DE LA TERRE
« Dans la paroisse du Ilaux, pays d’entre deux mers, à demi-lieue du « port de Langoiran, une pointe de rocher haute de onze pieds se détacha « d’un coteau qui avait auparavant trente pieds de hauteur; et, par sa chute,
« elle répandit dans le vallon une grande quantité d’ossements ou de frag- « ments d’ossements d’animaux, quelques-uns pétrifiés. Il est indubitable « qu ils en sont; mais il est très-difficile de déterminer à quels animaux ils « appartiennent : le plus grand nombre sont des dents, quelques-unes peut- « être de bœuf ou de cheval, mais la plupart trop grandes ou trop grosses « pour en être, sans compter la différence de figure; il y a des os de cuisses « ou de jambes, et même un fragment de bois de cerf ou d’élan : le tout « était enveloppé de terre commune, et enfermé entre deux lits de roche. Il « faut nécessairement cotteevoir que des cadavres d’animaux ayant été jetés « dans une roche creuse, et leurs chairs s’étant pourries, il s’est formé par- « dessus cet amas une roche de onze pieds de haut; ce qui a demandé une « longue suite de siècles...
« MM. de l’Académie de Bordeaux, qui ont examiné toute cette matière « en habiles physiciens..., ont trouvé qu’un grand nombre de fragments mis « à un feu très-vif sont devenus d’un beau bleu de turquoise; que quelques « petites parties en ont pris la consistance, et que, taillées par le lapidaire,
« elles en ont le poli... Il ne faut pas oublier que des os qui appartenaient « visiblement à différents animaux, ont également bien réussi à devenir lur- « quoises **. »
* (.cltie de madame la eomlesse de Clei inoiil-Monloison a M, de Buil'oii.
* Histoire de l’Académie des Sciences, année 1719, pag 24.
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« Le 28 janvier 1760, on trouva auprès de la ville d’Aix en Provence, dit « M. Guetlard, à cent soixante toises au-dessus des bains des eaux miné- « raies, des ossements renfermés dans un rocher de pierre grise à sa super- « ficie : celte pierre ne formait point de lits et n’était point feuilletée, c’était « une masse continue et entière...
« Après avoir, par le moyen de la poudre, pénétré à cinq pieds de pro- « londcur dans I intérieur de cette pierre, on y trouva une grande quantité « d ossements humains de toutes les parties du corps, savoir, des màehoi- « res et leurs dents, des os du bras, de la cuisse, des jambes, des « côtes, des rotules, et plusieurs autres mêlés confusément et dans le plus « grand désordre. Les crânes entiers ou divisés en petites parties semblent « y dominer.
« Outre ces ossements humains, on en a rencontré plusieurs autres par « morceaux qu'on ne peut attribuer à l’homme : ils sont dans certains en- « droits ramassés par ])elotons ; ils sont épars dans d’autres...
« Lorsqu’on a creusé jusqu'à la profondeur de quatre pieds et demi, on a J rencontré six tètes humaines dans une situation inclinée. De cinq de ces « tètes on a conservé l’occiput avec ses adhérences, à l’exception des os de la « face ? cet occiput était en partie incrusté dans la pierre; son intérieur en « était rempli, et cette pierre en avait pris la forme. La sixième tète est dans « son entier du côté de la face, qui n’a reçu aucune altération ; elle est large « a proportion de sa longueur : on y di.stingue lu forme des joues charnues; « les yeux sont fermés, assez longs, mais étroits; le front est un peu large, « le nez fort aplati, mais bien formé; la ligne du milieu un peu marquée; « la bouche, bien faite, est fermée, ayant la lèvre supérieure un peu forte K relativement à l’inférieure; le menton est bien proportionné, et les mus- « des du total sont très-articnlés. La couleur de cette tête est rougeâtre, et « ressemble assez bien aux tètes de tritons imaginées par les peintres : sa « substance est semblable à celle de la pierre où elle a été trouvée; elle « n’est, à proprement parler, que le masque de la tète naturelle... »
La relation ci-dessus a été envoyée par M. le baron de (iaillard-Longjumeau a madame de Rois-Jourdain, qui l’a ensuite fait parvenir à M. Guettard avec quelques morceaux des ossements en question. On peut douter avec raison que ces prétendues têtes humaines soient réellement des têtes d’hommes: «car tout ce qu’on voit dans cette carrière, dilM.de Longjumeau, « annonce qu’elle s’est formée de débris de corps qui ont été brisés, et qui « ont dû être ballottés et roulés dans les flots de la mer dans le temps que ces 8 os se sont amoncelés. Ces amas ne se faisant qu’à la longue, et n’étant sur- « tout recouverts de matière pierreuse que successivement, on ne conçoit « pas aisément comment il pourrait s’ètre formé un masque sur la face de « CCS têtes, les chairs n’étant pas longtemps à se corrompre, lors surtout que « les corps sont ensevelis sous les eaux. On peut donc très-raisonnablement « croire que ces prétendues têtes humaines n'en sont réellement point... : « il y a même tout lieu de penser que les os qu'on eroit appartenir à
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« rhoiiime sont ceux des squelelles de poissons dont on a irouvé les dents, « dont quelques-unes étaient enclavées dans les mêmes quartiers de pierre « qui renfermaient les os qu’on dit être humains.
