PO MARBRE
un autre marbre à Tirano , qui est entièrement noir.
A Valmara , dans la Valtelinc , il y a du marbre rouge , mais en petites masses et seulement propre à faire des mortiers à piler.
Dans le Valais , on trouve , près des sources du Rhin, du marbre noir veiné de blanc.
Le canton de Glaris a aussi des marbres noirs veinés de blanc : on en tire de semblable auprès de Guppenberg , de Schwanden , et de Psefers , où il se trouve un autre marbre qui est de couleur grise-brune, parsemée dé lentilles striées et convexes des deux côtés.
Le canton de Zurich fournit du marbre noir veiné de blanc , qui se tire à Vendenchwil : un autre , qui est aussi de couleur noire, mais rayé ou veiné de jaune, se trouve à Albisrieden.
Le canton de Berne renferme aussi différentes sortes de marbres : il y en a dont le fond est couleur de chair à Scheuznach; et tout auprès de ce marbre couleur de chair, on en voit du noir. Entre Aigle et Olon , on tire encore du marbre noir. A Spiez , le marbre noir est veiné de blanc , et à Grindelwald , il est entièrement noir.
Les marbres d'Italie sont en fort grapd nombre et ont plus de réputation que tous les autres marbres de l'Europe : celui de Carrare , qui est blanc , se tire vers les côtes de Gènes , et en blocs de telle grandeur que l'on veut ; son grain est cristallin , et peut être comparé , pour sa blancheur , à l'ancien marbre de Paros.
Le marbre de Saravezza , qui se trouve dans les mêmes montagnes que celui de Carrare, est d'un grain encore plus fin que ce dernier : on y voit aussi un marbre rouge et blanc , dont les taches blanches et rouges sont quelquefois tellement distinctes les unes des autres , que ce marbre ressemble à une brèche , et qu'on peut lui donner le nom de brocatelle; mais il se trouve de temps en temps une teinte de noirâtre mélangée dans ce marbre. Sa carrière est en masse presque continue comme celui de Carrare , et comme celle de tous les autres marbres cristallins blancs , ou d'autres couleurs , qui se trouvent dans le Siennois et dans le territoire de Gênes : tous sont disposés en très-grandes masses, dans lesquelles on ne voit aucun indice de coquilîes, mais seulement quelques crevasses qui sont remplies par une cristallisation de spath calcaire. Ainsi il ne paroit pas douteux que tous ces marbres ne «oiâut de seconde formation.
BfîFFOîf. II.
Les environs de Carrare fournissent aussi deux sortes de marbres verts : l'une, que l'on nomme improprement vert d'Egypte, est d'un vert foncé, avec quelques taches de blanc et de gris de lin ; l'autre , que l'on nomme vert de mer, est d'une couleur plus claire, mêlée dé veines blanches.
On trouve encore un marbre sur les côtes de Gênes, dont la couleur est d'un gris d'ar* doise mêlée de blanc sale ; mais ce marbre est sujet à se tacher et à se jaunir après avoir reçu le poli.
On tire encore sur le territoire de Gênea le marbre porto-venere , ou porte-cuivre , dont la couleur est noire , veinée de jaune, et qui est moins estimé lorsqu'il est veiné de blanchâtre.
Le marbre de Margore , qui se tire du Milanez , est fort dur et assez commun ; sa couleur est un gris d'ardoise mêlé de quelques veines brunes ou couleur de fer.
Dans l'île d'Elbe , on trouve à Sainte-Catherine une carrière abondante de marbre blanc veiné de vert-noirâtre.
Le beau marbre de Sicile est d'un rougebrun, mêlé de blanc et isabelle; ces couleurs sont très-vives et disposées par taches carrées et longues.
Tous les marbres précédeos sont modernes ou nouvellement connus ; les carrières de ceux que l'on appelle antiques sont aujourd'hui perdues, comme nous l'avons dit, et réellement perdues à jamais , parce qu'elles ont été épuisées , ainsi que la matière qui les formoit : on ne compte que treize ou
Quatorze variétés de ces marbres antiques, ont nous ne ferons pas rénumération , parce qu'on peut se passer de décrire dans une histoire naturelle générale les détails des objets particuliers qui ne se trouvent plus dans la nature.
