DE TERRE
d'alun dont les mines sont appelées «/**nières. »
L'alun n'est pas le seul sel qui se trouve dans les charbons de terre ; il y a certaines mines de charbon , comme celle de Nicolaï en Silésie, qui contiennent du sel marin, et dont on tire des pierres quelquefois recouvertes d'une grande quantité de sel gemme. En général , tout ce qui entre dans la composition des pyrites et de la terre végétale doit se trouver dans les charbons de terre J car la décomposition de ces substances veV gétales et pyriteuses y répand tous les sels formés de l'union des acides avec les terres végétales et ferrugineuses.
Quoique nous ayons dit que les veines de charbon étoient ordinairement couvertes et enveloppées par un schiste plus ou moins mêlé de terre végétale ou limoneuse, ce n'est cependant pas une règle sans exception ; car il y a quelques mines où le toit et le sol de la veine de charbon sont de grès , et même de pierre calcaire plus ou moins dure ; on en a des exemples dans les mines des territoires de Mons, de Juliers, et dans certains endroits de l'Allemagne cités par le savant chimiste M. Lebmann. On peut voir dans le troisième volume de ses Essais sur l'histoire naturelle des couches de la terre tous les lits qui surmontent et accompagnent les veines de charbon de terre en Misnie près de Vettin et de Loéhegin ; en Thuringe , dans le comté de Hohenstein , dans tout le terrain qui environne le Hartz jusqu'auprès du comte de Mansfeld ; et encore les mines du duché de Brunswick près de Helmstadt. On voit , dans le tableau que M. Lehmann donne de ces différons lits , que les veines de charbon se trouvent également sous le schiste, sous une matière spatheuse, sous des pierres feuilletées composées d'argile et d'un peu de pierre calcaire, etc.; et l'on peut observer que, dans les lits qui séparent les différentes veines de charbon, il n'y a ni ordre de matières ni suite régulière , et que ces lits sont, dans tous les autres ter * rains à charbon, comme jetés au hasard, l'argile sur la marne, la pierre calcaire sur le schiste, les substances spathiques sur les sables argileux, etc.
Dans l'immense quantité de décombres et de débris de toute espèce qui surmontent et accompagnent les veines de charbon de terre, il se trouve quelquefois des métaux, des demi-métaux ou minéraux métalliques ; le fer y est abondamment répandu sous la forme d'ocre , et quelquefois en grains de mine ; le cuivre et l'argent s'y trouvent plus
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MINÉ*ÀTO«
rarement , et Von doit regarder comme chose extraordinaire ce que l'on raconte delà mine de charbon de Çhemnitz en Saxe, qui confient un très-beau vert-de-gris, et produit ^ans certains essais trente livres de bon, cuivre de rosette et cinq onces et demie, d'argent par quintal : il me paraît évident que cette quantité de cuivre et d'argent ne se trouve pas dans un quintal de charbon » et qu'on doit regarder cette mine de cuivre comme isolée et séparée de celle du char* bop. jl en est à peu près de même des mines ip calamine, qui sont assez fréquentes dans [p pays de Liège. Toutes les mines métalliques de seconde formation peuvent se trouver, comme celles de charbon, dans les couches de la terre qui sont elles-mêmes d'une formation secondaire; il peut, par celte même raison, se trouver quelques filets ou grains de métal charriés et déposés par la stillation des eaux dans le charbon de terre , qui se seront formés dans cette matière de la même manière qu'ils se forment dans toutes les autres couches de la terre. Ces mines métalliques secondaires et parasites tirent leur origine des anciens filons , et n'en sont que des particules détachées par l'eau ou déposées dans le sein de la terre par la décomposition des anciens filons métalliques ; et ce n'est que par ce moyen qu'il peut se trouver quelquefois dans le charbon de terre, comme dans toute autre matière, de petites portions de métaux. M. Kurella en donne quelques exemples ; il cite un morceau de charbon de terre qui laissoit apercevoir une mine d'argent pur, et ce morceau venoit apparemment des mines de Hesse, dans le charbon desquelles on trouve en effet un peu d'argent assez pur : celle de Richenffein eu Silésie contient de l'or ; une de celles du comté de Buckingham dans la Grande-Bretagne donne du plomb;, et M. Morand dit que l'étain se trouve aussi quelquefois dans le charbon de terre. Tous les métaux peuvent donc s'y trouver, mais en parcelles et en débris , comme toutes les autres matières qui sont de formation secondaire.
Nous devons encore observer, au sujet des veines , des couches , et des masses de charbon, qu'il s'en trouve très-souvent de grands amas qui ne se prolongent pas au loin en veines régulières, et qui néanmoins occupent des espaces assez grands. Ces amas ont dû se former toutes les fois que les arbres et autres matières végétales se sont trouvés amoncelés sur des fonds creux environnés d'éminences : ainsi cet amas n'ont
point de communication entre eux» et ne sont pas disposés par veines dirigées 4u levant au couchant. Ces mines en masses sont bien plus faciles à exploiter que les mine», en veines ; elles sont ordinairement plus, épaisses et situées moins profondément, pans le Bourbonnois, l'Auvergne, le Forez ej la Bourgogne, et dans plusieurs autres,
{irovinces de France , les mines dont on tire e plus de charbon sont en amas, et non pas en veines prolongées; elles ont ordinairement huit et dix pieds d'épaisseur de charbon , et souvent beaucoup plus.
