant dans le mont di Cenerc, on trouve les pierres calcinées, les cendres, les terres brûlées, le mâchefer, les pierres |)onces, tous mêlés et confondus comme dans un monceau de décombres. D’ailleurs, si les tremblements de terre et les feux souterrains eussent produit les grandes montagnes de la terre, comme les (iordilières, le mont Taurus, les Alpes, etc., la force prodigieuse qui aurait élevé ces masses énormes aurait en même temps détruit une. grande partie de la surface du globe, et l’effet du tremblement aurait été d’une violence inconcevable, puisque les plus fameux tremblements de tei re, dont l’Iiistoire fasse mention, n’ont pas eu assez de force pour élever des montagnes : par exemple, il y eut, du temps de Valentin I"", un tremblement de terre qui se lit sentir dans tout le monde connu, comme le rapporte Ammien i\Iarccllin,lib. XXVI, cap. 14, et cependant il n’y eut aucune montagne élevée par ce grand tremblement.

Il est cependant vrai qu'en calculant on pourrait trouver qu’un tremblement de terre assez violent pour élever les plus hautes montagnes ne le serait pas assez pour déplacer le reste du globe.

Car, supposons pour un instant que la chaine des hautes montagnes qui traversent l’Amérique méridionale, depuis la pointe des terres Magellaniques jusqu'aux montagnes de la Nouvelle-Grenade et au golfe de Darien, ait été élevée tout à la fois et produite par un tremblement de terre, et voyons par le calcul l’effet de cette ex|)losion. Cette chaîne de montagnes a environ mille sept cents lieues de longueur, et communément quarante lieues de largeur, y compris les Sierras, qui sont des montagnes moins élevées que les Andes 5 la surface de ce terrain est donc de soixante-huit mille lieues carrées. Je suppose que l’épaisseur de la matière déplacée par le tremblement est d’une lieue, c’est-à-dire que la hauteur moyenne de ces montagnes, prise du sommet jusqu’au pied, on plutôt jusqu’aux cavernes qui, dans cette hypothèse, doivent les supporter, n’est que d’une lieue, ce qu’on m’accordera facilement : alors je dis que la force de l'explosion ou du tremblement de terre aura élevé à une lieue de hauteur une quantité de terre égale à soixante-huit mille lieues cubiques; or, l’action étant égale à la réaction, cette explosion aura communiqué au reste du globe la même quantité de mouvement : mais le globe entier est de 12,ô 10,523,801 lieues cubiques, dont, ôtant 68,000, il reste 12,310,435,801 lieues cubiques, dont la quantité de mouvement aura été égale à celle de 68,000 lieues cubiques élevées à une lieue : d’où l’on voit que la force qui aura été assez grande pour déplacer 68,000 lieues cubiques et les pousser à une lieue, n’aura pas déplacé d’un pouce le reste du globe.

Il n’y aurait donc pas d'impossibilité absolue à supposer que les montagnes ont été élevées par des tremblements de terre, si leur composition intérieure, aussi bien que leur forme extérieure, n’était |ias évidemment l'ouvrage des eaux de la mer. L’intérieur est composé de couches régulières et parallèles, remplies de coquilles; l’extérieur a une figure dont les angles sont partout correspondants : est-il croyable que cette composition uniforme et cette forme régulière aient été produites [lar des secousses irrégulières et des explosions subites ?

Mais, comme cette opinion a prévalu chez quelques physiciens, et qu’il nous parait que la nature et les effets des tremblements de terre ne sont pas bien entendus, nous croyons qu’il est nécessaire de donner sur cela quelques idées qui pourront servir à éclairer celte matière.