Le marbre blanc de Paros est le plus fameux de tous ces marbres antiques; c'est celui que les grands artistes de la Grèce ont employé pour faire ces belles statues que nous admirons encore aujourd'hui, non seulement par la perfection de l'ouvrage, mais encore par sa conservation depuis plus de vingt siècles : ce marbre s'est trouvé dans les îles de Paros , de Naxos , et de Tinos. Il a le grain plus gros que celui de Carrare, et il est mêlé d'une grande quantité de petits cristaux de spath ; ce qui fait qu'il s'égrène aisément en le travaillant ; et c'est ce même spath qui lui donne un degré de transparence presque aussi grande que celle de l'albâtre , auquel il ressemble encore par son peu de dureté : ce marbre est donc evi»
MJN&MWX.
demroeut da seconde formation, Qn le tire encore aujourd'hui des grandes crottes ou caverne» qui se trouvent sous la montagne que les anciens pnt nommée Marpesia, Pline dit qu'ils donuoient à ce marbre t'épithète de lycftnjtes , parce que les. ouvriers le travailïoient sous terre à la lumière de flambeau*. Dapper, darjs sa Description des ilçs de T Archipel ) rapporte que dans cette montagne Marpesia u y a des cavernes extraordjnairemeut profondes , où la lumière du jour ne petit pénétrer , et que le grand-seigpeur , ainsi que les grands de fa forte , n*em ploient pas d'autre ni arbre que celui qu'on en tire, pour décorer leurs plus somptueux bàtimem».
Il y a dans Pile de Tîiasos, aujourd'hui Tqsso . quelques montagnes dont les rochers sont d un marbre fort blanc , et d'autres rochers d'un marbre tacheté et parsemé de veines d'nn beau jaune, Ce marbre éioit en grande estime chez les Romains , comme il lest encore d^££ tous les pays voisins c|e cette île.
Eu Espagne , comme en Italie et en Grèce , il y a des collines et même des montagnes entières de marbre blanc. On en tire aussi dans les Pyrénées, du eôté »le Bajonne , qui est semblable au marbre de Carrare , à Perception de son grain, qui est plus gros, et (Jui lui donne beaucoup plus de rapport au marbre blanc de Paros : mais il est encore plus tendre que ce dernier, et sa couleur blanche est sujette à prendre une teinte jaunâtre. U se trouve aussi dans les mêmes montagnes un autre marbre d'un vert brun , taché de rouge.
M. Bowles donne, dans les termes suivans , la description de la montagne de Fîlahres , près d'Almeria , qui est tout entière de marbre blanc : « Pour se former, dit-il , une juste idée de celte montagne , il faut se 6giirer on bloc ou une pièce de marbre blanc d^me Heue de circuit, et de deux mille pieds cfe hauteur, sans aucun mélange d'autres pierres ni terres ; le sommet est presque plat, et on découvre en dlfférens endroits le marbre , sans que les vents , les eaux , ni les autres agens qui décomposent les rochers les plus durs, y Fassent la moindre impression. . . U y a un coté de cette montagne coupé presque à- plomb, et qui, depuis le vallon, paroit comme une énorme muraille de plus de mil|e pieds de hauteur, toute d'une seule pièce solide de marbro, avec si peu de fentes, et si petites, que la plus grande n'a pas six pieds de long , ni plus d'une ligne de large. »
On trouve, aux environ* ete MaUoa, du marbre couleur de chair et blanc; et à un quart de lieue du même endroit il y a une colline de marbre rougeâtre , jaque, et blanc, qui a le grain comme le marbre de Carrare.
ta carrière de marbre de Naquera , à trois lieues de Vajeuce, n'est pas en masses épaisse»; ce marbre est d'un rouge obscur, orné de veines capillaires noires qui lui donnent une grande beauté. Quoiqu'on le tire à fleur de terre , et que ses couches ne soient pas profondes , il est assez dur pour en faire des tables épaisses et solides , qui reçoivent un beau poli.