Mais , comme nous l'avons dit , toutes les mines de charbon, soit en veines ou en amas , ne se trouvent que dans les couches de seconde formation, dont les matières ont été amenées et déposées par les eaux de la mer ; on n'en a jamais trouvé dans les grandes masses vitreuses de première formation, telles que les quartz, les jaspes, et les granités ; c'est toujours dans les collines et montagnes du second ordre, et surtout dans celles dont la construction par bancs est la plus irrégulière, que gisent ees amas. et ces veines de charbon ; et la plus grande partie de la masse de ces montagnes est d'ordinaire un schiste ou une argile différemment modifiée; souvent aussi ce sont des grès plus ou moins décomposés , ou des pierres calcaires plus ou moins dures, ou des terres presque toujours imprégnées de matières pyriteuses qui leur donnent plus de pesanteur et une grande dureté. M. Lehmann dit avec quelque raison que le schiste qui sert presque toujours d'assise et de plancher au charbon de terre n'est qu'une argile durcie, feuilletée, sulfureuse, alumineuse, et bitumineuse. Mais je ne vois pas comment on peut en conclure avec lui que ce schiste est bitumineux lorsque sa portion argileuse a été imprégnée d'acide vitnolique, et qu'il est fétide lorsque cette même portion argileuse a été imprégnée d'acide marin ; car le bitume ne se forme pas par le mélange de la terre argileuse avec l'acide vitriolique, mais par celui de ce même acide avec l'huile des végétaux , à moins que cet habile chimiste n'ait, comme M. de Gensanne, pris le limon ou la terre limoneuse pour de l'argile Il ajoute que des observations réitérées on* fait counoitre que ces schistes, ardoises, ou pierres feuilletées, occupent la partie du milieu du terrain sur lequel les mines de charbon sont portées , et que ces mines occupent toujours la partie la plus basse ; ce qui n'est pas encore exactement vrai , puisque l'on trouve souvent des couches de
DU CHARBON DÇ TERRE
schiste au dessous des veines de charbon. Les mines de charbon les pins aisées à exploiter ne sont pas celles qui sont dans les plaines ou dans le fond des vallons ; ce sont au contraire celles qui gisent en montagne , et desquelles on peut tirer les eaux par des galeries latérales , tandis que, dans les plaines, il faut des pompes ou d'autres machines pour élever les eaux , qui sont quelquefois en telle abondance qu'on est obligé d abandonner les travaux et de renoncer à l'ex- {)loitalion de ces mines noyées; et ces eaux, orsqu'elles ont croupi , prennent souvent une qualité funeste : 1 air s'y corrompt aussi dès qu'il n'a pas une libre circulation. Les accidens causes par les vapeurs qui s'élèvent de ces mines sont peut-être aussi fréqiiens que dans les mines métalliques. Le docteur Lister est le premier qui ait observé la nature de ces vapeurs ; il en distingue quatre sortes. La première , qu'il nomme exftalai» son fleurs de pois, parce qu'elle a l'odeur. de cette fleur, n est pas mortelle, et ne se fait guère sentir qu'en été. La seconde , qu'il appelle exhalaison fulminante , produit en effet un éclair et une forte détonation en prenant feu à l'approche d'une chandelle ; et l'on a remarque qu'elle ne s'enflammoit pas par les étincelles du briquet , en sorge
}[ue, pour éclairer les ouvriers dans ces proondeurs entièrement obscures , on s'est quelquefois servi d'uoe meule, qui, frottée continuellement contre des morceaux d'acier, produisoit assez d'étincelles pour leur donner de la lumière sans courir le risque d'enflammer la vapeur. La troisième , qu'il regarde comme l'exhalaison commune et ordinaire dans toutes ces mines, est un mauvais air qu'on a peine à respirer : on reconnoit la présence de cette exhalaison à la flamme d'une chandelle qui commence par tourner et diminuer jusqu'à extinction ; il en seroit de même de la vie, si l'on s'obstinoit à demeurer dans cet air qui paroit avoir perdu partie de son élasticité. Enfin la quatrième vapeur est celle que Lister nomme exhalaison globuleuse : c'est un amas de ce même mauvais air qui s'attache à la voûte de la mine en forme de ballon» dont l'enveloppe n'est pas plus épaisse qu'une toile d'araignée; lorsque ce ballon vient à s'ouvrir, la vapeur qui en sort suffoque , étouffe ceux qui la respirent. Je crois , avec M. Morand , qu'on peut réduire ces quatre sortes de vapeurs à deux. L'une n'est qu'un simple brouillard de mauvais air, auquel nous donnerons le nom de mouffette ou pousse {* cet air, qui éteint les lumières et fait périr les hommes,
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est l'acide aérien ou air fixe, aujourd'hui bien connu, qui existe plus ou moins dans tout ah*, et qui n'a pu être encore ni composé ni décomposé par Fait; les ventilateurs et le feu lui-même ne le purifient pas , et ne font que le déplacer : il mut donc entretenir une libre circulation dans les mines. Cette vapeur devient plus abondante lorsque les travaux ont été interrompus pendant quelques jours ; et dans les grandes chaleurs de Fêté !k brouillard est quelquefois si fort qu'orrat obligé de cesser les -ouvrages : il se condense souvent en filets qui voltigent; et ce sont apparemment ces filets réunis qui forment les globes dont parle Lister. La seconde exhalaison est la vapeur qui s'enflamme et qu'on appelle feu grieux ; c'est vraiment de l'air inflammable tout pareil à celui qui sort des marais et de toutes les eaux croupies : cet air siffle et pétille dans certains charbons, surtout lorsqu'ils sont amoncelés ; ils s'enflamment quelquefois d'eux-mêmes comme le feroient des pyrites entassées. Les ouvriers savent reconnoitre qu'ils sont menacés de cette exhalaison , et qu'elle va s'allumer, par l'effet très-naturel
au'eHe produit de repousser l'air de l'enroit d'où elle vient ; aussi , dès qu'ils s'en aperçoivent, ils se hâtent d'éteindre leurs chandelles : ils sont encore avertis par les étincelles bleuâtres que la flamme de ces chandelles jette alors en grande quantité.
Les mauvais effets de toutes ces exhalai sons peuvent être prévenus en purifiant l'air par le feu, et surtout en lui donnant une grande et libre circulation. Souvent les ventilateurs et les puits d'air ne suffisent pas; il faut établir dans les mines des fourneaux d'aspiration. Au reste, ce n'est guère que dans les mines où le charbon est très-pyriteux que ce feu grieux s'allume ; et 1 on a observé qu'il est plus fréquent dans celles où les eaux croupissent : mais, dans les mines de charbon purement bitumineux ou peu mélangé de parties pyriteuses, cette vapeur inflammable ne se manifeste point et n'existe peut-être pas.
Comme il y a plusieurs charbons de terre qui sont extrêmement pyriteux , les einbrasemens spontanés sont assez fréquens dans leurs mines ; et quand une fois le feu s'est allumé, il est non seulement durable , mais perpétuel ; on en a plusieurs exemples , et ron a vainement tenté d'arrêter le progrès de cet incendie souterrain, dont l'effet peu violent n'est pas aoaompagné de fortes ex* plosions, et n'est nuisible que par la perte du charbon qu'il consume* Couvent cesari-
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MINÉRAUX
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net ont été enflammée* par les vapeurs mêmes qu'elles exhalent, et qui prennent feu à rapproche des chandelles allumées pour éclairer les ouvriers1.