La terre ayant subi de grands changements à sa surface, on trouve, même à des profondeurs considérables, des trous, des cavernes, des ruisseaux souterrains et des endroits vides qui se communiquent quelquefois par des fentes, et des boyaux. Il y a deux espèces de cavernes. Les premières sont celles qui sont produites par l'action des feux souterrains et des volcans; l’action du feu soulève, ébranle et jette au loin les matières supérieures, et en même temps elle divise, fend et dérange celles qui sont à côté, et produit ainsi des cavernes, des grottes, des trous et des anfractuosités : mais cela ne se trouve ordinairement qu’aux environs des hautes montagnes où sont les volcans, et ces espèces de cavernes produites par l’action du feu sont plus rares que les

cavernes de la seconde espèce, qtii sont produites par les eaux. Nous avons vu que les dilférenles couches qui composent le globe terrestre à sa surface sont toutes interrompues par des fentes perpendiculaires dont nous expliquerons l’origine dans la suite; les eaux des pluies et des vapeurs, en descendant par ces fentes perpendiculaires, se rassemblent sur la glaise et forment des sources et des ruisseaux; elles cherchent par leur mouvement naturel toutes les petites cavités et les petits vides, et elles tendent toujours à couler et à s ouvrir des routes, jusqu’à ce qu’elles trouvent une issue; elles entraînent en même temps les sables, les terres, les graviers, et les autres matières qu’elles peuvent diviser, et peu à peu elles se font des chemins ; elles forment dans l’intérieur de la terre des espèces de petites tranchées ou de canaux qui leur servent de lit; elles sortent enfin, soit à la surface de la terre, soit dans la mer, en forme de fontaines : les matières qu’elles entraînent laissent des vides dont l’étendue peut être fort considérable, et ces vides forment des grottes et des cavernes dont l’origine est, comme l’on voit, bien différente de celle des cavernes produites par les tremblements de terre.

Il y a deux espèces de tremblements de terre : les uns catisés par l’action des feux souterrains et par l’explosion des volcans, qui ne se font sentir qu’à de petites distances et dans les temps que les volcans agissent, ou avant qu’ils s’ouvrent : lorsque les matières qui forment les feux souterrains viennent à fermenter, à s’échauffer et à s’enflammer, le feu fait effort de tous côtes; et, s’il ne trouve pas naturellement des issues, il soulève la terre et se fait un passage en la rejetant; ce qui produit un volcan dont les effets se répètent et durent à proportion de la quantité des 'matières inflammables. Si la quantité des matières qui s’enflamment est peu considérable, il peut arriver un soulèvement et une commotion, un tremblement de terre, sans que, pour cela, il sc forme un volcan : l’air produit et raréfié par le feu souterrain peut aussi trouver de petites issues par où il s’échappera, et, dans ce cas, il n’y aura encore qu’un tremblement sans éruption et sans volcan ; mais, lorsque la matière enflammée est en grande quantité, et qu’elle est resserrée par des matières solides et compactes, alors il y a commotion et volcan : mais toutes ces commotions ne font que la première espèce des tremblements de terre; et elles ne peuvent ébranler qu’un petit espace. Une éruption très-violente de l'Etna causera, par exemple, un tremblement de terre dans toute l ile de Sicile; mais il ne s’étendra jamais à des distances de trois ou quatre cents lieues. Lorsque dans le mont Vésuve il s’est formé quelques nouvelles bouches à feu, il s’est fait eu même temps des tremblements de terre à Naples et dans le voisinage ilu volcan; mais ces tremblements n’ont jamais ébranlé les Alpes, et ne .se sont pas communiqués en France ou aux autres pays éloignés du Vésuve. Ainsi les tremblements de terre produits par l’action des volcans sont bornés à un petit espace; c’est proprement l’ellét de la réaction du feu; et ils ébranlent la terre, comme l’explosion d’tin magasin à poudre produit une secousse et un tremblement sensible à plusieurs lieues de distance.

Mais il y a une autre espece de Ireniblerncnts de terre bien différente pour les effets, et peut-être pour les causes : ce sont les tremblements qui se font sentir à de grandes distances, et qui ébranlent une longue suite de terrain sans qu’il paraisse aucun nouveau volcan ni aucune éruption. On a des exemples de tremblements qui se sont fait sentir en même temps en Angleterre, en France, en Allemagne et jusqu’en Hongrie ; ces tremblements s’étendent toujours beaucoup plus en longueur qu’en largeur; ils ébranlent une bande ou une zone de terrain avec plus ou moins de violence en différents endroits, et ils sont presque toujours accompagnés d’un bruit sourd, semblable à celui d’une grosse voiture qui roulerait avec rapidité.