On trouve à Guipuscoa en Navarre, et dans la province de Barcelone , un marbre semblable au sérancolin.
En Asie, il y a certainement encore beaucoup plus de marbres qn'çn Europe : mais ils sont peu connus ; et peut-être la plupart ne aont pas découverts, lue docteur Shaw parle du marbre herborisé du mont Siuaï , et du marbre roueeâlre qui se tire aux environs de la mer ï\ougc. (iWi'din assure qu'il y a dç plusieurs sortes de, marliro* eu Perse, du blanc, du noir, du rouge, et du marbré de blanc et dç rouge-
A la Chine, disent les voyageurs, ïemar- Ure est si commun t que plusieurs ponts en sdïit bâtis j on y voit aussi nombre d'édifices où le marbre blanc est employé, et c'est surtout dans la province de Schang- Turt<r qu'on en trouve en quantité : mais on prétend que tes Chinois n'ont pas tes arts nécessaires pour travailler le marbre aussi parfaitement qu'on le fait en Europe, Il se trouve, à douze ou quinze lieues de Pékin, des carrières de marbre blanc, dont ontiro. des masses d'une grandeur énorme , et dont on voit de très-hautes et de très-grQsses colonnes dans quelques cuurs du palais de. l'empereur.
Il y a aussi à Siara , selon ta J^oubère, une carrière de beau marbre blanc; el comme ce marbre blanc est plus remarquable que les marbres de couleurs , les voyageurs n'ont guère parlé de ces derniers qui doivent être encore plus commurs dans les pays qu'ils ont parcourus. Ils en ->nt reconnu quelques-uns en Afrique } et le marbre africain étoit très-çstimê des Romains; mais le docteur Sbaw, qui a visité les cô\ei. d'Alger, de Tunis , et de Paucienuç Carthage en observateur exact, et qui a recherche les carrières de ces anciens marbres, assure qu'elles sont entièrement perdues, et que le plus beau marbre qu'il ait pu trouver dans tout le pays n'était qu'une pierre assez semblable
DU MARBRE
à la pierre de Lewington en Angleterre. Cefsenoant Mai-nul parte d'un marbre Wano
?ui se trouve dans la montagne d'Hentèle, une des plus hautes de l'Atlas ; et Tan Toit dans la ville de Marne de grands piliers et des bassins d'un marbre blanc fort in dont les carrières sont voisines de cette ville.
Dans le Nouveau-Monde on trouve aussi du marbre en plusieurs endroits. M. Guet* lard parle d'un marbre blanc et rouge qui te tire près du portmge tmJon de la petite rivière au Canada, et qui prend un très-beau poli, quoiqu'il soit parsemé d'un grand nombre de points de plomb qii pourraient faire prendre ce marbre pour une mine de plomb. Plusieurs voyageurs ont parlé des marbres du diocèse de 1a Paz au Pérou , dent il y a des carrières de averses couleurs. Al-
Sbonse Barba cite le pays ftAtocama, et il qu'on y trouve des marbres de diverses couleurs et d'un grand éclat. « Dans la ville impériale de IVtfosi , il y aveit , dit-il , on grand morceau de ce marbre taillé en forme de table de six palmes et six doigts de langueur, cinq palmes et six doigts de large, et deux doigts d'épaisseur. Ge grand morceau représentoit une espèce de treiHage ou jalousie , fermé d'un beau mélange de couleurs très- vives en rouge clair, brun, noir, faune, vert, et blanc. ... A une Keue des mines de Verenguela il y a d'autres marbres qui ne sent pas inférieurs à ceux d'Atacama pour le lustre, sans avoir néanmoins les mêmes variétés de couleurs ; car ils sont blancs et transparens en quelques endroits comme l'albâtre. »