Dans le travail des mines de charbon de terre Ton est toujours plus ou moins incommodé par les eaux; les unes y coulent en sources vives, les autres n'y tombent [u'eu suintant par les fentes des rochers et Jes terres supérieures, et les mineurs les plus expérimentés assurent que pus ils creusent plus les eaux diminuent, et qu'elles sont plus abondantes vers la superficie. Celte observai ion est conforme aux idées qu'on doit avoir de la quantité des eaux souterraines , qui , ni tirant leur origine que des eaux pluviales, sont d'autant plus ou moins abondantes qu'elles ont d'épaisseur de terre à traverser ; et ce ne doit être que quand on laisse tomber les eaux des excavations supérieures dans les travaux inférieurs qu'elles paraissent être en plus grande quantité à cette profondeur
F lus grande. Enfin on a aussi observé que éteudue superficielle et la direction des suintemens et du volume des sources souterraines varient selon les différentes couches des matières où elles se trouvent.
Tout le monde sait que l'eau qui ne peut se répandre remonte a la même hauteur dout elle est descendue ; rien ne démontre mieux que les eaux souterraines, même les plus profondes , proviennent uniquement des eaux de la superficie, puisqu'en perçant la terre jusqu'à cette protondeur avec des tarières on se procure des eaux jaillissantes à la siuface ; mais, lorsqu'au lieu de former un siphon dans la terre, comme l'on fait avec la tarière, on y perce de larges puits et des galeries, l'eau s'épanche au lieu de remonter, et se ramasse en si grande quantité que l'épuisement en est
x. Je dois obserrer que les auteurs qui ont avancé , comme on le voit ici , que c'est la vapeur sulfureuse qui s'enflamme, se sont trompés; cette vapeur sulfureuse , loin de s'allumer, éteint au contraire les chandelles allumées : c'est donc à l'air inflammable, et non à la vapeur sulfureuse, qu'il faut attribuer l'inflammation dans le* mines de charbon. Mais la cause la plus commune de l'embrasement des mines de charbon est l'inflammation des pyrites par l'humidité de la terre lorsqu'elle est abreuvée d'eau; on ne peut parvenir à étouffer ce feu qu'en inondant, pendant un certain temps, toute la mioe incendiée. Ces accideos sont très-fréquens dans les minet de charbon qui ont été exploitées aaws ordre par les paysans; la quantité de puits et d'ouvertures qu'ils ont laissés sur la direction des veines, sont autant de réceptacles aux eaux de p uie, «ni , venant « rencontrer des pyrite», causent ces incendies.
quelquefois au dessus de toutes nos forces et des ressources de l'art. "Les machines les plus puissantes que l'on emploie dans les mines de charbon sont les pompes à feu, dont ordinairement on petit augmenter les effets autant qu'il est nécessaire pour se dé» barrasser des eaux, et sans qu'il en coûte d'autres frais que ceux de la construction de la machine, puisque c'est le charbon même de la mine qui sert d'aliment au feu, dont Faction , par le moyen des vapeurs de l'eau bouillante, fait mouvoir les pistons de la pompe; mais, quand la profondeur est très-grande et que les eaux sont trop abondantes , cette machine , la meilleure de toutes , n'a pas encore assez de puissance pour les épuiser.
^ Les eaux qui coulent dans les terres voisines des mines de charbon sont de qualités différentes : il y en a de très-pures et bonnes à boire; mais ce ne sont que celles qui viennent des terres situées au dessus des charbons : celles qui se trouvent dans le fond de leur mine sont quelquefois bitumineuses, et plus souvent vi Indiques et alumineuses; l'alun ou le vitriol martial qu'elles tiennent en dissolution sont eux-mêmes très-souvent altérés par différons mélanges; mais, de quelque qualité que soient les eaux, celle» qui croupissent dans la profondeur des mines les rendent souvent inabordables par les vapeurs funestes qu'elles produisent. L'air et l'eau ont également besoin d'être agités sans cesse pour conserver leur salubrité; l'état de stagnation dans ces deux élémens est bientôt suivi de la corruption, et l'on ne saurait donner trop d'attention, dans les travaux des mines, à la liberté de mouvement et de circulation toujours nécessaire a ces deux élémens.
Après avoir exposé les faits qui ont rapport à la nature des charbons déterre,»
leur formation , leur gisement , la direction , l'étendue , l'épaisseur de leurs veines en général , il est bon d'entrer dans le détail particulier des différentes mines qui ont été et qui Sont encore travaillées avec succès , tant en France que dans les pays étrangers, et de montrer que cette matière se trouve partout où l'on sait la chercher; après quoi nous donnerons les moyens qu'il faut employer pour en faire usage et la substituer sans inconvénient au bois et au charbon de bois dans nos fourneaux, nos poêles, et nos cheminées.
Il y a dans la seule étendue du royaume ' de France plus de quatre cents miues de* ; charbon de terre en pleine exploitation; «I
DU CHAKBON DE TERRE
3ai
ce nombre, quoique très-considérable, ne frit peut-être pas la dixième partie de celles qu'on pourroit y trouver. Dans toutes ces «aines, il y a trois ou quatre sortes de charbon : le charbon pur, qui est ordinairement au centre de la veine; le charbon pierreux , communément mêlé de plus ou moins de matières calcaires ou de grès ; le charbon schisteux, et le charbon pyriteux. Ceux qui contiennent du schiste sont les plus rares de tous; et cela seul prouvèrent que la substance principale du charbon ne peut être de l'argile, puisque le vrai schiste n'est lui-même qu'une argue durcie. Il y a des charbons qui se trouvent pyriteux dans toute l'épaisseur et l'étendue de leur veine ; ce sont les moins propres de tous aux travaux de la métallurgie : mais comme on peut les épurer en les faisant cuire, et qu'ordinairement ils contiennent moins de bitume que les autres, ils donnent aussi moins de fumée, et conviennent souvent mieux pour l'usage des cheminées que les charbons trop chargés de bitume. La grande quantité de soufre qui se forme par la combustion des premiers ne peut qu'altérer les métaux, surtout le 1er, que la plus petite quantité d'acide sulfureux suffit pour rendre aigre et cassant Le charbon pierreux ne se trouve pas dans le centre des veines, à moins qu'elles ne soient fort minces; il est ordinairement situé le long des parois et sur le fond des bancs pierreux qui forment le toit et le sol de la veine. Les charbons schisteux sont de même situés sur le sol ou sous le toit . schisteux de la veine. Ces charbons pierreux ou schisteux ne sont pas d'un meilleur usage que le charbon pyriteux , et ils ont encore le désavantage de ne pouvoir être épurés, à cause de la grande quantité de leurs parties pierreuses ou schisteuses : il ne reste donc, à vrai dire, que le charbon de la première sorte, c'est-à-dire le charbon pur, dont on puisse faire une matière avantageusement combustible, et propre à remplacer le charbon de bois dans tous les emplois qu'on en peut faire.