Pour bien entendre quelles peuvent être les causes de cette espèce de tremblements, il faut se souvenir que toutes les matières inflammables et capables d explosion produisent comme la poudre, par l’inflammation, une grande quantité d’air; que cet air produit par le feu est dans l’état d’une très-grande raréfaction, et que par l’état de compression où il se trouve dans le sein de la terre, il doit produire des effets très-violents. Supposons donc qu’à une profondeur très-considérable, comme à cent ou deux cents toises, il se trouve des pyrites et d’autres matières sulfureuses, et que, par la fermentation produite par la filtration des eaux ou par d’autres causes, elles viennent à s’enflammer, et voyons ce qui doit arriver : d’abord ces matières ne sont pas disposées régulièrement par couches horizontales, comme le sont les matières anciennes qui ont été formées par le sédiment des eaux; elles sont au contraire dans les fentes perpendiculaires, dans les cavernes au pied de ces fentes, et dans les autres endroits où les eaux peuvent agir et pénétrer. Ces matières, venant à s’enflammer, produiront une grande (|uantité d’air, dont le ressort comprimé dans un petit espace, comme celui d’une caverne, non-seulement ébranlera le terrain supérieur, mais cherchera des routes pour s’échapper et se mettre en liberté. Les routes (jui se présentent sont les cavernes et les tranchées formées par les eaux et par les ruisseaux souleiTains ; l’air raréfié se précipitera avec violence dans tous ces passages qui lui sont ouverts, et il formera un vent furieux dans ces routes souterraines dont le bruit se fera entendre à la surface de la terre, et en accompagnera rébranlemcnl et les secousses; ce vent souterrain produit par le feu s étendra tout aussi loin que les cavités ou tranchées souterraines, et causera un tremblement plus ou moins violent à mesure qu’il s’éloignera du foyer, et qu il trouvera des passages plus ou moins étroits : ce mouvement se faisant en longueur, l ebranlemcnt se fera de même, et le tremblement se fera sentir dans une longue zone de terrain; cet air ne produira aucune éruption, aucun volcan, parce qu’il aura trouve assez d’espace pour s’étendre, ou bien parce qu’il aura trouvé des issues et (ju’il sera sorti en forme de vent et de vapeur. Et qtiand même on ne voudrait pas convenir qu’il existe en effet des routes souterraines par lesquelles cet air et ces vapeurs souterraines peuvent passer, on conçoit bien que dans le lieu même où se tait la première explosion, le terrain étant soulevé à une hauteur considéra-

ble, il est nécessaire que celui qui avoisine ce lieu se divise et se fende horizontalement pour suivre le mouvement du premier j ce qui suffit pour faire des routes qui, de proche en proche, peuvent communiquer le mouvement à une très-grande distance. Cette explication s’accorde avec tous les phénomènes. Ce n’est pas dans le même instant ni à la même heure qu’un tremhlement de terre se fait sentir en deux endroits distants, par exemple, de cent ou de deux cents lieues; il n’y a point de feu ni d’éruption au dehors par ces trernhlements qui s’étendent au loin, et le hruit qui les accompagne presque toujours marque le mouvement progressif de ce vent souterrain. On peut encore confirmer ce que nous venons de dire, en le liant avec d’autres faits : on sait que les mines exhalent des vapeurs; indépendamment des vents produits par le courant des eaux, on y remarque souvent des courants d’un air malsain et de vapeurs sufïocantes : on sait aussi qu’il y a sous la terre des trous, des ahîines, des lacs profonds qui produisent des vents, comme le lac de Boleslaw en Bohème, dont nous avons parlé.