A la vue de cette ©numération que nous venons de faire de tous les marbres des diflérens pays , on pourroit croire que , dans la nature , les marbres de seconde formation sont bien plus communs que les autres, parce qu'à peine s'en trouve-t-il deux on trois dans lesquels il sort dit qu'on ait vn des impressions de coqniHes; mais ce silence sur les marbres de première formation ne vient que de ce qu'ils ont été moins recherchés que les seconds, parce que ceux-ci sont en effet plus beaux , d'un grain plus lin, de couleurs pbis décidées , et qu'ils peuvent se tirer en volume bien plus grand et se travailler plus aisément. Ces avantages ont fait mie , dans tous les temps , ou s'est attaché à exploiter ces car Hères de seconde formation de préférence à celles des premiers marbres, dont les bancs horizontaux sont toujours surmontés de plusieurs autres bancs de pierre qu'il faut fôuHler et débiter auparavant, tandis uate la plupart dos marbres de se-
conde formation se trouvent , comme les albâtres, ou dans des cavernes souterraines on dans des lieux découverts et plus bas que ceux où sont situés les anciens marbres ; car quand il se trouve des marbres de seconde formation jusqu'au dessus des collines, comme dans l'exemple de la montagne de marbre blanc cité par M. Bowles, il faut seulement en conclure que jadis ce sommet de colline n'étoit que le fond d'une caverne dans laquelle ce marbre s'est formé, et que l'ancien sommet étoit plus élevé et recouvert de plusieurs banc de pierre ou de marbre qui ont été détruits après la forma tion du nouveau marbre. Nous avons cité un exemple à peu près pareil , au sujet des bancs de pierres calcaires dures qui se trouvent quelquefois au sommet des collines ». Dans les marbres anciens il n'y a que de la matière pierreuse en masse continue ou en morceaux séparés , avec du spath en veines ou en cristaux et des impressions de coquilles; ils ne contiennent d'autres substances hétérogènes que celles qui leur ont donné des couleurs , ce qui ne fait qu'une quantité infiniment petite relativement à celle de leur masse ; en sorte qu'on peut re« garder ces premiers marbres, quoique colorés , comme entièrement composés de matières calcaires : aussi donnent-ils de b chaux qui est ordinairement grise , et qui , quoique colorée , est aussi bonne et même meilleure que celle de la pierre commune. Mais dans les marbres de seconde formation il y a souvent plus ou moins de mélange d'argile ou de terre limoneuse avec la matière calcaire ». On reconnoltra, par l'é-
i. Voyez d-mrrant l'article de la Pitnt ee/cairt.
a. Lee «aima vertea qw as renooeteept dana U marbre Campan aont dues, selon M. Bayen,' à une matière schisteuse. U en est de même de celles qui se trouvent dans !e marbre cipollin ; et, par les expériences qu'il a faites sur ce dernier marbre, il a reconnu que les veines btancfecf contenaient auaei une petite portion de quarts.
La matière verte d'un autre morceau de cipollin, soumise à l'expérience étoit une sorte de mica qui* selon M. Daubenton , étoit la Ti-ai tmkitê.
Un morceau de vert antique, soumis «le mima à l'expérience, a fourni une matière talqueusc
Un échantillon de marbre rouge appelé griottt a fourni à M. Bayen du schiste couleur de lie da vin.
Un échantillon envoyé d'Autan, sous la nom «w mar&re noir antique, avoit de la disposition à se séparer par couches , et son grain n'avoit aucun rapport arec celui des marbres proprement dits t M. Bayen a reconnu que ee marbre répandoit nnc fort* odeur bitumineuse , et qu'il serait bien placé avec les bitumes, ou du moins avec le* teaistet bitumineux.
MINÉRAUX
preuve de la calcination , la quantité plus ou moins grande de ces deux substances hétérogènes ; car si les marbres contiennent seulement aulant d'argile qu'en contient la marne , ils ne feront que de la mauvaise chaux , et s'ils sont composés de plus d'argile , de limon , de lave , ou d'autres substances vitreuses , que de matière calcaire , ils ne se convertiront point en chaux , ils résisteront à l'action des acides ; et , n'étant marbres qu'en partie, on doit, comme je l'ai dit , les rejeter de la liste des vrais marbres , et les placer dans celle des pierres miparties et composées de substances différentes.