Et dans ce charbon de la première sorte, et le meilleur de tous, on distingue encore celui qui se tire en gros blocs, que l'on appelle charbon pérat, dont la qualité est néanmoins la même que celle du charbon plus menu * qui se nomme cliarbon mare" chai. Le charbon pérat a pris ce nom aux mines de Rive-de-Gier, et il n'est ainsi appelé que quand il est en gros morceaux :
•z. Chafbon pérat est une dénomination locale qui ftgnifie cÂarèo* pierreux ou charbon de pierre.
bvf*o*. n.
c'est par cette seule raison de son gros volume qu'il est plus estimé pour les grilles des teintures et des fourneaux ; mais il n'est pas pour cela d'une qualité supérieure au charbon maréchal, car l'un et l'autre se tirent de la même veine , et l'on distingue par le volume trois sortes de charbon: le pérat est celui qui arrive à la superficie du terrain en gros morceaux et sans être brisé ; le second, qui est en morceaux de médiocre grosseur, se nomme charbon grêle; et ce n'est que celui qui est émietté, ou qui est composé des débris des deux autres, qu'on appelle charbon maréchal. Le bon charbon pèse de cinquante-cinq à soixante livres le pied cube ; mais cette estimation est difficile à faire avec précision , surtout pour le charbon qui se brise en le tirant. Les charbons les plus pesans sont souvent les plus mauvais , parce que leur grande pesanteur ne vient que de là grande quantité de parties pyriteuses , terreuses , ou schisteuses, qu'ils contiennent Les charbons trop légers pèchent par un autre défaut; c'est de ne donner que peu de chaleur en brûlant et de se consumer trop vite. Pour que la qualité du charbon soit parfaite, il faut que la matière végétale qui en fait le fonds ait été bituminisée dans son premier état de décomposition, c'est-à-dire avant que cette substance ait été décomposée par là pourriture; car, quand le végétal est trop aétruit, l'acide ne peut en bituminiser l'huile qui n'y existe plus. Cette matière végétale, qui n'a subi que les premiers effets de la décomposition, aura dès lors conservé toutes ses parties combustibles ; et le bitume, qui par lui-même est une huile inflammable, couvrant et pénétrant cette substance végétale , le composé de ces deux matières doit contenir, sous le même volume , beaucoup plus de parties combustibles que le bois : aussi la chaleur du charbon de terre estelle bien plus forte et plus durable que celle du charbon végétal.
Ce que je viens de dire , au sujet de la décomposition plus ou moins grande de la matière végétale dans les charbons de terre, peut se démontrer par les faits. On trouve au dessus de quelques mines de charbon des bois fossiles, dans lesquels l'organisation est presque aussi apparente que dans les arbres de nos forêts ; ensuite on trouve très-communément des veines d'autres bois qui ne diffèrent guère des premiers que par le bitume qu'ils contiennent, et dans lesquels l'organisation est encore très-peconnoissable; mais à mesure, qu'on descend, les traits
3aa MINÉRAUX,
de cette organisation «'oblitèrent, et il n'en reste que peu ou point d'indices dans la suite de la veine. I) arrive souvent que cette bonne veine porte sur une autre veine de mauvais charbon terreux et pourri, parce que sa substance végétale, s'étant pourrie trop promptement, n'a pu s'imprégner d'une assez grande quantité de bitume pour se conserver. On doit donc ajouter cette cinquième sorte de charbon aux quatre premières , souS le nom de cliarbon terreux, parce qu'en effet sa substance n'est qu'un terreau pourri. Enfin une sixième sorte est le charbon le plus compacte, que l'on pourroit appeler charbon de pierre à cause de sa dureté ; il Contient une grande quantité de bitume, et le fonds parolt en être de terre limoneuse, parce on'il laisse après la combustion une scorie viireuse et boursouflée; et lorsque le limon ott le terreau se trouve en trop grande quantité ou avec trop peu de bitume, tes charbons ainsi composés ne sont pas de bonne qualité : ils donnent également beaucoup de scories ou mâchefer par la combustion : mais tous deux sont très-bons lorsqu'ils ne contiennent ou'une petite quantité de terre et beaucoup de bitume.
On trouve donc dans ces immenses dépôts accumulés par les eaux la matière végétale dans tous ses états de décomposition ; et cela seul suffiroit pour qu'il y eût des charbons de qualités très-différentes. La quantité de cette matière anciennement accumulée dans les entrailles de la terre est si considérable, qu'on ne part en faire l'estimation autrement que par comparaison.
Or, une bonne mine de charbon fournit seule plus de matière combustible que les plus vastes forêts ; et il n'est pas à craindre que l'on épuise jamais ces trésors de feu , quand même l'homme, venant à manquer de bois, y substituerait le charbon de terre pour tous les usages de sa consommation.
Les meilleurs charbons de France sont ceux du Bourbonnois, de la Bourgogne, de la Frauehe-Comté, et du Hainaut; on en trouve aussi d'assez bons dans le Lyonnois , l'Auvergne , le Limosin , et le Languedoc ; ceux qu'on connoit en Dauphiné ne sont que de médiocre qualité. Nous croyons devoir donner ici les notices que nous avons recueillies sur quelques-unes des mines principales qui sont actuellement en exploitation.