Tout ceci bien entendu, je ne vois pas trop comment on peut croire que les tremblements de terre ont pu produire des montagnes, puisque la cause même de ces tremblements sont des matières minérales et sulfureuses qui ne se trouvent ordinairement que dans les fentes perpendiculaires des montagnes et dans les autres cavités de la terre, dont le plus grand nombre a été produit par les eaux; que ces matières en s’enflammant ne produisent qu'une explosion momentanée et des vents violents qui suivent les routes souterraines des eaux; que la durée des tremblements n’est en effet que momentanée à la surface de la terre, et que par conséquent leur cause n’est qu'une explosion et non pas un incendie durable; et qu’enfin ces tremblements qui ébranlent un grand espace, et qui s’étendent à des distances très-considérables, bien loin d’élever des chaînes de montagnes, ne soulèvent pas la terre d’une quantité sensible, et ne produisent pas la plus petite colline dans toute la longueur de leur cours.

Les tremblements de terre sont, à la vérité, bien plus fréquents dans les endroits où sont les volcans qu’aillcurs, comme en Sicile et à Naples : on sait, par les observations faites en différents temps, que les plus violents tremblements de terre arrivent dans le temps des grandes éruptions des volcans; mais ces tremblements ne sont pas ceux qui s’étendent le plus loin, et ils ne pourraient jamais produire une cbaine de montagnes.

On a quelquefois observé que les matières rejetées de l’Etna, après avoir été refroidies pendant plusieurs années, et ensuite humectées par l’eau des pluies, se sont rallumées et ont jeté des flammes avec une explosion assez violente, qui produisait même une espèce de petit tremblement.

En 1669, dans une furieuse éruption de l’Etna, qui commença le 11 mars, le sommet de la montagne bais.sa considérablement, comme tous ceux qui avaient vu cette montagneavanl cette éruption s’en aperçurent (Voyez Tram. Phil. Âh.,yo\. II, page 587); ce qui prouve que le feu du volcan vient plutôt du sommet que de la profondeur intérieure de la montagne. Borelli est du

même sentiment, et il dit précisément « que le feu des volcans ne vient pas « du centre ni du pied de la montagne, mais qu’au contraire il sort du som- « met et ne s’allume qu’à une très-petite profondeur. » (Voyez BoreîU, de Incendiis monlis Ætnce. )

Le mont Vésuve a souvent rejeté, dans ses éruptions, une grande quantité deau bouillante : M. Ray, dont le sentiment est que le feu des volcans vient d’une très-grande profondeur, dit qiie c’est de l’eau de la mer qui communique aux cavernes intérieures du pied de cette montagne; il en donne pour preuve la sécheresse et l’aridité du sommet du Vésuve, et le mouvement de la mer, qui, dans le temps de ces violentes éruptions, s’éloigne des cotes, et diminue au point d’avoir laissé quelquefois à sec le port de Naples. Mais quand ces faits seraient bien certains, ils ne prouveraient pas d’une manière solide que le leu des volcans vient d une grande profondeur; car 1 eau qu ils rejettent est certainement l’eau des pluies qui pénètre par les fentes, et qui se ramasse dans les cavités de la montagne : on voit découler des eaux vives et des ruisseaux du sommet des volcans, comme il en découle des autres montagnes élevées; et, comme elles sont creuses et qu’elles ont été plus ébranlées que les autres montagnes, il n’esi pas étonnant que les eaux se ramassent dans les caverne.s qu’elles contiennent dans leur intérieur, et que ces eaux soient rejetées dans le temps des értiptions avec les autres matières : à 1 égard du mouvement de la mer, il provient uniquement de la secousse communiquée aux eaux par l’explosion ; ce qui doit les faire affluer ou refluer, suivant les différentes circonstances.