Or l'on ne doit pas être étonné qu'il se trouve de ces mélanges dans les marbres de seconde formation. A la vérité , ceux qui auront été produits précisément de la même matière que les albâtres, dans des cavernes uniquement surmontées de pierres calcaires ou de marbres , ne contiendront de même que des substances pierreuses et spathiques, et ne ^'iféreront des albâtres qu'en ce qu'ils seront plus denses et plus uniformément remplis de ces mêmes sucs pierreux : mais ceux qui se seront formés soit au dessous des collines d'argile surmontées de rochers calcaires, soit dans des cavités au dessus desquelles il se trouve des matières mélangées, des marnes, des tuffeaux, des pierres argileuses , des grès , ou bien des laves et d'autres matières volcaniques, seront tous également mêlés de ces différentes matières; car ici la nature passe, non pas par degrés et nuances d'une même matière, mais par doses différentes de mélange , du marbre et de la pierre calcaire la plus pure à la pierre argileuse et au schiste.
Mais , en renvoyant à un article particulier les pierres mi -parties et composées de matière vitreuse et de substance calcaire, nous pouvons joindre aux marbres brèches, une grande partie des pierres appelées poudingues, qui sont formées de morceaux arrondis et liés ensemble par un ciment qui, comme dans les marbres brèches, fait le fonds de ces sortes de pierres. Lorsque les morceaux arrondis sont de marbre ou de pierre calcaire, et que le ciment est de cette même nature , il n'est pas douteux que ces poudingues entièrement calcaires ne soient des espèces de marbres brèches ; car ils n'en diffèrent que par quelques caractères accidentels, comme de ne se trouver qu'en plus petits volumes et en masses assez irrégunères, d'être plus ou moins durs ou susceptibles de poli, d'être moins homogènes
dans leur composition , etc. ; mais , étant au reste formés de même et entièrement composes de matière calcaire , on ne doit pas tes séparer des marbres brèches, pourra toutefois qu'ils aient à un certain degré la qualité qu'on exige de tous les marbres, c'est-à-dire qu'ils soient susceptibles de poli.
Il n'en est pas de même des poudingues dont les morceaux arrondis sont de la nature du silex ou du caillou, et dont le ciment est en même temps de matière vitreuse, tels que les cailloux de Rennes et d'Angleterre; ces poudingues sont, comme Ton voit, d'un autre genre, et doivent être réunis aux cailloux en petites masses, et souvent ils ne sont que des débris du quarts, du jaspe, et du porphyre.
Nous avons dit que toutes les pierres arrondies et roulées par les eaux du Rhône, que M. de Réaumur prenoit pour de vrais cailloux, ne sont que des morceaux de pierre calcaire i je m'en suis assuré non seulement par mes propres observations, mais encore par celles de plusieurs de mes correspondons. M. de Morveau, savant physicien , et mon très-digne ami , m'écrit , au sujet de ces prétendus cailloux, dans les termes suivans: « J'ai observé, dit -il, que ces cailloux gris noirs, veinés d'un beau blanc , si communs aux bords du Rhône, qu'on a regardés comme de vrais cailloux, ne sont que des pierres calcaires roulées et arrondies* par le frottement, qui toutes me paraissent venir de Millery en Suisse , seul endroit que je connoisse où il y ait une carrière analogue; de sorte que les masses de ces pierres , qui couvrent plus de quarante lieues de pays , sont des preuves non équivoques d'un immense transport par les eaux ». » Il est certain que des eaux aussi rapides que celles du Rhône peuvent transporter d'assez grosses masses de pierres à de très-grandes distances ; mais l'origine de ces pierres arrondies me paroit bien plus ancienne que l'action du courant des fleuves et des rivières, puisqu'il y a des montagnes presque entièrement composées de ces pierres arrondies, qui n'ont pu y être accumulées que par les eaux de la mer : nous en avons déjà donné quelques exemples.