On tire d'assez bon charbon de la mine d'Épinac, qui est située en Bourgogne, près du \inage de Résille , à quatre lieues d'Autan; on y connoit plusieurs veines qui se
dirigent toutes de l'est à l'ouest, sTneHnant an nord de trente à trente-cinq degrés *. Celle qu'on exploite actuellement n'a pas d'épaisseur réglée t elle a ordinairement sept à huit pieds, quelquefois douze à quinze ; d'autres fois elle n'en a que quatre. Son mur a toute la consistance nécessaire j mais le toit , composé d'un schiste friable et d'une terre limoneuse que l'eau dissout facilement, s'écrouleroit bientôt si on ne l'étayoit par de bons boisages et par des massifs pris dans la veine même. Le charbon de eette même mine est très-pyriteux : aussi n'est-il nullement propre aux usages des forgea, la quantité de soufre que produisent les pyrites devant corroder et détruire le fer ; cependant il se trouve dans l'épaisseur de la veine de petits Kts de très-bon charbon , qui seroit propre à la large s'il éteit extrait et trié avec soin.
La niine de MontCems, ainsi que cefle de Blansy et autres des environs , sont dirigées de l'est à l'ouest , et s'inclinent vers le nord de vingt-cinq ou trente degrés. On exploite deux veines principales, dont les épaisseurs varient depuis dix jusqu'à quarantecinq pieds. La première extraction, comme celle de la plupart de nos mines de France, a été mal conduite ; on l'a commencée par la tête de la veine , en sorte que les ouvriers sont souvent exposés à percer dans les ouvrages supérieurs , et à y éprouver des éfeoulemens. Le lit de cette mine de Ment-Ceas est un schiste très-dur et pyrhenx, d'un pied d'épaisseur, dans lequel on voit des empreintes de plantes en grand nombre. Le etobon de la tête de cette mine est fort
Syriteux , mais celai qui se tire plus profonément l'est beanooup moins ; et , en général, ce charbon a le défaut de s'émietter à l'air : il mut donc l'employer au sortir de la minière; car on ne peut le transporter au loin sans qu'il subisse une grande altération et tombe en détrimens. Dans cet état de décomposition il ne donne que très-peu de chaleur et se consume en peu de temps, aa Ken que dans son premier état, an sortir de la mine , il fait un feu durable.
Les mines de Rive-eVGier , dans le Lyonnois , sont en grande et pleine exploitation.
z. La mine de Champagne? , près de Béfort ai Alsace , est inclinée de quarante-cinq degrés. Plus les terrains sont bas , moins généralement les reines de charbon de terre sont inclinées ; elles sont mène horisontales dans les pays de plaine , et ce n'est que dans les montagnes qu'elles sont violemment inclinées ; an reste , l'inclinaison des mines n'est nulle part aussi marquée et aussi singulière que dans le yaye de liège.
DU CHARBON DE TERRI
fl y a actuellement , dit M. de Grignon , plu* de huit cents ouvriers occupé* à rextraction du charbon par vingt-deux jpuits qui communiquent aux galeries des différentes minières, dont les plus profondes sont à quatre cents pieds. On tire de ces nrines ; comme de presque toutes les autres, trois sortes de charbon : le pérat en très-gros blocs et de la meilleure qualité; le maréchal, qui est menu et qui est séparé du banc de pérat par une couche de mauvais charbon mou; et enfin un charbon dur, compacte , et terreux , qui est voisin du toit et des lisières de la mine. Ce toit est un schiste rougeâtre et limoneut qui brunit et noircit à mesure qu'il est plus voisin du charbon, et dans cette partie il porte un grand nombre d'empreintes de végétaux. Le charbon de ces mines de Rive-de-Gier est plus compacte et plus pesant que celui de Rfont-Cenis ; son feu est plus âpre et plus durable; il donne une flamme vive, rouge, et abondante; il n'est que peu pyriteux, mais très-bitumineux.
La plupart des mines du Forez, du Bourbonnois, de l'Auvergne, sont en amas, et non pas en veines ; elles sont donc plus faciles a exploiter : aussi Ton en tire une trèsgrande quantité de charbon , dont il y en a de très-bonne qualité. Dans le Nivernois, près de Décise , il se trouve des mines en* amas, et d'autres en veines. On y commit quatre ou cinq couches ou veines régulières' les unes au dessus des autres, courant parallèlement, étant depuis dix jusqu'à vingt toises de distance les unes des autres latéralement. Le charbon de ces veines ne commence à être bon qu'à quatre toises et plus de profondeur ; elles ont depuis deux pieds jusqu'à cinq pieds d'épaisseur ; leur toit est un schiste avec des impressions de plantes , et le lit est un grès à demi décomposé. Les mines en amas du même canton sont mêlées de schiste et de grès ; mais , en général I , tout ce charbon est pyriteux , et quelquefois il prend feu de lui-môme lorsqu'après l'extraction on le laisse exposé à Fair.
U y a des mines de charbon dans le Quercy aux environs de Montauban ; dans le Rouergue , où le territoire de Gransac , qui est d'une grande étendue , n'est pour ainsi dire qu'une mine de charbon ; il y en a une autre mine à Severac-le-Castel, sur une montagne dont le charbon est pyriteux et sensilement chargé de vitriol ; une autre à Masde-Bannac, "élection de Milhaud. On en a aussi découvert dans le bas Limosin à une heue de Bourganeuf, dans les environs d*A*-
gental, dans «eux* de Maynac, et dans k territoire de Tarets , à peu de distance de Brives. Dans toute l'étendue du terrain, depuis la rive du Lot qui est en face de Levi» gnac jusqu'à Firminy , on ne peut faire un pas qu'on ne trouve du charbon : dans beaucoup d'endroits on n'a pas besoin de creuser pour le tirer. Dans ce même canton il y a une masse très-étendue de ce charbon , qui est minée par un embrasement souterrain; la première époque de cet incendie n'est point connue : on voit sortir une fumée fbrt épaisse des crevasses de cette minière enflammée. Il y a aussi en Bourgogne, au canton de la Gachère , près de Saint-Berain , une mine de charbon enflammée qui donne de la fumée et une forte odeur d acide sulfureux ; on ne peut pas toucher sans se brûler un bâton qu'on y a plongé seulement pendant une minute : ce n'est qu'une inflammation pyriteuse produite par l'eau qui séjourne dans cet endroit, et qu'on ponrroit éteindre en] le desséchant ». Il y a encore près de Saint-Étienne en Forez une mine de charbon qui brûle depuis plus de cinq cents ans, auprès de laquelle on avoit établi une manufacture pour tirer de l'alun des réerémens de cette mine brûlée ; et enfin une autre auprès de Saint-Chamond , qui brûle très-lentement et profondément.