Les matières que rejettent les volcans sortent le plus souvent sous la foi me d un torrent de minéraux fondus, qui inonde tous les environs de ces montagnes : ces fleuves de matières liquéfiées s’étendent même à des distances considérables; et en se relroidissant, ces matières qui sont en fusion foi ment des couches horizontales ou inclinées, qui, pour la position, sont semblables aux couches formées par les sédiments des eaux. Mais il est fort aisé de distinguer ces couches produites par l’expansion des matières rejetées des volcans, de celles qui ont pour origine les sédiments de la mer :

1 parce que cos couches ne sont pas d égale épaissetir partout; 2“ parce quelles ne contiennent que des matières quon reconnait évidemment avoir été calcinées, vitrifiées ou londites ; 5“ parce qu’elles ne s'étendent pas à une grande distance. Connne il y a au Pérou un grand nombre de volcans, et que le pied de la plupart des montagnes des Cordillères est recouvert de ces matières rejetées par ces volcans, il n'est pas étonnant qu’on ne trouve pas de coquilles marines dans ces couches de terre; clics ont été calcinées et détruites par 1 action du leu : mais je suis persuadé que si l’on creusait dans la terte aigileuse qui, selon M. Ilouguer, est la terre ordinaire de la \allée de Quito, on y trouverait des coquilles, comme l’on en trouve partout ailleurs, en supposant que cette terre soit vraiment de l’argile, et qu’elle ne soit pas, comme celle qui est au pied des montagnes, un terrain formé par les matières rejetées des volcans.

On a souvent demandé pourquoi les voleans se trouvent tous dans les hautes montagnes. Je crois avoir satisfait en partie à eetle question dans le diseours précédent j niais comme je ne suis pas entré dans un assez grand détail, j’ai cru que je ne devais pas finir cet article sans développer davan tage ce que j’ai dit sur ce sujet.

Les pics ou les pointes des montagnes étaient autrefois recouvertes et environnées de sables et de terres que les eaux pluviales ont entraînés dans les vallées; il ncst resté que les rochers et les pierres qui formaient le noyau de la montagne. Ce noyau, se trouvant à découvert et déchaussé jusqu’au pied, aura encore été dégradé par les injures de l’air; la gelée en aura détaché de grosses et de petites parties qui auront roulé au bas; en même temps elle aura fait fendre plusieurs rochers au sommet de la montagne; ceux qui forment la base de ce sommet .se trouvant découverts, et n’étant plus appuyés par les terres qui les environnaient, auront un peu cédé, et en secaitant les uns des autres ils auront forme de petits nitervalle.s ; cet éhran* Icment des rochers inférieurs n’aura pu se faire sans communiquer aux rochers supérieurs un mouvement plus grand; ils se seront fendus ou écartés les uns des autres. Il se sera donc formé dans ce noyau de montagne une infinité de petites et de grandes fentes perpendiculaires, depuis le sommet jusqu à la base des rochers inférieurs; les pluies auront pcnéti'é dans toutes ces fentes, et elles auront détaché, dans l’intérieur de la montagne, toutes les parties minérales et toutes les autres matières qu’elles auront pu enle\ei ou dissoudie; elles auront forme des pyrites, des soufres et d’autres matières conbustibles; et lorsque, par la succession des temps, ces matières se seront accumulées en grande quantité, elles auront fermenté, et, en s’enflammant, elles auront produit les explosions et les autres effets des volcans. Peut-être aussi y avait-il dans l’intérieur de la montagne des amas de ces matières minérales déjà formés avant ((uc les pluies pussent y pénétrer; dès qu’il se sera fait des ouvertures et des fentes qui auront donné passage à beau et à l’air, ces matières se seront enflammées et auront formé un volcan. Aucun de ces mouvements ne pouvant .se faire dans les plaines, puisque tout e.st en repos, et (|uc rien ne peut se déplacer, il n’est pas surprenant qu il n y ait aucun volcan dans les plaines, et qu’ils se trouvent tous eu effet dans les hautes montagnes.