M. Guettard rapporte « qu'entre Saint* Chaumont en Lyonnois et Rives-de-Gier les rochers sont entièrement composés de cailloux roulés... que les lits des montagnes ne sont faits eux - mêmes que de ces amas
i. Lettre de M. de Morreau à M. de Bofton, dâ- *<i«t <i<* ilmtr< en-Bresse, le aa septembre 1779. „
DU MARBRE
de cailloux entassés;., que le chemin qui est au bas des montagnes est également
rempli de ces cailloux roulés qu'on en
retrouve après Bourgnais; qu'on n'y voit que de ces pierres dans les chemins, de même que dans les campagnes voisines et dans les coupes des fossés qu'ils ressemblent à ceux qui sont roulés par le Rhône
que des coupes de montagnes assez hautes , telles 'que celles qui sont à la porte de Lyon, en font voir abondamment; qu'ils sont au dessous d'un lit qu'on prendroit pour un sable marneux que le chemin qui conduit de Lyon à Saint Germain est également rempli de ces cailloux ; qu'avant d'arriver à Fontaine on passe une montagne qui en est composée; que ces cailloux sont de la grosseur d'une noix , d'un melon , et de plusieurs autres dimensions 'entre ces deux-ci; qu'on en voit des masses qui forment de mauvais poudingues que ces
cailloux roulés se voient aussi le long du chemin qui est sur le bord de la Saône; que les montagnes en sont presque entièrement formées , et qu'elles renferment des Foudingues semblables à ceux qui sont de autre côté de la rivière. *»
M. de La Galissonnière, cité par M. Guettard , dit « qu'en sortant de Lyon , à la droite du Rhône, on rencontre des poudingues; qu'on trouve dans quelques endroits du Languedoc de ces mêmes pierres ; que tous les bords du Rhône en Dauphiné en sont garnis, et môme à une très-grande élévation au dessus de son lit, et que tout le terrain est rempli de ces cailloux roulés, mais qui me paroissent, ajoute M. de La Galissonnière, plutôt des pierres noires calcaires que de vrais cailloux ou silex : ils forment dans plusieurs endroits des poudingues. Le plus grand nombre sont noirs : mais il y en a aussi de jaunes , de rougeâtres , et très-peu de' blancs. >»
M. Guetfard fait encore mention de plusieurs autres endroits où il a vu de ces cailloux roulés, et des poudingues formés, par leur assemblage, en assez grosses masses.
« Après avoir passé Luzarches et la Morlaix on monte, dit -il, une montagne dont les pierres sont blanches, calcaires, remplies de pierres numismales , de peignes, et de différentes autres coquilles mal conservées , et d'un si grand nombre de cailloux roulés, petits et de moyenne grosseur, qu'on pourroit regarder ces rochers comme des pou- $nçues coquilliers, En suivant cette grande
route, on retrouve les cailloux roules à Creil, à Fi tz- James, et dans un endroit appelé la Folie. Ils ne diffèrent pas essentiellement de ceux qui se présentent dans les cantons précédens, ni par leur grosseur, ni par leur couleur , qui est communément noirâtre. Cette couche noire est cetle que j'ai principalement remarquée dans les cailloux roules que j'ai observés parmi les sables de deux endroits bien éloignés de ces derniers. Ces sables sont entre Andreville et Épernon. »
Les cailloux roulés qui se trouvent dans les plaines de la Crau d'Arles sont aussi des pierres calcaires de couleur bleuâtre. On voit même sur les bords et dans le lit de la rivière Necker, près de Cronstadt en Allemagne , des masses considérables de poudingues formés de morceaux calcaires, arrondis, blancs, gris, roussâtres, etc. Il se trouve des masses semblables de ces galets réunis sur les montagnes voisines, et jusqu'à leur sommet , d'où ils sont sans doute roulés dans les plaines et dans le lit des rivières.