En Languedoc il y a aussi beaucoup de charbon de terre. M. l'abbé de Sauvages, trèsbon observateur, assure ou'il en existe différentes mines dans la chaîne des collines qui s'étend depuis Anduse jusqu'à Villefort ; ce qui fait une étendue d'environ dix lieues de longueur.
Dans le Lyonnois, les principaux endroits où l'on trouve du charbon de terre sont le territoire de Gravenand, celui du Mouillon, celui de Sarôt-Gems-Terre*Noire, qui tous trois sont dans la même montagne , située à un demi-quart de lieue de la ville de Rivede-Gier, et les eaux de leurs galeries s'écoulent dans le Gier. Les terrains de Saint- Martin - la - Plaine, Saint - Paul -en - Jarrest, Rive-de-Gier et Saint-Chamond contiennent aussi des mines de charbon. M. de La Tourette , secrétaire de l'Académie des sciences de Lyon , et correspondant de celle de Paris, a donné une description détaillée des matières qui se trouvent au dessus d'une de ces mines du Lyonnois , par laquelle il paroit que le bon charbon ne se trouve qu'à cent pieds dans certains endroits , et à cent cinquante environ dans d'autres. Il y a
;" x. Note eommwiiqaée par M. de Moreeaa , le 4 teptetnbro '7*79* t
il,
MINÉRAUX
deux veines Tune au dessus de l'autre , dont la plus extérieure a depuis huit jusqu'à dixhuit pieds d'épaisseur d'un charbon propre aux maréchaux. La seconde veine n'est séparée de la première que par un lit de grès dur et d'un grain fin , de six à neuf pouces d'épaisseur ; ce grès sert de toit à la seconde veine , qui a dix à quinze pieds d'épaisseur, et dont le charbon est plus compacte que celui de la première veine , mais encore plus pyiïteux.
Il y a du charbon de terre en Dauphiné près de Briançpn ; et entre [Sésanne et Sertriches , dans le même endroit où l'on tire la craie de Briançon, et à Ternay, élection de Vienne. Les charbons de Voreppe , de Saint-Laurent , de la montagne de Soyers , ainsi que ceux du village de La Motte et du Yal-des-Charbonniers , qui tout se tirent
foui l'usage des maréchaux , ne sont pas de ien bonne qualité. On en trouve en Provence près d'Aubagne à Pépin, route de Marocelle ; mais ce charbon de la mine de Pépin répand, long-temps après avoir été tire de la mine , une odeur particulière et désagréable.
En Franche-Comté , la mine de Ghampagney, à deux lieues de Béfort, est très-abondante , et le charbon en est de fort bonne qualité : la veine a souvent huit pieds d'épaisseur, et elle est partout d'nne égale bonté; elle paroît s'étendre dans toute la base du monticule qui la renferme. Il y a plusieurs autres mines de charbon dans les environs de Cbampagney, et dans quelques autres endroits de cette province x. H y en a aussi quelques mines en Lorraine ; mais l'exploitation n'en a pas encore été assez suivie , pour qu'on juge de la qualité de ces charbons.
Il n'y a point de mines de charbon dans
i. Les mine» de Roncharap, en Franche-Comté , présentent on phénomène bien singulier, et que je n'ai tu nulle part. Dans les masses de charbon , immédiatement sons les lames de pyrites plus particulièrement que dans les couches de purs charbons, il se troure une couche légère de charbon de bois bien caractérisé par le brillant, la couleur, le tissu fibreux, une consistance pulvérulente, noircissant les doigts ; et lorsqu'un morceau de houille contenant des lames de charbon de bois est épuré , qu'il est encore rouge, et que l'on souffle dessus, le charbon de terre s'éteint, et celui de bois s'embrase de plus en plus.
L'on trouve fréquemment à la toiture de ces mines , parmi le grand nombre d'impressions de plantes de toute espèce, des roseaux (bambous) de trois à quatre pouces de diamètre , aplatis , et qui ne sont point détruits ni charbonincs. ( Lettre de M. * Ouralier de Grignott * 3t. de Buffon. Besancon, le vj mai 1781. >
le Cambrés*, mais celles du Hainaut sont en grand nombre , et celles de Fresnes et d'Anzin sont devenues fameuses. On a commencé à fouiller celle de Fresnes en 1717» et celle d'Anzin en 1734. On en tire aussi aux environs de Condé. Le charbon de ces mines est en général de bonne qualité; on assure même qu'il est plus gras et qu'il dure plus au feu que celui d Angleterre : le charbon qui se tire à Fresnes est plus compacte que les autres, et pèse un dixième et plusque celui d'Anzin. Le charbon de Quiévrain, à deux lieues et demie de Yalenciennes, est aussi d'une excellente qualité. On a fouillé quelques-unes de ces mines jusqu'à sept cents pieds de profondeur. M. Morand dit que dans la mine de M. des Androuins, près de Gharleroy, l'eau est tirée de soixantetrois toises de profondeur, et que le charbon esl placé à cent huit toises au dessous ; ce qui fait en tout cent soixante-onze toises, ou mille vingt-six pieds de profondeur.
Dans l'Anjou, l'on a trouvé des mines de charbon de terre à Concourson, à Saint- Georges de Ghâtel-Oison , à Doué et à Montreuil-Bellay. Les charbons qui se tirent près de la surface du terrain ne sont pas si tons que ceux qui gisent à une plus grande
r*o fondeur ; la veine a ordinairement de six sept pieds d'épaisseur. Ce charbon d'Anjou est de bonne qualité; cependant on n'a, de temps immémorial, trouvé dans celte province que des veines éparses sous des rocs placés à dix-huit pieds de profondeur, auxquels succède une terre qu'on appelle houille, qui est une espèce de mauvais charbon, avant-coureur du véritable : les veines y sont très-sujettes aux crems, et par conséquent irrégulières; il y en a cinq de reconnues : leur épaisseur est depuis un pied jusqu'à quatre , et même jusqu'à douze pieds, suivant M. de Voglie; elles paroissent être une dépendance de celles de Saumur, avec lesquelles elles se rapportent en tout. Leur direction générale est du levant au couchant.
Dans la basse Normandie, il se trouve du charbon de terre à Litry, et la veine se rencontre à peu de profondeur et au dessous d'une bonne mine de fer en grains; elle se forme en plateur à quatre cents pieds. Ce charbon , mêlé de beaucoup de pyrites, n'est que d'une qualité médiocre, et il est à peu près semblable à celui qu'on apporte du Havre , et qui vient de Sunderland en Angleterre.