Lorsqu’on a ouvert des minières de charbon de terre, que l’on trouve ordinairement dans l’argile à une profondeur considérable, il est arrivé quelquefois que le feu s’est mis à ces matières; il y a même des raines de charbon en Écos.se, en Flandre, etc., qui brident continuellement depuis plusicuis années : la communication de l’air suffit pour produire cet effet. Mais ces leux qui se .sont allumés dans ces mines ne produisent que de légères explosions, et ils ne forment pas des volcans, parce que tout étant solide et plein dans ces endroits, le feu ne peut pas être excité, comme celui des volcans dans lesquels il y a des cavités et des vides où l’air pénètre- ce qui doit nécessairement étendre l’embrasement et peut augmenter l’action

du feu au point où nous la voyons, lorsqu’elle produit les terribles effets dont nous avons parlé.

ADDITIONS

A l'article qui a podr titre :

des tremblements de terre E'r DES VOLCANS.

sim LES TREMBLEMENTS DE TERRE.

Il y a deux causes qui produisent les tremblements de terre : la première est l’affaissement subit des cavités de la leiTcj et la seconde, encore plus fréquente et plus violente que la première, est l’action des feux souterrains.

Lorsqu’une caverne s’affaisse dans le milieu des continents, elle produit par sa chute une commotion qui s’étend à une plus ou moins grande distance, selon la quantité du mouvement donné par la chute de cette masse à la terre; et à moins que le volume n’en soit fort grand et ne tombe de trèshaut, sa chute ne produira pas une secousse assez violente pour qu’elle se fasse ressentir à de grandes distances : l’effet en est borné aux environs de la caverne affaissée; cl, si le mouvement se propage plus loin, ce n’est que par de petits trémoussements et de légères trépidations.

Comme la plupart des montagnes primitives reposent sur des cavernes, parce que, dans le moment de la consolidation, ces éminences ne se sont formées que par des boursouflures, il s’est fait, et il se fait encore de nos jours, des affaissements dans ces montagnes, toutes les fois que les voûtes des cavernes minées par les eaux ou ébranlées par quelque tremblement, vienvenl à s’écrouler : une portion de la montagne s’afliiisse en bloc, tantôt perpendiculairement, mais plus souvent en s’inclinant beaucoup et quelquefois même en culbutant. On en a des exemples frappants dans plusieurs parties des Pyrénées, où les couches de la terre, jadis hoi'izontalcs, sont souvent inclinées de plus de quarante-cinq degrés; ce qui démontre que la masse entière de chaque portion de montagne dont les bancs sont parallèles entre eux a penché tout en bloc, et s’est assise dans le moment de l’affaissement sur une base inclinée de quarante-cinq degrés : c’est la cause la plus générale de l’inclinaison des couches dans les montagnes. C'est par la même raison que l’on trouve souvent, entre deux éminences voisines, des couches qui descendent de la premiérent et remontent à la seconde, après avoir traversé le vallon. Ces couches sont horizontales et gisent à la même hauteur dans

les deux collines opposées, enlrc lesquelles la caverne s’éianl écroulée la terre s’est affaissée, et le vallon s’est formé sans autre dérangement dans'les couches de la terre que le plus ou moins d'inclinaison, suivant la profondeur du vallon et la pente des deux coteaux correspondants.

Lest là le seul effet sensible de raffaissemenl des cavernes dans les montagnes et dans les autres parties des conlinenis terrestres : mais toutes les fois que cet effet arrive dans le sein de la mer, où les affaissements doivent être plus fréquents que sur la terre, puisque l’eau mine continuellement les voûtes dans tous les endroits où elles soutiennent le fond de la mer, alors ces affaissements, non-seulement dérangent et font pencher les couches de la terre, mais ils produisent encore un autre effet sensible en faisant baisser le niveau des mers; sa hauteur s’est déjà déprimée de deux mille toises par ces affaissements successifs depuis la première occupation des eaux; et comme mutes les cavernes sous-marines ne sont pas encore à beaucoup prés entièrement écroulées, il est plus que probable que l’espace des mers, s’approfondissant de plus en plus, se rétrécira par la surface; et que, par conséquent, I étendue de tous les continents terrestres continuera toujours d’augmenter par la retraite et rabaissement des eaux.