On peut regarder le marbre appelé brèche antique comme un poudingue calcaire, compose de gros morceaux arrondis bien distincts, les uns blancs, bleus, rouges, et les autres noirs ; ce qui rend cette brèche trèsbelle par ses variétés de couleurs. La brèche d'Alep est de même composée, comme la brèche antique, de morceaux arrondis, dont la couleur est isa belle. La brèche de Saravezze ou Saravèche présente des morceaux arrondis d'un bien plus grand diamètre, dont la plupart tirent sur la couleur violette, et dont les autres sont blancs ou jaunâtres. Dans la brèche violette commune il y a des morceaux arrondis assez gros, et d'autres bien plus petits ; la plupart sout blancs, et les autres d'un violet foible.
Tous les poudingues calcaires sont donc des espèces de brèches , et on ne les en auroit pas séparés si d'ordinaire ils ne se fussent pas trouvés différons des brèches par leur ciment , qui est moins dur et qui ne peut recevoir le poli. Il ne manque doue à ces poudingues calcaires qu'un degré de pétrification de plus pour être entièrement semblables aux plus beaux marbres brèches, de la même manière que dans les poudingues composés de vrais cailloux vitreux arrondis il ne manque qu'un degré de pétrification dans leur ciment pour en faire des matières aussi dures que les porphyres ou |es jaspes,
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DU PLATRE ET DU GYPSE
Le plâtre et te gypse sont des matières calcaires* mais imprégnées d'une assez grande quantité d'acide vitriolique pour que ce même acide, et même tous les autres, ny fassent plus d'impression. Cet acide vitriolique est seul dans le gypse; mais il est combiné dans le plâtre avec d'autres acides : et , pour que les noms ne fassent pas ici confusion, j'avertis que j'appelle gypse ce que les nomettelateurs ont nommé selenite, par le rapport très-éloigné qu'ont les reflets de la lumière sur le gypse avec la lumière de la lune.
Ces deux substances , le gypse et le plâtre, qui sont au fond les mêmes, ne sont jamais bien dures; souvent elles sont friables, et toujours elles se calcinent à un degré de ehaleur moindre que celui du feu nécessaire pour convertir la pierre calcaire en chaux. On les broie après la calcination; et, en les détreiripant alors avec de l'eau , on en fait une pâte ductile qui reçoit toutes sortes de formes, qui sèche en assez peu de temps, se durcit en se séchant, et preud une consistance aussi ferme que celle des pierres tendres ou de la craie dure.
Le gypse et le plâtre calcinés forment, comme la chaux vive, une espèce de crème à la surface de l'eau ; et l'on observe que, quoiqu'ils refusent de s'unir avec les acides, ils s'imbibent facilement de toutes les substances grasses. Pline dit que cette dernière propriété des gypses étoit si bien connue, qu'on s'en servoit pour dégraisser les laines. C'est aussi en polissant les plâtres à l'huile qu'on leur donne un lustre presque aussi brillant que celui d'un beau marbre.
L'acide qui domine dans tous les plâtres est l'acide vitriolique ; et si cet acide étoit 4eul dans toutes ces matières , comme il l'est dans le gypse, on seroil en droit de dire que le gypse et le plâtre ne sont absolument qu'une seule et même chose : mais l'on verra par quelques expériences rapportées ci-après que le plâtre contient non seulement de l'acide vitriolique , mais aussi des acides nitreux et marins, et que par conséquent on ne doit pas regarder le gypse et le plâtre comme des substances dont l'essence soit absolument la même. Je ne fais celte réflexion qu'en conséquence de ce que nos
chimistes disent , « <Jue le ptâtre ou gypse n'est qu'un sel vitriolique à base de terre calcaire, c'est-à-dire une vraie sélénite. *» Il me semble qu'on peut donc distinguer l'un de l'autre en disant que le eypse n'est en effet imprégné que de l'acide vitriolique, tandis que le plâtre contient non seulement l'acide vitriolique avec la base calcaire, mais encore une portion d'acides nitreux et marins. D'ailleurs le prétendu gypse fait artificiellement en mêlant de l'acide vitriolique avec une terre calcaire ne ressemble pas assez au gypse ou au plâtre produit par la nature, pour qu'on puisse dire que c'est une seule et même chose. M. Pott avoue même que ces deux produis de l'art et de la nature ont des différences sensibles ; mais, avant de prononcer affirmativement sur * nombre et la qualité des élémens dont le plâtre est composé après la calcination , il faut d'abord le voir et l'examiner dans son état de nature.