En Bretagne, il y a des mines considérables de charbon à M ontrelais et à Languin, dans les environs de Nantit. L'on a aussi
DU CHARBON DE TERRE
tenté des exploitations à Quimper, à Plogol, et à Saint-Brieux , et Ton aperçoit des affleuremens de charbon dans plusieurs autres endroits de cette province.
On ponrroit citer un grand nombre d'exemples qui prouveraient qu'il y a dans le royaume de France des charbons en aussi grande quantité et peut-être d'aussi bonne qualité qu'en aucune autre contrée du monde. Cependant, comme c'est un préjugé établi, et qui jusqu'à présent n'étoit pas mal fondé, que les charbons d'Angleterre étoient «l'une qualité bien supérieure à ceux de France, il est bon de les faire connoitre; on verra que la nature n'a pas mieux traité à cet égard l'Angleterre que les autres contrées , mais aue l'attention du gouvernement ayant secondé l'industrie des particuliers, a rendu profitable et infiniment utile à cette nation ce qui est resté sans produit entre nos mains.
On distingue dans la Grande-Bretagne trois espèces de chaçbon de terre. Le charbon commun se tire des provinces de Newcastle , de Northumberland , de Cumberland, et de plusieurs autres ; il est destiné pour le feu des cuisines de Londres, et c'est aussi presque le seul qu'on emploie à tous les ouvrages métalliques d'Angleterre.
La seconde espèce est le charbon d'Ecosse ; on s'en sert pour chauffer les appartemens des bonnes maisons. Ce charbon est feuilleté et comme formé en bandes séparées par des couches plus petites que les bandes, et néanmoins plus marquées et plus distinctes è cause de leur éclat. Il se tire en grosses masses bien solides, d'une texture fine; et quoique formé de bandes et de petites couches, il ne s'effeuille point : il est bitumineux et brûle librement en faisant un feu clair, et tombe en cendres.
La troisième espèce, que les Anglois appellent cuim, se trouve dans le Glamorganshire, et en divers endroits de cette province. C'est un charbon fort léger, d'un tissu plus lâche, composé de filets capillaires disposés par paquets qui paroissent arrangés en craelques endroits de manière à représenter dans neaucoup de parties des feuillets assez étendus, très-lisses et très-polis, lesquels, pour la plupart, affectent une forme circonscrite en portion de cercle, avec des rayons divergens. Ce charbon est peu ou presque point pyriteux; il brûle aisément et fait un feu vif, ardent et âpre. Dans la province de Cornouailles il est d'un très-grand usage, particulièrement pour la fonte des métaux , \ laquelle on l'applique de préférence.
On trouve dans les comtés de Lancaster et de Chester une espèce de charbon qu'on n'apporte pas à Londres; c'est le kennel ou canaie-coal : communément il sert de pierre à marquer, de même que ceux qu'on appelle le charbon de toit. Il se tire en grosses masses très-solides, d'une texture extrêmement fine et d'un beau noir luisant comme le jayet. Ce charbon ne contient aucune portion pvriteuse ; il est si pur et si doux , qu'on peut le tourner et le polir pour faire des plateaux d'encrier, des tablettes, etc. L'on aperçoit sur certains morceaux des couches concentriques , comme on en trouverait dans un tronçon de bois. Ce charbon brûle facilement et se réduit en cendres.
On doit encore ajouter à ces charbons d'Angleterre celui qu'on appelle flint»coal, parce qu'il est presque aussi dur que la pierre, et que ses fractures sont luisantes comme celles du verre. La veine de ce charbon a deux à trais pieds d'épaisseur, et se trouve dans les environs de la Severne , au dessous de la veine principale qui fournit le best-coal ou le meilleur charbon : il faut y joindre Xeflew-coalàes mines de Wedgbery, dans la province de Stafford.
Il est fait mention dans les Transactions philosophiques de Londres , année iô83, de quelques mines de charbon , de leur inclinaison, etc. M. Beaumont en cite six qui Krobablement n'en font qu'une, puisqu'on s trouve toutes dans un espace de cinq milles d'Angleterre, au nord de Stony-easton. Il a vu , dit-il , dans l'une de ces mines une fente ou crevasse dont les parois étoient chargées d'empreintes de végétaux, et une autre fente tout enduite d'un bronze pyriteux formant des espèces de dendrites. Dans quelques unes de ces mines, les lits horizontaux éjoient comme dorés du soufre qu'elles contiennent. Il observe, comme chose en effet singulière, qu'on a trouvé deux ou trois cents livres de bonne mine de plomb dans l'une de ces mines de charbon. Il ajoute oue, de l'autre côté de Stonr-easton, c'est-àdire an sud-est, à deux milles de distance, on voit le commencement d'une mine de charbon , dont la première veine se divise en plusieurs branches à la distance de quatre milles vers l'orient ; que cette mine, dont on tire beaucoup de charbon, exhale continuellement des vapeurs enflammées qui s'élèvent quelquefois jusqu'à son ouverture , et qui ont été funestes à nombre de personnes. C'est probablement au feu de ces vapeurs , lorsqu'elles s'enflamment, qu'on doit attribuer cette poussière de soufre qui dore lei
Sa6
MINÊBAUX.
lits de ces veines de charbon : car on n'a trouvé du soufre en nature que dans les mines dont les vapeurs se sont enflammées, ou qui ont été elles-mêmes embrasées; on y voit des fleurs de soufre adhérentes à leurs parois , et sous ces fleurs de soufre il se trouve quelquefois une croûte de sel ammoniac.
Les fameuses mines de Newcastle ont été examinées et décrites par M. Jars , de l'Académie des Sciences, très-habile minéralogiste. U décrit aussi quelques autres mines ; celle de "Whitehaven, petite ville située sur les côtes occidentales d'Angleterre, qui fait un grand commerce de charbon de terre. La montagne où s'exploite la mine a environ cent vingt toises perpendiculaires jusqu'au plus profond des travaux : on compte dans cette hauteur une vingtaine de couches différentes; mais il n'y en a que trois d'ex- Sloitables. Leur pente est communément 'une toise perpendiculaire sur six à sept toises de longueur.