Lite seconde cause, plus puissante que la première, concourt avec elle pour produire le même effet : c’est la riqiture et l’affaissement des cavernes par l’effort des feux sous-marins. Il est certain qu'il ne se fait aucun mouvement, aucun affaissement dans le fond de la mer, que sa surface ne baisse; et si nous considérons en général les effets des feux souterrains, nous reconnaîtrons que, dés qu il y a du feu, la commotion de la terre ne se borne point à de simples trépidations, mais que l’effort du feu soulève, entr’ouvre la mer et la terre par des secousses violentes et réitérées, qui non-seulement renversent et détruisent les terres voisines, mais encore ébranlent celles qui sont éloignées, et ravagent ou bouleversent tout ce qui se trouve sur la route de leur direction.

Les tiemblements de terre, causes par les leux souterrains, précèdent ordinairement les éruptions des volcans et cessent avec elles, et quelquefois même au motnent où ce feu renfermé s’ouvre un passage dans les flancs de la terre et porte sa flamme dans les airs. Souvent aussi ces tremblements épouvantables continuent tant que les éruptions durent : ces deux effets sont intimement liés ensemble, et jamais il ne s’est fait une grande éruption dans un volcan, sans qu’elle ait été précédée, ou du moins accompagnée d’un tremblement de terre; au lieu que très-souvent on ressent des secousses même assez violentes sans éruption de feu. Ces mouvements où le feu n'a point de part proviennent non-seulement delà première cause que nous avons indiquée, e^est-à-dirc de l'écroulement des cavernes, mais aussi de faction des vents et des orages souterrains. On a nombre d'e.xemples de terres soulevées ou affaissées par la force de ces vents intérieurs. M. le chevalier Hamilton, homme aussi respectable par son caractère qu’admirable par 1 étendue de ses connaissances et de ses recherches en ce genre, m’a dit

avoir vu entre Trente et Vcronne, près du village de Roveredo, plusieurs monticules composés de grosses masses de pierres calcaires, qui ont été évidemment soulevées par diverses explosions causées par des vents souterrains. Il n’y a pas le moindre indice de l’action du feu sur ces rochers ni sur leurs fragments : tout le pays des deux côtés du grand chemin, dans une longueur de près d’une lieue, a élé bouleversé de place en place par ces prodigieux elforts des vents souterrains. Les habitants disent que cela est arrivé tout à coup par l’effet d'un tremblement de terre.

Mais la force du vent, (ptelque violent qu’on puisse le supposer, ne me parait pas une cause suffisante pour produire d'aussi grands effets; et, quoiqu’il n’y ait aucune apparence de feu dans ces monticules soulevés par la commotion de la terre, je suis persuadé que ces soulèvements se sont faits par des explosions électriques de la foudre souicrraine, et que les vents intérieurs n’y ont contribué qu’en produisant ces orages électriques dans les cavités de la terre. Nous réduirons donc à trois causes tous les mouvements convulsifs de la terre : la première et la plus simple est l’affaissement subit des cavernes; la seconde, les orages et les coups de foudre souterrains; et la troisième, l’action et les efforts des feux allumés dans l'intérieur du globe. Il me paraît qu’il est aisé de rapporter à l'une de ces trois causes tous les phénomènes qui accompagnent ou suivent les tremblements de terre.