Les plâtres sont disposés, comme les pierres calcaires , par lits horizontaux; mais tout concourt à prouver que leur formation est postérieure à celle de ces pierres. i° Les masses ou couches de plâtre surmontent généralement les bancs calcaires, et n'en sont jamais surmontées ; ces plâtres ne sont recouverts que de couches plus ou moins épaisses d'argile ou de marne amoncelées et souvent mélangées de terre limoneuse. a° La substance du plâtre n'est évidemment qu'une poudre détachée des masses calcaires anciennes , puisque le plâtre ne contient point de coquilles, et qu'on y trouve , comme nous le verrons , des ossemens d'animaux terrestres; ce qui suppose une formation postérieure à celle des bancs calcaires. 3° Cette épaisseur d'arpile dont on voit encoi c la plupart des carrières de plâtre surmontées semble être la source d'où l'acide a dv coulé pour imprégner les plâtres; en smu* que la formation des masses plâtreuses j aroît tenir à la circonstance de ces déjùis d'argile rapportés sur les débris des matières calcaires, telles que les craies, qui dès lors out reçu par stillation les acides, et surtout l'acide vitriolique, plus abondant qu'aucun autre dans les argiles; ce qui n'empêche pas que, lors de sa formation , le pla-
DU PLATRB
tre n'ait aussi recn d'autres principes salins dont Peau de la mer éloit imprégnée; et e'est en quoi le plâtre diffère du gypse, dans lequel l'acide vitrielique est seul combiné avec la terre calcaire.
Mais , de quelque part que viennent les acides contenus dans le plâtre , il est certain que le fonds de sa substance n'est qu'une poussière calcaire qui ne diffère de la craie
3u'en ce qu'elle est fortement imprégnée e ces mômes acides; et ce mélange d'acides dans la matière ealcaire suffit pour en changer la nature, et pour donner au* stalactites qui te forment dans le plâtre des propriétés et des formes toutes différentes de celtes des spaths et autres concrétions calcaires. Les parties intégrantes du gypse, vues à la loupe, paroissent être tantôt des prismes engrenés les uns dans les autres , tantôt de longues lames atec des fibres uniformes en filamens allongés, comme dans l'alun de plume, auquel l'acide donne aussi cette forme» mais, dans une matière bien différente, puisque la base de l'alun est argileuse , au lieu que celle de tout plâtre est calcaire.
La plupart des auteurs ont employé sans distinction le nom de gypte et celui de piètre pour signifier la même chose : mais , pour éviter une seconde confusion de noms, nous n'appellerons plâtre que celui qui est opaque , et que l'on trouve en grands bancs comme la pierre calcaire , d'autant que le nom de gypse n'est connu ni dans le commerce ni par les ouvriers, qui nomment plâtre toute matière gypseuse et opaque; nous n'appliquerons donc le nom de gypse qu'à ce que l'on appeloit sélénite, c'est-à-dire à ces morceaux transparens , el toujours de figure régulière, que l'on trouve dans toutes les carrières plâtreuses.
Le plâtre ressemble, dans son état de nature, à la pierre calcaire tendre; il est de même opaque et si friable, qu'il ne peut recevoir le moindre poli. Le gypse , au contraire, est transparent dans toute son épaisseur ; sa surface est luisante et colorée de jaunâtre, de . verdàtre , et quelquefois elle est d'un blanc clair. Les dénominations de pierre spé calai re ou de miroir d'àne, que le vulgaire, avec quelques autres nomenclateurs, ont données à cette matière cristallisée , n'étant fondées que sur des rapports équivoques ou ridicules, nous préférons avec raison le nom de gjpse; car le talc, aussi bien que te gypse, pourrait être appelé pierre spéculaire, puisque tous deux sont transparens, et la dénomination de miroir