La première de ces couches exploitables est séparée de la seconde par des roches d'environ quinze toises d'épaisseur; die a depuis quatre jusqu'à cinq pieds d'épaisseur en charbon un peu pierreux et d'une qualité médiocre : on n'en extrait que pour chauffer les chaudières où l'on évapore l'eau de la mer pour en retirer le sel.
La seconde couche est de sept à huit pieds d'épaisseur; le charbon y est divisé par deux différens lits d'une terre très-dure et de couleur noirâtre, qu'on nomme meule: cette terre est très-vitriolique et s'effleurit à l'air. La couche supérieure de mettîe a un pied d'épaisseur, et l'inférieure seulement
2uatre à cinq pouces. On distingue la veine e charbon en six lits, dont les charbons portent différens noms.
Des trois grandes couches exploitables, la troisième, qui est d'environ vingt toises plus basse aue la seconde, est la meilleure; elle a dix pieds d'épaisseur, et elle est toute de bon charbon, sans aucun mélange de mettîe.
On rencontre souvent des dérangemens dans les veines , principalement dans leur inclinaison ; le rocher du toit , et surtout celui du mur, font monter ou descendre la veine tout à coup. Il y a un endroit où elles sont éloignées de quinze toises 'perpendiculaires de la ligne horizontale ; d'autres fois , ces rochers erspent presque entièrement les couches , et ne laissent apercevoir qu'un petit filet ou une trace presque imperceptible de la veine.
M. Jars fait encore mention des mines de
Worsleg dans le comté de Lancaslre, dont la pente paroît être de deux toises sur septj et dont le charbon est moins bitumineux e£ moins bon que celui de Newcastle, quoique la nature des rochers soit la même ; mais la .veine la plus profonde n'est qu'à viugt toises. Il en est de même, à tous égards, des mines du comté de Stafford.
«En Ecosse, il y a, dit M. Jars, au village de Garron, près de Falkirch, plusieurs mines de charbon qui ne sont qu'à une demi-lieue de la mer. ... U y a trois couches de charbon l'une sur l'autre que l'on connoit; mais on ne sait pas s'il y en a de plus profondes. ., Il y en a une à quarante toises de profondeur , qui est la première ; la seconde à dix toises plus bas, et la troisième à cinq toises encore au dessous de la seconde. La pente de ces couches , qui est du côté du sud, est d'une toise sur dix à douze... Mais ces veines varient comme dans presque toutes les mines : quelquefois elles remontent et forment entre elles deux plans inclinés. Dans ce cas, la &ine s'appauvrit, diminue en épaisseur, et est quelquefois entièrement coupée, continuant ainsi jusqu'à ce qu'elle reprenne son inclinaison c»**inaire, ... La seconde couche a *?*•* et quatre pieds d'épaisseur; sa £.iîie supérieure est composée d'un charbon dur et compacte, faisant un feu clair et agréable. ... On l'envoie à Londres , où il est préféré à celui de Newcastle pour brûler dans les apparlemens. La partie du milieu de la couche est d'une qualité moins compacte; son charbon est feuilleté et se sépare par lames comme le schiste. Entre les lames il ressemble parfaitement à du poussier de charbon de bois. On y peut ramasser aussi une poudre noire , qui teint les doigts comme fait le charbon de bois. ... Ce charbon , qu'on nomme clodcoal, est destiné pour les forges de fer. La couche inférieure est un charbon très-com- .pacte , et souvent pierreux près du mur ; H se consomme dans le pays.
« Les mines de charbon de Kinneil , près de la ville de Bousron- Sloness en Ecosse , sont au bord de la mer. La disposition de leurs couches et la qualité du charbon sont à peu près les mêmes qu'à Garron.
« Les environs d'Edimbourg ont aussi plusieurs mines de charbon. ... U y en a une à trois ou quatre milles du côté du sud , où il y a deux veines parallèles, d'environ quarante à cinquante degrés a'inclinaison du côté du midi ; ce qui est tout-à-fait contraire à l'inclinaison des couches du rocher qu'on voit au jour et dans la mer à deux ou trots
DU CHARBON
woBm plus loin t cet couchai sont inclinées au nord-ouest. Il en est do même des mines 4e charbon qu'on exploite un peu plus loin; elles ont beaucoup de rapport avec celles de Newcastle. La qualité des rochers qui composent les couches est la même : mais le eharbon est moins bon qu'à Newcastle pour la forge, parce qu'il est moins bitumineux; il est meilleur pour les appartenons. »
En Irlande , le charbon provenant de la mine de Castle- Corner, village à soixante nulles sud -ouest de Dublin, brûle, dès le premier instant qu'on le met au feu , sans frire la moindre fumée. Seulement on voit une flamme bleue , fortement empreinte de soufre , qui paroît constamment au dessus du feu.
Une autre mine est cejle d^dof, province de Leinster, et c'est la première qu'on ait découverte en Irlande ; elle est si abondante, qu'elle fournit toutes les provinces voisines, Son charbon est très-pesant? produit le même effet que le charbon de bois, et dure au feu bien plus long-temps.
« Dans le pays de Liège , dit M. Jars , la Meuse, qui traverse cette ville, met une grande différence dans la disposition des veines de charbon. . . . Elles commencent à une lieue au levant de la ville , et s'étendent jusqu'à deux lieues au delà du coté du couchant. On trouve à moitié chemin de cette distance les plus fortes exploitations. ... La suite des veines va plus loin du côté du couchant : la raison est que, par un dérangement total dans leur disposition , elles sont interrompues à une lieue et demie de Liège; mais elles reprennent ensuite dans une disposition presque perpendiculaire, pour continuer de la même manière pendant plusieurs lieues. Au nord de la ville, et au midi de l'autre côté de la Meuse , les veines se prolongent au plus à une demie -lieue, mais toujours dans la direction de l'est à l'ouest.... Il y a apparence que ce sont les mêmes couches , quoique leur inclinaison change de distance en distance , tantôt au midi, tantôt au nord. En général, tous les lits de charbon et le rocher sont très-irréguliers dans cette partie.»
Ce pays de Liège est peut-être de toute l'Europe la contrée la mieux fournie de charbon de terre; c'est du moins celle ou l'on a le plus anciennement exploité ces mines, et où on les a fouillées le plus profondément. Nous avons dit que leur direction générale et commune est du levant au couchant : les veines du charbon n'y sont jamais exactettcit en ligne droite ; elles s'élèvent et s'a-