Si les mouvements de la terre produisent qttclquefois des éminences, ils forment encore plus souvent des gouffres. Le 15 octobre 1775, il s’est ouvert un gouffre sur le territoire dtt bourg Induno, dans les états de Modène, dont la cavité a plus de quatre cents brasses de largeur sur deux cents de profondeur. En 1726, dans la partie septentrionale de l’Islande, une montagne d’une hauteur considérable s’enfonça, en une nuit, par un tremblement de terre, et un lac très-profond prit sa place : dans la même nuit, à une lieue et demie de distance, un ancien lac, dont on ignorait la profondeur, fut entièrement desséché, et son fond s’éleva de manière à former un monticule assez haut, que l'on voit encore aujourd’hui. Dans les mers voisines de la Nouvelle-Bretagne, les tremblements de terre, dit M. de Bougainville, ont de terribles conséquences pour la navigation. Les 7 juin, 12 et 27 juillet 1768, il y en a eu trois <à Boéro, et le 22 de ce même mois, un à la Nouvelle-Bretagne. Quelquefois ces tremblements atiéanlissent des îles et des bancs de sables connus; quelquefois aussi ils en créent où il n’y en avait pas.

Il y a des tremblements de terre qui s’étendent très-loin, et toujours plus en longueur qu’en largeur : l’un des plus considérables est celui qui se lit ressentir au Canada, en 1663; il s’étendit sur plus de deux cents lieues de longueur et cent lieues de largeur, c’est-à-dire sur plus de vingt mille lieues superlicielles. Les eff'ets du dernier tremblement de terre du Portugal se sont fait de nos jours ressentir encore plus loin : M. le ehevalier de Saint- Sauveur, commandant pour le roi, à Mérueis, a dit à M. de Gensanne, qu’en se promenant sur la rive gauche de la Jouante, en Languedoc, le

ciel devint tout à coup fort noir, et qu'un moment après il aperçut, au bas du coteau qui est à la rive droite de celle rivière, un globe de feu qui éclata d’une manière terrible. H sortit de l intcrieur de la terre un tas de rochers considérables, et toute celte cîiainc de montagnes se fendit depuis Mérueis jusqu’à Florac, sur près de six lieues de longueur : cette fente a dans certains endroits plus de deux pieds de largeur, et elle est en partie comblée. Il y a d’autres tremblements de terre qui semblent se faire sans secousses et sans grande émotion. Kolbe rapporte que, le 24 septembre 1707, depuis huit heures du matin jusqu’à dix heures, la mer monta sur la contrée du cap de Bonne-Espérance, et en descendit sept fois de suite et avec une telle vitesse que, d’un moment à l’autre, la plage était alternativement couverte et découverte par les eaux.

Je puis ajouter, au sujet des effets des tremblements de terre et de l’éboulement des montagnes par l’affaissement des cavernes, quelques faits assez récents et qui sont bien constatés. En Norwége, nn promontoire appelé Hamtners-Fields, tomba tout à coup en entier. Une montagne fort élevée et presque adjacente à celle de Chiinboraço, l’une des plus hautes des (lordilières, dans la province de Quito, s'écroula tout à coup. Le fait avec ses circonstances est rapporté dans les Mémoires de MM. de la Conclamine et Bouguer. Il arrive souvent de pareils éboulemenls cl de grands affaissements dans les îles des Indes méridionales. A 6»'annwa-6o«ore, où les Hollandais ont un établissement, une haute montagne s’écroula tout à coup, en 1073, par un temps calme et fort beau; ce qui fut sinvi d'un tremblement de terre qui renversa les villages d’alentour où plusieurs milliers de personnes périrent. Le 11 août 1772, dans l’ile de Java, province de Cliérihou, l’une des plus riches possessions des Hollandais, une montagne d'environ trois lieues de circonférence s'abima tout à coup, s’enfonçant et se relevant alternativement comme les flots de la mer agitée : en même temps, elle laissait échapper une quantité prodigieuse de globes de feu qu’on apercevait de très-loin, et qui jetaient une lumière aussi vive que celle du jour, toutes les plantations et trente-neuf négrerics ont été englouties avec deux mille cent quarante habitants, sans compter les étrangers *. îNous pourrions recueillir plusieurs autres exemples de raff’aissemcnl des terres et de récroulcment des montagnes par la rupture des cavernes, par les secousses des tremblements de terre, et par l’action des volcans : mais nous en avons dit assez pour qu'on ne puisse eontester les inductions et les conséquences générales que nous avons tirées de ces faits particuliers.

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