« Il parait que les amas d’os des environs d’Aix sont semblables à ceux « que M. Borda a fait connaître depuis quebiues années, et quïl a trouvés « prés de Dax en Gascogne. Les dents qu’on a découvertes à Aix paraissent, « par la description qu on en donne, être semblables à celles qui ont été « trouvées a Dax, et dont une mâchoire inférieure était encore garnie : on « ne peut douter que cette mâchoire ne soit celle d’un gros poisson... Je pense « donc que les os de la carrière d’Aix sont semblables à ceux qui ont été « découverts à Dax...; que ces ossements, (jucls qu’ils soient, doivent être « rapportés à des squelettes de poissons plutôt qu’à des squelettes hu- « mains...
« Une des têtes en question avait environ .sept pouces et demi de longueur, « sur trois de largeur et quelques lignes de plus; sa forme est celle d’un « globe allongé, aplati à sa base, plus gros à rextrémité postérieure qu’à l'ex- « trémité antérieure, divisé suivant sa largeur, et de haut en bas. par sept « ou huit bandes larges depuis sept jusqu’à douze lignes ; chaque bande est « elle-même divisée en deux parties égales par un léger sillon; elles s’éten- « dent depuis la base jusqu’au sommet : dans cet endroit celles d’un côté « sont séparées de celles du côté opposé par un autre sillon plus profond, et « qui s élargit insensiblement depuis la partie antérieure jusqu’à la partie « postérieure.
« A cette description, on ne peut reconnaître le noyau d’une tète hu- « maine : les os de la tête de l’homme ne sont pas divisés en bandes comme « l’est le corps dont il s’agit; une tète humaine est composée de quatre os « principaux, dont on ne trouve pas la forme dans le noyau dont on a donné « la description : elle n’a pas intérieurement une crête qui s’étende longi- « tudinalerncnt depuis sa partie antérieure jusqu’à sa partie postérieure, qui « la divise en deux parties égales, et qui ait pu former le sillon sni- la par- « tie supérieure du noyau pierreux.
« Ces considérations me font penser que ce corps est plutôt celui d'un « nautile (|ue celui d une tête humaine. En effet, il y a des nautiles qui sont « séparés en bandes ou boucliers comme ce noyau ; ils ont un canal ou si- « phon qui règne dans la longueur de leur courbure, qui les sépare en deux,
« et qui en aura formé le sillon pierreux, etc* . b Je suis três-persuadé, ainsi que IM. le baron de Longjumeau, que ces prétendues têtes n ont jamais apparlenu à des hommes, mais à des animaux du genre des phoques, des loutres marines, et des grands lions marins et ours marins. Ce nest pas sculemeni à Aix ou à Dax que l’on trouve, sur les rochers et datis les cavernes, des lêtcs cl des ossctncnls de ees animaux; S. A. le prince Maregrave d Anspach, qui joint au goût des belles connaissances
.Mémoires du l’AiNid. do.s Si-lunees, aiiiice 17fiO. piij;. 200-218.
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la plus grande affabilité, a eu la bonté de me donner , pour le Cabinet du Roi, une collection d’ossements tirés des cavernes de Gailknente, dans son marcgraviat de Bareitb. M. Daubenton a comparé ces os avec ceux de l’ours commun : ils en diffèrent en ce qu’ils sont beaucoup plus grands; la tète et les dents sont plus longues et plus grosses, et le museau plus allongé et plus renflé que dans nos plus grands ours. Il y a aussi dans cette collection, dont ce noble prince a bien voulu me gratifier, une petite tète que ses naturalistes avaient désignée sous le nom de tête du petit plioca de M. de Buffon; mais comme l’on ne connaît pas assez la forme et la structure des têtes de lions marins, d’ours marins, et de tous les grands et petits phoques, nous croyons devoir encore suspendre notre jugement sur les animaux auxquels ces osse- .nents fossiles ont appartenu.
PREUVES
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